Béatification de Jean-Paul II (suite)

Parmi les catholiques, de quelque tendance qu'ils soient, plus que je ne le pensais ont des interrogations envers la béatification de Jean-Paul II. Je ne suis en général pas d'accord avec les réserves qu'ils expriment, hors celle de la procédure accélérée que j'ai déjà eu l'occasion de commenter.

Parmi donc toutes les tendances de l'Église – comme les courants dans les partis politiques – il en est deux qui émanent de groupes diamétralement opposés mais qui se rejoignent dans la critique de cette béatification : Golias et la fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX). Ainsi l'aile gauche et l'aile droite se rejoignent-elles dans la contestation. Mais leurs arguments diffèrent. C'est cela, en l'occurrence, qui est intéressant. Et cela permet de s'entraîner à un exercice de logique.

Golias conteste la béatification et la présente comme un exercice de fabrication du Vatican, exercice ne tenant pas compte des vertus du futur béatifié, et ne servant en réalité que des objectifs de communication. Le miracle – nécessaire pour passer du statut de vénérable à bienheureux [1] – est même contesté. "Un miracle discutable", disent-ils.

La FSSPX, elle, attaque le pontificat de Jean-Paul II et pose la question : "Est-ce là un pontificat qui mérite une béatification ?" La réunion d'Assise en 1986 a été, semble-t-il, la goutte d'eau amenant aux ordinations effectuées par Mgr Lefevre en 1988, à moins qu'elle n'ait servi d'alibi. Je note aussi que la FSSPX prend un soin particulier à diffuser très rapidement des communiqués pour critiquer le Vatican (cf. ce billet).

Mais l'esprit rationnel que je suis essaye de comprendre la logique de contestation, intimement liée à celle de la béatification :

  • comme l'explique S. Lemessin, on commence par "étudie(r) la vie de la personne pour voir si elle a vécu les vertus théologales et cardinales (la foi, l’espérance et la charité, ainsi que la force, la prudence, la tempérance et la justice)" : c'est un point contesté et par Golias, et par la FSSPX ;
  • ensuite, on cherche s'il y a un miracle, qui sera authentifié par la commission médicale du dicastère de la cause des Saints : seul Golias conteste ce point.

J'en conclus donc que la FSSPX ne conteste pas le miracle. Donc, elle y croit (je n'ose penser qu'elle ne dise pas clairement ce à quoi elle ne croit pas). Or donc, si miracle il y eut, c'est donc que Dieu a considéré que l'intercession de Jean-Paul II pour obtenir guérison était recevable [2]. Or comment Dieu pourrait-il accepter l'intercession d'un homme dont l'oeuvre principale, à savoir son pontificat, est entachée de si grandes fautes, qui a célébré de "grandes messes pontificales qui dans une certaine mesure ont provoqué un écroulement liturgique  jamais connu  et qui a propagé dans toutes les Églises locales des abus qui crient vers le Ciel !", qui n'a pas défendu "la Foi dans toutes les circonstances contre l’erreur" ?

Car finalement, l'analyse des vertus n'est qu'un préalable, elle n'est qu'une condition nécessaire mais elle n'est pas suffisante. Ici, pour les croyants que nous sommes, c'est bien le miracle qui est décisif. Non seulement s'il n'y a pas de miracle, il n'y a pas de béatification, mais de surcroit, il donne implicitement du crédit aux vertus du bienheureux.

Conclusion

Dans leurs contestations respectives, qui chacune est d'ailleurs en ligne avec leurs discours récurrents à l'égard du Vatican et de Jean-Paul II, je note que Golias est logique avec lui-même. La FSSPX devrait donc, afin d'éliminer un hiatus incompréhensible entre ce que Dieu permet et ce qu'elle nous explique, dire clairement que le miracle est non seulement discutable mais aussi faux.

 


Mise à jour du 31/03/2011

En prolongement de la conclusion du billet, la FSSPX a clarifié sa position, en la personne de Mgr Fellay, lors d'une interview.

