3 livres sur l’homosexualité

J‘ai lu récemment trois livres qui traitent tous, de manière plus ou moins directe, de l’homosexualité. C’est sans doute un des mérites du débat sur le mariage gay que d’avoir fait surgir certaines questions liées à l’homosexualité. Il me semble que l’on oscille facilement entre le tabou absolu et la valorisation excessive. Comme en toute chose, un juste milieu doit être trouvé dans la perception de ce qu’est l’homosexualité et, ce qui me parait être le plus important, la considération des personnes homosexuelles..

 

Les lendemains du mariage gay

lendemains-mariage-gayCe livre [1], écrit par Thibaud Collin et paru aux éditions Salvator, ne traite pas à proprement parlé de l’homosexualité mais de la demande d’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles. L’auteur explore dans ce livre la question morale afférante au débat sur le mariage gay : est-ce juste ? qu’en est-il de la notion d’égalité ? Ces questions sont discutées à l’aune du choix politique. Car c’est bien le devoir de chacun de se prononcer sur tel ou tel projet de loi. T. Collin ne se place donc pas sur le champ religieux, et seuls les arguments philosophiques et juridiques sont mis en avant.

L’auteur n’élude a priori aucun sujet. Par exemple, il pose la question de l’éventuelle suppression du mariage civil, à la suite de Jacques Derrida qui déclara peu de temps avant son décès : « Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de « mariage » dans un Code civil et laïque ». [2] Et Thibaud Collin de poursuivre :

Pourquoi la revendication homosexuelle est -elle de plus en plus audible ? Pourquoi apparait-elle de plus en plus évidente à nos contemporains ? Parce qu’elle épouse et par là radicalise des tendances déjà agissantes dans le corps social : la lutte contre le racisme et le sexisme, le progressisme, sans aucun doute.

La place de l’enfant est largement étudiée dans ce livre. Le point essentiel du débat sur le mariage gay – à savoir l’autorisation de l’adoption, de la PMA et de la GPA – me semble être parfaitement résumé par T. Collin :

Et l’enfant dans tout cela ? L’intensification du sentiment amoureux comme critère central de la conjugalité a eu pour conséquence d’investir l’enfant comme axe principal de la famille. L’enfant apparaît comme l’élément stabilisateur de relations familiales rendues instables par la versatilité du sentiment. Vases communicants. (…) L’enfant n’est plus ce en vue de quoi l’unité familiale est exigée et construite mais cause efficiente de celle-ci. Le prix à payer de ce chassé-croisé est que l’enfant n’est plus d’abord le bénéficiaire de l’unité. Il devient plutôt celui auquel se rapportent les éléments d’un monde éclaté et qui assume donc la lourde charge de les faire tenir ensemble. On comprend alors que le désir d’enfant puisse devenir synonyme de projet parental.

D’autres sujets sont évidemment étudiés dans le détail, comme le rôle de l’Etat. Je laisse les lecteurs découvrir, à la suite de l’analyse de toutes ces questions, quelle conclusion l’auteur en tire quant à l’ouverture du mariage aux homosexuels.

Disons-le franchement, ce livre n’est pas d’un accès aisé et je dois admettre que j’y suis resté un peu hermétique. Il y manque pour moi – mais le propos du livre n’est évidemment pas là – une approche plus humaine des implications de ce qui n’est, à l’heure où j’écris, qu’un projet de loi. Non pas qu’il ne faille en explorer les implications juridiques, ni de traiter le problème sous l’angle philosophique. Mais un lecteur averti en vaut deux et donc sachez à quoi vous attendre en lisant ce livre. Cependant, le livre est très bien écrit, très structuré aussi, ce qui aide à sa compréhension.

 

L’homosexualité en vérité

PArino

De Philippe Ariño, publié chez Frédéric Aimard éditeur. Je m’étais fait écho d’une conférence que Philippe avait donnée à Toulouse, conférence dans laquelle il reprenait les arguments exposés dans ce livre (et que l’on retrouve sur le site internet de l’auteur). Ce livre a deux grandes forces à mon sens : il tente de traquer ce qui fait l’homosexualité, en vérité et en toute liberté. Le titre n’est donc pas usurpé. Sa deuxième force – et sans nul doute explique la première – vient du fait que l’auteur lui-même est homosexuel, qu’il ne se renie pas et qu’il a une force de persuasion assez impressionnante. J’ai eu l’occasion de le dire après sa conférence, l’impression est la même après avoir lu son livre, cela fait du bien de voir un homme parler clair, sans fioriture et en vérité.

