Les Traditionalistes (2/3)

 La liturgie

La liturgie a été et est un des points d’achoppement. Et c’est un point important puisque la liturgie est la manière, codifiée, selon laquelle les fidèles prient et célèbrent Dieu. Dans la religion catholique, toute célébration eucharistique a une importance primordiale puisque le Christ est présent dans l’hostie, au moment de la consécration. On ne peut, on ne doit donc pas faire n’importe quoi avec la liturgie.

Il est régulier que les Tradis dénoncent telle ou telle messe, telle ou telle façon de célébrer. Ils ont raison de dénoncer les abus. L’église n’est pas une salle de spectacle. Elle est le lieu de la rencontre avec Dieu, elle est le lieu où le Christ se rend présent. Est-ce le hasard ? Est-ce la bienveillance du Saint-Esprit ? Je n’ai jamais, dans les différentes paroisses où je suis passé lors de mes divers mouvements géographiques, eu à souffrir de ces débordements. Je crois donc volontiers qu’ils sont assez minimes en proportion. Et sachons aussi admettre que ces liturgies débridées ne sont en rien conformes à Vatican II.

Les dissemblances entre l’ancien et le nouveau rite ne sont pas si nombreuses mais certaines sont importantes et conduisent à avoir deux rites, sinon antagonistes, du moins très différents dans la forme. Car dans le fond, quelque soit le rite, l’eucharistie consacre la venue de Jésus Christ qui s’est donné en partage pour la multitude.

Le latin

L’abandon du latin pour les célébrations est un des points les plus connus. Vatican II a permis [1] que les messes puissent être célébrées dans la langue vernaculaire (c’est-à-dire la langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté linguistique donnée, le français par exemple). J’aime le latin, surtout chanté, j’apprécie, comme beaucoup, la beauté du chant grégorien. Cependant, je suis gêné par une célébration en latin, tout simplement parce que je ne comprends pas ce qui est dit. Oh bien sûr, je sais maintenant ce que Kyrie Eleison ((Seigneur, aie pitié)) veut dire, tout comme Pater qui est in caelis ((Notre Père qui est aux Cieux)). Je préfère, quant à moi, réciter le Notre-Père en français, en pesant chaque mot. Je me souviens d’une messe solennelle à St Nicolas, où l’évangile avait été lu en latin. Il y a là une sorte de préciosité que j’ai dû mal à comprendre. Mais, latin ou français, peu importe finalement. Si certains préfèrent la messe en latin, c’est leur droit. Il faut aussi préciser que les fidèles ont généralement avec eux un missel qui leur permet d’avoir la traduction en français des paroles prononcées en latin.

Le prêtre et l’assemblée

Autre point de dissension, le plus important en réalité, la façon de célébrer. Selon le rite St Pie V, le prêtre est tourné vers l’autel, vers Dieu, tournant donc le dos à l’assemblée mais étant l’intermédiaire entre l’assemblée et Dieu. Vatican II a introduit une notion plus communautaire de la célébration, le prêtre étant face à l’assemblée. Vatican II a aussi permis une participation active de l’assemblée, pour différentes lectures. Pour la messe selon le rite de St Pie V, je comprends la force du symbole, que le peuple de Dieu se tourne vers Lui, symbolisant là son attachement et sa soumission. Cependant, j’opposerais deux arguments : d’abord, pour moi, se tourner vers Dieu se fait d’abord en son coeur, et l’on peut prendre toutes les postures que l’on veut, la Vérité est là, dans son être intime. Que certains se sentent plus à l’aise dans le rite extra-ordinaire, je le comprends. Mais qu’ils admettent que d’autres puissent s’unir à Dieu grâce au rite ordinaire. Ensuite, puisqu’il est question de tradition, je ne sais comment les premiers chrétiens célébraient leurs premières eucharisties. Mais l’aspect communautaire devait sans doute primer. La Cène telle que les Évangélistes nous l’ont rapporté avait cette dimension communautaire.

