Sur les canonisations de Jean XXIII et Jean-Paul II

canonisation-jean-paulII-jeanXXIIIJ’ai appris hier avec une certaine stupéfaction que Paul VI pourrait être béatifié à l’automne prochain. J’étais déjà un peu circonspect après les effusions du week-end dernier, mais là, j’avoue ne pas être tout à fait à l’aise devant cet empressement à canoniser à tout-va.

Loin de moi l’idée de contester l’idée même de canoniser quelqu’un, ni même celle de canoniser un pape. C’est plutôt la méthode, ce qu’elle implique et ce qu’elle induit, qui m’incite à poser quelques réserves.

Etre saint

Etre saint est la vocation de tout chrétien et cela a été réaffirmé par le concile Vatican II. Faut-il rappeler qu’être déclaré saint ne suppose pas que la personne eut une vie parfaite du début à la fin, ce qui, somme toute, nous (moi le premier chers lecteurs) laisse encore toutes mes chances. L’Église déclare sainte une personne dont la vie est édifiante, qui nous montre l’exemple et nous aide à nous rapprocher de Dieu. L’Église considère aussi l’importance de l’intercession des saints auprès du Père : « Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (…). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (…). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité » [1]

La canonisation

La canonisation est un acte d’autorité de l’Église qui reconnait que la personne est réellement sainte et vit (au ciel) en pleine communion avec Dieu. Cet acte engage de facto l’infaillibilité de l’Église et du pape qui la prononce. Elle fait suite à un procès qui se déroule en plusieurs étapes faisant passer la personne du statut de Vénérable, à Bienheureuse, puis Sainte. Je vous renvoie à cet billet intéressant de S. Lemessin sur ces étapes. La vie de la personne est étudiée et les miracles qui auraient été effectués par son intercession sont bien entendu étudiés soigneusement. Il faut un miracle authentifié pour la béatification, deux pour la canonisation.

Je ne conteste aucunement que Jean-Paul II et Jean XXIII sont réellement saints. Plusieurs voix se sont fait entendre pour critiquer Jean-Paul II (c’est bien lui qui capte l’essentiel des regards). On peut faire, sans aucun doute, bien des reproches à l’homme. On peut aussi en faire au pape qu’il fut. Mais on peut et doit aussi avoir de l’admiration pour ce qu’il fut, pour ce qu’il a apporté. Et, plus important encore, en tant que catholique romain, je m’incline devant la décision de l’Église.

Quelques réserves malgré tout

Et pourtant, cette double canonisation m’a laissé un peu sur le côté. Et quand on voit la joie qui a transporté certains – joie que je considère comme tout à fait sincère – je me suis inévitablement posé quelques questions. Deviendrais-je comme ces ronchons, jamais content, incapable de se réjouir devant ce que l’Église nous offre de plus beau : la sanctification ?

En fait, je regrette une chose : que l’Église donne autant dans la précipitation. Alors que les règles des procès en béatification et en canonisation sont claires et précises, pourquoi avoir cru bon de les alléger pour canoniser Jean-Paul II et Jean XXIII ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir attendu les 5 ans prévus pour béatifier Jean-Paul II ? Pourquoi la canonisation de Jean XXIII a-t-elle été dispensée d’un deuxième miracle ? Pourquoi ce sentiment, renforcé suite à l’annonce de la béatification de Paul VI, que l’Église cherche à canoniser ses chefs (je dis bien chef car l’ambiguïté de la canonisation d’un pape, c’est que l’on canonise non plus seulement un homme, mais aussi celui qui a été le chef de l’Église pendant un certain temps) ?

En agissant ainsi, j’ai surtout le sentiment que la dimension politique prend le pas sur le reste, qu’il faut absolument montrer au monde que l’Église est encore vivante, qu’elle est encore là, qu’elle existe, y compris (surtout ?) sur le terrain de la communication. L’Église est contestée en plusieurs endroits du monde, notamment en Europe. On comprend son souci de vouloir réoccuper l’espace perdu. La personnalité exceptionnelle de Jean-Paul II, l’attachement et le souvenir que les fidèles en avaient, garantissaient un succès spirituel et médiatique de la béatification et de la canonisation. Il est évident que la canonisation seule de Jean XXIII n’aurait pas permis de rassembler 800.000 personnes à Rome, pas plus que ne le permettra celle de Paul VI.

