Sur mon calepin – 8

photo_calepinsIrak  – On avait un peu tendance à oublier l’Irak et tous les Chrétiens spoliés, déplacés, tués, martyrisés. Le diocèse de Lyon a voulu que la Fête des Lumières se passe à Erbil et une délégation, emmenée par le Cardinal Barbarin, est partie là-bas. J’ai été étonné des réactions négatives que j’ai pu lire, réactions liées principalement à la campagne de communication qui a précédé le départ (avec le hashtag #ProjetDeFou sur Twitter). Pour être honnête, je considère cette campagne comme ratée, je n’en comprends même pas le but. La délégation aurait pu partir et se contenter de l’annoncer le jour même, puis tenir au courant ce que cela intéresse des moments vécus là-bas. J’ai au final trouvé que cette campagne avait un petit goût de : « Regardez-bien ce qu’on va faire, c’est assez génial, on est des mecs bien, vous allez voir ce que vous allez voir ». Rien de bien grave, j’y vois plus de maladresse qu’autre chose. Et surtout, cela ne doit pas ternir le fond du projet : soutenir les Chrétiens du Moyen-Orient. Et contrairement à ce que j’ai pu lire, aller là-bas n’empêche pas de soutenir d’autres causes, ici, chez nous.

Sarkozy – Ça y est, il est revenu. Moins triomphalement qu’espéré, mais il est là, à nouveau président de l’UMP dont il veut, parait-il, tout changer, y compris le nom. Faut-il en espérer quelque chose ? Son intervention le dimanche 30 novembre me laisse la même impression que naguère : sa façon de parler, sa gestuel, ses intonations tantôt câlines, tantôt cassantes, ne passent décidément pas. Et sur le fond, pas grand-chose de neuf. On sent que son problème est qu’il n’a pas encore compris pourquoi qu’il avait été battu en 2012, et qu’il veut sa revanche face à Hollande. Aux États-Unis, un perdant à l’élection présidentielle ne revient jamais (sauf dans le cas de Richard Nixon, dont on sait ce qu’il advint lors de son mandat). En France, les perdants semblent avoir toujours raison. En son temps, Giscard avait tenté lui aussi de revenir. Mitterrand et Chirac essuyèrent deux échecs avant d’être élus. Sarkozy a donc toutes ses chances. A condition qu’il parvienne à passer avec succès le cap de la primaire, promise pour 2016, ce qui est loin d’être acquis. Mais gageons qu’il a dû y penser et il est probable que la reconquête de l’UMP faisait partie de sa stratégie. J’ai l’impression que ses adversaires – Juppé, Fillon, Bertrand – ont négligé ce point. On saura dans quelques temps qui a eu raison, entre éviter d’être aux manettes de l’UMP ou s’être précipité pour en reprendre les rênes.

Dégooglisation – Google, tout le monde connait, entreprise innovante qui a révolutionné notre usage d’internet avec quelques innovations majeures : leur moteur de recherche, l’usage d’une boite email avec tant d’espace disque qu’il n’était plus nécessaire de la vider régulièrement pour être sûr de recevoir ses messages ou encore Google Earth et ses dérivés que sont Google Maps et Google Street. Et puis la start-up innovante est devenue une multi-nationale dont le pouvoir financier semble sans limites. Et Google tisse sa toile, encore et toujours. Je suis le premier à reconnaître que les produits Google sont performants et généralement bien pensés. Mais trop, c’est trop. Un journaliste de Rue89 avait tenté l’expérience, pendant une semaine, de bannir tout produit Google. Pari tenu, mais avec difficulté. Sans vouloir aller aussi loin, ni aussi vite, j’essaye de me « degoogliser ». C’est assez difficile en réalité et je me suis aperçu à quel point j’étais dépendant de leurs produits. Pour commencer, je n’utilise plus Google Chrome que j’ai remplacé par Firefox, un peu moins performant mais très acceptable. Pour ce qui est du moteur de recherche, j’utilise de plus en plus DuckDuckGo dont j’avais entendu du bien. Bonne surprise en réalité : certes la présentation des résultats est moins attrayante que celle de Google, certes la mise à jour des réponses semble plus longue (c’est un peu pénalisant pour les sites d’actualité), mais la pertinence globale est globalement très bonne. DuckDuckGo couvre donc environ 90% de mes besoins et ce n’est que rarement, quand je ne trouve pas quelque chose, que je bascule sur Google. Et c’est assez motivant de constater qu’on peut se délier de quelques chaînes (de l’habitude) que l’on a.

