Philippe Ariño, les lobbys ne lui disent pas merci !

J'ai eu l'opportunité d'assister hier, jeudi 6 décembre, à une conférence de Philippe Ariño à Toulouse.

Faut-il encore le présenter ? Il a désormais une couverture médiatique relativement forte, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parlé de lui. Si tel est néanmoins le cas, on peut finalement résumer assez simplement qui il est : Philippe est homosexuel, il s'assume, il est catholique, il défend le pape et l'Eglise et il s'oppose au mariage gay. Voilà planté le décor de cet ovni que les médias interpellent, trop étonnés de trouver un homo non honteux, continent, croyant et pas lobbyiste de la cause gay.

Difficile en réalité de résumer ce qu'est un homme en quelques phrases. Philippe est évidemment bien plus que cela. Et au-delà de son discours maintenant bien rôdé sur son parcours, sur le mariage gay, sur l'homosexualité, j'ai été impressionné hier par ce qu'il dégage : quelqu'un d'accompli, qui parle vrai, qui semble serein et bien dans ses baskets et qui est libre. Bref, au-delà des mots prononcés, il y a la façon de les prononcer, de parler à son auditoire, d'écouter et de répondre aux questions. J'ai vécu donc hier soir un moment d'humanité. Cela peut peut-être paraître idiot, mais dans cette société où tant de choses sont factices, j'apprécie de plus en plus ces moments d'authenticité et de paroles vraies.

Alors, qu'a raconté Philippe hier soir ? Ce fut à vrai dire un peu décousu, il l'a reconnu lui-même, n'ayant pas suivi le plan classique de ses interventions. Peu importe, cela n'a pas nui à l'intérêt du discours.

L'essentiel du débat hier soir a porté sur le mariage gay. Philippe Ariño m'a surpris sur quelques points, son discours allant parfois à contre-courant des idées reçues et du prêt-à-penser, y compris chez les opposants au mariage gay.

D'abord, Philippe explique que la revendication porte sur le droit au mariage et non sur le mariage lui-même. N'a-t-on pas entendu dire : "les gays auront enfin le droit de ne pas se marier" ? Qui se bat donc pour que certains aient un droit dont on sait qu'ils se moquent ? P. Ariño explique qu'en réalité les personnes homo sont utilisées par la société bisexuelle, cette frange de la population qui ne sait pas très bien où elle en est avec elle-même. J'ai d'ailleurs apprécié que Philippe dise qu'il ne connaissait pas une personne "hétéro" bien dans ses baskets et qui ait peur de l'homosexualité.

Partant du constat que les homos eux-mêmes – ainsi que le enfants – sont les grands absents du projet de loi, il n'hésite pas alors à dire que ce projet de loi est homophobe.

Il décrypte facilement les types de chantage auxquels les opposants au mariage pour tous sont soumis. Le chantage "rose" quand on nous parle de désir, d'amour entre deux personnes qui s'aiment. Le chantage "noir" quand on nous taxe d'homophobie [1], quand on met en avant le suicide des jeunes homos, etc.

Philippe a décrypté tous les codes de l'homosexualité – référents culturels, viol, inceste, etc – mais n'a pas eu le temps d'en parler longtemps hier soir. Son site internet permet de se plonger dans la question et de mieux comprendre les ressorts de l'homosexualité. Et comme le dit Philippe, quand on s'apercevra des souffrances sous-jacentes importantes, le mythe du gentil gay des séries – beau, sympa, au goût exquis, à l'humour sûr et de bon goût – tombera de lui-même.

En guise de conclusion de cette belle conférence, je retiendrais celle-ci : "Le monde ne se sépare pas entre hétéro et homo mais entre homme et femme et entre Créateur et créatures". L'oublier, c'est aller dans le mur.

 


Philippe Ariño donne de nombreuses conférences. Beaucoup sont filmées et enregistrées. Son site "L'araignée du désert" est très complet, très bien fait et très instructif. Vous y trouverez aussi le calendrier de ses conférences. Il serait étonnant qu'il ne passe pas près de chez vous. Si tel est le cas, ne vous en privez pas.

Par ailleurs, son dernier livre "L'homosexualité en vérité" est un succès, on le trouve partout (même sur Amazon !). J'en ferai peut-être une recension prochainement dès que je l'aurais lu.

 

 

 

 

  1. Voir le billet "il parait que je suis homophobe" []

Il parait que je suis homophobe !

J'ai eu l'occasion d'écrire que j'appréciais plutôt les analyses poltiques de Bruno Roger-Petit (BRP), même si je n'y souscris pas toujours. Féroce opposant à Sarkozy, le voilà soutien ardent de François Hollande après avoir vu son favori, DSK, être obligé de renoncer. 

