Sur mon calepin – 10

photo_calepinsDescendre vers Noël – On parle souvent, pendant le temps de l’Avent, de la montée vers Noël. Certes, le mot « montée » parle à l’âme et au cœur, il tend à nous élever de notre vie parfois si superficielle. Pourtant, le mystère de la naissance du Christ s’apparente parfois plus à une descente. Point de magnificence dans la naissance de cet enfant dont les parents n’ont même pas trouvé de place dans la salle communale. Point de faste, point d’apparat. Il naît dans une étable, à l’écart. Ce sont les bergers qui sont avertis les premiers, eux les pauvres parmi les pauvres. Tout n’est qu’humilité dans cette naissance, tout n’est que simplicité. Cette naissance de ce Dieu qui a consenti à épouser la vie humaine nous fait descendre d’un cran et nous invite à chasser l’orgueil, le faste et la superficialité de nos vies. Plus tard, Jésus dira à ses apôtres : « Qui m’a vu a vu le Père ». Eh bien le Père est là, dans cette mangeoire, entouré de ses parents et de quelques bergers, à l’écart des villageois qui n’ont pu ou voulu lui faire une place. Dieu est là, dans le dénuement et la pauvreté. Ayons l’audace de descendre en nous-même pour retrouver ces valeurs fondamentales. C’est alors que nous pourrons espérer être élevé.

Curie – Le monde médiatique s’est emparé avec gourmandise des vœux au lance-flamme que le pape François a adressé à la curie. Certains s’en réjouissent et trouvent ça génial. D’autres regrettent que le pape jette l’anathème, publiquement, sur les membres de cette curie. Difficile de savoir, à distance, pourquoi le pape a considéré qu’il fallait que ses propos soient entendus de l’extérieur. Veut-il donner un coup d’accélérateur à la réforme de la curie ? Rencontre-t-il tant de difficultés qu’il lui faille essayer de trouver des relais externes ? Faisons lui simplement confiance et continuons, puisqu’il nous le demande si régulièrement, de prier pour lui. Le vrai problème, me semble-t-il, n’est pas tant dans les propos du pape que dans le fait que leur teneur ne nous étonne pas vraiment. C’est bien malheureusement l’idée que l’on se fait de la curie qui est devenue une bureaucratie, un lieu de pouvoir et de magnificence. Et pour cette curie, comme pour nous, il y a lieu de méditer le mystère de la Nativité, et de descendre de son propre piédestal.

Violence – Trois hommes viennent de commettre des actes violents à quelques heures d’intervalle les uns des autres. L’un des lascars était clairement en lien avec la mouvance islamiste. L’autre relève de la psychiatrie. Le dernier n’avait semble-t-il aucun lien avec l’islam. Et dans ces temps où certains nous annoncent la guerre civile à court ou moyen-terme avec une gourmandise douteuse (ou comme le dit très bien Koz dans son dernier billet : « s’agit-il d’une prophétie à regret, ou d’une prophétie impatiente ?« ), d’aucuns se sont précipités à voir dans ces 3 actes – décorrélés les uns des autres – le début d’une attaque massive des islamistes contre la France. Malheureusement, il est à craindre que le jour où ils voudront nous faire mal, ils emploieront d’autres moyens. Kadhafi, que je sache, n’a pas envoyé des gugusses dans les commissariats, il a préféré faire exploser un avion en plein vol. Mais il faut croire que le pauvre Zemmour, nouveau martyr de la cause identitaire, a bien préparé le terrain. Le FN et ses aficionados me font penser à ces gens anxieux et pessimistes de nature qui croient toujours qu’un problème va arriver. On ne sait plus d’ailleurs si c’est une crainte ou si cela devient un espoir secret : celui de pouvoir dire « Vous voyez, j’vous l’avais bien dit ».

Sur ce constat bien peu réjouissant, pensons aux Chrétiens d’Orient qui savent, eux, ce que c’est que de vivre terrorisé et privé de tout. Et penchons-nous sereinement et plein d’espérance vers l’auge remplie de paille : les lendemains ne sont pas forcément sombres. Joyeux et saint Noël à toutes et tous !