Retour sur une élection

Un bref retour sur l'élection de dimanche dernier. François Hollande, sans surprise, a été élu président de la république française. La seule demi-surprise est l'ampleur réduite de sa victoire, inférieure à ce que prédisaient les sondages.

Cependant, ne mégotons pas. Son score est quasi le même que celui de F. Mitterrand en 1981. L'écart en voix est de 1 200 000, tandis que l'on a comptabilisé plus de 2 000 000 de votes blancs et nuls. François Hollande est donc élu sans conteste, même si la droite veut voir dans cet écart non humiliant un espoir pour les législatives. Mais l'UMP sait très bien que la gauche sera majoritaire. Les incertitudes portent sur le nombre de députés socialistes – auront-ils à eux seuls la majorité absolue ou devront-ils vraiment composer avec les Verts et le Front de Gauche ? -, l'éventuelle déroute de l'UMP et l'entrée de députés FN à l'assemblée. Je ne crois donc pas à une éventuelle cohabitation. Est-elle d'ailleurs souhaitable ? Si elle survenait, comment la Vème république y résisterait ?

Donc, Nicolas Sarkozy et son conseillier P. Buisson ont raté leur pari consistant à siphonner suffisamment, une fois de plus, les voix du FN. Puisse cet échec servir de leçon…

La campagne électorale semble déjà loin. Regardons un peu ce qui s'est passé depuis le 6 mai 2012 et cette semaine un peu spéciale où la France a deux présidents [1].

 

V comme Valérie

Valérie Trierweiler. Bien sûr. J'ai goûte assez peu les tribulations des "premières dames de France", dont le rôle, s'il existe, n'est défini par rien, si ce n'est par les liens matrimoniaux avec le président.

Avec Nicolas Sarkozy, nous avons eu le premier divorce à l'Elysée. Avec François Hollande, nous avons le premier président non marié au moment de son investiture.

Et la France a donc découvert un peu plus la compagne de François, la très belle et très classe Valérie Trierweiler. Nul doute qu'elle représentera bien. Quoi ? On ne sait, puisque la première dame n'existe pas. Enfin, son rôle. Elle-même a dit qu'elle réfléchissait à la suite des événements. On verra comment elle parviendra à concilier son travail – elle est journaliste – avec un rôle autour de F. Hollande.

Vu le nombre d'articles qui ont fleuri sur elle, elle est, incontestatblement, la vraie vedette de l'élection de son mari compagnon.

 

V comme Vanité

La vanité a fleuri, un peu partout, à gauche comme à droite.

Vanité des socialistes, et de la gauche en général, qui pensent que F. Hollande sera forcément un grand président et que son quinquennat sera couronné de succès. Il est un peu tôt les amis pour crier victoire.

Vanité de la garde rapprochée de N. Sarkozy qui voit déjà l'Histoire lui rendre justice et qui prédisent, sous peu, qu'il sera regretté. Plus facile que d'analyser les raisons d'un échec après un quinquennat aux résultats peu exceptionnels et à la gouvernance incertaine.

Vanité, avec un grand risque de surdose, des verts qui postulent ouvertement pour être ministres – soit, c'est de bonne guerre – mais en arguant qu'ils sont les meilleurs. Je n'ose imaginer les discours d'Eva Joly et de Cécile Duflot si la première citée avait fait un score … – comment dire ? – acceptable ?

