La vie amoureuse des prêtres

J'ai vu hier soir l'émission diffusée le mardi 6 mars 2012 sur France 2, intitulée "La vie amoureuse des prêtres" [1]. Compte tenu du résumé fait par Telerama, je craignais le pire, tant on peut dire tout et n'importe quoi sur l'Église.

A l'aune de cette crainte, j'ai été plutôt agréablement surpris par ce documentaire, moins revendicatif et plus pondéré qu'annoncé. Car si ce documentaire avait pour but de dénoncer cette règle "anachronique" du célibat des prêtres, elle a manqué son but selon moi. Car elle ne démontre rien sur le fond.

La règle du célibat

Un historien (ou spécialiste de l'histoire de l'Église) a expliqué que cette règle a été instituée vers l'an 1000, avant pour des questions bassement financières : sans descendance, plus d'héritage à partager, l'Église pouvant alors récupérer facilement les biens. Je ne suis pas spécialiste de cette question, mais j'ai tout de même le sentiment que c'est un peu court.

Que lit-on dans les évangiles ? Que si Pierre et d'autres apôtres étaient mariés, ils ont tout quitté pour suivre Jésus. Si l'on relit les épîtres de saint Paul, on voit bien que rapidement l'idée du célibat s'est imposée pour ceux qui voulaient vraiment suivre Jésus. Et aujourd'hui encore, puisque l'on cite souvent en exemple les orthodoxes qui acceptent le mariage des prêtres, il faut dire précisément ce qu'il en est : les orthodoxes acceptent l'ordination d'hommes mariés ; mais si un homme s'engage dans la prêtrise en étant célibataire, il ne peut ensuite se marier ; de plus, ne peuvent ordonné évêques que les prêtres non mariés.

Je comprends pour ma part, moi le laïc marié, la règle du célibat assez simplement. Suivre le Christ, se donner à Lui, décider d'être le pasteur qui guide les brebis, parfois égarées, suppose une disponibilité de tout instant. Or les attaches et les responsabilités familiales me semblent trop contraignantes pour être pleinement au service des autres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : être au service des autres, c'est d'abord être libre de toute entrave, et c'est aussi renoncer à soi-même. Comme un des intervenants le dit, Jésus serait-il allé au bout de son amour, qui l'a mené sur la Croix, s'il avait eu femme et enfants ?

Les témoignages

Le documentaire suit 3 hommes : deux d'entre eux sont des prêtres ayant décidé de vivre en couple, l'un après 30 ans de liaison cachée, l'autre après trois ans ; le troisième est un séminariste ordonné prêtre.

Les témoignages de ces trois hommes – et des deux compagnes – sont émouvants, car profondément humain. Et tout ce qui est humain ne doit pas être ignoré. Je retiens de ces témoignages les éléments suivants.

D'abord, un témoignage, aussi touchant qu'il soit, ne doit pas nous faire oublier que l'affectivité ne doit pas passer par-dessus tout le reste. Il est bien sûr poignant de voir l'émotion de ces prêtres ayant décidé, probablement non sans un grand déchirement intérieur, de renoncer à cette règle du célibat.

Comme l'a rappelé le séminariste, dont on voit l'ordination dans la cathédrale d'Orléans, c'est un engagement libre qui est fait par le futur prêtre, après de longues années de formation et de discernement. Personne n'est forcé, personne n'est contraint, les règles sont connues à l'avance.

Bien sûr, cette règle du célibat impose d'elle-même des difficultés, comme tout renoncement. Ceux qui essayent de vivre, en ce temps de carême, des renoncements savent que ce n'est pas facile. Le célibat, en ce qu'il est un renoncement à une certaine forme de vie affective [2], est difficile, sans nul doute. Et j'imagine que dans la vie d'un prêtre il y a des hauts et des bas. Comme il y en a dans la vie de couple.

On reproche à l'Église son inflexibilité. Mais comme le dit dans le reportage Mgr Potdevin, porte-parole de la Conférence des Evêques de France, l'Église doit assurer la cohérence du choix (tout en essayant de traiter chaque cas avec humanité, bien sûr). Nul n'est forcé de s'engager. Mgr Podvin  résume bien la difficulté d'acceptation, par la société de cette règle du célibat : parce qu'elle est, dit-il, un "signe de contradiction".

Que retenir alors de ce documentaire ?

