FSSPX : désaccord en vue ?

Ceux qui suivent les discussions entre le Vatican et la FSSPX savent qu'on approche d'une prise de décision quant à une possible réconciliation entre les lefebrevistes et Rome. J'ai eu l'occasion d'en parler , et , j'ai émis dès le début des doutes sur le succès d'une telle entreprise, connaissant un peu la "psychologie" des Tradis purs et durs et lisant régulièrement les divers forums et autres sites internet.

Un échec ne me surprendrait donc pas. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est à quel point la division est présente au sein même de la fraternité. On note même des comportements [1] assez inattendus de la part de personnes qui prônent l'obéissance au chef [2], qui fustigent les "modernistes" pour leur manque de vertus, etc. L'humain reste humain, et les Tradis, pas plus que d'autres, ne sont exempts de ces travers.

Donc, une scission au sein même de la FSSPX semble se dessiner. Sera-t-elle entérinée ? Cela dépend de deux choses : les termes de l'accord pratique proposé par le Vatican, et la décision de Mgr Fellay.

 

La prélature personnelle

Qu'est-ce qu'une prélature personnelle ? Sans entrer dans les détails, et en étant un peu simpliste, une prélature personnelle est une sorte de diocèse sans territoire particulier. Le prélat est rattaché directement au pape et les fidèles d'une prélature restent membres de leur diocèse. Les dispositions sont détaillées par le droit canon.

Il n'y a actuellement qu'une seule prélature personnelle, celle de l'Opus Dei. Ce qui est cocasse, si je puis dire, c'est que la prélature est une nouveauté introduite par le concile Vatican II. En voir profiter la FSSPX ne manquerait donc pas de sel…

Une prélature personnelle ferait partie de la solution pratique envisagée par le Pape pour que la FSSPX revienne pleinement dans le giron de l'Église catholique. Encore une fois, la FSSPX clame partout qu'elle n'est jamais sortie de l'Église et que c'est Elle qui s'est fourvoyée. Mais enfin, pour de multiples raisons, cet accord, outre qu'il est la seule solution pratique, permettrait d'officialiser le retour de l'enfant prodigue. En outre, et c'est pour cela qu'il n'existe pas d'alternative, l'intérêt d'une prélature pour la FSSPX est de ne pas dépendre des évêques du lieu où ils sont implantés, ou là où ils veulent se fixer. Dépendre directement du pape serait avantageux pour eux [3]. Encore que cet avantage est vu par certains comme un écueil irrémédiable, j'y reviens plus loin.

 

L'attitude Mgr Fellay

Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité, a sans nul doute une des décisions les plus difficiles à prendre. On aurait pu penser que les gestes du Vatican, l'implication et la volonté fortes de Benoît XVI allait faciliter la décision. Car, objectivement, que peut faire de plus le Vatican ? Rien. Benoît XVI est allé au bout de ce qu'il pouvait proposer : le rite traditionnel à nouveau reconnu et accepté "officiellement", levée des excommunications frappants les quatre évêques, la reconnaissance enfin avec la solution canonique proposée. Mais c'est sans compter sur des résistances très fortes au sein même de la fraternité.

Les tensions sont tellement fortes que des courriers et échanges privés sont mis sur la place publique. Peu importe qui a porté les coups et qui pense que cette mise en pleine lumière, ces faits révèlent surtout la scission au sein de la FSSPX. Il paraissait évident qu'une partie des fidèles de la FSSPX serait, en toute manière, opposée à des accords. Sous prétexte qu'on ne passe pas d'accord avec la Rome moderniste, au risque de ce compromettre irrémédiablement. Ce dont je ne me doutais pas, c'est que trois des quatre évêques de la FSSPX ont déclaré ouvertement leur hostilité à toute accord.