Vanité surtout de tous ceux qui pensent qu'ils ont contribué à la victoire de l'un ou qu'ils n'ont rien à voir avec la défaite de l'autre.

 

V comme Versatilité

On sait l'opinion versatile, l'histoire regorge de ces retournements. Nous venons d'en vivre un bel exemple.

Ainsi, il a suffi que celui qui fut un des présidents les plus mal aimés, dont la côte d'opinion favorable a été la plus basse jamais enregistrée, fasse un discours sobre et digne le soir de sa défaite, puis qu'il invite le nouvel élu à l'accompagner à la cérémonie du 8 mai, pour que, déjà, des voix s'élèvent pour s'en émouvoir et le regretter. Certes, Nicolas Sarkozy a évité le ridicule d'un Giscard d'Estaing théâtralisant son départ. Mais que n'a-t-on pas entendu ? Sortie républicaine, apaisement, cohésion nationale, etc.

Eh oui ! On en arrive à s'émerveiller de ce qui devrait être complètement normal dans une démocratie digne de nom.

Mais, voilà, l'homme honni est déjà vu autrement. Peut-être les prémices d'un retournement spectaculaire. Nicolas Sarkozy personnalité préférée des français dans quelques mois ?

  1. en réalité, elle n'en a qu'un seul, la passation de pouvoir n'ayant lieu que le mardi 15 mai []

Assumer son choix

J'ai écrit avant le premier tour, ici, que je voterais probablement blanc si le second tour devait opposer Nicolas Sarkozy à François Hollande. Je me laissais, évidemment, la possibilité de changer ce choix en fonction de l'évolution de la campagne électorale et du positionnement des deux candidats.

 

Le vote blanc

Je sais que beaucoup considèrent ce choix comme celui de la lâcheté. Ou alors, autre faiblesse, comme celui de refuser l'approche dite "du moindre mal". Tout en ajoutant que le vote blanc n'est pas pris en compte.

Certes, les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de suffrages exprimés. Mais le ministère de l'Intérieur publie le nombre de bulletins nuls ou blancs. Vous pouvez noter d'ailleurs le nombre élevé de ces bulletins. Plus de 700 000 "voix", soit plus que celles de P. Poutou et N. Arthaud réunis. Si l'on comptait les pourcentages par rapport au nombre de votants, voici ce qu'on obtiendrait :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lâcheté, me dit-on. La démocratie, à laquelle je crois, me propose deux candidats. Je ne me reconnais ni dans l'un, ni dans l'autre. Et j'ai le sentiment que les arguments avancés pour voter forcément pour l'un ou l'autre ne font souvent que couvrir une inclination naturelle vers le candidat de coeur ou de raison. Qu'en serait-il advenu – cas d'école – si le second tour avait opposé F. Hollande à J.L. Mélanchon ? Ou P. Poutou à N. Arthaud ? Probablement, de nombreux catholiques se seraient prononcés pour le vote blanc.

 

Pourquoi je ne voterais pas Nicolas Sarkozy

"Il faut voter Nicolas Sarkozy" : c'est ce que disent, directement ou indirectement, plusieurs voix catholiques, que ce soit celles de quelques évêques ou d'éminents blogueurs, qui expliquent que l'analyse des programmes des deux candidats selon les principes non négociables n'offre pas d'alternative.

Certes, sur les sujets sociétaux, Nicolas Sarkozy a dit clairement, même si ce n'est pas dans son programme, son refus de l'euthanasie, du droit au mariage pour les couples homosexuels, ainsi que l'adoption d'enfants par ces mêmes couples.

Je ne reviens pas sur les arguments que j'ai déjà donné ici. Est-ce que le comportement de Nicolas Sarkozy depuis le 22 avril aurait pu me faire changer d'avis ? Hélas non ! Là où j'attendais de la hauteur et du rassemblement, j'ai vu, à nouveau, le chef de clan, jouant la carte du clivage, des peurs et décentrant son positionnement vers l'extrême-droite. Son clip de second tour est à ce titre assez éclairant [1]. C'est un choix, il sera peut-être payant électoralement, mais je n'y souscris pas.