BRP est un ardent défenseur de longue date du mariage gay, de l'adoption et il me semble que même la PMA ou la GPA ne lui pose pas de problèmes particuliers [1]. Soit. Il n'est pas le seul et je comprends une partie de ses arguments. Mais je ne peux que m'insurger contre sa façon détestable d'essayer de tuer les prémices d'un débat sur le sujet.

Je vous invite à lire le dernier billet en date sur le sujet publié par BRP sur LePlus.

 

Objectif n°1 – déplacer le débat sur l'échiquier politique

Se basant sur les propos d'E. Zemmour, traités avec grand mépris, BRP essaye d'en faire le héraut d'une pensée de droite inconsciente. Zemmour dit tout haut ce que la droite profonde, forcément bête, pense tout bas. Mais droite profonde ne suffit probablement pas comme argument décisif. On sort alors les vieilles antiennes qui essayent de lier la droite dite profonde au pétainisme et à ses affidés. Un classique du genre. 

Je reconnais que la sortie de Valérie Pécresse sur le démariage me semble hasardeuse et je vois effectivement mal comment on pourrait "démarier" des personnes. Mais imaginez-vous la droite, revenue au pouvoir, abroger la loi du mariage gay, elle qui n'a pas osé abroger celle sur les 35 heures, pourtant identifée comme source de tous les maux de l'économie française ? Non, bien sûr. Et BRP le sait très bien. Mais il n'a pu s'empêcher de lier ce qui n'a pas lieu d'être.

Faut-il rappeler que plusieurs députés PS, que Lionel Jospin lui-même, font part de leur réticence contre le mariage et plus encore contre l'adoption ? Peut-on les taxer de pétainistes ? Et que dire du rabbin Bernheim ?

J'imagine que, prochainement, les opposants se feront traités de fascistes, voire de nazis. Argument massu de ceux qui n'ont rien à opposer ? Bête et triste, assurément.

 

Objectif n°2 – exclure du débat les opposants

Le mot clé de tout ce débat, c'est le mot homophobe ! Utilisé rapidement par les partisans du mariage gay pour discréditer tout contradicteur, il est aussi utilisé de plus en plus par les opposants qui commencent leur phrase par : "Je ne suis pas homophobe, mais …"

BRP assène donc : "Force est de conclure que tous leurs arguments, tous, reposent sur une position homophobe." Avouez que la ficèle est grosse. Tous les arguments. C'est lui qui le dit. Ainsi, si j'écris que je pense sincèrement, en mon âme et conscience, qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère, et que c'est la cause principale de mon opposition au mariage gay, je suis homophobe.

Pas de grâce de la part de BRP. Que les propos viennent d'E. Zemmour, ils sont qualifiés de brutaux et féroces, qu'ils viennent de l'abbé Grosjean, ils sont qualifiés de suaves et enrobés (sous-entendu hypocrites).

Et pour être sûr de ne laisser aucun espace à la discussion, BRP a cette phrase magnifique : "Ne pas s'avouer homophobe n'interdit pas de tenir des propos homophobes". Je pourrais dire quant à moi : "Ne pas s'avouer con n'interdit pas de tenir des propos cons" !

 

Objectif n°3 –  Surtout, pas de débat

Il semble que les partisans du mariage gay veuillent avant tout éviter le débat. On élude les questions qui fachent. L'argumentaire anthropologique est évacué. La place des enfants n'est pas abordée.

Je note d'ailleurs que l'argumentaire de BRP est très superficiel. On taxe l'autre d'extrêmiste, d'homophobe, mais on n'aborde pas les questions qui fâchent. Et il est de fait plus aisé de traiter l'autre d'homophobe et de pétainiste que d'aborder les sujets qui sont au coeur du mariage gay : la PMA, la GPA, etc [2].   

Et puis, pourquoi débattre avec des opposants aux méthodes aussi sordides ? Pensez donc : les opposants au mariage gay sont accusés de culpabiliser les partisans du mariage gay qui n'osent plus taxer les opposants d'homophobes. Pauvres choux ! Allez, circulez, y a rien à voir. Le débat est clos.

 
Conclusion
 
Est-ce les derniers sondages un peu moins favorables qui rendent dingues les lobbyistes du mariage gay ? Est-ce l'idée même que les religions interviennent dans le débat public qui nous vaut ces piètres arguments ? Est-ce juste l'idée qu'on ne puisse être d'accord avec ce qui est qualifié de progrès social ?
 
Je ne sais.
 
Mais il est clair qu'un débat est nécessaire. Que des états-généraux seraient bien vus. Que la place des enfants et de leur droit à avoir un père et une mère valent bien tous les débats sur les OGM.
 