A la question "Comment de vrais miracles pourraient-ils être permis par Dieu pour authentifier une fausse doctrine, à l’occasion des multiples béatifications et canonisation faites ces dernières décennies ?", il répond : "C'est tout le problème : est-ce que ce sont des vrais miracles ? Est-ce que ce sont des prodiges ? Selon moi, il y a des doutes. Je suis très étonné de la légèreté avec laquelle on traite ces choses-là, pour autant que je puisse le savoir."

Voilà. J'admire la rhétorique utilisée par le responsable de la FSSPX. 

  1. je vous renvoie vers cet article, fort intéressant, de S. Lemessin []
  2. ce n'est sans doute pas le bon mot, mais je n'en trouve pas d'autres. []

Béatification de Jean-Paul II

Ainsi, depuis hier, nous savons que Benoît XVI a signé le décret de béatification de Jean-Paul II, dont la cérémonie aura lieu le 1er mai 2011. Il y a presque un an jour pour jour, j'émettais quelques réserves sur le délai extrêmement court entre le décès de Jean-Paul II et sa béatification.

Mais maintenant, puisque la décision est prise, elle me réjouit profondément et je fais confiance à Benoit XVI pour son choix.

Comme beaucoup de personnes de ma génération, c'est le premier pape que j'ai connu : j'avais 11 ans lors de son élection, la première dont je me souvienne vraiment, ayant eu à peine le temps de prendre conscience qu'après Paul VI il y avait eu Jean-Paul 1er.

J'eus la chance de "voir" deux fois Jean-Paul II. Ma grand-mère m'avait notamment emmené sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Pour être honnête, je l'ai à peine vu, il était très loin. Mais j'ai entendu sa voix, entendu la puissance de sa voix, à laquelle son accent polonais mêlé à son français parfait donnait une texture particulière. C'était une voix qui transperçait. En me remémorant la scène, ses premiers mots prononcés, j'en ai encore des frissons.

Et puis, c'était un Pape que l'on voyait, qui s'imposait au monde, qui voyageait tel un saint Paul des temps modernes. Oui, j'ai aimé ce grand Pape voyageur, accueillit partout avec ferveur, j'ai aimé qu'il sache parler aux jeunes, qu'il sache porter la parole du Christ. Ses contempteurs peuvent dire ce qu'ils veulent, il restera comme un Pape qui aura marqué son époque.

Car des contempteurs, il y en a. Ceux qui exhument les zones d'ombre (quel homme n'en a pas ?) et ceux qui le haïssent de longue date. Pour les premiers, je ne m'attendais pas aux remarques que vous pourrez lire dans le commentaire au billet d'Isabelle de Gaulmyn. Aurait-il fallu ne pas canoniser saint Pierre à cause du triple reniement du Christ ? Décidément, les juges de tout espèce sont encore légions. Quant aux seconds, leur réaction était attendue. Je note seulement avec quelle célérité la FSSPX émet des communiqués pour contredire les annonces du Vatican. Après celui sur l'annonce de la réunion d'Assise III dès le 1er janvier, voici un autre communiqué diffusé aujourd'hui même, dès le lendemain de l'annonce.

J'ai trouvé deux images sur internet. Une où on le voit s'agenouiller et embrasser le sol lituanien, comme il en avait l'habitude à chacune de ses arrivées dans un pays. Ce lien physique à la terre, cette façon de bénir le sol qui l'accueillait me touchaient beaucoup. Et puis celle où on le voit, posant la main sur le Mur des Lamentations. Je trouve magnifique que le successeur de saint Pierre vienne prier là où 2000 ans plus tôt, le Christ et son prédécesseur sont passés. Et j'aime ce lien avec le peuple juif et l'ancien testament.

 

 

 

L'histoire dira si Jean-Paul II a été un grand pape. Pour ma part, je crois que oui. Mais l'important n'est pas là. L'Église a jugé aujourd'hui, sur des bases solides (un miracle a été authentifié), que Jean-Paul II devait être béatifié. Je me réjouis donc avec elle.

Liberté religieuse, chemin vers la paix

Je reprends textuellement le titre du message que le pape a diffusé le 1e janvier 2011. Je vous invite à lire le texte du message intégralement car, d'une part c'est un texte fort, à lire et à méditer, d'autre part je gage que nous allons en entendre parler dans les mois à venir et que 2011 marquera un tournant dans le pontificat de Benoît XVI.