Mgr Fellay a répondu au courrier envoyé par les trois évêques. A cette lettre qui dénonce le subjectivisme du Pape Benoît XVI, dans la continuité de celui de Jean-Paul II, la réponse de Mgr Fellay apporte un certain nombre d'éléments. Certes, il ne remet pas en cause les défauts et erreurs ataviques du concile Vatican II, mais il apporte des nuances et des sentiments qui montrent que la volonté est là pour renouer "pleinement" avec Rome :

  • D'abord, il récuse le discours tendant à dire que le concile Vatican II est le mal absolu, refusant d'y voir un condensé de "super hérésies" ;
  • Il refuse aussi de voir dans les 5000 et quelques évêques des modernistes patentés, affublés du titre de "tous pourris" ;
  • Il ne voit pas dans la prélature personnelle un piège et, allant même plus loin, écrit que Mgr Lefevre aurait signé l'accord proposé.

Un autre point me semble important à mentionner : la FSSPX n'a pas cherché un accord pratique, elle se satisfaisait de la situation actuelle. C'est-à-dire que si Rome, si Benoît XVI n'avait pas recherché absolument un accord, le statu quo aurait perduré. Et Mgr Fellay pense que si le pape propose un accord, sans demander en outre une reconnaissance totale de Vatican II, cela ne se refuse pas. Sauf à marquer une défiance forte vis-à-vis du successeur de saint Pierre (défiance que Mgr Fellay pointe dans son courrier).

 

Désaccord en vue ?

Les fondements de ceux qui refusent tout accord sont de deux ordres : dogmatique et pratique.

Il n'y aura pas d'accord dogmatique : la FSSPX n'acceptera jamais le concile Vatican II comme étant l'alpha et l'omega de la foi catholique, du reste, cela ne leur est plus demandé. Ce qui leur a été demandé – via ce fameux préambule doctrinal, secret, qui a servi de base aux discussions – c'est de noter les points de divergence. Cela est fait et est toujours en discussion. La seule et dernière question est la suivante : si on imagine mal le Vatican demander à la FSSPX d'accepter le concile (ce serait un casus belli), va-t-il accepter que ce préambule soit signé en constatant – et donc en acceptant – les divergences de vue, voire même, implicitement, de permettre à la FSSPX de continuer à émettre des critiques ?

L'accord pratique – la prélature personnelle – semble poser à première vue moins de problème. Pourtant, les opposants y voient un piège et craignent de se retrouver pieds et mains liés à Rome (moderniste).

On voit donc que ces deux points sont très imbriqués l'un dans l'autre. Les partisans de l'accord voient les avantages apportés par la solution pratique, sous réserve que le préambule doctrinal soit peu contraignant ; les opposants refusent tout accord pratique tant que le contentieux doctrinale ne seront pas apurées (ce qui est impossible aujourd'hui).

Si une partie minoritaire des Tradis était opposée aux accords, cela ne poserait pas de problème majeur en soi à Mgr Fellay. Mais l'opposition des trois autres évêques est autrement problématique. De plus, il se dit sur les forums tradis qu'une petite moitié (donc 40% ?) des fidèles de la FSSPX est opposée aux accords.

Mgr Fellay passera-t-il outre ces oppositions internes ? Prendra-t-il le risque de faire imploser la FSSPX ? Que penser de la réalité de l'opposition à tout accord et de sa fermeté dans le temps ? Car on peut imaginer qu'une fois la décision prise, certains – beaucoup ? – rentreront dans le rang.

Que feront les évêques réfractaires ? Rejoindront-ils les sédévacantistes comme l'a annoncé implicitement Mgr Williamson ? Fonderont-ils une FSSPX canal historique, toujours plus pure et plus intègre ?

Au commencement de l'écriture de ce billet, j'inclinais à penser que Mgr Fellay ne signerait pas, dans le but de maintenir l'unité de la FSSPX. J'en suis moins convaincu maintenant après avoir écouté la conférence (à écouter ici, durée : 1h48) donnée par l'abbé Pfluger, premier assistant de Mgr Fellay. Les propos envers les tenants d'une position de refus de tout accord sont fermes et très clairs. Mgr Williamson et ses acolytes sont traités de "purs et durs".

 

Et maintenant ?

Quelque soit la décision prise par la FSSPX, cela laissera des traces : si elle refuse l'accord, elle prend le risque de rester en marge, voire d'être à nouveau excommuniée. Quelles seront les dispositions du successeur de Benoit XVI, qui vient d'avoir 85 ans ? Si elle accepte, elle prend le risque d'un schisme interne et d'un possible éclatement.