Mais rassurez-vous. Si BRP est vénimeux contre l'Eglise concernant le mariage gay, il le sera peut-être moins quand viendra le débat sur l'euthanasie : il est contre !
  1. Référence à un ancien billet de BRP, supprimé, où il prenait exemple sur une vedette du petit écran qui avait utilisé la GPA pour satisfaire son "désir d'enfant"; j'avais écrit un billet à ce sujet []
  2. Les associations LGBT disent déjà qu'une loi ne permettant que l'adoption est une loi a minima []

Se marier et durer

En ces temps où l’on parle beaucoup du mariage, j’ai lu cet été [1] le livre du père Castaignos, « Se marier et durer », publié aux éditions Salvator. [2]

Ce livre est présenté sous forme d’un entretien entre Pierre-Marie Castaignos et Yves Kerhuon. Mais loin d’être une conversation à bâtons rompus, le livre est très structuré et les différents chapitres permettent d’aborder les différentes dimensions du mariage.

Le père Castaignos a consacré de longues années à la préparation au mariage, ce qui a nourri sa réflexion, réflexion enracinée dans du vécu. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je participe à la préparation au mariage dans ma paroisse. J’ai donc retrouvé dans ce livre une partie de mon expérience. J’y reviens plus loin.

 

La préparation au mariage

Les thèmes abordés sont donc classiques, mais néanmoins importants. Ils traitent des grandes questions liées à l’engagement de vivre en couple … pour toujours. Car c’est cela l’enjeu du mariage catholique. On prend un engagement comme aucun autre dans la vie [3] : celui de rester uni quoiqu’il puisse arriver. Ce n’est pas très tendance, certes, à l’heure où, comme le rappelle P.M. Castaignos, le taux de divorce en France est de 44%.

L’enjeu de la préparation au mariage est de proposer aux fiancés [4] une réflexion afin de mûrir leur choix et leur engagement. Et engager ces fiancés dans une réflexion qu’ils n’ont peut-être pas par ailleurs nous obligent aussi à leur parler de ce qui peut faire mal, des différents écueils qu’ils auront à subir et qu’ils devront apprendre à dépasser.

Et parmi les écueils, il y a non pas la différence entre les fiancés mais le ou les déséquilibres qui peuvent survenir. L’un des enjeux de la préparation est non pas d’insister sur les différences, qui en général se surmontent d’autant mieux qu’elles sont voyantes, prises en compte et analysées, mais d’attirer sur tous les déséquilibres qui peuvent exister au sein du couple : dans les façons de penser, dans les façons d’agir ou de réagir, la perception des choses et des événements. Ces déséquilibres passent pour anodin mais peuvent, à la longue, fissurer fortement la relation.

Le père Pierre-Marie Castaignos traite donc de tous les sujets qui, un jour ou l’autre, quoiqu’en dise ou qu’on en pense, devront être abordés par les époux. Il parle donc, sans tabou, de la sexualité et de l’accueil du mystère de la vie. Il rappelle l’importance de l’engagement des corps, que ce soit avant le mariage (en notant tous les écueils d’un corps qui se donne trop tôt) ou pendant le mariage. La fidélité, dont l’engagement est pris le jour du mariage, peut-elle être tenue ? Et si non, quelles sont les voies de réconciliation et de pardon ?

J’ai été heureux de lire un chapitre entièrement consacré à la réconciliation dans le couple. Combien de divorces seraient évités si l’habitude du pardon était prise régulièrement ? P.M. Castaignos insiste sur ces réconciliations quotidiennes, ces pardons pour de petites choses qui permettent de pouvoir affronter de plus grandes crises. « Le divorce n’est pas une fatalité ! » écrit-il.

 

Dis-moi combien tu gagnes ?

Un autre élément abordé est celui de l’argent. Mon expérience m’incite à penser que ce point est de plus en plus crucial tant le rapport à l’argent des individus peut avoir de répercussions sur le couple. On touche, via l’argent, au caractère bien sûr, mais aussi et surtout à l’éducation reçue, et donc aux façons d’être et de vivre des familles respectives des fiancés. La question de la confiance est aussi posée quand on aborde celle de l’argent. Confiance en l’autre, quand on lui cède la gestion des finances familiales par exemple ; confiance en l’avenir tant la peur de manquer d’argent (pour élever les enfants) peut être sclérosante.

Je n’ai pas tout à fait rejoint l’auteur quand il promeut le régime de la séparation de biens par rapport au régime de la communauté. Certes, je conçois qu’en des cas particuliers, où le risque est avéré, la séparation des biens est un moyen de protéger sa famille. Mais il me semble que le régime de la communauté sied mieux à l’esprit du mariage catholique, à l’instar des premières communautés chrétiennes où l’on mettait ses biens en commun. Bref, j’ai été surpris de voir le père Castaignos défendre aussi fortement le régime de la séparation de biens.