Le livre est structuré en trois chapitres : 1) L’homosexualité, qu’est-ce que c’est et que dit-elle en moi ? 2) Que faire du désir homosexuel si je le ressens de manière persistante ? 3) Si je suis croyant et homo comment je fais ? Philippe Ariño aborde donc beaucoup de sujets, et sans tabou ni langue de bois

Un manque à mon avis malgré tout. L’auteur n’aborde jamais la question des enfants et cela me surprend un peu car je n’imagine pas qu’un homosexuel ne se pose pas la question de l’engendrement. Certains tentent d’y répondre par la PMA ou la GPA. Pourquoi ce point-là n’est pas traité ? Finalement, en creux, je vois dans ce silence une pierre d’achopement et un non-dit qui en dit finalement beaucoup.

Livre très facile d’accès, je le conseille vraiment à tous ceux qui se sentent empruntés par rapport à la question de l’homosexualité : hétéro bien pensant qui nourrit un mépris, une peur voire une phobie de l’homosexualité, ou homo se posant des questions et qui souhaite entendre un autre discours que celui des associations LGBT, le spectre est assez large de ceux qui seront intéressés par ce livre.

 

Les Chrétiens et l’homosexualité – l’enquête

Les_chretiens_et_l_homosexualite_l_enqueteDe Claire Lesegretain, aux éditions Chemins de Tr@verses. De loin, le livre [3] , parmi les trois, qui m’a le plus passionné. Vaste étude qui vise à essayer d’éclaircir les liens, souvent troubles, entre les Chrétiens et l’homosexualité et de la perception des personnes homosexuelles elles-mêmes.

Vaste enquête donc qui voit l’auteur mener des entretiens avec des nombreux spécialistes (psys, prêtres, directeur de séminaire, …) pour traiter de nombreux sujets. Le chapitrage est très clair et bien pensé et permet de lire une partie isolément du reste. Tant mieux, puisque les chapitres sont nombreux dans ce livre de 411 pages.

Parmi les chapitres les plus intéressants, j’en citerai deux. Le premier, « Plus de deux millions et demi de Français », inclut un entretien entre l’auteur et l’historien Michel Rouche qui brosse un passionnant tableau des rapports entre l’Eglise et l’homosexualité et du sort réservé aux personnes homosexuelles au cours des âges. Et ce tableau montre bien la fluctuation importante selon les époques, passant d’une certaine tolérance à une répression plus forte. Et dans ce tableau brossé à grand traits, on voit aussi combien la question de la pédophilie fut liée (ce n’est plus le cas aujourd’hui) à celle de l’homosexualité, pédophilie qui fut souvent une pratique tolérée voire encouragée.

L’autre chapitre qui m’a touché est celui ayant trait à la chasteté, intitulé « Le courage d’être chaste ». De nombreux témoignages composent ce chapitre. Olivier témoignage de son cheminement :

Une chasteté qu’il considère comme une richesse car elle « donne une très grande  liberté  dans  la  relation  aux  autres  et  laisse  place  à  l’émerveillement  ». Et puis, conclut-il, tous, hétérosexuels ou homosexuels, mariés ou célibataires, lorsque nous sommes tôt ou tard confrontés à la fin de notre génitalité, nous devons trouver notre plaisir ailleurs. Dans la contemplation.

Autre témoignage très touchant : celui de Béatrice qui raconte sa conversion après avoir vécue avec une femme pendant de longues années.

Livre passionnant, disais-je, par son exhaustivité et par son format. Chaque chapitre est composé d’un texte de l’auteur et d’un ou deux interviews avec des spécialistes. La lecture en est ainsi rendue plus claire et plus vivante, les questions posées lors des interviews faisant souvent écho à celles que l’on s’est posée en lisant le texte en préambule du chapitre.

A noter que ce livre est accessible aussi au format électronique, en allant sur le site Bouquineo. Le fichier fourni au format PDF est d’une qualité irréprochable.

  1. C’est à ma demande que les Editions Salvator m’ont gracieusement envoyé un exemplaire du livre []
  2. Le Monde, supplément du 12 octobre 2004 []
  3. Les éditions Chemis de Tr@verses m’ont gracieusement fourni un exemplaire du livre []

Philippe Ariño, les lobbys ne lui disent pas merci !