Sa Sainteté François 1er

 

J'aime bien que les favoris annoncés n'aient pas été élus, montrant par là l'indépendance d'esprit des cardinaux.

 

J'aime bien que le nouveau pape vienne d'Amérique du Sud, cassant l'eurocentrisme narcissique, et montrant au monde où est le dynamisme de l'Eglise.

 

J'aime bien que le nouveau pape soit jésuite, bel ordre, si décrié parfois, pour qui j'ai une estime toute particulière ; un arrière-grand-oncle jésuite et mon admiration pour le père Varillon n'y sont sans doute pas étrangers.

 

J'aime bien ce nom choisi de François, le prénom d'un des plus grands saints du catholicisme, et augurant d'une nouvelle ère pour l'Eglise, plus proche des pauvres, des petits et des faibles.

 

J'aime bien la cordialité de ce nouveau pape, sa simplicité et, de là, une empathie presque immédiate.

 

J'aime bien que ce nouveau pape ait demandé à la foule de prier avec lui et pour lui.

 

Très saint Père, je vous aime déjà bien…

La dérive sectaire de la FSSPX

Une nouvelle étape a été franchie aujourd’hui dans les relations entre Rome et la FSSPX, après la rencontre entre Mgr Fellay (FSSPX) et Mgr Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi le 16 mars 2012. La FSSPX est appelée à clarifier sa réponse sur le préambule doctrinal, texte sur lequel les deux parties doivent s’accorder avant d’entamer une autre étape qui verrait le retour « plein » de la FSSPX dans le giron de l’Église romaine.

Jean-Marie Guénois livre une analyse intéressante de cette étape et, bien loin d’y voir un ultimatum de la part du Vatican, il y voit toujours la volonté de Benoit XVI de parvenir à la pleine réconciliation. Je ne doute pas de la bonne volonté du Pape. Je ne doute pas, a priori, de celle de Mgr Fellay. Mais enfin, on lit des choses sur le site de la Porte Latine assez effarantes de la part de gens qui disent vouloir revenir dans le giron de l’Église. J’y reviens.

Mais avant, essayons d’être plus précis. La FSSPX ne dit pas exactement qu’elle veut revenir dans l’Église. Puisque c’est la fraternité qui est fidèle au magistère de l’Église tandis que Rome est rongée par le modernisme émanant du concile Vatican II. Comment demander à des personnes de faire un pas alors qu’elles estiment que c’est à l’autre, qui s’est écartée, de le faire ? Tout le dilemme de la FSSPX est là. Comment revenir vers Rome, comment avoir un statut canonique reconnu, alors qu’elle estime que c’est à Rome de revenir à la situation prévalant avant Vatican II ?

Reste une réalité. C’est bien Mgr Lefebvre qui a franchi le rubicond en désobéissant à Jean-Paul II, c’est bien la FSSPX qui s’est bâtie sur une opposition, parfois farouche, au Pape.

Mais revenons à un autre événement, passé un peu inaperçu sans doute, et qui en dit long sur la volonté supposée de réconciliation.

Il se trouve que, récemment, un évêque a procédé à des confirmations dans une paroisse tenue par la FSSPX. Cela se passe en Corse, à Ajaccio. Alors que d’aucuns y verraient une heureuse initiative – un évêque acceptant de célébrer selon le rite saint Pie V dans une paroisse tradi – une partie du landernau tradi s’en offusque. Je ne vous détaillerai pas les différents arguments avancés par les uns ou les autres, allez faire un tour sur les forum tradis, c’est assez éloquent [1]. Trahison du curé de la FSSPX, piège tendu par l’évêque, manipulations, rien ne trouve grâce à leurs yeux. Mais bon, on le sait, sur un forum, les gens parlent, c’est comme au Café du Commerce, cela ne confère en rien d’une position officielle.

Mais voilà qu’hier (le 16 mars donc), le district de France de la FSSPX, en la personne de l’abbé de Cacqueray, a diffusé un communiqué, officiel celui-là. Vous y lirez la justification, le pourquoi du comment, les accusations d’affront, les prétendues incohérences, etc. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel est dans cette phrase :

(…) étant donné que nous ne reconnaissons pas la valeur et la sainteté de la messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire (…)

Oui, vous avez bien lu. On parle ici de la forme ordinaire de la célébration. De la forme utilisée par Benoit XVI pour célébrer.