On comprend mieux pourquoi Mgr Fellay a écrit que la FSSPX ne recherchait pas d'accord, se satisfaisant du statu quo. Cette position était finalement confortable. Mais Benoît XVI la refuse et on voit bien la cohérence de son approche. Que n'a-t-on entendu quand il a levé les excommunications et signé le motu proprio reconnaissant le rite saint Pie V comme rite extra-ordinaire ?

La prochaine étape vient vite : c'est le chapitre général de la FSSPX qui va se tenir en juillet prochain. Les discussions risquent d'être houleuses…

 


Ajout du 22 juin 2012

J'ai oublié de mentionner un point qui m'a étonné. Lorsque le Vatican a rendu compte de la dernière rencontre avec Mgr Fellay (lire le communiqué ici),  il est écrit que "la situation des trois autres évêques de la Fraternité sera traitée séparément et individuellement." Mgr Fellay a-t-il convaincu Rome qu'en aucun cas les autres évêques le suivraient s'il signait l'accord ? A-t-il aussi renoncé à les convaincre ? Ou est-ce le Vatican qui, sur la base des courriers divulgués – et peut-être aussi d'informations non publiquement diffusées – anticipe une scission au sein de la FSSPX ?

 

  1. divulgation de lettres privées, contestations ouvertement affirmées,… []
  2. de manière relative malgré tout : l'obéissance au pape n'étant pas toujours à la hauteur de ce qu'on attend de la vertu d'obéissance []
  3. en tout cas avec Benoît XVI []

La dérive sectaire de la FSSPX

Une nouvelle étape a été franchie aujourd’hui dans les relations entre Rome et la FSSPX, après la rencontre entre Mgr Fellay (FSSPX) et Mgr Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi le 16 mars 2012. La FSSPX est appelée à clarifier sa réponse sur le préambule doctrinal, texte sur lequel les deux parties doivent s’accorder avant d’entamer une autre étape qui verrait le retour « plein » de la FSSPX dans le giron de l’Église romaine.

Jean-Marie Guénois livre une analyse intéressante de cette étape et, bien loin d’y voir un ultimatum de la part du Vatican, il y voit toujours la volonté de Benoit XVI de parvenir à la pleine réconciliation. Je ne doute pas de la bonne volonté du Pape. Je ne doute pas, a priori, de celle de Mgr Fellay. Mais enfin, on lit des choses sur le site de la Porte Latine assez effarantes de la part de gens qui disent vouloir revenir dans le giron de l’Église. J’y reviens.

Mais avant, essayons d’être plus précis. La FSSPX ne dit pas exactement qu’elle veut revenir dans l’Église. Puisque c’est la fraternité qui est fidèle au magistère de l’Église tandis que Rome est rongée par le modernisme émanant du concile Vatican II. Comment demander à des personnes de faire un pas alors qu’elles estiment que c’est à l’autre, qui s’est écartée, de le faire ? Tout le dilemme de la FSSPX est là. Comment revenir vers Rome, comment avoir un statut canonique reconnu, alors qu’elle estime que c’est à Rome de revenir à la situation prévalant avant Vatican II ?

Reste une réalité. C’est bien Mgr Lefebvre qui a franchi le rubicond en désobéissant à Jean-Paul II, c’est bien la FSSPX qui s’est bâtie sur une opposition, parfois farouche, au Pape.

Mais revenons à un autre événement, passé un peu inaperçu sans doute, et qui en dit long sur la volonté supposée de réconciliation.

Il se trouve que, récemment, un évêque a procédé à des confirmations dans une paroisse tenue par la FSSPX. Cela se passe en Corse, à Ajaccio. Alors que d’aucuns y verraient une heureuse initiative – un évêque acceptant de célébrer selon le rite saint Pie V dans une paroisse tradi – une partie du landernau tradi s’en offusque. Je ne vous détaillerai pas les différents arguments avancés par les uns ou les autres, allez faire un tour sur les forum tradis, c’est assez éloquent [1]. Trahison du curé de la FSSPX, piège tendu par l’évêque, manipulations, rien ne trouve grâce à leurs yeux. Mais bon, on le sait, sur un forum, les gens parlent, c’est comme au Café du Commerce, cela ne confère en rien d’une position officielle.