Je comprends tout cela et il est bien naturel au fond que le Vatican ait cherché à surfer sur la vague. Mais, en ayant enfreint les règles édictées par elle-même, alors qu’elle reste intransigeante sur d’autres, l’Église m’est apparue finalement plus faible que ce qu’elle a voulu montrer. La précipitation et les petits arrangements sont des signes du monde, non ? Ce monde que l’Église doit pourtant édifier et porter vers le haut. Alors que le pape François nous invite à aller à la périphérie, ces deux canonisations m’ont semblé être plutôt mâtinées de narcissisme.

Humaine, trop humaine, l’Église ? Oui, assurément. Elle se sent fragile et fragilisée. Je ressens qu’elle a besoin de se rassurer sur elle-même. Je ne lui en veux pas, et au fond, c’est aussi pour cela que je l’aime !

 

 

  1. §956 du Catéchisme de l’Eglise Catholique http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P25.HTM []

Les Traditionalistes (3/3)

Différences de fond

J’ai voulu aborder en premier la liturgie, essentiellement parce que c’est souvent sur ce seul aspect que les différences sont vues entre les Traditionalistes et les catholiques en communion avec Rome. Pourtant, on peut dire que la liturgie n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg, tant des désaccords importants, voire définitifs, ont trait au « fond », c’est-à-dire à la façon dont l’Église doit être conduite.

Je ne saurais faire par moi-même l’étalage de toutes les différences. Je peux néanmoins en donner quelques unes, celles qui sont les plus mises en avant et qui, sans doute, posent le plus de problème.

Le Concile Vatican II

​​Pour la FSSPX, le concile Vatican II est honni car source de tous les maux affectant l’Église. Il serait trop long de répertorier tous les points de désaccord. En fait, je crois que tout est désaccord et je ne pense pas qu’il y ait un seul point qui ait trouvé un agrément. Selon eux, le concile Vatican II vient contredire 2000 ans de magistère de l’Église et donc promeut l’erreur. Il est le symbole du modernisme qui aurait gagné l’Église.

L’ouverture au monde, la liberté religieuse, l’oecuménisme sont autant de pierres d’achoppement. Que dit le concile Vatican II, que beaucoup de gens, dont moi-même, connaissent finalement assez mal ? Dans Lumen Gentium, par exemple : « En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel » [1]. Inacceptable pour les Traditionalistes. Les documents de base de Vatican II (les constitutions) sont complétés par des déclarations. Il est intéressant de lire Nostra Aetate ((Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes)) et Dignitatis Humanae ((Déclaration sur le liberté religieuse)).

Quant à la position prise par la FSSPX, une documentation fournie est mise à disposition, que je vous laisse découvrir pour en savoir plus.

Théocentrisme versus anthropocentrisme

J’ai longtemps cru que la question liturgique n’était qu’une question de sensibilité, voire de nostalgie. J’ai connu beaucoup de personnes lorsque j’avais 10-15 ans (donc vers la fin des années 70) qui disaient être heureuses de retrouver les messes de leur enfance. Mais le problème de la liturgie dépasse largement les points évoqués ci-avant. L’un des reproches les plus virulents émanant destradis contre Vatican II, c’est d’avoir trop mis l’homme au centre de toute chose et, par là même, d’avoir reléguer Dieu à l’arrière-plan. Que l’attention soit portée aux autres et, rapidement, on se fait affubler de l’attribut « droit-de-l’hommiste », vraie insulte dans la bouche d’un tradi. L’ouverture au monde, la prise en compte des cultures et du contexte des autres pays est aussi très mal perçue. C’est ainsi que la rencontre d’Assise est considérée comme un mal absolu – j’y reviens plus loin.

J’ai le sentiment que, selon les Tradis, donner la primeur à l’homme revient à abaisser Dieu. Doit-il y avoir une limite entre le souci que l’on doit à l’autre et celui que l’on doit à Dieu ? Quels sont les deux plus grands commandements que Jésus nous a enseigné ? L’amour de Dieu et l’amour du prochain. Les deux sont indissociables. Pour moi, se soucier du sort de l’émigré, des roms, de mon voisin, de mon collègue, ne m’éloigne pas de Dieu (au contraire dirai-je). Alors pourquoi ce raidissement ? Probablement parce que des considérations politiques viennent se greffer, que de se préoccuper des droits des autres avant de leurs devoirs est le signe d’un gauchisme invétéré, ce qui est inenvisageable pour un Tradi, forcément de droite.

