Le scandale de la pédophilie dans l’Église

La récente émission « Cash Investigation » a remis en lumière le scandale de la pédophilie dans l’Église. Oui, il s’agit d’un scandale et, oui, l’Église n’en a pas encore fini avec ce scandale. J’ai relu ce billet de 2010, et j’ai malheureusement le sentiment que peu de progrès ont été accomplis…

Tordons d’abord le coup aux critiques concernant le format de l’émission elle-même. Oui, le ton est parfois, trop souvent même, arrogant. Oui, la façon qu’a Élise Lucet de demander des comptes en 2 secondes, sur des dossiers éminemment complexes, est agaçante. Oui, il y a un petit côté « procureur » de la part des journalistes dont on sent bien qu’ils aimeraient rendre la justice, là, tout de suite. Oui, on sent bien que le montage de l’émission est parfois à charge. Oui, tout cela est vrai et tout cela est agaçant.

Mais cela pèse-t-il devant les faits rapportés ? La forme de l’émission est peut-être à revoir, mais est-ce une raison pour persévérer dans le déni de la pédophilie au sein de L’Église ?

La pédophilie, une faute immense

L’Église, on le sait, n’est pas parfaite. Les prêtres sont des hommes, et donc des hommes faillibles. Oui, l’Église prône le pardon et la miséricorde. Malheureusement, de tout cela, je vois surtout un amalgame indigeste et répugnant : Indigeste pour la grande majorité des catholiques, répugnants pour les victimes.

Alors reprenons dans l’ordre.

La faute vient évidemment d’abord de celui qui viole (et les attouchements entrent dans la catégorie « viol »). On ne pourra sans doute jamais éviter ce genre de déviance au sein de l’Église. Une meilleure formation et un meilleur discernement doivent permettre de limiter en nombre le nombre de prêtres ayant ces penchants, mais il y en aura toujours qui passeront les mailles du filet, ne soyons pas naïfs. Par contre, il est inadmissible que, dans la hiérarchie, certains fassent tout pour camoufler, étouffer, au nom du pardon et de la deuxième chance. Cette façon de faire est révoltante et manque gravement à la justice : en étouffant une affaire, on renvoie l’agresseur et l’agressé dos à dos, ce qui est bien peu miséricordieux. Donner systématiquement la priorité au prêtre, à son image, à l’image de l’institution, sont autant de crachats lancés à la face des victimes qui, elles, n’ont finalement.pour seule voie que celle du silence.

Le reportage a démontré, de façon convaincante, les transferts de prêtres dans d’autres diocèses et dans d’autres pays afin de les soustraire à la justice. Là aussi, quelle honte !

A l’argument du « ce sont des hommes, ils sont donc faillibles », une seule réponse : la justice des hommes doit alors s’appliquer sans sourciller et je ne vois aucune raison qui justifierait de s’y soustraire.

La miséricorde et la pardon. Oui, l’Église s’honore, à la suite de Jésus et du message évangélique, de mettre en avant la miséricorde et le pardon. Mais de grâce, arrêtons de dévoyer ces 2 principes. La miséricorde doit d’abord, et en premier lieu, s’adresser aux victimes. En contribuant à nier les faits, à camoufler, à étouffer, agit-on comme le Christ le souhaiterait ? Le pardon doit d’abord être demandé aux victimes : « Pardon, mille fois pardon, qu’en notre sein vous ayez eu à subir l’infâme ! ».

Faut-il alors, comme le voudrait certains, que la miséricorde et le pardon ne s’appliquent pas aux fautifs ? Bien sûr que non. Oui, le prêtre pédophile a droit, lui aussi, à être pardonné et à recevoir la miséricorde de Dieu et des hommes. Mais est-ce vraiment lui rendre service que de le soustraire à la justice en le transférant d’Afrique en Italie, ou de France vers l’Argentine ? Dans le reportage, on voyait 2 journalistes annoncer à un prêtre pédophile, « planqué » dans une maison religieuse, qu’une de ses victimes africaines s’était suicidée… Dites-moi où est la miséricorde dans ce cas ? J’ai pour ma part du mal à la voir.

Reste le besoin, comme cela a été dit dans le reportage, de ne pas laisser dans la nature des gens dont la perversité s’est déjà manifestée. La responsabilité suppose donc une étroite coopération entre la justice civile et l’institution ecclésiale.

Lutte contre la pédophilie, tout reste à faire

Nous, catholiques, ne nous voilons pas la face. Il reste un travail énorme au sein de l’Église pour que, plus jamais, on puisse dire qu’Elle protège les violeurs d’enfants. La pédophilie est une abjection. Camoufler des faits pédophiles est une autre abjection. Comment l’Église qui peut (ou a pu) avoir un discours « moraliste » sur les mœurs a-t-elle pu faire preuve de tant de mansuétude envers les prêtres pédophiles ? Corporatisme malsain ? Refus de la justice des hommes ? Incompréhension de la gravité de la faute ? Cela reste un mystère pour moi.