Mais voilà qu’hier (le 16 mars donc), le district de France de la FSSPX, en la personne de l’abbé de Cacqueray, a diffusé un communiqué, officiel celui-là. Vous y lirez la justification, le pourquoi du comment, les accusations d’affront, les prétendues incohérences, etc. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel est dans cette phrase :

(…) étant donné que nous ne reconnaissons pas la valeur et la sainteté de la messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire (…)

Oui, vous avez bien lu. On parle ici de la forme ordinaire de la célébration. De la forme utilisée par Benoit XVI pour célébrer.

Alors, me direz-vous, c’est peut-être une mauvaise formulation, des mots qui s’entrechoquent, qui s’assemblent mal et qui disent, finalement, pas tout à fait, voire le contraire, de ce qu’on voulait dire.

Sauf que cet argument est pensé, remâché, asséné par la FSSPX. Lors de ses vœux pour l’année 2011, l’abbé de Cacqueray avait longuement argumenté en ce sens. Il allait du reste plus loin. Les fidèles de la FSSPX étaient conseillés (et dans le milieu tradi, la frontière est ténue entre un conseil et un ordre) de ne pas assister aux messes, même célébrées selon le rite saint Pie V, si elles le sont par des prêtres n’appartenant pas à la FSSPX.

(…) il nous faut encore citer ces autres messes de saint Pie V célébrées à la faveur des indults successifs, puis finalement du motu proprio. Il est vrai que nous vous en déconseillons la fréquentation.

Alors donc, le pape viendrait-il lui-même célébrer la messe dans une paroisse voisine que ces bons, pardon vrais, catholiques préféreraient ne pas y assister. C’est précisément ce que je qualifie de dérive sectaire.

Vous comprendrez donc les réserves que j’évoquais en début de ce billet. Et je ne peux m’empêcher une question : comment Benoit XVI peut-il réagir quand il lit cette prose du supérieur du district de France de la FSSPX ?

  1. Notons cependant qu’hors FSSPX il y a tout de même des Tradis qui se réjouissent du geste : La Revue Item ou Riposte Catholique par exemple []

Sur le concile Vatican II

Je m'interrogeais dans cet article sur le caractère dogmatique ou non du concile Vatican II. Non pas que cette question soit d'une importance extrême pour vivre sa foi, je m'intéresse pour ma part assez peu de savoir quel est le sexe des anges. J'ai tant à faire pour essayer de vivre l'Evangile !

Cependant, n'écartons pas l'importance de cette question puisque les discussions entre le Vatican et la FSSPX tournent autour de ce point. Hors justement, un des arguments principaux des lefevristes est que le concile Vatican II est un concile uniquement pastoral, qu'il n'a énoncé aucun dogme [1], et donc que l'adhésion aux énoncés de ce concile est en quelque sorte facultative.

Une voix, dissonante, publiée dans l'Osservatore Romano, journal du Vatican, traite du sujet et dit à peu près le contraire de ce que dit la FSSPX. Ce texte est écrit par Mgr Ocáriz, vicaire général de la Prélature de l'Opus Dei. Il semble qu'il a participé lui-même aux discussions qui ont lieu depuis 2 ans entre le Vatican et la FSSPX.

En voici quelques extraits.

Tout d’abord, il ne semble pas inutile de rappeler que la visée pastorale du Concile ne signifie pas qu’il n’est pas doctrinal. Les perspectives pastorales se fondent, en effet, sur la doctrine, et il ne peut en être autrement.

Simple rappel de bon sens. L'Eglise n'a jamais énoncé autre chose que ce que les dogmes lui demandent de dire. On le lui reproche assez d'ailleurs, que ce soit sur le divorce ou la contraception.

Toutefois, le fait qu’un acte du Magistère de l’Église ne soit pas garanti par le charisme de l’infaillibilité ne signifie pas qu’il puisse être considéré comme « faillible », au sens où il transmettrait une « doctrine provisoire » ou encore des « opinions autorisées ».