Alors, me direz-vous, c’est peut-être une mauvaise formulation, des mots qui s’entrechoquent, qui s’assemblent mal et qui disent, finalement, pas tout à fait, voire le contraire, de ce qu’on voulait dire.

Sauf que cet argument est pensé, remâché, asséné par la FSSPX. Lors de ses vœux pour l’année 2011, l’abbé de Cacqueray avait longuement argumenté en ce sens. Il allait du reste plus loin. Les fidèles de la FSSPX étaient conseillés (et dans le milieu tradi, la frontière est ténue entre un conseil et un ordre) de ne pas assister aux messes, même célébrées selon le rite saint Pie V, si elles le sont par des prêtres n’appartenant pas à la FSSPX.

(…) il nous faut encore citer ces autres messes de saint Pie V célébrées à la faveur des indults successifs, puis finalement du motu proprio. Il est vrai que nous vous en déconseillons la fréquentation.

Alors donc, le pape viendrait-il lui-même célébrer la messe dans une paroisse voisine que ces bons, pardon vrais, catholiques préféreraient ne pas y assister. C’est précisément ce que je qualifie de dérive sectaire.

Vous comprendrez donc les réserves que j’évoquais en début de ce billet. Et je ne peux m’empêcher une question : comment Benoit XVI peut-il réagir quand il lit cette prose du supérieur du district de France de la FSSPX ?

  1. Notons cependant qu’hors FSSPX il y a tout de même des Tradis qui se réjouissent du geste : La Revue Item ou Riposte Catholique par exemple []

Lumière du monde

Je viens d'achever la lecture du livre Lumière du monde. Comme vous le savez, il s'agit d'un livre d'entretiens entre Benoît XVI et Peter Seewald, journaliste allemand. Ce livre a eu du retentissement parce que le Pape évoque la question du préservatif en des termes assez nouveau. Je m'en étais fait l'écho dans ce billet. Je n'y reviendrais donc pas.

Car l'intérêt du livre est ailleurs. C'est la première fois qu'un Pape accepte de répondre au jeu des questions et des réponses et qu'il se livre ainsi à évoquer ce qui est sa vie, sa charge, son apostolat. Il faut préciser, bien sûr, que Benoît XVI ne parle pas en tant que pape, mais en tant que Joseph Ratzinger. Ce qui permet à certains de décréter qu'il peut dire ce qu'il veut, cela n'engage que lui et non pas l'Église. Certes. Mais j'ai tendance à donner du prix à la parole de celui qui est le successeur de saint Pierre, quelque soit le contexte dans lequel il la donne.

Ce jeu des questions et des réponses est d'autant plus intéressant que Peter Seewald pose des questions pertinentes, étayées, en essayant à chaque fois d'informer sur le contexte. Cet homme-là connaît l'Église, la religion catholique remarquablement bien. On pourrait peut-être lui reprocher de se laisser un peu aller : certaines de ses questions sont tellement longues, contenant finalement en elles la réponse, que le Pape est en réduit à répondre très brièvement. Mais la qualité des questions donne à ce livre une teneur fort intéressante.

L'un des buts d'un entretien – si ce n'est le seul – est de mieux connaître celui qui se livre. Et le Pape se livre. Il explique sa surprise d'avoir été choisi par les cardinaux, l'ampleur de sa charge, ses erreurs, son affliction face aux crises pédophiles qui traversent l'Église, sa compassion pour les victimes. Il apparaît comme quelqu'un de profondément humain, soucieux de l'autre, loin finalement de l'image d'intellectuel et de théologien refermé sur lui-même.

Aucun sujet n'est éludé : la crise des vocations et la faiblesse du religieux dans le monde occidental, les Traditionalistes et l'affaire Williamson, la place des femmes, etc. Et ça aussi, c'est revigorant : pas de langue de bois, pas de tabou.