 

 

Pourquoi je ne voterais pas François Hollande

Sans le fameuses propositions sociétales évoquées, j'aurais voté pour lui. Il a montré, lors du débat, une certaine tenue, une bonne connaissance des dossiers et avance des arguments auxquels je souscris volontiers (sur la moralisation de la vie publique par exemple). L'UMP et Nicolas Sarkozy nous promettent l'apocalypse économique s'il est élu, je ne fais pas preuve d'un aussi grand pessimisme.
 
Restent sa volonté de légaliser l'euthanasie et de permettre l'adoption par les couples gays. Deux points durs pour lesquels je ne lui donnerai pas ma voix. Certes, le président ne fait pas tout, il ne ferait même rien si l'UPM remportait les élections législatives. Et on peut espérer pouvoir faire reculer le pouvoir sur certains projets de lois, même si une mobilisation la première année d'un mandat est toujours difficile.
 
Donc M. Hollande, si vous êtes battu dimanche soir, si quelques voix vous manquent (et si vous perdez, j'imagine volontiers que ce ne sera que de quelques voix), sachez que la mienne vous aura manqué à cause de ces choix de société dont je ne veux pas.
 
 
Et pour conclure
 
La diversité des opinions des blogueurs cathos est résumé dans cet article paru dans Témoignage Chrétien. Vous pourrez lire aussi ce qu'en disent les Poissons Roses, c'est intéressant.
 
Bon vote à tous !
 

Rectificatif du 5 mai 2012, 16h49

Contrairement à ce que je disais, Nicolas Sarkozy, dans sa profession de foi du 2nd tour, à lire ici, s'engage clairement contre l'adoption par les couples homosexuels et contre l'euthanasie. Le billet est donc modifié en conséquence.

  1. bizarrement pas facilement trouvable sur le site officiel La France Forte []

L’heure du choix

Bon, l'heure de faire son choix approche ! Choix tardif, me direz-vous, mais j'avoue que j'ai eu du mal à me sentir vraiment concerné par cette campagne. Est-ce l'atonie de certains candidats ? Est-ce ce sentiment que, d'une manière ou d'une autre, les marges de manoeuvre seront tellement faibles que nous aurons peu ou prou la même politique ?

Cependant, considérant que voter est un devoir, je me dois donc d'essayer au moins de savoir pour qui je vais voter. D'autant plus que je n'envisage pas de me décider dans l'isoloir ou de tirer au sort un bulletin…

Ah oui,  un point d'importance qui peut éclairer la suite : je ne suis pas militant et je fais partie de cette masse fluctuante de Français qui changent leur vote d'une élection à l'autre. Il m'est arrivé de voter socialiste, pour le centre, ou pour l'UMP (et feu RPR).

 

Les critères

Je me faisais l'écho, ici, de savoir sur quels critères voter, oscillant entre ceux purement politiques et économiques, et ceux ayant trait à des choix de sociétés. Il est en réalité difficile d'isoler les uns des autres. On peut essayer d'en privilégier une catégorie ou une autre. On peut aussi décider que les points non négociables le sont effectivement et baser son vote exclusivement sur ceux-ci.

On peut aussi tenter de pondérer tout cela. Koz a publié un billet récemment dans lequel il a proposé une lecture "objective" [1] des programmes de quatre candidats en fonction de plusieurs critères. Cet énorme et remarquable travail est une bonne aide, à défaut d'être une aide décisive [2].

 

Ceux pour qui je ne voterais pas

J'ai d'abord éliminé ceux pour qui il était hors de question de voter. Les extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche. Ça en élimine pas mal, mine de rien : Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, non, vous n'aurez pas mon vote.