J'ai eu l'opportunité d'assister hier, jeudi 6 décembre, à une conférence de Philippe Ariño à Toulouse.

Faut-il encore le présenter ? Il a désormais une couverture médiatique relativement forte, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parlé de lui. Si tel est néanmoins le cas, on peut finalement résumer assez simplement qui il est : Philippe est homosexuel, il s'assume, il est catholique, il défend le pape et l'Eglise et il s'oppose au mariage gay. Voilà planté le décor de cet ovni que les médias interpellent, trop étonnés de trouver un homo non honteux, continent, croyant et pas lobbyiste de la cause gay.

Difficile en réalité de résumer ce qu'est un homme en quelques phrases. Philippe est évidemment bien plus que cela. Et au-delà de son discours maintenant bien rôdé sur son parcours, sur le mariage gay, sur l'homosexualité, j'ai été impressionné hier par ce qu'il dégage : quelqu'un d'accompli, qui parle vrai, qui semble serein et bien dans ses baskets et qui est libre. Bref, au-delà des mots prononcés, il y a la façon de les prononcer, de parler à son auditoire, d'écouter et de répondre aux questions. J'ai vécu donc hier soir un moment d'humanité. Cela peut peut-être paraître idiot, mais dans cette société où tant de choses sont factices, j'apprécie de plus en plus ces moments d'authenticité et de paroles vraies.

Alors, qu'a raconté Philippe hier soir ? Ce fut à vrai dire un peu décousu, il l'a reconnu lui-même, n'ayant pas suivi le plan classique de ses interventions. Peu importe, cela n'a pas nui à l'intérêt du discours.

L'essentiel du débat hier soir a porté sur le mariage gay. Philippe Ariño m'a surpris sur quelques points, son discours allant parfois à contre-courant des idées reçues et du prêt-à-penser, y compris chez les opposants au mariage gay.

D'abord, Philippe explique que la revendication porte sur le droit au mariage et non sur le mariage lui-même. N'a-t-on pas entendu dire : "les gays auront enfin le droit de ne pas se marier" ? Qui se bat donc pour que certains aient un droit dont on sait qu'ils se moquent ? P. Ariño explique qu'en réalité les personnes homo sont utilisées par la société bisexuelle, cette frange de la population qui ne sait pas très bien où elle en est avec elle-même. J'ai d'ailleurs apprécié que Philippe dise qu'il ne connaissait pas une personne "hétéro" bien dans ses baskets et qui ait peur de l'homosexualité.

Partant du constat que les homos eux-mêmes – ainsi que le enfants – sont les grands absents du projet de loi, il n'hésite pas alors à dire que ce projet de loi est homophobe.

Il décrypte facilement les types de chantage auxquels les opposants au mariage pour tous sont soumis. Le chantage "rose" quand on nous parle de désir, d'amour entre deux personnes qui s'aiment. Le chantage "noir" quand on nous taxe d'homophobie [1], quand on met en avant le suicide des jeunes homos, etc.

Philippe a décrypté tous les codes de l'homosexualité – référents culturels, viol, inceste, etc – mais n'a pas eu le temps d'en parler longtemps hier soir. Son site internet permet de se plonger dans la question et de mieux comprendre les ressorts de l'homosexualité. Et comme le dit Philippe, quand on s'apercevra des souffrances sous-jacentes importantes, le mythe du gentil gay des séries – beau, sympa, au goût exquis, à l'humour sûr et de bon goût – tombera de lui-même.

En guise de conclusion de cette belle conférence, je retiendrais celle-ci : "Le monde ne se sépare pas entre hétéro et homo mais entre homme et femme et entre Créateur et créatures". L'oublier, c'est aller dans le mur.

 


Philippe Ariño donne de nombreuses conférences. Beaucoup sont filmées et enregistrées. Son site "L'araignée du désert" est très complet, très bien fait et très instructif. Vous y trouverez aussi le calendrier de ses conférences. Il serait étonnant qu'il ne passe pas près de chez vous. Si tel est le cas, ne vous en privez pas.

Par ailleurs, son dernier livre "L'homosexualité en vérité" est un succès, on le trouve partout (même sur Amazon !). J'en ferai peut-être une recension prochainement dès que je l'aurais lu.