 

Quelles conditions imposer aux demandes de mariage ?

La question de la spiritualité et du couple est elle aussi d’importance. Elle dépasse d’ailleurs largement la spiritualité du couple. La question qui se pose est : « qui marie-t-on ? » Ou plus précisément : « comment préparer au mariage et marier des personnes qui ne connaissent rien – ou si peu – de la religion catholique ? ». P.M. Castaignos n’apporte pas de réponses définitives mais ose poser quelques questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Doit-on demander aux fiancés d’attendre un an avant de se marier comme l’a préconisé la conférence des évêques de France en 2002 ?
  • L’Eglise demande aux couples de s’engager à faire baptiser leurs enfants et à les catéchiser. Que faire lorsqu’un couple demande le mariage catholique alors qu’il a déjà des enfants qui ne sont pas catéchisés voire pas baptisés ?
  • Pourquoi en France, peut-on se marier sans avoir reçu les sacrements de l’initiation que sont la communion et la confirmation ?

 

Mon avis

Ce livre s’adresse à deux types de public. Ceux qui sont impliqués dans la préparation au mariage et ceux qui se préparent à leur mariage.

Impliqué dans la préparation au mariage, j’ai été heureux de voir que l’auteur pose les problèmes dans les mêmes termes que nous, qu’il apporte généralement les mêmes réponses. Ce livre, s’il n’apprendra peut-être rien aux préparateurs, prêtres et laïcs, très expérimentés, peut être une aide précieuse pour les débutants (c’est typiquement le genre de livre que j’aurais aimé lire quand j’ai débuté la préparation au mariage).

Quant aux fiancés, ce livre me semble très pertinent. Il traite de tous les principaux sujets, il est très abordable même pour ceux qui sont éloignés de la religion et doit permettre une bonne réflexion en couple. Ce livre sera donc ajouté à ceux que nous conseillons de lire !

 

  1. Voir mes autres lectures ici []
  2. J’ai été contacté par les éditions Salvator qui m’ont proposé de m’envoyer un exemplaire en échange de la publication d’un billet ; il fut clair que le billet serait rédigé en toute liberté []
  3. Hormis ceux qui décident de consacrer leur vie à Dieu []
  4. Mais peut-on encore appeler fiancés un couple qui décide de se marier à l’Église après de longues années de vie commune et avec déjà plusieurs enfants []

Etre à contre-courant

Seuls les poissons morts nagent avec le courant (Proverbe alsacien)

 

Suivisme et réflexion

L'époque (formidable) que nous vivons aujourd'hui, quand elle ne l'impose pas, incite à suivre les modes, les tendances. Aujourd'hui, encore plus qu'hier, et sans doute moins que demain, il faut être "in", être moderne, être en phase avec son temps. Et tandis que cette société promeut une apparente liberté de l'homme ("je fais ce que je veux, quand je veux, où je veux"), l'homo modernus du XXIème siècle n'en est pas moins prisonnier de la bien-pensance ambiante [1].

Bien sûr, la société octroie malgré tout quelque valeur à la spécificité, surtout quand cela permet d'augmenter les échanges commerciaux. Il est de bon ton d'avoir le tee-shirt que personne n'a, la voiture ou la télé dernier cri que le voisin va jalouser. Mais ces singularités ne doivent surtout pas avoir cours dans le domaine de la pensée.

Non, aujourd'hui, interdit de penser autrement que comme il se doit. L'effet de masse, décuplé par la logorrhée télévisuelle, subtilement orchestrée par les groupes de lobby, écarte, sournoisement, toute dissonance.

A l'heure où le monde occidental vit une grave crise financière, économique et éthique (mais tout n'est-il pas lié ?), la société française est amenée à faire des choix. Des choix de société justement. Que ces choix soient initiés directement par nos gouvernants ou qu'ils éclosent sous la pression de revendications particulières, peu importe. Il va falloir trancher. Nous allons devoir trancher. Nous tous : cathos, musulmans, athées, petits, grands, maigres, …

Malheureusement, ces choix, qui devraient être sous-tendus par un débat entre toutes les familles de pensée, sont de fait phagocytés par une partie de la population qui tente – avec un certain succès – d'imposer ses points de vue selon un mode opératoire assez rodé :

1) on décrète que tel fait sociétal doit être maintenant légalisé ;

2) on valorise au maximum, on positive, on dit que c'est un progrès pour l'humanité, qu'une démocratie moderne digne de ce nom ne saurait être en retard sur ce point, tout en gommant, bien sûr, tout aspect négatif ;

3) on rigardise, au nom du progrès salvateur, toute opposition, les opposants pouvant même se voir nier le droit de s'exprimer.