Que vous soyez catholique, pratiquant ou non, ou que vous ne le soyez pas, n'hésitez pas à lire ce livre : d'une lecture aisée, il vous fera accéder au coeur de la pensée d'un homme qui a en charge l'Église catholique. Et vous verrez qu'il est très loin de l'image que certains médias donnent de lui.

Liberté religieuse, chemin vers la paix

Je reprends textuellement le titre du message que le pape a diffusé le 1e janvier 2011. Je vous invite à lire le texte du message intégralement car, d'une part c'est un texte fort, à lire et à méditer, d'autre part je gage que nous allons en entendre parler dans les mois à venir et que 2011 marquera un tournant dans le pontificat de Benoît XVI.

Tout d'abord, un bref résumé de ce message. Tout d'abord y est défendu le principe même de liberté religieuse qui s'enracine dans la dignité même de la personne humaine. Le droit de croire est un droit inaliénable : "Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même". S'ensuivent plusieurs paragraphes sur le lien entre la religion et la dimension publique de la religion, et comment les États doivent permettre cette liberté religieuse sans verser ni dans la laïcisation absolutiste, ni dans le fondamentalisme religieux et le fanatisme qui lui est lié. Le pape appelle au dialogue entre l'Église et toutes les communautés religieuses afin d'éliminer toutes les formes d'hostilité envers ceux qui pratiquent une religion, et aller au-delà de la haine et des préjugés. Il s'adresse enfin à tous ceux qui souffrent de persécutions dans le monde.

Pourquoi allons-nous entendre beaucoup parler de ce message ? Parce que le Pape invite les leaders des grandes religions à venir à nouveau à Assise en octobre 2011, à l'occasion du 25ème anniversaire de la rencontre avec les représentants des diverses églises et communions chrétiennes et des autres religions venus à Assise pour la journée de prière pour la paix (27 octobre 1986) [1]. C'est donc un geste fort et rare et l'on sait ce que les medias y donneront comme écho. Dans la foulée de JMJ de Madrid en août, ce sera assurément l'autre événement fort de l'année.

Cependant, ce geste, s'il sera apprécié de la majorité des catholiques et des chrétiens, sera vilipendé par les Traditionalistes. A vrai dire, l'hallali a déjà sonné, comme ce communiqué paru le jour même de la publication du message du Pape. Ce communiqué est signé par la FSSPX qui, je le rappelle, conduit des discussions doctrinales sur le concile Vatican II avec le Vatican. Bref, il est clair que le rapprochement n'aura pas lieu car le geste du Pape est jugé comme un affront. Ceux qui rêvaient que le Pape revienne à avant Vatican II en seront pour leur frais. Ceux qui ont douté du Pape – j'avoue moi-même avoir été interpellé par le geste du Pape envers les Traditionalistes, considérant qu'il en faisait un peu trop même si je pressentais l'échec quasi assuré des discussions – seront rassérénés de voir qu'il n'en est rien. Ce pape suit sa route, avance mais cède finalement peu à ceux qui rêvaient de le voir renier les 40 dernières années de la vie de l'Église.

Le monde d'aujourd'hui montre que les chrétiens sont plus victimes qu'aucun autre groupe religieux d'agression, de violence et de sujétion. Ouvrir la voie du dialogue avec les autres groupes religieux est une nécessité impérieuse. Comme le Pape l'a dit dans son message : "Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. (…) Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, "toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint" ". [2]

Jean-Paul II a-t-il renié le Christ ? S'est-il converti à l'hindouisme ou à l'Islam ? Où est le danger ? Comment des personnes se référant à Jésus dont la vie terrestre n'a été que dialogues avec les étrangers, les laissés-pour-compte, les prostituées, les Juifs pratiquants, les zélotes, les Romains, peuvent voir du danger dans une prière commune avec les autres.

Lorsque j'étais étudiant, il m'arrivait d'être invité par des amis juifs à la prière du vendredi soir. Je ne comprenais pas les prières récitées en hébreux, je priais Jésus dans mon coeur et récitais pour moi-même un Notre-Père.

  1. Vous pouvez lire aussi la lettre de Benoit XVI à l'occasion du 20ème anniversaire de la rencontre d'Assise []
  2. Super evangelium Joannis, I,3 []