En préambule, je disais que peu de progrès ont été accomplis. C’est injuste. Une lente prise de conscience émerge peu à peu. On trouve une page dédiée sur le site de l’Église Catholique en France. Mgr Barbarin a demandé publiquement pardon pour ses fautes en tant que responsable. Pour ce qui est du diocèse de Toulouse, une cellule d’écoute pour les victimes ou les témoins a été récemment mise en place. Ces cellules d’écoute, mise en place dans de nombreux diocèses, semblent commencer à porter du fruit, comme en témoigne cet article.

Mais c’est encore, malheureusement, insuffisant et, semble-t-il, encore bien peu répandu dans d’autres pays ou continents.

La lettre pastorale du Pape aux catholiques d’Irlande

Face au scandale qui éclabousse l’Église d’Irlande – et d’autres pays – le Saint-Père a décidé de réagir en envoyant une lettre pastorale aux catholiques irlandais.

Cette lettre est disponible sur le site du Vatican ou ici.

Cette lettre est sans concession : elle dit l’horreur des actes commis, la honte ressentie par toute l’Église et le mal fait aux victimes ainsi que l’opprobre jeté sur toute la Communauté du Christ.

Fait nouveau, en tout cas affirmé avec force : ceux et celles qui ont abusé des enfants doivent répondre de leurs actes, devant Dieu, bien sûr, mais aussi devant les hommes (« Dans le même temps, la justice de Dieu exige que nous rendions compte de nos actions sans rien cacher. Reconnaissez ouvertement vos fautes, soumettez-vous aux exigences de la justice, mais ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. »)

Cette lettre ne résoudra pas tout, mais elle me semble être une voie vers la paix, en disant les responsabilités de chacun, de ceux et celles qui ont fauté, de ceux et celles qui ont tu, en demandant explicitement à entrer dans une démarche de pardon (« Je vous exhorte à examiner votre conscience, à assumer la responsabilité des péchés que vous avez commis et à exprimer avec humilité votre regret. »)

Certaines blessures ne guériront que très lentement. Nous pouvons confier dans nos prières toutes les victimes et tous ceux et celles qui ont sali ces enfants.

Désinformation ?

Hier après-midi, je surfe sur internet et je tombe sur le site de l’hebdomadaire Le Point. Sur la page d’accueil (l’article a disparu depuis), on lit « Benoit XVI a hébergé un prêtre pédophile présumé« . Diantre. Je me dis qu’effectivement, se compromettre avec un pédophile, par les temps qui courent, est dangereux et choquant. Encore que Jésus s’est affiché avec des prostituées et des gens de mauvaise vie. Je clique sur l’article en question : tiens, le titre a changé. Il devient « En 1980, Benoît XVI a hébergé pour thérapie un prêtre pédophile présumé dans son archevêché« . C’est différent. Benoit XVI n’était pas Benoit XVI, un archevêché, c’est grand, et en plus, ce n’était pas pour le cacher, mais pour lui faire suivre une thérapie. On est déjà moins dans le sensationnel.

Que lit-on dans l’article ? Que le prêtre pédophile a été condamné pour des faits qui se sont déroulés en juin 86. Que J. Ratzinger n’était plus archevêque depuis 1982. Que Mgr Gruber assume entièrement la responsabilité de la décision, à laquelle a été associée pourtant J. Ratzinger. En tant qu’archevêque, cela paraît normal. Que s’était-il passé avec ce prêtre avant 1980 ? On n’en sait rien. Donc, la décision de lui offrir un moyen de se guérir était peut-être la bonne. Je n’excuse pas, évidemment, ces agissements. Mais j’en ai marre des amalgames honteux et quasi-systématique que les journaux font concernant Benoit XVI. Un peu d’honnêteté !

Célibat des prêtres

Comme j’ai eu l’occasion d’en parler dans un billet précédent, établir un lien entre des actes pédophiles et le célibat des prêtres me paraît hasardeux, pour ne pas dire idiot. Car finalement, cela reviendrait à dire que le célibat des prêtres est forcément mal vécu, que, non seulement ce célibat ne pourrait être tenu dans le temps, mais que cela ne pourrait se traduire, au mieux, que par une attirance vers les enfants, au pire par un passage à l’acte.