A gauche, ils restent donc Eva Joly et Jean-Luc Mélanchon. A droite Nicolas Dupont Aignan. E. Joly est inaudible, impossible d'adhérer à quoi que ce soit. J'avais un a priori favorable pourtant : la juge intègre, l'approche nordique de la politique, une sorte de Borgen à la française. Mais là, non, trop difficile. N. Dupont-Aignan aussi trouvait un écho favorable chez moi : des relents de gaullisme, une certaine idée de la France, une abnégation. Mais son programme économique me parait un peu flou et je pense que sortir de l'euro serait une grave erreur.

Et J.L. Mélanchon, il n'est pas dans les extrêmes, me direz-vous ? Oui, certainement. Ses alliés communistes et son discours le mettent clairement très à gauche de l'échiquier politique. Mais le bonhomme est intéressant : il s'exprime bien, il cabotine, il occupe intelligemment l'espace, bref il sait capter l'auditoire. C'est d'ailleurs sans doute lui qui a fait la meilleure campagne, avec ce slogan que je trouve assez génial : "La révolution citoyenne", ce qui ne veut pas dire grand-chose en définitive mais qui est une bonne accroche. Mais la lecture de son programme, son alliance avec les communistes, ses sorties sur Cuba et le Tibet, ses références à Robespierre m'ont vite dissuadé de me tourner vers lui.

Ah oui, il en reste un. Jacques Cheminade. Que dire ? Qu'il veuille tripler le budget de l'Agence Spatiale Européenne [3] n'a pas suffit à envisager, ne serait-ce qu'une seconde, d'aller vers lui.

 

Ceux pour qui je pourrais voter

Donc il en reste trois : François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy. Par tempérament, par culture personnelle, par adhésion assez large à son discours, sa posture et son programme, je me sens plutôt proche de François Bayrou. J'ai voté pour lui en 2007, je m'apprête à renouveler ce vote pour 2012.

Mais quelles sont mes considérations concernant ces trois candidats.

François Hollande

L'homme semble plutôt sympathique et je crois que son attitude bonhomme et rassurante a joué un grand rôle durant les primaires et les bons sondages sont imputables en partie à cette façon d'être, d'autant plus qu'elle contraste énormément avec celle de N. Sarkozy.

Cependant, si la forme plait, le fond est plus incertain et me convainc moins. Son programme, à l'instar de ceux des autres, comporte des zones d'ombre et sa part de démagogie et il est probable que la réalité économique lui impose des contraintes incoercibles. Je mets tout de même à son crédit son programme social et sa volonté de ne pas créer de clivages inutiles.

Je passerais sur certaines annonces qui me semblent tellement risibles que je me demande comment il a pu les prendre à son compte. Croit-il vraiment que la suppression du mot "race" changera quoique ce soit, si ce n'est peut-être à encombrer un peu plus les tribunaux ?

Mais ces effets d'annonce sont accessoires. Les points durs sont ailleurs, dans ces 3 propositions de son programme dont je me suis fait l'écho ici.

 

Nicolas Sarkozy

Si, sur la forme, je suis en phase avec F. Hollande, la façon d'être de Nicolas Sarkozy m'horripile. Je conçois que d'aucun considère ce critère comme futile. Ceci dit, on vote pour un programme, porté par un homme ou une femme. Et ressentir de l'empathie ou non pour un candidat n'est finalement pas si négligeable. En outre, dans le cas précis de Nicolas Sarkozy, cette façon d'être s'est traduite – malheureusement – en façon de gouverner. J'ai donc naturellement détesté ses outrances, ses insultes, ses manières avec les autres gouvernants, en un mot, sa façon d'habiter la fonction présidentielle. J'ai même ressenti de la honte parfois.