L’hostie

Un autre point de désaccord concerne la manière dont l’hostie est donnée aux fidèles. Exclusivement dans la bouche selon l’ancien rite alors que Vatican II a introduit la distribution dans la main. Comment Jésus a-t-il donné le pain à ses disciples lors de la Cène ? Est-on moins respectueux du corps du Christ si l’on prend l’hostie dans la main ? Le document du Vatican Redemptionis Sacramentum précise, au chapitre IV, article 92 que : « Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège Apostolique, on peut lui donner la sainte hostie. Cependant, il faut veiller attentivement dans ce cas à ce que l’hostie soit consommée aussitôt par le communiant devant le ministre, pour que personne ne s’éloigne avec les espèces eucharistiques dans la main. S’il y a un risque de profanation, la sainte Communion ne doit pas être donnée dans la main des fidèles. » J’ai tout de même remarqué que lors des messes célébrées au Vatican par le Pape, l’hostie n’est généralement pas donnée dans la main.

Le rite de la paix

Autre moment absent de l’ancien rite, et largement répandu dans le nouveau, le rite de la Paix. Juste après le « Que la paix du Seigneur soit avec vous » auquel les fidèles ont répondu « Et avec votre Esprit », le prêtre enjoint les fidèles à « se donner la paix du Christ ». Je sais d’expérience que ce moment rencontre beaucoup d’hostilité auprès des traditionalistes. Et si tous n’y sont pas hostiles par principe, beaucoup en éprouvent de la gêne. Là aussi, jetons un oeil à ce qu’en dit le Vatican : « En ce qui concerne le signe de la paix à transmettre, la façon de faire sera décidée par les Conférences des évêques, selon la mentalité et les us et coutumes de chaque peuple. Il convient cependant que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent. » [2]

Conclusion

Le pape, tout comme son prédécesseur, a permis la célébration selon ce rite par différents motu proprio, le dernier ayant été signé en 2009. La liturgie peut donc être célébrée selon deux rites, le rite ordinaire ou le rite extra-ordinaire (l’ancien rite). Dans la plupart des paroisses françaises, c’est le rite ordinaire qui prévaut. L’un des problèmes est que de nombreux de prêtres ne savent pas célébrer selon l’ancien rite.

Ce que dit la FSSPX du nouveau rite ? C’est simple et clair : « Les prêtres de la Fraternité célèbrent exclusivement la Messe Traditionnelle, dite de St Pie V, en latin, et s’oppose activement aux nouveautés libérales introduites par et après le Concile Vatican II, qui minent la Foi et amènent sa ruine. » [3]

J’aurais pu aussi évoquer la question des habits liturgiques (aubes, étoles,…) qui montrent qu’en réalité, rien ne trouve grâce aux yeux des Tradis, même la simplicité. Je vous renvoie à cet échange entre Nicolas Senèze, journaliste à La Croix, qui a osé se moquer d’un cardinal ayant revêtu la cappa magna, longue de 6 mètres. Certains s’en sont émus, ont tiré à boulets rouges sur lui. Voici sa réponse.

A suivre…

 

Modification du 11 juillet 2011 au début du 2ème paragraphe de la conclusion : précision sur le fait que la FSSPX parle bien du nouveau rite.

  1. il faut préciser que Vatican II n’a pas prôné l’abandon du latin mais a ouvert la porte à l’utilisation de la langue du pays – voir ce qu’en dit l’article 36 de Sacrosanctum Concilium []
  2. article 82 de la présentation générale du missel romain []
  3. Pour la référence, c’est ici []

Les Traditionalistes (1/3)

Ma situation personnelle

Vous me permettrez de commencer par dire quelques mots de mon parcours, afin d'éclairer les propos écrits ci-après. Je suis né en 1967. Mes parents, catholiques pratiquants, ont rapidement été mal à l'aise devant les nouveautés et changements induits par le concile Vatican II. La partie immergée de l'iceberg, ô combien importante, a concerné principalement la question liturgique et ses trop nombreux abus. Nous étions dans les années 1974-75. Parallèlement, un mouvement hostile à Vatican II, sous l'impulsion de Mgr Lefebvre, s'est organisé afin de garantir le maintien de la "Tradition".