Je n'ai pas eu le sentiment, en écoutant leur témoignage, que le choix de ces prêtres ayant décidé de s'engager dans la vie conjugale, les rendait pleinement heureux. C'est bien sûr présomptueux de ma part d'en déduire cela, je ne suis pas dans l'intimité de leur coeur. Mais finalement, le témoignage de Kilien, emprunt d'une certaine tristesse, encore tourné vers le passé ("Je ne vais pas passer Noël avec mes paroissiens") laisse à penser que changer de chemin en cours de route n'est pas forcément le gage d'une vie épanouie. N'y a-t-il pas plus de joie à lutter et vaincre la tentation de renoncer au renoncement ?

  1. Ce documentaire est visible sur le site Pluzz de FranceTV pour une période que je ne connais pas []
  2. Dieu merci, une vie affective bien remplie ne se conçoit pas uniquement dans le mariage []

Et si l’Etat s’inspirait de l’Eglise ?

Rassurez-vous, je ne suis pas nostalgique du bon vieux temps où l'Eglise décidait tout et avait une influence très forte sur les choix et les comportements de société. Je ne dis pas que c'était mal, mais je ne pense pas que, forcément, ce fut un temps béni. Mais qui, tout de même, avait quelques avantages.

L'histoire qu'on nous narre en ce moment est assez cocasse et je crois qu'elle en dit long sur le manque de repère de la société, et de ceux qui nous gouvernent. Rendez-vous compte où nous en sommes :

– le divorce est entré dans les moeurs depuis quelques décennies et est même vu comme un progrès de civilisation ;

– on valorise de plus en plus les familles recomposées et re-recomposées, en refusant d'admettre qu'elles sont souvent avant tout décomposées ;

– on nous prépare au mariage homosexuel – c'est inéluctable a dit récemment le ministre de l'éducation – et, par suite, à l'adoption par les couples homo.

Quelle n'a pas été ma surprise lorsque j'ai lu dans l'Express la question suivante : "Faut-il mieux se préparer au mariage ?" Tiens donc, commencerait-on à se poser quelques (bonnes) questions ?

On le sait, le nombre des divorces est très haut. Un mariage sur trois en France finit par un divorce (un sur deux en région parisienne, mais c'est normal, à Paris, ils sont plus forts). Comme le dit l'article, le constat, c'est qu'un divorce, cela coûte cher. A tous les niveaux. Et que si cela a un coût humain, cela a surtout un coût financier. Bref, le divorce vu comme un générateur de précarité. Et ça, pour les finances publiques, c'est pas bon. Un coup à nous faire perdre notre 2ème A.

Donc, le gouvernement, qui réfléchit encore en cette période pré-électorale, voudrait mieux préparer les gens au mariage. Bon, me dis-je, pas mal, effectivement, ce serait bien. Mais une préparation à quoi au fait ? Une préparation pour "(…) faire en sorte que ceux qui choisissent le mariage soient éclairés sur son contenu juridique". Mais alors, c'est une formation pour mieux préparer son divorce, non ? Parce que s'intéresser aux aspects juridiques du mariage, à part pour l'argent ou pour rompre le contrat, je vois mal …

Et d'ailleurs, comme le conclut l'article de l'Express, il est illusoire de croire qu'une meilleure connaissance du code civil fasse baisser le nombre des divorces. Au contraire serai-je tenté de dire ?

Je note aussi qu'on ne parle pas, dans ces articles, des enfants. J'ai pourtant le vague souvenir que le maire en avait parlé. Est-ce dans le code civil ? [1]

L'Etat se rend donc compte qu'une préparation consistant au mieux à remplir quelques formulaires est peut-être un point faible qu'il faudrait épaissir… Et pourrait s'inspirer des préparations au mariage religieux.

Car, oui, l'Eglise a peut-être des choses à dire en la matière. Du genre préparation qui veut dire quelque chose, comme ça. Dans ma paroisse, notre curé a décidé d'accentuer la préparation qui se compose maintenant d'une dizaine de réunions au total. Bien sûr, soyons honnêtes, les "fiancés" ne sautent pas de joie, généralement, quand on leur annonce le programme. Et puis, comme la préparation a pour but de leur faire se poser quelques questions d'importance – sur le sens de leur engagement, sur le dialogue dans leur couple, sur le pardon, etc – on voit l'évolution et souvent – oh pas toujours, bien sûr – ils nous expriment leur satisfaction en fin de parcours. [2]

Je ne suis pas nostalique, disais-je. Pourtant, je suis persuadé que l'Eglise a encore tant de choses intéressantes à proposer à cette société qui me semble partir en lambeaux que je ne boude pas mon plaisir de voir la République Laïque (une sorte de nouvelle religion d'ailleurs) s'essayer à replâtrer ce qu'elle détruit à grands coups de masse.