Nous en avons eu un exemple criant avec la désormais fameuse prière du 15 août [2] .La CEF, par l'entremise de son président le cardinal Vingt-Trois, a proposé une prière universelle. Ce fut une proposition. Certains prêtres ou équipes paroissiales ont d'ailleurs refusé de la lire. C'est une prière. Eh oui, à tous ceux qui ne connaissent pas bien la religion catholique, sachez qu'un catho, ça prie. Avec plus ou moins de ferveur, avec plus ou moins de constance, mais ça prie. Un catho parle à Dieu. C'est Jésus qui nous l'a dit (qu'on pouvait, qu'on devait prier). Bref, pas de quoi fouetter un chat.

J'admets que si les programmes de TF1, F2 et M6 avaient été interrompus le 15 août, juste avant le journal de 13h ou de 20h, pour diffuser ce message, j'aurais alors compris les réactions indignées quant à l'atteinte (intolérable) à la laïcité, et tutti quanti. Mais là, une petite prière de rien du tout, lue dans la pénombre des églises, là où tout laïc peut aller mais où les laïcistes ne vont pas.

Or cette prière a heurté certaines âmes sensibles. Oh, ce n'est pas la demande de plus de solidarité et de générosité qui a posé problème, tout le monde est pour (sauf si cela passe par une augmentation des impôts). Ce n'est la question sur la fidélité des époux, tout le monde se fout de la fidélité aujourd'hui (sauf quand une carte est fournie par le commerçant).

Non, ce qui a heurté les bien-pensants, c'est la demande à Dieu que "les enfants cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère". Le gros mot a été lâché : un père et une mère. Ce n'est plus in. C'est dépassé. Faites le test autour de vous : observez comme les gens sont empruntés pour dire ce qui est pourtant une évidence. Peur de ne pas être dans la mouvance ? Peur d'être taxé d'homophobie [3] ?

 

Nager à contre-courant sans se noyer

L'Église est clairement, de plus en plus, à contre-courant. Je crois que c'est une chance, à la fois pour elle-même et pour la société.

L'Église est à contre-courant quand :

– elle dénonce les effets néfastes de l'ultra-libéralisme, en même temps que ceux, non moins néfastes, du communisme et de ses succédanées;

– elle déclare que la fidélité et la continence ne vont pas à l'encontre de la lutte contre le sida, bien au contraire ;

– elle affirme, sereinement, que la vie, que toute vie, a un prix infini, qui dépasse l'homme et que l'homme ne peut s'arroger le droit d'y attenter (que ce soit par manipulation ou par suppression) ;

– elle dit – quelle audace ! – qu'un enfant a, non seulement besoin, mais aussi droit à un père et une mère.

Vous remarquerez, qu'hormis lorsqu'elle dénonce l'ultra-libéralisme (et encore), elle est vilipendée et traitée de rigarde. On l'accuse de tous les maux, de tout et son contraire : de favoriser la mort dans un cas, de ne pas la permettre dans d'autres.

Ces derniers mois ont montré cette évolution des relations entre la société et l'Église. D'un côté, une société de plus en plus tournée vers l'hédonisme, se regardant le nombril, donnant prise à tous les désirs et revendications exprimés. De l'autre, une Église (du moins en France) qui affirme, bien plus qu'il y a 10 ou 15 ans, ce à quoi elle croit. [4]

 

Etre minoritaire condamne-t-il à se taire ?

L'Église est aujourd'hui minoritaire, beaucoup s'en réjouissent, certains s'en alarment. Ce n'est certes pas sa vocation. L'Église aspire à rassembler le plus de monde possible, d'aller bien au-delà de son cercle de fidèles. Mais j'ai le sentiment que l'Église ne s'est pas encore totalement remise de sa perte d'influence. Je vais même plus loin : je crois même qu'elle n'en a pris conscience que récemment. Partant de là, elle réagit, car elle sait que le terrain "idéologique" ne lui est plus favorable. Et cette réaction étonne ou agace. Elle étonne ceux qui pensaient qu'elle n'existait plus. Elle agace ceux qui voudraient qu'elle n'existât plus.

Je suis heureux que l'Église de France se montre, fasse entendre sa voix. Prenons le cas du mariage homosexuel. Certains disent que l'Église n'a pas à se mêler du mariage civil, que la République ne saurait prendre l'avis d'une religion. Mais la question du mariage dépasse largement celle du seul mariage à la mairie. Notez d'ailleurs comment on est passé de la revendication du mariage à celle de l'adoption, les deux étant désormais indissociables.

Comme les blogeurs Koz et Charles Vaugirard l'ont écrit, l'Église est dans son rôle en se faisant entendre et qu'importe finalement que les ayatollahs de la laïcité s'en émeuvent.