La nostalgie d’un monde révolu

Au fond, derrière l’appel à la Tradition, se cache aussi la nostalgie d’un monde révolu, que d’ailleurs beaucoup n’ont pas connu d’ailleurs. Nostalgie d’un monde où l’Église était omniprésente, où rien ne se décidait sans qu’elle ait au minimum son mot à dire, où le cosmopolitisme religieux n’existait pas. Le monde a changé, c’est un fait. Il prend un chemin que beaucoup de catholiques regrettent. Faut-il pour autant rester cramponner à une idée un peu biaisée du passé ? N’est-ce pas un poncif que de croire que c’était forcément mieux avant ? Il est vrai que certains vont encore plus loin, en semblant regretter le temps des croisades ou celui de la royauté.

Les discussions avec Rome et Benoît XVI

BenoÎt XVI a engagé des discussions avec la FSSPX sur Vatican II. Il semble que ces discussions, débutées fin 2009, soient achevées mais personne ne semble en connaître les conclusions. Vont-elles déboucher sur une prélature personnelle de la FSSPX, à l’instar de l’Opus Dei ? Comment la rattachement à Rome et Vatican peut-il se faire quand des propos très durs sont tenus régulièrement ? Nous verrons bien…

Deux blocages parmi d’autres

Les rencontres d’Assise

Ces rencontres inter-religieuses ont eu lieu dans la ville d’Assise, à l’initiative de Jean-Paul II, en 1986, 1993 et 2002. Benoît XVI en a prévu une à l’automne 2011.​ Inutile d’insister sur ce que peuvent en dire les fidèles de la FSSPX : rien moins qu’un scandale, le Pape étant forcément dans l’erreur. Rabaisser la religion catholique au même niveau que les religions du monde est inacceptable, alors même qu’il faudrait les convertir. Qu’en a dit le bienheureux Jean-Paul II ? « Le fait que nous sommes ici n’implique aucunement une intention de recherche un consensus religieux parmi nous ou négocier nos convictions et notre foi. Il ne signifie pas non plus que les religions soient réconciliées dans un engagement commun dans le cadre d’un projet mondialisé qui les dépasserait toutes.Pas plus que c’est une concession au relativisme religieux, parce chaque être humain doit sincèrement suivre sa conscience avec l’intention de rechercher et d’obéir à la Vérité. Notre réunion atteste seulement – et c’est sa signification réelle pour les gens de notre temps – que dans la grande bataille pour la paix, l’humanité, dans sa grande diversité, doit puiser de ses plus profondes et vivifiantes sources où la conscience est formée et sur laquelle est fondée l’action morale de tous. » [2]

​​La béatification de Jean-Paul II

La récente béatification de Jean-Paul II a rappelé la distance entre les Tradis de la FSSPX et le Vatican. En début de pontificat, beaucoup ont cru que Benoît XVI serait bienveillant et conciliant avec eux. La levée des excommunications, le motu proprio, l’engagement de discussions théologiques allaient dans ce sens. Mais, si j’ose dire, la lune de miel est finie, et nombreux sont ceux, sur les divers forums ou blogs, qui expriment leur déception, pour ne pas dire plus.

Le coup de poignard – avant celui d’Assise 2011 – a été la béatification de Jean-Paul II dont nous voyons à quel point il a été et est détesté par la FSSPX. Sans doute parce qu’il refusa d’autoriser MgrLefebvre à ordonner des évêques. Que ce pape ait pu être déclarer bienheureux est une sorte d’affront à cette communauté qui ne peut plus se permettre de transiger en rien. Si Jean-Paul II est réellement bienheureux, c’est-à-dire que par son intercession Dieu a donné un signe aux hommes, comment pouvoir le critiquer sur tel ou tel point ? Comme j’ai pu montrer à quel point le miracle attribué à Jean-Paul II était la pierre d’angle, la FSSPX a émis le doute sur le miracle même, Dieu et la FSSPX ne pouvant pas se tromper tous les deux…

Pour conclure

​​De par mon passé, je me sens toujours lié, un peu, à cette communauté qui m’intringue, parfois me fascine, mais qui trouve souvent bien peu grâce à mes yeux. Pourtant, comme beaucoup, j’aimerais des relations pacifiées, charitables comme celles qui devraient s’établir entre frères dans le Christ.