 

  1. L'heure tardive ne m'incite pas à chercher []
  2. Il faudra que je partage un jour cette expérience de préparation au mariage []

Le mariage homosexuel

Récemment, une requête a été portée au Conseil Constitutionnel par deux femmes afin d'obtenir l'autorisation du mariage homosexuel. Ce que les sages ont refusés.

Plusieurs sentiments m'animent quand on parle de ce sujet. Je ne suis jamais, je l'avoue, très à l'aise quand je dois défendre mon opposition à ce droit revendiqué. D'une part, il va à contre-courant de la société, et mes capacités de nageur en eaux contraires sont sans doute assez faibles, d'autre part parce que je ne veux pas céder à la tentation de la discrimination a priori. J'essaye donc de me forger une réflexion que je peux ensuite exposer.

En préambule, je me sens obligé de dire que je ne suis pas homophobe. L'homosexualité m'est étrangère, je ne l'approuve pas, mais j'accepte volontiers de rencontrer, de parler, de manger, de rire avec des gays. Donc, à ceux qui serait tenté de voir dans le catho que je suis le prototype de l'homophobe de base se trompe.

Je reconnais quelques arguments avancés par les tenants du mariage entre personnes homosexuelles. Dont l'un qui traite de la question de l'héritage à son compagnon ou sa compagne. On le sait, le droit civil accorde aux personnes mariés la possibilité de se léguer des biens sans que l'état vienne prendre des droits de succession dépassant l'entendement. Car finalement, arguer du droit du mariage homosexuel sur la base de l'héritage montre surtout que le problème est ailleurs. Il est dans le fait qu'on ne peut léguer ses biens ou son argent à personne, hors les personnes en lignage direct, sans être fortement taxé par l'Etat. Cela n'est pas le sujet, mais je comprends que le problème se pose pour ces couples homos ayant passés une vie ensemble.

Mais le mariage dépasse largement ce seul cadre juridique et fiscal. Le mariage (civil) définit un ensemble de règles entre deux époux, de droits et des devoirs, notamment ceux concernant les enfants. L'article 371-1 dit que "L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient au père et à la mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité."

Ainsi le mariage, même civil, est orienté vers l'éducation des enfants, qui en est donc une des finalités (même si tous les couples mariés n'ont pas d'enfant). Et c'est bien cela qui me gêne dans la revendication du mariage homosexuel : c'est la revendication suivante qui est celle de l'adoption. Alors je sais bien qu'il y a déjà des moyens de contourner l'interdiction de l'adoption, mais légiférer sur l'adoption par des couples homos me semble dangereux.

Car un enfant naît d'un père et d'une mère. Nier cela, c'est nier une partie de son identité. Pourquoi un enfant devrait-il subir cette amputation-là ? Je ne comprendrais pas que le législateur ouvre cette possibilité. De plus, un homme et une femme représentent une altérité fondamentale et fondatrice. La nier ou la gommer, c'est admettre qu'un enfant peut  grandir et croître avec deux pères ou deux mères. Oh je sais, l'on dit – et je le crois volontiers – que deux pères ou deux mères peuvent donner beaucoup d'amour. Certes. Mais ils ne pourront jamais donner ce qu'ils ne sont pas.

Je ne suis pas dupe. Le droit au mariage homo sera sans doute l'un des thèmes importants de la campagne présidentielle de 2012. Et l'on tentera d'opposer les ringards d'un coté, les progressistes de l'autre. Les politiques et les citoyens devront alors dire ce qu'ils veulent pour notre société, déjà tant en mal de repères : attaquer encore un peu plus les fondements de la famille – pourtant ô combien stabilisatrice dans une société – ou marquer des limites aux revendications des minorités ? Nous verrons bien et aurons l'occasion d'y revenir.

Où est la libération ?