 

Une chance ?

Être à contre-courant me plait bien finalement. Faire partie d'une Église qui refuse le suivisme, les modes de pensée – tout en s'amenant à réfléchir constamment à la marche du monde – me semble aussi honorable que d'être de ceux qui sont "pour" sans savoir pourquoi.

Mais être à contre-courant n'est pas non plus une vocation en soi et ne doit pas être une posture intellectuelle. Et ce n'est pas celle de l'Église. Il y a des professionnels du "contre" [5] qui dézinguent tout ce qu'on leur propose, L'Église n'est pas dans ce schéma. Elle a pour elle des siècles de réflexion sur l'homme. Le pape Paul VI, dans l'encyclique Populorum Progressio, écrivait :

Experte en humanité, l'Église, sans prétendre aucunement s'immiscer dans la politique des État, "ne vise qu'un seul but: continuer, sons l'impulsion de l'Esprit consolateur l'œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi"

Oui, L'Église peut se prévaloir d'une certaine expérience en matière humaine. Balayer d'un revers de main ce qu'elle dit est non seulement insultant mais aussi crétin.

L'Église de France a connu la puissance : des prêtres et des fidèles nombreux, un lien étroit avec le pouvoir, une influence forte sur la société. Faut-il regretter ce temps-là ? Je ne sais pas. Oh certes, ce devait être confortable d'être du côté du pouvoir, d'être du côté de ceux qui décident, d'être dans le courant. Mais n'était-ce pas un trompe-l'oeil ? Est-ce que promouvoir et vivre l'évangile ne nous conduit pas inexorablement à être à contre-courant ? Comme cela est écrit dans saint Jean (Jn, 15, 19) :

Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.

La difficulté du chrétien est là : être dans le monde (que je trouve merveilleux à bien des égards) sans être du monde.

Vouloir orienter le courant tout en sachant qu'on sera le plus souvent à contre-courant.

La chance pour le chrétien d'aujourd'hui, peut-être, est de revenir aux fondamentaux de sa foi. La chance pour la société est, peut-être, d'avoir face à elle une Église Catholique débarrassée enfin du pouvoir et qui peut dire, sereinement, ce en quoi elle croit : l'homme est un enfant de Dieu !

  1. Ce fut aussi le cas à d'autres époques (toutes ?), à une différence près : on dénie le fait que ce soit une des tares de notre société []
  2. Il est tout de même savoureux qu'une simple prière ait pu être autant commentée par tous les chantres de la laïcité []
  3. Cette prière a été considérée par certains comme étant un terreau pour l'homophobie []
  4. Par exemple, les Points Non Négociables, exprimés durant la campagne présidentielle 2012 []
  5. On les trouve souvent aux extrêmes de l'échiquier politique []

Une lente déconstruction

Nous assistons à une lente déconstruction de ce qui furent, il n'y a point si longtemps, les fondements de notre société. Mais aujourd'hui, plus qu'hier, et en rupture forte avec avant-hier, on veut mettre aux oubliettes ces fondements. Pour reprendre un terme cher aux rugbymen du Stade Toulousain, on touche aux fondamentaux. Et quand on perd ses fondamentaux, on perd souvent…

 

Le mariage

Avant que d'aborder ce qui sera la fin du mariage l'an prochain, sous couvert d'ouverture et de générosité (que ne fait-on pas au nom de la générosité d'ailleurs ?), il est instructif de noter comment l'institution du mariage est vécue au niveau des présidents de la Vème république. Jusqu'à Jacques Chirac inclus, nous avions une approche "classique" : mariage, en général de longue date, des écarts à la fidélité plus ou moins avérés, parfois acceptés par le conjoint compréhensif, et dont la presse, souvent, se gargarisait.

Avec Nicolas Sarkozy, première rupture : non seulement pour la première fois un président divorcé était élu, mais le président nous donna à voir durant la présidence même un nouveau divorce puis un remariage. Inédit. Peut-être moins hypocrite, finalement, que certaines mazarinades passées.

Avec François Hollande, deuxième rupture forte : un président non marié et non célibataire. Qui est donc accompagné de sa compagne. On devrait dire sa concubine. On pourrait dire méchamment sa copine. Mais première copine de France, ça sonne mal. Là encore, inédit. Est-ce qu'un fameux tweet eût eu moins d'échos s'il avait été envoyé par une épouse légitime ? L'histoire ne le dira pas.

En réalité, je me fiche un peu du statut marital du président. Cette évolution est finalement en phase avec celle de la société. Oui, pourquoi les présidents seraient-ils les derniers à divorcer, à se remarier, à divorcer à nouveau, puis se pacser et enfin trouver l'amour fou et vrai à 60 ans ? Hein, pourquoi ?

