Pédophilie

Certes, l’Église a le souci du pardon et du repentir. Certes, par son attitude, elle a peut-être permis à certaines brebis égarées de se remettre dans le droit chemin. Mais en choisissant le silence quasi systématiquement, elle a fait un tort considérable, à tous.

D’abord aux victimes. Il est sans doute peu de fautes aussi lourdes que celles qui consistent à blesser l’intimité des plus fragiles. Et quoi de plus fragiles que des enfants ou de jeunes adolescents. Jésus a eu des paroles très lourdes : « Mais si quelqu’un doit scandaliser l’un de ces petits qui croient en moi, il serait préférable pour lui de se voir suspendre autour du cou une de ces meules que tournent les ânes et d’être englouti en pleine mer » (Mt 18, 6) ». Qu’elles soient faites dans un cadre familial, scolaire ou ecclésial, ces blessures sont toujours perpétrées en se cachant derrière la confiance que des enfants peuvent avoir envers leurs éducateurs. Et cela ajoute encore à l’infamie. Ces vies sont brisées à jamais et nous ne pouvons qu’être peu enclins à la clémence. Le silence des autorités ajoute encore de la souffrance à la souffrance et cela aussi semble inexcusable.

Ensuite aux fautifs. Car, pour bon nombre d’entre eux, le silence a sans doute eu valeur de quitus. Et les a sans doute peu amené à un changement radical de comportement. Dans les terribles cas qui ont touché l’église d’Irlande, certains prêtres fautifs ont été déplacés, mais ont gardé des fonctions auprès d’enfants. Il y a là une incompréhension dans cette attitude nonchalante des autorités. Sans le silence, ces prêtres auraient été protégés d’eux-mêmes et auraient sans doute eu plus facilement les moyens de s’amender complètement.

Enfin, ce silence pèse sur l’Église. Car qu’entend-on aujourd’hui ? Que cette église est décidément bien indulgente – pire, elle couvre des crimes – avec certaines fautes, tout en étant très stricte sur d’autres, en apparence mineures. Et j’avoue avoir moi-même du mal à comprendre cette distorsion des sentences. Chaque fois qu’un prêtre est accusé de pédophilie – et si les faits sont avérés -, l’Église tout entière souffre, et elle est souvent accusée par ceux qui ne rêvent que de la mettre bas. Si en plus, elle cache, elle tait le plus infâme, il reste alors peu de gens, même parmi les fidèles, qui peuvent la soutenir.

C’est pourquoi je trouve l’attitude du Pape réconfortante. En convoquant les évêques irlandais, en leur demandant de réparer les fautes, de tout faire pour que ces fautes ne puissent plus se reproduire, en mettant les gens face à leurs responsabilités, il œuvre pour une institution plus charitable encore – elle l’est déjà – où l’être humain a toute sa place.

Pour finir, je voudrais dire un mot sur certains amalgames :

  1. pour un prêtre pédophile, 99 autres sont des éducateurs hors pair (c’est-à-dire qu’ils permettent l’épanouissement des enfants), dévoués et dont le comportement ne souffre aucune critique,
  2. il n’y a pas plus de prêtres pédophiles, proportionnellement, que d’instituteurs ou autres éducateurs qui souffrent de cette déviance,
  3. par là même, il n’y a donc pas de cause à effet entre le célibat des prêtres et la pédophilie.

En ces temps où l’on dit tout et n’importe quoi sur n’importe qui, il me semble important de le préciser.

Les Heures souterraines

les-heures-souterrainesJe viens d’achever la lecture des Heures Souterraines, de Delphine de Vigan, finaliste au dernier Goncourt mais non primé.

Au-delà de l’appréciation que j’ai pu avoir de ce livre – mon sentiment est mitigé – et de ses qualités propres, j’ai évidemment fait le lien avec le documentaire « La mise à mort du travail » dont je vous parlais récemment précédemment.