Si son bilan n'est pas très bon, je ne le juge pour autant pas catastrophique. La France a subi une crise forte et violente, et on peut faire crédit au président de son volontarisme. Je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'un autre aurait fait nettement mieux. Mais bon sang ! que d'erreurs, qui risquent d'ailleurs de lui coûter cher : sa façon détestable de vouloir absolument être clivant en opposant les uns aux autres, sa tentation du népotisme, sa façon de mêler ses déboires familiaux aux affaires de la France, ses choix diplomatiques incertains, …

Il voulait créer la rupture : il aura gouverné comme aucun autre président de la Vème République mais on ne retiendra sans doute, s'il est battu à ces élections, que les écarts et les erreurs.

 

François Bayrou

Comme je l'ai dit précédemment, c'est le candidat dans lequel je me reconnais le plus. Je suis sensible à sa pondération et je reconnais en lui sa capacité à poser de bons diagnostiques. J'avais été sensible, notamment, à son discours sur la dette en 2007 et la nécessité d'avoir des budgets équilibrés.

Si je suis prêt à encore voter pour lui, est-ce pour autant un vote de conviction ? Non. Hélas, devrais-je ajouter ! Certes, si j'en juge le résultat de l'étude faite par Koz, ainsi que celle de Rue89, il est le candidat des "cathos". Et pourtant, pour lui aussi, j'émets quelques réserves.

D'abord, d'un point de vue purement politique, on ne voit pas bien avec qui il pourrait gouverner et cela pèse sans doute dans ses mauvais sondages dont nous verrons s'ils sont confirmés dimanche. Son programme comporte lui aussi des points étonnants. Je pense notamment à son approche sur les familles homo et sur la GPA. Je ne souscris pas à son analyse qui consiste à décréter que, parce qu'il y a des situations de fait, il faut les légaliser.

 

Et le second tour ?

Si les sondages d'aujourd'hui sont confirmés dimanche, le second tour aura lieu entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

A moins d'événement particulier ou décision nouvelle et spectaculaire d'un ou des deux candidats, j'ai décidé de voter blanc.

Je ne veux pas d'un président aux méthodes que je considère comme brutales et pour qui j'ai une certaine antipathie (c'est criticable, sans nul doute, mais c'est ainsi). Je ne voterai donc pas pour Nicolas Sarkozy.

Je ne peux me résoudre à voter pour un candidat qui veut légaliser l'euthanasie, favoriser l'IVG à tout crin, permettre l'adoption par les couples gays ou les personnes seules. On touche là, finalement, aux points non négociables évoqués par le Pape et relayés par les évêques français.

Voter blanc n'a pas forcément bonne presse et certains y voient, au moins pour les catholiques, un fourvoiement irresponsable puisque le résultat irait à l'encontre du but recherché (les PNN par exemple). J'ai lu avec intérêt le billet publié par Charles Vaugirard sur son blog. Mais il ne m'a pas convaincu entièrement.

J'ai décidé, pour quelques raisons évoquées plus haut, de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy. Il n'est pas le président que je souhaite pour la France. Son opposant devrait être (je mets les réserves de rigueur, sait-on jamais ?) un candidat pour qui j'aurais voté s'il n'avait pas dans son programme quelques points qui font que je ne peux voter pour lui. Je me trouve donc dans le cas de figure où je ne donne pas mon bulletin à celui qui aurait dû l'avoir.

On me rétorquera, et c'est l'un des arguments de C. Vaugirard, qu'en votant blanc, je prends le risque que F. Hollande soit élu et donc que les points honnis du programme deviennent des lois dans les prochaines semaines ou mois. C'est un risque, effectivement. Mais je m'accroche à l'idée que les lois sont préparées par le gouvernement et votées par l'assemblée nationale et que nous ne pouvons préjuger de la composition ni de l'un ni de l'autre pour l'instant. Une proposition de loi peut d'ailleurs se contester et on a vu plus d'un gouvernement reculer devant les pressions d'une partie de l'opinion.

Je fais finalement mien l'argument suivant, trouvé ici : 

Si un candidat est élu alors que nous avons voté blanc, la responsabilité de son élection n’est pas imputable à celui qui a décidé de ne voter ni pour lui ni pour son adversaire. La vraie responsabilité en revient à ceux qui ont voté pour ce candidat.