Non, le vrai coup de boutoir contre le mariage, c'est l'an prochain qu'il est prévu. Puisqu'enfin le mariage, pourtant tombé en désuétude, sera enfin ouvert à tous et à toutes. Oui, je sais, c'est déjà le cas, mais là ce sera à tous et tous, et à toutes et toutes. Vous suivez ? Il paraît que la communauté gay en rêve et même qu'au pays des droits de l'homme (et de la femme), c'est pas normal que les homos n'aient pas droit aussi au mariage, puis … au divorce. Comme tout le monde. Comme les hétéros rétrogrades. Comme les cathos (forcément rétrogrades). Y a pas de raison !

Mais comme le gouvernement ne veut pas faire les choses modernes à moitié, que la France doit devenir aussi le pays des droits de l'homo, eh bien, le gouvernement va autoriser l'adoption d'enfants par les couples du même sexe. Mais réservera-t-il cette possibilités aux gens mariés uniquement ? Ce serait discriminant. Il faudrait l'étendre aux pacsés ? Mais le gouvernement ira-t-il jusqu'à l'octroyer aux pacsés hétéros ? Aux moins de 28 ans ? [1] Allez, on rase gratis, adoption pour toutes et tous. Plus de dis-cri-mi-na-tion. Et l'enfant dans tout ça ? Celui qui va se retrouver entre 2 femmes ou 2 hommes, puis 4 femmes ou 4 hommes quand il y a aura les divorces et les familles recomposées homos ?

Chut. Le désir d'enfant est plus fort que l'enfant lui-même. Je veux donc j'y ai droit. Nouvelle devise au fronton de nos mairies dans quelques années !

Il est sûr qu'après une telle avancée dans l'histoire de l'humanité – on ne le dira jamais assez, la France ne peut se permettre d'être à la traîne en ces matières-là – les ultimes défenseurs du mariage à l'ancienne (je veux dire entre un homme et une femme), de la parentalité hétérosexuée (je veux dire avec un père et une mère) passeront pour des moyenâgeux dont l'obscurantisme n'a d'égal que celui des inquisiteurs.

Mais je garde espoir. La présidentielle de 2032 verra à l'Elysée, à nouveau, un homme marié. Certes, il sera gay, son compagnon prendra le nom de premier homme de France, il pourra envoyer tous les tweets qu'il voudra mais l'institution du mariage retrouvera enfin ses lettres de noblesse !

 

Les jours fériés chrétiens

La très éminente et très noble Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines (ANDRH) édicte chaque année des recommandations. La cuvée 2012, gouleyante à souhait, vient de sortir. Bon, elle risque, comme celle du Beaujolais nouveau, de ne pas laisser un souvenir impérissable. Pourtant, l'effort est louable. Ben oui, inciter les salariés à se syndiquer, modifier la culture managériale souvent basée sur la méfiance, favoriser la diversité pour accroître la compétitivité, mettre en place des indicateurs pour mesurer les minorités visibles et non visibles (sic), c'est beau, c'est généreux. Mais, vous, salarié(e) du privé, des TPE, des PME et même des grands groupes, vous y croyez ?

Pourtant s'est glissée dans cette liste une proposition qui montre que, peut-être, ce ne sont pas que des billevesées. En effet, Mesdames et Messieurs, l'"ANDRH propose, dans le cadre de la neutralité et de l’accroissement de la compétitivité au sein d’une organisation de travail, d’ouvrir un débat national sur le positionnement des jours fériés." Je passe sur le débat national, tarte à la crème décongelée.

Mais parvenir à mêler neutralité avec compétitivité montre à quel point ce projet a été préparé. C'est bien d'être neutre : tout le monde a la même chance, finies les discriminations honteuses. C'est d'autant mieux que l'ANDRH veut favoriser la diversité. Contradictoire ? Vous n'avez rien compris. La neutralité renvoie ici à la laïcité. Mais parler de laïcité en entreprise, cela ne se fait pas trop. Neutralité, c'est plus neutre, si vous voyez ce qu'ils veulent dire. Bien, donc nous avons la neutralité d'un côté et la compétitivité de l'autre. Par ces temps de crise, et parce que les DRH ne perdent jamais le nord, on ne peut que souscrire à la compétitivité. Un peu plus, ils auraient pu ajouter : "afin de ne pas finir comme la Grèce ou l'Espagne", mais le DRH bien comme il faut fréquente assez peu les bistrots.

Alors, comment fait-on pour conjuguer neutralité avec compétitivité ? Et bien, j'vous le donne en mille Emile, en neutralisant certains jours fériés chrétiens. Eh oui, on favorise la neutralité en neutralisant ce qui défavorise la compétitivité. Magnifique, n'est-il pas ?