 

 

 

 

  1. Voir le billet "il parait que je suis homophobe" []

Etre à contre-courant

Seuls les poissons morts nagent avec le courant (Proverbe alsacien)

 

Suivisme et réflexion

L'époque (formidable) que nous vivons aujourd'hui, quand elle ne l'impose pas, incite à suivre les modes, les tendances. Aujourd'hui, encore plus qu'hier, et sans doute moins que demain, il faut être "in", être moderne, être en phase avec son temps. Et tandis que cette société promeut une apparente liberté de l'homme ("je fais ce que je veux, quand je veux, où je veux"), l'homo modernus du XXIème siècle n'en est pas moins prisonnier de la bien-pensance ambiante [1].

Bien sûr, la société octroie malgré tout quelque valeur à la spécificité, surtout quand cela permet d'augmenter les échanges commerciaux. Il est de bon ton d'avoir le tee-shirt que personne n'a, la voiture ou la télé dernier cri que le voisin va jalouser. Mais ces singularités ne doivent surtout pas avoir cours dans le domaine de la pensée.

Non, aujourd'hui, interdit de penser autrement que comme il se doit. L'effet de masse, décuplé par la logorrhée télévisuelle, subtilement orchestrée par les groupes de lobby, écarte, sournoisement, toute dissonance.

A l'heure où le monde occidental vit une grave crise financière, économique et éthique (mais tout n'est-il pas lié ?), la société française est amenée à faire des choix. Des choix de société justement. Que ces choix soient initiés directement par nos gouvernants ou qu'ils éclosent sous la pression de revendications particulières, peu importe. Il va falloir trancher. Nous allons devoir trancher. Nous tous : cathos, musulmans, athées, petits, grands, maigres, …

Malheureusement, ces choix, qui devraient être sous-tendus par un débat entre toutes les familles de pensée, sont de fait phagocytés par une partie de la population qui tente – avec un certain succès – d'imposer ses points de vue selon un mode opératoire assez rodé :

1) on décrète que tel fait sociétal doit être maintenant légalisé ;

2) on valorise au maximum, on positive, on dit que c'est un progrès pour l'humanité, qu'une démocratie moderne digne de ce nom ne saurait être en retard sur ce point, tout en gommant, bien sûr, tout aspect négatif ;

3) on rigardise, au nom du progrès salvateur, toute opposition, les opposants pouvant même se voir nier le droit de s'exprimer.

Nous en avons eu un exemple criant avec la désormais fameuse prière du 15 août [2] .La CEF, par l'entremise de son président le cardinal Vingt-Trois, a proposé une prière universelle. Ce fut une proposition. Certains prêtres ou équipes paroissiales ont d'ailleurs refusé de la lire. C'est une prière. Eh oui, à tous ceux qui ne connaissent pas bien la religion catholique, sachez qu'un catho, ça prie. Avec plus ou moins de ferveur, avec plus ou moins de constance, mais ça prie. Un catho parle à Dieu. C'est Jésus qui nous l'a dit (qu'on pouvait, qu'on devait prier). Bref, pas de quoi fouetter un chat.

J'admets que si les programmes de TF1, F2 et M6 avaient été interrompus le 15 août, juste avant le journal de 13h ou de 20h, pour diffuser ce message, j'aurais alors compris les réactions indignées quant à l'atteinte (intolérable) à la laïcité, et tutti quanti. Mais là, une petite prière de rien du tout, lue dans la pénombre des églises, là où tout laïc peut aller mais où les laïcistes ne vont pas.

Or cette prière a heurté certaines âmes sensibles. Oh, ce n'est pas la demande de plus de solidarité et de générosité qui a posé problème, tout le monde est pour (sauf si cela passe par une augmentation des impôts). Ce n'est la question sur la fidélité des époux, tout le monde se fout de la fidélité aujourd'hui (sauf quand une carte est fournie par le commerçant).

Non, ce qui a heurté les bien-pensants, c'est la demande à Dieu que "les enfants cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère". Le gros mot a été lâché : un père et une mère. Ce n'est plus in. C'est dépassé. Faites le test autour de vous : observez comme les gens sont empruntés pour dire ce qui est pourtant une évidence. Peur de ne pas être dans la mouvance ? Peur d'être taxé d'homophobie [3] ?

 

Nager à contre-courant sans se noyer

L'Église est clairement, de plus en plus, à contre-courant. Je crois que c'est une chance, à la fois pour elle-même et pour la société.