C'est un des arguments que l'on lit souvent sur les forums tradis : puisque le Pape n'a pas engagé son infaillibilité, c'est donc qu'on peut faire fi de ce qu'il dit. Hors le dogme de l'infaillibilté n'a été promulgué qu'au Concile Vatican I (en 1870) : est-ce à dire que les conciles antérieurs ne valent rien ? Notons encore que l'infaillibilité n'a été invoquée qu'une seule fois pour définir le dogme de l'Assomption de la Vierge Marie en 1950.

Le Concile Vatican II doit non seulement être interprété à la lumière des documents magistériels précédents, mais certains de ces derniers sont également mieux compris à la lumière de Vatican II. Cela n’a rien de nouveau dans l’histoire de l’Église. Qu’on se rappelle, par exemple, que des notions importantes pour la formulation de la foi trinitaire et christologique utilisées au premier Concile de Nicée (hypóstasis, ousía) virent leur signification profonde précisée par les Conciles postérieurs.

Il est bon de rappeler certaines évidences : oui, l'enseignement de l'Eglise peut et doit s'interpréter à la lumière du passé, du présent et du futur. Rien n'est figé. Les situations politiques et sociétales sont aujourd'hui radicalement différentes de celles qui prévalaient il y a 500 ou 1000 ans. Remettre en perspective tel ou tel "dogme" ou enseignement est une nécessité intellectuelle et spirituelle. Mais c'est un chemin de foi.

 

Est-ce un signal que le Vatican vient d'envoyer à la FSSPX pour lui signifier qu'il y a des lignes à ne pas franchir ? C'est sans doute le cas. Gageons que la réponse des tradis ne se fera pas attendre. A suivre donc.

  1. je ne suis pas historien, mais il me semble que tous les conciles précédents ont énoncé au moins un dogme []

FSSPX : une réconciliation en vue ?

Voici 2 ans que débutèrent les discussions entre le Vatican et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Mercredi 14 septembre 2011, les conclusions de ces discussions ont été closes par un entretien entre la Congrégation de la doctrine de la foi et la FSSPX représentée, entre autres, par son supérieur général, Mgr Bernard Fellay.

Il n'y a en réalité que peu de choses à dire de cet entretien : le compte-rendu diffusé par le Vatican est bref et ne dévoile rien de ce qui s'est dit. Par contre, il dessine ce qui pourrait se passer dans les prochains mois.

Ce que l'on sait

Lors de la rencontre du 14, un document décrivant un "préambule doctrinal" a été remis à la FSSPX qui doit dire si elle l'accepte. La signature de ce document marquerait la volonté forte de réconciliation de la part de la FSSPX. Alors, une solution canonique pour la Fraternité serait mise en place par le Vatican afin qu'elle ait un statut clair et reconnu (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). A noter que l'ébauche de cette solution a été abordée lors de la réunion du 14."

L'interview de Mgr Fellay suite à cette rencontre n'apporte pas d'éléments précis si ce n'est cette phrase qui montre sans doute que rien n'est fait : "Aujourd’hui je dois à l’objectivité de reconnaître qu’on ne trouve pas, dans le préambule doctrinal, une distinction tranchée entre le domaine dogmatique intangible et le domaine pastoral soumis à discussion." Hors, l'un des leitmotiv de la FSSPX concernant Vatican II est de considérer que ce n'est qu'un concile pastoral (et non pas dogmatique) et qu'il est donc criticable à loisir [1].

Les points importants

Benoit XVI continue donc sa politique des bras ouverts et montre qu'il s'est pleinement engagé dans cette voie étroite de la réconciliation. Tous les catholiques doivent donc le soutenir dans cette démarche. J'ai lu sur un forum que le Pape passait l'éponge après s'être fait insulté par les Tradis. Les insultes, reconnaissons-le, sont rares [2]. Tout démarche de pardon et de réconciliation est coûteuse. Le Pape, à l'image du Christ, s'est engagé dans cette voie, je pense que la FSSPX aussi.

Beaucoup de traditionalistes ont crié victoire en lisant ceci : "(…) tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l'étude et l'explication théologique d'expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère successif." [3] en y voyant une remise en cause de Vatican II. Je ne lis pas cela dans cette phrase, tout au plus une confirmation que les grands textes de ce grand concile peuvent être discutés et doivent être expliqués.

Et demain ?