Mes parents ont donc fait le choix dans ces années-là de me catéchiser par les traditionalistes. J'allais donc au catéchisme enseignée par une dame "tradi" à Boulogne-Billancourt, j'ai fait ma communion solennelle à St Nicolas du Chardonnet, j'ai été confirmé par Mgr Lefevbre lui-même, j'allais à la messe tous les dimanches à St Nicolas et, last but not least, j'ai fait parti d'un mouvement scout de cette mouvance (pour vous donner une idée, les Scouts d'Europe étaient considérés comme trop laxistes). J'ai connu certaines figures emblématiques de la Tradition, Mgr Ducaud-Bourget et l'abbé Laguérie, pour ne citer qu'eux deux.

Vers l'âge de 16 ans, j'ai décidé de quitter ce mouvement, tout en continuant de pratiquer : je quittais donc les Tradis pour l'Église dite conciliaire.

Que retiens-je aujourd'hui de ces années-là ? De très belles cérémonies. Longues, très longues. Une religion pratiquée "à l'ancienne", tant dans sa forme que dans le fond. Les soutanes des prêtres, les mantilles des femmes, les génuflexions nombreuses et un brin ostentatoires. Les messes en latin et la fameuse liturgie de St Pie V. Voilà pour la forme. Quant au fond, une vision très manichéenne de la vie et de la foi, où on insiste plus sur le châtiment de Dieu que sur son Amour. Ceux, plus âgés, qui ont été catéchisés avant le concile Vatican II (1962-1965) savent ce qu'il en était. Une mini-société, aux rites très codifiés, vivant en vase clos.

Deux éléments ont joué dans ma décision d'adolescent de quitter ce mouvement : d'une part, un élitisme religieux hautain et assez pesant ("Nous sommes les vrais catholiques") qui m'apparut de plus en plus en contradiction avec l'Évangile ; d'autre part, une politisation assez forte, dominée par les mouvements d'extrême-droite et les mouvements royalistes [1].

Voilà pour l'essentiel. J'ai depuis continué mon chemin de foi, avec les doutes, les écarts, les moments faibles. Mais jamais, je n'ai eu le sentiment que l'Église – dite conciliaire – à laquelle j'appartiens ne m'a éloigné de Dieu et du Christ.

A suivre…

  1. à l'époque – peut-être est-ce toujours le cas ? – de nombreux journaux de ces obédiences étaient vendus sur le parvis de St Nicolas []

J’ai regardé « A la droite du Vatican, les Traditionalistes »

J’ai regardé l’émission diffusée sur France 3, tard dans la nuit du mercredi 18 août, intitulée « A la droite du Vatican, les Traditionalistes ». Elle fait un peu écho à celle, polémique, des « Inflitrés » dont j’ai déjà parlé ici. Un peu, dis-je, car tant sur la forme que sur le fond, l’approche est différente.

La forme

Ce reportage ne visait pas à la polémique. Le journaliste a travaillé à visage découvert, les intervenants avaient le temps de s’exprimer, je ne pense pas que leurs propos aient été bridés ou mis en scène. Cette forme apaisée a permis de se faire une opinion assez objective de ce qui animent les membres de ce que certains appellent le « Tradiland » (quel mot horrible !). Les principaux intervenants étaient constitués de jeunes, de familles ainsi que de l’abbé Laguérie, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur (en pleine communion avec Rome) et curé de la paroisse Ste Eloi à Bordeaux.

Le fond

Deux aspects qui font que ce documentaire me semble un peu inabouti ou, à tout le moins, bancal. D’abord, beaucoup des propos tenus avaient trait à la religion, au catholicisme, à la croyance et c’était assez éclairant sur ce qui animent les tenants de de la Tradition : la liturgie, la prière, la volonté de restaurer (ou d’instaurer) la primauté du Christ sur la terre (et en France en particulier). Bref, tout ce qui fait que ces personnes ont choisi de suivre la mouvance traditionaliste, rejetant par là le concile Vatican II. Pas de polémique, juste l’affirmation de ce à quoi on croit : une façon assez saine de montrer le point de vue des autres.