L'Église est à contre-courant quand :

– elle dénonce les effets néfastes de l'ultra-libéralisme, en même temps que ceux, non moins néfastes, du communisme et de ses succédanées;

– elle déclare que la fidélité et la continence ne vont pas à l'encontre de la lutte contre le sida, bien au contraire ;

– elle affirme, sereinement, que la vie, que toute vie, a un prix infini, qui dépasse l'homme et que l'homme ne peut s'arroger le droit d'y attenter (que ce soit par manipulation ou par suppression) ;

– elle dit – quelle audace ! – qu'un enfant a, non seulement besoin, mais aussi droit à un père et une mère.

Vous remarquerez, qu'hormis lorsqu'elle dénonce l'ultra-libéralisme (et encore), elle est vilipendée et traitée de rigarde. On l'accuse de tous les maux, de tout et son contraire : de favoriser la mort dans un cas, de ne pas la permettre dans d'autres.

Ces derniers mois ont montré cette évolution des relations entre la société et l'Église. D'un côté, une société de plus en plus tournée vers l'hédonisme, se regardant le nombril, donnant prise à tous les désirs et revendications exprimés. De l'autre, une Église (du moins en France) qui affirme, bien plus qu'il y a 10 ou 15 ans, ce à quoi elle croit. [4]

 

Etre minoritaire condamne-t-il à se taire ?

L'Église est aujourd'hui minoritaire, beaucoup s'en réjouissent, certains s'en alarment. Ce n'est certes pas sa vocation. L'Église aspire à rassembler le plus de monde possible, d'aller bien au-delà de son cercle de fidèles. Mais j'ai le sentiment que l'Église ne s'est pas encore totalement remise de sa perte d'influence. Je vais même plus loin : je crois même qu'elle n'en a pris conscience que récemment. Partant de là, elle réagit, car elle sait que le terrain "idéologique" ne lui est plus favorable. Et cette réaction étonne ou agace. Elle étonne ceux qui pensaient qu'elle n'existait plus. Elle agace ceux qui voudraient qu'elle n'existât plus.

Je suis heureux que l'Église de France se montre, fasse entendre sa voix. Prenons le cas du mariage homosexuel. Certains disent que l'Église n'a pas à se mêler du mariage civil, que la République ne saurait prendre l'avis d'une religion. Mais la question du mariage dépasse largement celle du seul mariage à la mairie. Notez d'ailleurs comment on est passé de la revendication du mariage à celle de l'adoption, les deux étant désormais indissociables.

Comme les blogeurs Koz et Charles Vaugirard l'ont écrit, l'Église est dans son rôle en se faisant entendre et qu'importe finalement que les ayatollahs de la laïcité s'en émeuvent.

 

Une chance ?

Être à contre-courant me plait bien finalement. Faire partie d'une Église qui refuse le suivisme, les modes de pensée – tout en s'amenant à réfléchir constamment à la marche du monde – me semble aussi honorable que d'être de ceux qui sont "pour" sans savoir pourquoi.

Mais être à contre-courant n'est pas non plus une vocation en soi et ne doit pas être une posture intellectuelle. Et ce n'est pas celle de l'Église. Il y a des professionnels du "contre" [5] qui dézinguent tout ce qu'on leur propose, L'Église n'est pas dans ce schéma. Elle a pour elle des siècles de réflexion sur l'homme. Le pape Paul VI, dans l'encyclique Populorum Progressio, écrivait :

Experte en humanité, l'Église, sans prétendre aucunement s'immiscer dans la politique des État, "ne vise qu'un seul but: continuer, sons l'impulsion de l'Esprit consolateur l'œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi"

Oui, L'Église peut se prévaloir d'une certaine expérience en matière humaine. Balayer d'un revers de main ce qu'elle dit est non seulement insultant mais aussi crétin.

L'Église de France a connu la puissance : des prêtres et des fidèles nombreux, un lien étroit avec le pouvoir, une influence forte sur la société. Faut-il regretter ce temps-là ? Je ne sais pas. Oh certes, ce devait être confortable d'être du côté du pouvoir, d'être du côté de ceux qui décident, d'être dans le courant. Mais n'était-ce pas un trompe-l'oeil ? Est-ce que promouvoir et vivre l'évangile ne nous conduit pas inexorablement à être à contre-courant ? Comme cela est écrit dans saint Jean (Jn, 15, 19) :

Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.

La difficulté du chrétien est là : être dans le monde (que je trouve merveilleux à bien des égards) sans être du monde.

Vouloir orienter le courant tout en sachant qu'on sera le plus souvent à contre-courant.