Donc, jours fériés d'origine chrétienne ou jours fériés chrétiens nous plombent, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Le 14 juillet ou le 1er mai, pas du tout. Mais le 15 août ou le jeudi de l'Ascension, oui, ceux-là, ils nous coûtent cher, au bas mot un demi-point de PIB, je ne sais combien de pour cent d'inflation, de millions d'euros de déficit. Vous comprenez bien qu'on ne peut plus se permettre cette lente dégringolade. Le libéralisme sans vergogne ne nous le pardonnerait pas.

Et bien moi, je dis qu'en ces temps de crise, nous devrions aller encore plus loin. Supprimons tous les jours fériés chrétiens, à commencer par Noël, la Toussaint, le lundi de Pâques. Et puis Pâques aussi (travailler un dimanche, c'est bon pour la compétitivité). Et puis le 14 juillet, les 1er et 8 mai, le 11 novembre. Quoi, vous doutez que ces jours soient d'origine chrétienne ? Pourtant, l'ANDRH l'affirme : "En effet, dans l’entreprise, tous les jours fériés sont d’origine chrétienne." Tous. C'est écrit. [2] Et un DRH qui a autant réfléchi à son coup ne peut se tromper.

 

L'assassinat légal [3]

Bon, je le reconnais, je fais mon ronchon. François Hollande, dans sa fameuse proposition n°21, n'a jamais parlé d'assassinat. Il a parlé de mourir dans la dignité.

Est-ce qu'on peut mourir dans la dignité en étant assassiné ? Je ne suis pas spécialiste, n'ayant jamais encore expérimenté ni la mort, ni l'assassinat, mais je dirais, comme ça, que ça dépend. De quoi ? De l'âge. On ne dira pas d'un enfant de 8 ans qu'il est mort dans la dignité s'il est assassiné. Du statut. On verra bien peu de dignité dans la mort d'une mère de famille (nombreuse) trucidée par son époux pris d'une folie passagère. Même d'un clochard, on ne le dira pas. A la rigueur, on se dira que sa vie de misère ne valait pas d'être vécue. Finalement, j'ai beau chercher, je ne vois pas trop de cas où on pourrait dire qu'être assassiné contribue à une mort dans la dignité. Ou alors peut-être à partir d'un certain âge. Ou si on est seul. Ou si le mois de juillet est vraiment pourri. Ou si la saga de l'été est vraiment nulle. On verra ce que la loi dira.

Oui, je sais, vous trouvez que je force le trait. Personne, pas même les ayatollahs de l'euthanasie, n'a prononcé le mot assassinat. Je l'admets.

Pourtant.

Pourtant, la langue française est très précise. A un point qu'on ne soupçonne pas. On y va ? Vous êtes prêts ? Vous êtes prêtes ? (ben, oui, soyons neutres !) Allons-y soft.

Dignité [4] : respect que mérite quelqu'un, respect de soi. Donc mourir dans la dignité pourrait se traduire par : "mourir dans le respect que je mérite". Dois-je vous l'avouer ? Je veux mourir dans la dignité. Et tout catholique pourra dire la même chose. [5].

Assassinat :  Meurtre commis avec préméditation.

Meurtre : Action de tuer volontairement un être humain.

Préméditation : Dessein réfléchi d'accomplir une action (surtout une action mauvaise, un délit ou un crime).

Donc, résumons. Quand quelqu'un demandera à mourir, même si les conditions de souffrance physique et psychique sont réunies, même si une commission de médecins y est favorable, celui qui exécutera la sentence sera en charge de la mise en oeuvre de la volonté du quidam de mourir dans la dignité commettra un assassinat. Qui sera donc légal si la législation évolue dans le sens voulu par ceux qui savent ce qui est digne et ce qui ne l'est pas.

 

Y a pas à dire. On vit une époque formidable. On en viendrait presque à regretter le temps béni de l'Inquisition.

 

Post-Scriptum : ces quelques références, en guise de clins d'oeil, à l'Inquisition ne doivent pas vous étonner : la saga de l'été diffusée par France 2 à partir du 4 juillet participe aussi, d'une certaine manière, de la lente déconstruction que j'évoque. Je vous incite à lire les articles déjà publiés sur le sujet, entre autres celui du Pèlerin et du blog de Charles Vaugirard.

  1. Voir les conditions actuelles d'adoption ici []
  2. Voir page 14 du document listant les propositions []
  3. Merci au prêtre de la basilique Saint Sernin qui célébrait l'office à 18h30 le dimanche 1er juillet et dont l'homélie fut saisissante []
  4. Selon le Petit Robert []
  5. Mais ne généralisons pas quand même, y aura bien des réfractaires []