Avouons qu’il est difficile de discuter avec des gens qui, parce que vous êtes de l’Église (conciliaire), voit en vous un moderniste invétéré, doublé d’un gauchiste au minimum latent, triplé, si votre compte y est, d’un quasi apostat. Tant que les Tradis continueront de se croire seuls détenteurs de la vérité, seront aussi hautains que certains peuvent l’être, passeront leurs temps à critiquer le Pape, tel ou tel évêque ou prêtre, j’aurais du mal à aller très loin dans une relation fraternelle.

Soyons clair. Il y a des gens très bien chez les Tradis, qui vivent vraiment et sincèrement leur foi, dans un esprit de charité tout à fait remarquable. Mais une grande partie a quand même l’esprit belliqueux et bien peu charitable. La lecture des forums tradis étant, à ce titre, fort instructive.

Quelques sites du Tradiland

Les Tradis sont présents sur la toile. Toutes les tendances sont représentées. Les Tradis n’hésitent pas non plus à aller sur des sites « modernistes » (La Croix par exemple) afin de porter « la bonne parole ». La réciproque – c’est-à-dire l’acceptation dans leurs lieux de discussion des catholiques conciliaires est rarement de mise. Enfin, la lecture régulière du Forum Catholique montre qu’ils sont peu tendres « entre eux », l’invective forte, l’insulte pas toujours très éloignée. Je suis d’ailleurs étonné de voir qu’ils n’hésitent pas donner une telle image d’eux mêmes. Sans doute pour, ensuite, aller mieux faire la leçon aux autres.

  • Le Forum Catholique : célèbre forum qui a plus de 10 ans d’existence mais qui voit s’affronter deux tendances parmi les Tradis, ceux qui soutiennent le Pape, et ceux qui soutiennent la FSSPX ; le forum a été fermé temporairement suite aux excès de certains, puis rouvert avec des règles de modérations apparemment plus strictes ; les débats en sont depuis plus pacifiques mais n’ont pas été agréées pas tous
  • le forum FECIT : mécontents de l’évolution du webmestre du FC concernant la modération de certains propos tenus (contre le Pape par exemple), des anciens membres ont décidé d’ouvrir un forum dont la forme est très proche du FC
  • La Porte Latine, site officiel français de la FSSPX
  • DICI, organe de communication de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X
  • ​le blog de l’abbé Laguérie, avec une fréquence de parution assez lâche; l’abbé Laguérie, ancien curé de St Nicolas du Chardonnet, membre alors de la FSSPX, en a été exclu pour une raison que j’ignore
  • Le Salon Beige, tenu par des laïcs catholiques, orientés à droite, voire plus
  •  et bien d’autres encore…

Mise à jour du 15 juillet 2011

  • modification de la description du forum FECIT
  1. Lumen Gentium, chapitre II « Le Peuple de Dieu », article 16 « Les Non-Chrétiens » []
  2. traduit par mes soins à partir du texte anglais publié sur le site du Vatican []

Les Traditionalistes (1/3)

Ma situation personnelle

Vous me permettrez de commencer par dire quelques mots de mon parcours, afin d'éclairer les propos écrits ci-après. Je suis né en 1967. Mes parents, catholiques pratiquants, ont rapidement été mal à l'aise devant les nouveautés et changements induits par le concile Vatican II. La partie immergée de l'iceberg, ô combien importante, a concerné principalement la question liturgique et ses trop nombreux abus. Nous étions dans les années 1974-75. Parallèlement, un mouvement hostile à Vatican II, sous l'impulsion de Mgr Lefebvre, s'est organisé afin de garantir le maintien de la "Tradition".

Mes parents ont donc fait le choix dans ces années-là de me catéchiser par les traditionalistes. J'allais donc au catéchisme enseignée par une dame "tradi" à Boulogne-Billancourt, j'ai fait ma communion solennelle à St Nicolas du Chardonnet, j'ai été confirmé par Mgr Lefevbre lui-même, j'allais à la messe tous les dimanches à St Nicolas et, last but not least, j'ai fait parti d'un mouvement scout de cette mouvance (pour vous donner une idée, les Scouts d'Europe étaient considérés comme trop laxistes). J'ai connu certaines figures emblématiques de la Tradition, Mgr Ducaud-Bourget et l'abbé Laguérie, pour ne citer qu'eux deux.