L’autre aspect a consisté à glisser vers le terrain plus polémique. Les propos de Mgr Williamson ont été soumis à l’abbé Laguérie, dont la réponse m’a semblé insatisfaisante (cf plus bas). La longue interview d’un journaliste de Minute, Serge de Beketch, aujourd’hui décédé, n’a rien apporté sur le plan spirituel. Au contraire, ses propos radicaux et orduriers étaient en décalage avec ceux plus policés des autres intervenants. Les images d’archive de militants pro-vie, s’enchaînants, visaient à montrer la radicalité de certains mais n’allaient pas au fond des choses et je me posais la question en devinant ce que le journaliste essayait de démontrer : un catholique, aujourd’hui, a-t-il encore le droit d’être opposé à l’avortement ?

Bref, de ne pas avoir suivi une ligne directrice, d’avoir voulu être équilibré tout en voulant donner dans la polémique, font que ce reportage n’apporte pas grand-chose au final. Il aurait tout eu à gagner en montrant sans vouloir démontrer .

Quelques points à noter

  • Toujours surpris d’entendre les Traditionalistes prétendre que seule « leur » liturgie permet de réellement prier
  • Un peu désolé d’entendre un jeune dire qu’il a reçu les sacrements de la FSSPX car l’esprit de secte n’est pas loin
  • Amusant de noter que certains regrettent et désapprouvent la désobéissance de certains évêques français dans l’application du motu proprio promulgué par Benoit XVI quand cette même désobéissance au pape a été érigée en principe par Mgr Lefebvre
  • Pourquoi l’abbé Laguérie n’a-t-il pas fermement condamné les propos de Mgr Williamson dans ce reportage ? Son argument comme quoi ce domaine (celui de l’Histoire) n’est pas de la compétence supposée d’un évêque et qu’un homme d’Église n’a pas à donner son avis et ses préférences en matière culinaire ou sportive me laisse pantois.

Un motif d’espoir

L’attitude de Mgr Ricard et de l’abbé Laguérie, à Bordeaux, laisse penser que si les deux camps (eh oui, il faut bien parler de deux camps) font des efforts et un pas vers l’autre, la réconciliation peut avoir lieu, même si de l’avis de ces deux personnes, cela peut prendre 10 ou 20 ans.

Discussions doctrinales entre Vatican et les Traditionalistes

Hier, Lundi 26 Octobre 2009, ont débuté les discussions théologiques portant sur Vatican II entre les traditionalistes de la Fraternité St Pie X et Vatican. Ils semblent qu’elles aient débuté dans un climat cordial. Tant mieux, je me réjouis et j’espère que c’est de bonne augure.

ll ne faudrait pas cependant pas être naïf. Les Traditionalistes, sûrs d’eux-même et garants de la Tradition, ne veulent rien d’autres qu’une remise en cause de Vatican II. D’ailleurs, pourquoi accepteraient-ils aujourd’hui ce qu’ils refusent depuis 40 ans ? Je suis d’ailleurs assez persuadé qu’ils ont pour objectif de négocier à terme avec Rome un statut spécial, proche de celui de l’Opus Dei. Rome s’en contentera, satisfaite d’avoir colmaté une large fissure, la Fraternité Saint-Pie X se satisfaisant quant à elle d’une large autonomie leur permettant de poursuivre leur rite sans avoir à se déclarer en rupture avec Rome. Finalement, chacun vivra de son côté puisqu’incapable de vivre avec l’autre.

Si telle était l’issue, elle me laisserait un goût amer. Certes, elle permettrait d’afficher une unité de façade. Elle permettrait surtout aux traditionalistes de crier victoire. Rome et Vatican II y gagneront-ils ? C’est à voir.

Pendant longtemps, les traditionalistes ont légitimé leurs refus de Vatican II sous prétexte que c’était un Concile Pastoral et non Doctrinal. Amusant de les voir aujourd’hui entamer des discussions doctrinales sur Vatican II.

Autre précision : j’emploie le terme Tradionnaliste pour les nommer. Je pourrais user de celui, plus dur, d’Intégristes. Ce n’est pas l’envie qui me manque mais ce ne serait pas tout à fait honnête. D’abord, intégriste renvoie à des attitudes violentes et homicides. Cela me gêne donc et il faut éviter les amalgames. Et puis, comment distinguer les membres de la Fraternité Saint Pie X de ceux, anciens alliés, qui refusent toutes discussions avec Rome et qui sont d’une virulence sans nom ? J’y reviendrais plus tard.