Tout d'abord, un bref résumé de ce message. Tout d'abord y est défendu le principe même de liberté religieuse qui s'enracine dans la dignité même de la personne humaine. Le droit de croire est un droit inaliénable : "Quand la liberté religieuse est reconnue, la dignité de la personne humaine est respectée à sa racine même". S'ensuivent plusieurs paragraphes sur le lien entre la religion et la dimension publique de la religion, et comment les États doivent permettre cette liberté religieuse sans verser ni dans la laïcisation absolutiste, ni dans le fondamentalisme religieux et le fanatisme qui lui est lié. Le pape appelle au dialogue entre l'Église et toutes les communautés religieuses afin d'éliminer toutes les formes d'hostilité envers ceux qui pratiquent une religion, et aller au-delà de la haine et des préjugés. Il s'adresse enfin à tous ceux qui souffrent de persécutions dans le monde.

Pourquoi allons-nous entendre beaucoup parler de ce message ? Parce que le Pape invite les leaders des grandes religions à venir à nouveau à Assise en octobre 2011, à l'occasion du 25ème anniversaire de la rencontre avec les représentants des diverses églises et communions chrétiennes et des autres religions venus à Assise pour la journée de prière pour la paix (27 octobre 1986) [1]. C'est donc un geste fort et rare et l'on sait ce que les medias y donneront comme écho. Dans la foulée de JMJ de Madrid en août, ce sera assurément l'autre événement fort de l'année.

Cependant, ce geste, s'il sera apprécié de la majorité des catholiques et des chrétiens, sera vilipendé par les Traditionalistes. A vrai dire, l'hallali a déjà sonné, comme ce communiqué paru le jour même de la publication du message du Pape. Ce communiqué est signé par la FSSPX qui, je le rappelle, conduit des discussions doctrinales sur le concile Vatican II avec le Vatican. Bref, il est clair que le rapprochement n'aura pas lieu car le geste du Pape est jugé comme un affront. Ceux qui rêvaient que le Pape revienne à avant Vatican II en seront pour leur frais. Ceux qui ont douté du Pape – j'avoue moi-même avoir été interpellé par le geste du Pape envers les Traditionalistes, considérant qu'il en faisait un peu trop même si je pressentais l'échec quasi assuré des discussions – seront rassérénés de voir qu'il n'en est rien. Ce pape suit sa route, avance mais cède finalement peu à ceux qui rêvaient de le voir renier les 40 dernières années de la vie de l'Église.

Le monde d'aujourd'hui montre que les chrétiens sont plus victimes qu'aucun autre groupe religieux d'agression, de violence et de sujétion. Ouvrir la voie du dialogue avec les autres groupes religieux est une nécessité impérieuse. Comme le Pape l'a dit dans son message : "Le chemin ainsi indiqué n’est pas celui du relativisme ou du syncrétisme religieux. (…) Cela n’exclut pas cependant le dialogue et la recherche commune de la vérité dans divers milieux vitaux, car, selon une expression souvent utilisée par saint Thomas d’Aquin, "toute vérité, qui que ce soit qui la dise, vient de l’Esprit Saint" ". [2]

Jean-Paul II a-t-il renié le Christ ? S'est-il converti à l'hindouisme ou à l'Islam ? Où est le danger ? Comment des personnes se référant à Jésus dont la vie terrestre n'a été que dialogues avec les étrangers, les laissés-pour-compte, les prostituées, les Juifs pratiquants, les zélotes, les Romains, peuvent voir du danger dans une prière commune avec les autres.

Lorsque j'étais étudiant, il m'arrivait d'être invité par des amis juifs à la prière du vendredi soir. Je ne comprenais pas les prières récitées en hébreux, je priais Jésus dans mon coeur et récitais pour moi-même un Notre-Père.

  1. Vous pouvez lire aussi la lettre de Benoit XVI à l'occasion du 20ème anniversaire de la rencontre d'Assise []
  2. Super evangelium Joannis, I,3 []