  1. je mets les guillemets car la pondération entre les différents critères est celle de Koz ; de plus, l'un des critères est ouvertement subjectif ; ceci dit, le travail, lui, est complet, lisible, référencé et donc "objectif" []
  2. Mais là n'était pas son but []
  3. Je travaille dans le spatial, je serais donc plus que favorable à une telle augmentation []

Pour qui votent les cathos ?

Présidentielle 2012 oblige, on voit toutes sortes de sondage, quasiment chaque jour. Tous n'ont pas un intérêt majeur. Le Pélerin a publié un sondage sur le vote des catholiques et même si celui-ci n'échappe pas à la règle, il me semble intéressant d'en parler.

 

La méthode

Notons le nombre élevé de personnes sondées, plus de 2000. Comme la marge d'erreur diminue avec l'accroissement du nombre de sondés [1], ce sondage ne souffre apparemment pas de défaut à ce niveau.

Par contre, ce qui me gêne réellement, c'est le manque de définition. Qu'est-ce qu'un catholique pratique régulier ? Est-ce celui qui va à la messe tous les dimanche ? Et un pratiquant occasionnel ? J'avais lu quelque part – mais je ne sais plus où – que qu'un pratiquant allait à la messe une fois par mois au mois et qu'un occassionnel n'y allait qu'aux grandes fêtes (Noël, Pâques, …). Ici, pas d'explication, ou alors je ne l'ai pas trouvé.

Quant au non pratiquant, je me pose quand même de savoir ce qu'est un catholique non pratiquant ? En quoi se sent-il concerné par le discours de l'Eglise ou par les évangiles ? Mais ceci est un autre débat. 

Les résultats globaux

Que les "cathos" votent plus à droite qu'à gauche ne me surprend pas. La population catholique, notamment pratiquante, étant assez âgée, qu'elle penche donc à droite me paraît assez cohérent. Cette tendance est visible tant au premier qu'au second tour.

En complément des intentions de vote pour les différents candidats putatifs, le sondage présente aussi les dossiers jugés importants. On s'aperçoit alors qu'il y a une assez grande similitude entre l'ensemble des catholiques et l'ensemble des français. Pas de vraie distinction à ce niveau-là. On note par contre des disparités assez fortes entre les trois catégories de catholiques.

Quelques résultats étonnants

  • Je m'étonne du zéro pointé de Christine Boutin. Qu'elle soit très bas dans l'ensemble à cause de certaines valeurs qu'elle défend, soit. Mais que la candidate – sans doute la seule – qui fait autant référence au catholicisme et à ses valeurs ne recueille même pas une intention significative de vote chez les catholiques m'étonne vraiment. Est-ce sa personne qui rebute ? Ou est-ce finalement le signe que les valeurs qu'elle défend ne suscitent aucun intérêt, même chez les catholiques ?
  • A l'inverse, je suis assez stupéfait que 15% des pratiquants réguliers aillent vers Marine Le Pen. Et, je le dis tout de go, cela me gêne… ;
  • Pour le second tour, Nicolas Sarkozy recueille 75% des intentions de vote chez les catholiques pratiquants, score qui semble énorme et un tant soit peu biaisé ;
  • Sur les dossiers, comme écrit plus haut, pas de distinction majeure entre les cathos et les français. J'aurais attendu pourtant des scores plus haut sur la moralisation de la vie publique par exemple. Mais non. On pourra y voir un beau signe d'intégration !

Pour conclure

Peut-on dire à la lecture de ce sondage : "dites-moi pour qui vous votez, je vous dirais si vous êtes catho" ? Certes non, tant les résultats sont finalement peu discriminants. Peut-être la question concernant l'intention d'aller voter – les cathos sont-ils des citoyens plus actifs que la moyenne ? – aurait permis de distinguer un groupe avec un autre.

 

 

 

 

  1. Je vous renvoie à cette explication []