Alors, maintenant, que va-t-il se passer ? La FSSPX doit se positionner rapidement sur le préambule, avant quelques mois. Si j'en crois J.M Guénois, journaliste au Figaro qui tient un blog, le Pape n'ira pas plus loin parce qu'il est allé au bout de ce qu'il peut proposer. La FSSPX a donc une occasion unique de revenir dans l'Eglise, avec un statut canonique avantageux. [4]

Mais que veut la FSSPX ? Comme beaucoup, j'ai été intrigué par cette diatribe contre le Saint-Père à propos de la prochaine rencontre inter-religieuse qui doit se tenir à Assise le 27 octobre 2011, diatribe plubliée le 12 septembre 2011 par l'abbé de Cacqueray, supérieur du district de France, avec l'imprimatur de Mgr Fellay. Peut-on imaginer un risque de scission au sein de la FSSPX si Mgr Fellay signe le préambule ? Si risque il y a, va-t-il privilégier l'unité de sa Fraternité à la pleine réconciliation avec le Vatican ?

Prions pour que l'Esprit-Saint guide tous les protagonistes et inspirent les décisions qu'ils vont devoir prendre dans les prochaines semaines.

 

  1. il semblerait que le concile Vatican II ne soit pas qu'un concile pastoral, c'est un point que je vais vérifier quand j'en aurais le temps []
  2. j'ai entendu parler d'un dessin paru dans le Chardonnet, journal de l'église St-Nicolas du Chardonnet, montrant que le Pape était inspiré par Satan : si cela est vrai, cette parution déshonore leurs auteurs []
  3. cf. le communiqué du Vatican []
  4. par exemple, calqué sur celui de l'Opus Dei, en ne dépendant que du Pape lui-même. []

Les Traditionalistes (3/3)

Différences de fond

J’ai voulu aborder en premier la liturgie, essentiellement parce que c’est souvent sur ce seul aspect que les différences sont vues entre les Traditionalistes et les catholiques en communion avec Rome. Pourtant, on peut dire que la liturgie n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg, tant des désaccords importants, voire définitifs, ont trait au « fond », c’est-à-dire à la façon dont l’Église doit être conduite.

Je ne saurais faire par moi-même l’étalage de toutes les différences. Je peux néanmoins en donner quelques unes, celles qui sont les plus mises en avant et qui, sans doute, posent le plus de problème.

Le Concile Vatican II

​​Pour la FSSPX, le concile Vatican II est honni car source de tous les maux affectant l’Église. Il serait trop long de répertorier tous les points de désaccord. En fait, je crois que tout est désaccord et je ne pense pas qu’il y ait un seul point qui ait trouvé un agrément. Selon eux, le concile Vatican II vient contredire 2000 ans de magistère de l’Église et donc promeut l’erreur. Il est le symbole du modernisme qui aurait gagné l’Église.

L’ouverture au monde, la liberté religieuse, l’oecuménisme sont autant de pierres d’achoppement. Que dit le concile Vatican II, que beaucoup de gens, dont moi-même, connaissent finalement assez mal ? Dans Lumen Gentium, par exemple : « En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel » [1]. Inacceptable pour les Traditionalistes. Les documents de base de Vatican II (les constitutions) sont complétés par des déclarations. Il est intéressant de lire Nostra Aetate ((Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes)) et Dignitatis Humanae ((Déclaration sur le liberté religieuse)).

Quant à la position prise par la FSSPX, une documentation fournie est mise à disposition, que je vous laisse découvrir pour en savoir plus.

Théocentrisme versus anthropocentrisme

J’ai longtemps cru que la question liturgique n’était qu’une question de sensibilité, voire de nostalgie. J’ai connu beaucoup de personnes lorsque j’avais 10-15 ans (donc vers la fin des années 70) qui disaient être heureuses de retrouver les messes de leur enfance. Mais le problème de la liturgie dépasse largement les points évoqués ci-avant. L’un des reproches les plus virulents émanant destradis contre Vatican II, c’est d’avoir trop mis l’homme au centre de toute chose et, par là même, d’avoir reléguer Dieu à l’arrière-plan. Que l’attention soit portée aux autres et, rapidement, on se fait affubler de l’attribut « droit-de-l’hommiste », vraie insulte dans la bouche d’un tradi. L’ouverture au monde, la prise en compte des cultures et du contexte des autres pays est aussi très mal perçue. C’est ainsi que la rencontre d’Assise est considérée comme un mal absolu – j’y reviens plus loin.