Avez-vous entendu, ce jour, sur Europe 1, Sandrine Moulères, l'épouse de Liès Hebbadj, à l'occasion de la sortie de son livre "La République des boucs-émissaires" ? Son interview valait le détour et j'ai été un peu estomaqué. Je ne vous rappellerai pas qui est M. Hebbadj, une rapide recherche sur internet vous donnera tous les détails. Vous pouvez écouter, si ce n'est déjà fait, cet interview en cliquant sur le lecteur ci-après.

Quelques morceaux choisis :

  • "La diversité (elle parle du Niqab) n'est pas une tare, c'est une richesse"
  • "Moi je préfère vivre la polygamie choisie, et sincère, plutôt qu'une polygamie subie et hypocrite"
  • "Je préfère une polygamie officielle qu'une polygamie officieuse"

Que faut-il en penser ? Il faut noter que cette jeune femme a été élevée dans la religion catholique et qu'elle s'est convertie à l'islam qui est, selon elle, la vérité. De là, elle considère que la polygamie (uniquement réservée aux hommes, bien entendu) est un bien dans la mesure où tous les autres couples sont forcément soumis aux tourments de l'adultère. Le raccourci est assez rude : la polygamie implique que l'on a plusieurs foyers, des enfants de plusieurs femmes, etc. L'adultère est un accroc dans une relation tandis que la polygénie est un engagement (que je perçois, moi, comme un engagement à ne pas s'engager réellement).

Cette femme préfère donc que son mari soit dans les bras de ses autres femmes plutôt que de l'imaginer dans les bras d'une inconnue. Soit, mais la consolation me parait bien maigre et, surtout, elle part d'un constat assez désolant : l'adultère est un incontournable du mariage !

Où sont la vérité et la sincérité d'une relation dont elle parle ? Je ne comprends pas. Et je suis assez hermétique à cette façon-là de voir les relations entre les gens et, plus encore, entre époux.

Elle dit qu'elle a été libérée par le port de la niqab : j'ai plutôt le sentiment d'un enfermement total, aussi bien vestimentaire que mental. Et ce ne sont pas ses propos qui m'inclinent à penser le contraire.

 


Niqab : la loi renforce la haine
envoyé par Europe1fr

Sur le mariage

Je suis tombé par hasard sur cet article, intéressant pour ce qu’il donne à montrer de la société d’aujourd’hui. Il s’agit d’un dialogue entre l’écrivain Pascal Bruckner et la journaliste Laurence Ferrari, à propos du dernier livre de M. Bruckner intitulé « Le Mariage d’amour a-t-il échoué ?  » (éd. Grasset). Le mariage d’amour a-t-il un sens ? Et, surtout, a-t-il un sens dans la durée ? Visiblement non, puisque le nombre de divorces est passé de 10% en 1965 à 50% aujourd’hui. Quand on n’aime plus, on se sépare. Voilà le terrible dilemme de notre société : vouloir vivre sans contrainte, considérer que sans une affectivité forte rien ne vaut d’être vécu, et puis, de l’autre côté, trouver quand même quelque vertu au mariage.

Oh, bien sûr, l’article n’évoque jamais le mariage à l’église qui se situe à un autre niveau. Le mariage civil, quoiqu’il soit un engagement fort devant témoins, peut être remis en cause par le divorce. Tellement fort que le PACS, dont ce n’était pas le but initial, lui est souvent préféré.

L’église dit à ceux qui viennent se présenter pour se marier que le mariage est indissoluble. Que l’engagement qui est pris, devant ses témoins, devant l’assemblée, mais aussi et surtout devant Dieu, ne peut être renié (sauf cas exceptionnel menant à la nullité du mariage). Voilà un engagement fort, voilà un absolu que tant de personnes souhaiteraient vivre, si ce n’était les contraintes qui l’accompagnent. Le mariage n’est pas un long fleuve tranquille. Les difficultés sont nombreuses, les pires n’étant pas les moins sournoises : lassitude, manque d’implication, recherche d’exotisme, etc.

Pourtant, n’y a-t-il rien de plus beau que de rester fidèle à son engagement, nonobstant les difficultés rencontrées ? N’y a-t-il rien de plus beau que de dire à celui ou celle qui nous accompagne : « Tu restes ma promise, tu restes mon promis, je te reste fidèle », même si les émois de la jeunesse ont disparu ? D’ailleurs, la question du départ concernant le mariage d’amour nous ramène à l’essentiel : de quel amour parle-t-on ? Celui fondé sur le Christ ou celui, peut-être plus exaltant mais ô combien plus volatile, qui anime les hommes et les femmes ?