Vers l'âge de 16 ans, j'ai décidé de quitter ce mouvement, tout en continuant de pratiquer : je quittais donc les Tradis pour l'Église dite conciliaire.

Que retiens-je aujourd'hui de ces années-là ? De très belles cérémonies. Longues, très longues. Une religion pratiquée "à l'ancienne", tant dans sa forme que dans le fond. Les soutanes des prêtres, les mantilles des femmes, les génuflexions nombreuses et un brin ostentatoires. Les messes en latin et la fameuse liturgie de St Pie V. Voilà pour la forme. Quant au fond, une vision très manichéenne de la vie et de la foi, où on insiste plus sur le châtiment de Dieu que sur son Amour. Ceux, plus âgés, qui ont été catéchisés avant le concile Vatican II (1962-1965) savent ce qu'il en était. Une mini-société, aux rites très codifiés, vivant en vase clos.

Deux éléments ont joué dans ma décision d'adolescent de quitter ce mouvement : d'une part, un élitisme religieux hautain et assez pesant ("Nous sommes les vrais catholiques") qui m'apparut de plus en plus en contradiction avec l'Évangile ; d'autre part, une politisation assez forte, dominée par les mouvements d'extrême-droite et les mouvements royalistes [1].

Voilà pour l'essentiel. J'ai depuis continué mon chemin de foi, avec les doutes, les écarts, les moments faibles. Mais jamais, je n'ai eu le sentiment que l'Église – dite conciliaire – à laquelle j'appartiens ne m'a éloigné de Dieu et du Christ.

A suivre…

  1. à l'époque – peut-être est-ce toujours le cas ? – de nombreux journaux de ces obédiences étaient vendus sur le parvis de St Nicolas []

Bienheureux Jean-Paul II

Quelle belle journée que ce dimanche de la Miséricorde pendant lequel le pape Jean-Paul II a été béatifié.Cérémonie magnifique, d'une grande ferveur, avec une foule nombreuse. A ceux qui prédisaient et espéraient un échec en ont encore été pour leur frais.

J'ai suivi la cérémonie sur France 2 – pour combien de temps encore la chaîne du service public pourra-t-elle retransmettre ces cérémonies vaticanes ? – et j'ai écouté plus particulièrement l'homélie de Benoît XVI.

Cette homélie est retranscrite ici. On sait l'admiration qu'a Benoït XVI pour Jean-Paul II, qu'il a côtoyé durant 23 ans. "Je voudrais enfin rendre grâce à Dieu pour l'expérience personnelle qu'il m'a accordée, en collaborant pendant une longue période avec le bienheureux Pape Jean-Paul II".

J'ai surtout beaucoup été touché par la façon dont le Pape a affirmé à nouveau, avec force, sa foi dans le concile Vatican II. Et dans le contexte actuel, je ne crois pas que c'était fortuit, je crois même que c'est un message fort qui a été envoyé au monde, et d'abord aux catholiques eux-mêmes. Citant donc le nouveau bienheureux, on peut dire qu'il a fait siennes les paroles suivantes : "Je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l'Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers lequel je me sens débiteur avec l'Église tout entière – et surtout avec l'épiscopat tout entier -. Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXème siècle nous a offertes. En tant qu'évêque qui a participé à l'événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et qui seront appelés à le réaliser à l'avenir. Pour ma part, je rends grâce au Pasteur éternel qui m'a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat."

Je rends grâce à Dieu pour tout ce que Jean-Paul II nous a donné, de son élection à sa mort, et pour Benoît XVI qui réaffirme et continue l'oeuvre entreprise par ses prédécesseurs.

L’euthanasie en stade avancé

Quand je vous disais ici que l'on préparait les esprits à la légalisation de l'euthanasie, nous avançons à grand pas. Hier, la commission des Affaires Sociales du Sénat a validé un texte de proposition de loi relative à l'assistance médicalisée pour mourir.

Conspuer l'inanité du texte de loi est sans doute vain. Je ne sais d'ailleurs si ce texte a des chances d'être voté en l'état, mais il en dit long sur cette volonté farouche de vouloir tout maîtriser, même la mort. Bref, encore et toujours le mythe de l'homme tout puissant, maître de son destin, qui a gommé (définitivement ?) Dieu de son champ de réflexion.