J’ai le sentiment que, selon les Tradis, donner la primeur à l’homme revient à abaisser Dieu. Doit-il y avoir une limite entre le souci que l’on doit à l’autre et celui que l’on doit à Dieu ? Quels sont les deux plus grands commandements que Jésus nous a enseigné ? L’amour de Dieu et l’amour du prochain. Les deux sont indissociables. Pour moi, se soucier du sort de l’émigré, des roms, de mon voisin, de mon collègue, ne m’éloigne pas de Dieu (au contraire dirai-je). Alors pourquoi ce raidissement ? Probablement parce que des considérations politiques viennent se greffer, que de se préoccuper des droits des autres avant de leurs devoirs est le signe d’un gauchisme invétéré, ce qui est inenvisageable pour un Tradi, forcément de droite.

La nostalgie d’un monde révolu

Au fond, derrière l’appel à la Tradition, se cache aussi la nostalgie d’un monde révolu, que d’ailleurs beaucoup n’ont pas connu d’ailleurs. Nostalgie d’un monde où l’Église était omniprésente, où rien ne se décidait sans qu’elle ait au minimum son mot à dire, où le cosmopolitisme religieux n’existait pas. Le monde a changé, c’est un fait. Il prend un chemin que beaucoup de catholiques regrettent. Faut-il pour autant rester cramponner à une idée un peu biaisée du passé ? N’est-ce pas un poncif que de croire que c’était forcément mieux avant ? Il est vrai que certains vont encore plus loin, en semblant regretter le temps des croisades ou celui de la royauté.

Les discussions avec Rome et Benoît XVI

BenoÎt XVI a engagé des discussions avec la FSSPX sur Vatican II. Il semble que ces discussions, débutées fin 2009, soient achevées mais personne ne semble en connaître les conclusions. Vont-elles déboucher sur une prélature personnelle de la FSSPX, à l’instar de l’Opus Dei ? Comment la rattachement à Rome et Vatican peut-il se faire quand des propos très durs sont tenus régulièrement ? Nous verrons bien…

Deux blocages parmi d’autres

Les rencontres d’Assise

Ces rencontres inter-religieuses ont eu lieu dans la ville d’Assise, à l’initiative de Jean-Paul II, en 1986, 1993 et 2002. Benoît XVI en a prévu une à l’automne 2011.​ Inutile d’insister sur ce que peuvent en dire les fidèles de la FSSPX : rien moins qu’un scandale, le Pape étant forcément dans l’erreur. Rabaisser la religion catholique au même niveau que les religions du monde est inacceptable, alors même qu’il faudrait les convertir. Qu’en a dit le bienheureux Jean-Paul II ? « Le fait que nous sommes ici n’implique aucunement une intention de recherche un consensus religieux parmi nous ou négocier nos convictions et notre foi. Il ne signifie pas non plus que les religions soient réconciliées dans un engagement commun dans le cadre d’un projet mondialisé qui les dépasserait toutes.Pas plus que c’est une concession au relativisme religieux, parce chaque être humain doit sincèrement suivre sa conscience avec l’intention de rechercher et d’obéir à la Vérité. Notre réunion atteste seulement – et c’est sa signification réelle pour les gens de notre temps – que dans la grande bataille pour la paix, l’humanité, dans sa grande diversité, doit puiser de ses plus profondes et vivifiantes sources où la conscience est formée et sur laquelle est fondée l’action morale de tous. » [2]

​​La béatification de Jean-Paul II

La récente béatification de Jean-Paul II a rappelé la distance entre les Tradis de la FSSPX et le Vatican. En début de pontificat, beaucoup ont cru que Benoît XVI serait bienveillant et conciliant avec eux. La levée des excommunications, le motu proprio, l’engagement de discussions théologiques allaient dans ce sens. Mais, si j’ose dire, la lune de miel est finie, et nombreux sont ceux, sur les divers forums ou blogs, qui expriment leur déception, pour ne pas dire plus.