Il y a des exemples de prêtres qui n’ont pas tenu cet engagement : ils ont quitté l’église ou, pour certains, ont mené une double vie, avec une femme, souvent restée dans l’ombre, avec qui, parfois, ils ont eu des enfants. Que l’engagement du célibat soit difficile à tenir, je veux bien le croire et j’imagine qu’il n’y pas un seul prêtre qui, à un moment ou à un autre de sa vie, n’a pas éprouvé un moment de solitude affective et rêvé d’une vie maritale. Et que ces considérations-là mènent au questionnement du célibat est acceptable.

Mais qu’un évêque renommé (l’archevêque de Vienne) fasse le lien entre la pédophilie et le célibat m’attriste un peu, tant la réalité est fausse : combien de pédophiles sont mariés, ont une vie familiale en apparence sereine ? Et puis franchement, c’est avoir au fond une bien piètre idée du mariage que de le voir comme rempart éventuel à des pulsions pédophiles.

Je suis, évidemment, attristé et un peu abasourdi par ces cas révélés de pédophilie dans l’Église allemande, autrichienne ou des Pays-Bas, après ceux aux États-Unis – il y a déjà 10 ans – et en Irlande. La tache sur l’Église est immense et il faudra plus d’un pontificat pour trouver des remèdes afin que cessent ces scandales, trop souvent étouffés par le passé.

Benoit XVI – encore une fois attaqué frontalement – soutient le clergé allemand qui veut faire la lumière. Il le faut. Et nous savons déjà qu’il faudra énormément de temps pour réparer l’irréparable.

Pédophilie

Certes, l’Église a le souci du pardon et du repentir. Certes, par son attitude, elle a peut-être permis à certaines brebis égarées de se remettre dans le droit chemin. Mais en choisissant le silence quasi systématiquement, elle a fait un tort considérable, à tous.

D’abord aux victimes. Il est sans doute peu de fautes aussi lourdes que celles qui consistent à blesser l’intimité des plus fragiles. Et quoi de plus fragiles que des enfants ou de jeunes adolescents. Jésus a eu des paroles très lourdes : « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer » (Mt 18, 6) ». Qu’elles soient faites dans un cadre familial, scolaire ou ecclésial, ces blessures sont toujours perpétrées en se cachant derrière la confiance que des enfants peuvent avoir envers leurs éducateurs. Et cela ajoute encore à l’infamie. Ces vies sont brisées à jamais et nous ne pouvons qu’être peu enclins à la clémence. Le silence des autorités ajoute encore de la souffrance à la souffrance et cela aussi semble inexcusable.

Ensuite aux fautifs. Car, pour bon nombre d’entre eux, le silence a sans doute eu valeur de quitus. Et les a sans doute peu amené à un changement radical de comportement. Dans les terribles cas qui ont touché l’église d’Irlande, certains prêtres fautifs ont été déplacés, mais ont gardé des fonctions auprès d’enfants. Il y a là une incompréhension dans cette attitude nonchalante des autorités. Sans le silence, ces prêtres auraient été protégés d’eux-mêmes et auraient sans doute eu plus facilement les moyens de s’amender complètement.

Enfin, ce silence pèse sur l’Église. Car qu’entend-on aujourd’hui ? Que cette église est décidément bien indulgente – pire, elle couvre des crimes – avec certaines fautes, tout en étant très stricte sur d’autres, en apparence mineures. Et j’avoue avoir moi-même du mal à comprendre cette distorsion des sentences. Chaque fois qu’un prêtre est accusé de pédophilie – et si les faits sont avérés -, l’Église tout entière souffre, et elle est souvent accusée par ceux qui ne rêvent que de la mettre bas. Si en plus, elle cache, elle tait le plus infâme, il reste alors peu de gens, même parmi les fidèles, qui peuvent la soutenir.

C’est pourquoi je trouve l’attitude du Pape réconfortante. En convoquant les évêques irlandais, en leur demandant de réparer les fautes, de tout faire pour que ces fautes ne puissent plus se reproduire, en mettant les gens face à leurs responsabilités, il œuvre pour une institution plus charitable encore – elle l’est déjà – où l’être humain a toute sa place.

Pour finir, je voudrais dire un mot sur certains amalgames :

  1. pour un prêtre pédophile, 99 autres sont des éducateurs hors pair (c’est-à-dire qu’ils permettent l’épanouissement des enfants), dévoués et dont le comportement ne souffre aucune critique,
  2. il n’y a pas plus de prêtres pédophiles, proportionnellement, que d’instituteurs ou autres éducateurs qui souffrent de cette déviance,
  3. par là même, il n’y a donc pas de cause à effet entre le célibat des prêtres et la pédophilie.

En ces temps où l’on dit tout et n’importe quoi sur n’importe qui, il me semble important de le préciser.