La chance pour le chrétien d'aujourd'hui, peut-être, est de revenir aux fondamentaux de sa foi. La chance pour la société est, peut-être, d'avoir face à elle une Église Catholique débarrassée enfin du pouvoir et qui peut dire, sereinement, ce en quoi elle croit : l'homme est un enfant de Dieu !

  1. Ce fut aussi le cas à d'autres époques (toutes ?), à une différence près : on dénie le fait que ce soit une des tares de notre société []
  2. Il est tout de même savoureux qu'une simple prière ait pu être autant commentée par tous les chantres de la laïcité []
  3. Cette prière a été considérée par certains comme étant un terreau pour l'homophobie []
  4. Par exemple, les Points Non Négociables, exprimés durant la campagne présidentielle 2012 []
  5. On les trouve souvent aux extrêmes de l'échiquier politique []

Le mariage homosexuel

Récemment, une requête a été portée au Conseil Constitutionnel par deux femmes afin d'obtenir l'autorisation du mariage homosexuel. Ce que les sages ont refusés.

Plusieurs sentiments m'animent quand on parle de ce sujet. Je ne suis jamais, je l'avoue, très à l'aise quand je dois défendre mon opposition à ce droit revendiqué. D'une part, il va à contre-courant de la société, et mes capacités de nageur en eaux contraires sont sans doute assez faibles, d'autre part parce que je ne veux pas céder à la tentation de la discrimination a priori. J'essaye donc de me forger une réflexion que je peux ensuite exposer.

En préambule, je me sens obligé de dire que je ne suis pas homophobe. L'homosexualité m'est étrangère, je ne l'approuve pas, mais j'accepte volontiers de rencontrer, de parler, de manger, de rire avec des gays. Donc, à ceux qui serait tenté de voir dans le catho que je suis le prototype de l'homophobe de base se trompe.

Je reconnais quelques arguments avancés par les tenants du mariage entre personnes homosexuelles. Dont l'un qui traite de la question de l'héritage à son compagnon ou sa compagne. On le sait, le droit civil accorde aux personnes mariés la possibilité de se léguer des biens sans que l'état vienne prendre des droits de succession dépassant l'entendement. Car finalement, arguer du droit du mariage homosexuel sur la base de l'héritage montre surtout que le problème est ailleurs. Il est dans le fait qu'on ne peut léguer ses biens ou son argent à personne, hors les personnes en lignage direct, sans être fortement taxé par l'Etat. Cela n'est pas le sujet, mais je comprends que le problème se pose pour ces couples homos ayant passés une vie ensemble.

Mais le mariage dépasse largement ce seul cadre juridique et fiscal. Le mariage (civil) définit un ensemble de règles entre deux époux, de droits et des devoirs, notamment ceux concernant les enfants. L'article 371-1 dit que "L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient au père et à la mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité."

Ainsi le mariage, même civil, est orienté vers l'éducation des enfants, qui en est donc une des finalités (même si tous les couples mariés n'ont pas d'enfant). Et c'est bien cela qui me gêne dans la revendication du mariage homosexuel : c'est la revendication suivante qui est celle de l'adoption. Alors je sais bien qu'il y a déjà des moyens de contourner l'interdiction de l'adoption, mais légiférer sur l'adoption par des couples homos me semble dangereux.

Car un enfant naît d'un père et d'une mère. Nier cela, c'est nier une partie de son identité. Pourquoi un enfant devrait-il subir cette amputation-là ? Je ne comprendrais pas que le législateur ouvre cette possibilité. De plus, un homme et une femme représentent une altérité fondamentale et fondatrice. La nier ou la gommer, c'est admettre qu'un enfant peut  grandir et croître avec deux pères ou deux mères. Oh je sais, l'on dit – et je le crois volontiers – que deux pères ou deux mères peuvent donner beaucoup d'amour. Certes. Mais ils ne pourront jamais donner ce qu'ils ne sont pas.

Je ne suis pas dupe. Le droit au mariage homo sera sans doute l'un des thèmes importants de la campagne présidentielle de 2012. Et l'on tentera d'opposer les ringards d'un coté, les progressistes de l'autre. Les politiques et les citoyens devront alors dire ce qu'ils veulent pour notre société, déjà tant en mal de repères : attaquer encore un peu plus les fondements de la famille – pourtant ô combien stabilisatrice dans une société – ou marquer des limites aux revendications des minorités ? Nous verrons bien et aurons l'occasion d'y revenir.