Le coup de poignard – avant celui d’Assise 2011 – a été la béatification de Jean-Paul II dont nous voyons à quel point il a été et est détesté par la FSSPX. Sans doute parce qu’il refusa d’autoriser MgrLefebvre à ordonner des évêques. Que ce pape ait pu être déclarer bienheureux est une sorte d’affront à cette communauté qui ne peut plus se permettre de transiger en rien. Si Jean-Paul II est réellement bienheureux, c’est-à-dire que par son intercession Dieu a donné un signe aux hommes, comment pouvoir le critiquer sur tel ou tel point ? Comme j’ai pu montrer à quel point le miracle attribué à Jean-Paul II était la pierre d’angle, la FSSPX a émis le doute sur le miracle même, Dieu et la FSSPX ne pouvant pas se tromper tous les deux…

Pour conclure

​​De par mon passé, je me sens toujours lié, un peu, à cette communauté qui m’intringue, parfois me fascine, mais qui trouve souvent bien peu grâce à mes yeux. Pourtant, comme beaucoup, j’aimerais des relations pacifiées, charitables comme celles qui devraient s’établir entre frères dans le Christ.

Avouons qu’il est difficile de discuter avec des gens qui, parce que vous êtes de l’Église (conciliaire), voit en vous un moderniste invétéré, doublé d’un gauchiste au minimum latent, triplé, si votre compte y est, d’un quasi apostat. Tant que les Tradis continueront de se croire seuls détenteurs de la vérité, seront aussi hautains que certains peuvent l’être, passeront leurs temps à critiquer le Pape, tel ou tel évêque ou prêtre, j’aurais du mal à aller très loin dans une relation fraternelle.

Soyons clair. Il y a des gens très bien chez les Tradis, qui vivent vraiment et sincèrement leur foi, dans un esprit de charité tout à fait remarquable. Mais une grande partie a quand même l’esprit belliqueux et bien peu charitable. La lecture des forums tradis étant, à ce titre, fort instructive.

Quelques sites du Tradiland

Les Tradis sont présents sur la toile. Toutes les tendances sont représentées. Les Tradis n’hésitent pas non plus à aller sur des sites « modernistes » (La Croix par exemple) afin de porter « la bonne parole ». La réciproque – c’est-à-dire l’acceptation dans leurs lieux de discussion des catholiques conciliaires est rarement de mise. Enfin, la lecture régulière du Forum Catholique montre qu’ils sont peu tendres « entre eux », l’invective forte, l’insulte pas toujours très éloignée. Je suis d’ailleurs étonné de voir qu’ils n’hésitent pas donner une telle image d’eux mêmes. Sans doute pour, ensuite, aller mieux faire la leçon aux autres.

  • Le Forum Catholique : célèbre forum qui a plus de 10 ans d’existence mais qui voit s’affronter deux tendances parmi les Tradis, ceux qui soutiennent le Pape, et ceux qui soutiennent la FSSPX ; le forum a été fermé temporairement suite aux excès de certains, puis rouvert avec des règles de modérations apparemment plus strictes ; les débats en sont depuis plus pacifiques mais n’ont pas été agréées pas tous
  • le forum FECIT : mécontents de l’évolution du webmestre du FC concernant la modération de certains propos tenus (contre le Pape par exemple), des anciens membres ont décidé d’ouvrir un forum dont la forme est très proche du FC
  • La Porte Latine, site officiel français de la FSSPX
  • DICI, organe de communication de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X
  • ​le blog de l’abbé Laguérie, avec une fréquence de parution assez lâche; l’abbé Laguérie, ancien curé de St Nicolas du Chardonnet, membre alors de la FSSPX, en a été exclu pour une raison que j’ignore
  • Le Salon Beige, tenu par des laïcs catholiques, orientés à droite, voire plus
  •  et bien d’autres encore…

Mise à jour du 15 juillet 2011

  • modification de la description du forum FECIT
  1. Lumen Gentium, chapitre II « Le Peuple de Dieu », article 16 « Les Non-Chrétiens » []
  2. traduit par mes soins à partir du texte anglais publié sur le site du Vatican []