Que les athées disent qu'on peut tuer, pourquoi pas ? L'homme n'existe que par lui-même, aucun décalogue ne saurait avoir de prise sur eux. C'est leur affaire. Qu'ils légitiment cet acte par une loi présentée comme une avancée est autrement plus gênant. Surtout quand on lit un peu en détail le texte de loi :

  • "Toute personne capable majeure (…)" : capable de quoi ? est-ce que cela dit, implicitement, qu'elle a les capacités intellectuelles et physiques d'une personne dite normale ? Ou seulement les capacités physiques ?
  • "(…) infligeant une souffrance physique ou psychique qui ne peut être apaisée ou qu'elle juge insupportable (…)" : qui définit, et sur quels critères, la souffrance psychique (comme le note aujourd'hui Bruno Roger-Petit dans son blog) ? Comment, et sur quelles bases, accorder crédit à quelqu'un qui juge que la souffrance est insupportable ? Et comment la variabilité d'acceptation d'une personne à l'autre va être appréciée ?
  • "Dans un délai maximum de huit jours suivant cette rencontre, les médecins lui remettent, en présence de sa personne de confiance, un rapport faisant état de leurs conclusions sur son état de santé" : huit jours pour juger de l'état de santé d'une personne, souffrant nécessairement d'une pathologie lourde et dont le contexte joue aussi un rôle prépondérant relève de la gageure. Cela inclut-il aussi l'analyse des souffrances psychiques ? Bref, il va falloir qu'un corps de médecins dédié à cette tâche soit créé car en plus de leur charge, il va falloir en plus qu'ils analysent un dossier qui ne saurait être traité en quelques minutes. Et votre fils, il fait quoi comme spécialité en médecine ? Euthanasieur, m'sieur, nous sommes contents pour lui, c'est une branche en plein développement !
  • "L'acte d'assistance médicalisée pour mourir est réalisé sous le contrôle et en présence du médecin traitant qui a reçu la demande" : le médecin, après avoir traité et avoir lamentablement échoué, est donc "puni" en quelque sorte et doit donc contrôler (en quoi cela consiste-t-il exactement ?) la mort de son patient. Une sorte de maillon faible médical…

On est tout de même heureux d'apprendre que "la personne malade peut à tout moment révoquer sa demande" et que "les professionnels de santé ne sont pas tenus d'apporter leur concours à la mise en oeuvre d'une assistance médicalisée pour mourir ni de suivre la formation dispensée (…)".

Tiens, puisque nous parlons beaucoup de Jean-Paul II en ce moment, voici un extrait de l'encyclique Evangelium Vitae : "Dans ce contexte, la tentation de l'euthanasie se fait toujours plus forte, c'est-à-dire la tentation de se rendre maître de la mort en la provoquant par anticipation et en mettant fin ainsi « en douceur » à sa propre vie ou à la vie d'autrui. Cette attitude, qui pourrait paraître logique et humaine, se révèle en réalité absurde et inhumaine, si on la considère dans toute sa profondeur. Nous sommes là devant l'un des symptômes les plus alarmants de la « culture de mort », laquelle progresse surtout dans les sociétés du bien-être, caractérisées par une mentalité utilitariste qui fait apparaître très lourd et insupportable le nombre croissant des personnes âgées et diminuées. Celles-ci sont très souvent séparées de leur famille et de la société, qui s'organisent presque exclusivement en fonction de critères d'efficacité productive, selon lesquels une incapacité irréversible prive une vie de toute valeur."

Que nous restent-ils faire, nous, croyants dont on tient pour rien les convictions ? Je vous propose deux pistes :

  • écrire à vos sénateurs, dont vous trouverez la liste ici ;
  • écrire à votre évêque pour lui demander d'intervenir dans le débat (il vous faut trouver son adresse email sur le site du diocèse de votre ville).

A toutes fins utiles, je vous joins le courriel que j'ai envoyé aux sénateurs de Haute-Garonne, ainsi que celui envoyé aux deux évêques de Toulouse. Vous êtes libres de vous en inspirer autant que vous le jugerez utile.


Ajout du 20 janvier 2011

Bien sûr, si vous êtes parisiens ou si vous pouvez aller sur Paris, il y a la Marche pour la Vie le dimanche 23 janvier 2011.