L’histoire raconte la vie parallèle d’un homme et d’une femme qui pourraient se rencontrer et qui, chacun, vive une situation de stress. L’un trouve refuge dans son travail, l’autre doit le fuir. L’autre, c’est Mathilde, cadre dans une entreprise soudainement en butte à la décision de son supérieur de la mettre à l’écart. Comme il n’a pas de raisons objectives, il va user de ruses, mensonges et perfidies pour la broyer, la nier. La faire craquer, la tuer en somme.

Pour caricaturale que puisse sembler cette histoire – je n’ai moi-même, fort heureusement jamais rencontré ce type de personne – j’ai retrouvé quelques échos avec le documentaire.

Comment certaines personnes, dont les responsabilités devraient au contraire les inciter à être précautionneux dans leurs rapports aux autres, peuvent-elles être autant dépourvues d’humanité ? Je suis toujours surpris de voir à quel point l’être humain est incapable, si souvent, d’exercer ce pouvoir et qu’il est prêt, encore plus souvent, à toutes les bassesses pour le garder.

L’Evangile est souvent très éclairant sur ces formes dévoyées du pouvoir : l’orgueil est à la base de tout et Jésus n’eut de cesse de nous appeler à la plus grande humilité.

La mise à mort au travail

Il s’agit du titre du documentaire de Jean-Robert Viallet que France 3 a diffusé lundi 26 et mercredi 28 octobre.

Jaquette du DVD (c) 2009 - France 3

Ce documentaire était vraiment passionnant car il réussit à montrer les arcanes du management d’entreprise, les dessous de certaines décisions, louables en apparence, et l’impact sur la vie des salariés. Il est très intéressant de constater que tous les types de salariés sont touchés, pas uniquement ceux du bas de l’échelle, mais aussi des cadres d’entreprises.

Les dirigeants d’entreprises peuvent faire preuve de mauvaise foi. Les employés aussi me direz-vous. Sauf que le dirigeant a les manettes du pouvoir entre ses mains, parfois, souvent même, sans contre-pouvoir. Pire encore, comme cela est montré dans le documentaire : ils peuvent être malhonnête, allant jusqu’à user des pires procédés pour casser les gens. Car, malheureusement, cette volonté-là est présente : casser les gens, les détruire.

Un témoignage intéressant d’un médecin, spécialisée dans les fameux TMS (Troubles Médicaux Squelettiques) : c’est l’organisation elle-même du travail qui génère ce type de comportement et pas uniquement quelques patrons voyous qu’il serait finalement assez facile d »écarter. Comme il est dit dans le 3ème volet, l’économie n’est plus au service de l’homme mais l »homme au service de l’économie. Au non de laquelle on peut tout imposer.

Servitude des temps modernes quand les salariés interrogés parlent de suicides ou d’envies de meurtre.

Au question de fond et qui, je crois, interpelle directement les chrétiens : pourquoi donnons-nous notre consentement à ces pratiques ? Car nous sommes d’une certaine façon tous complices : par peur, légitime, par lâcheté, par indifférence, mais aussi parce que nous nous croyons à l’abri, nous nous taisons. Le documentaire montre que la plupart des salariés harcelés n’avaient pas réagi lorsque d’autres collègues l’avaient été avant eux. On ne gagne jamais à laisser s’installer l’injuste et la fourberie. Mais je sais aussi qu’il est bien difficile de s’opposer : en effet, il ne s’agit pas de s’opposer à quelques hommes, aussi puissants soient-ils, mais à un système. Le système est un monstre froid qui peut tout, qui fait ce qu’il veut, qui ne rend de compte à personne. Un exemple significatif  : la technique du maillon faible est utilisée aux entretiens d’embauche d’une entreprise afin de favoriser le recrutement d’employés susceptibles de descendre les autres. Sans le savoir, ceux-là mettent le doigt dans un engrenage dont ils auront du mal à sortir et qui peut creuser leur propre tombe.

Le 3ème volet – le plus intéressant de mon point de vue – décrypte l’influence et la main mise de la finance sur l’économie. Le décryptage est assez clair et accessible aux non-initiés. Il montre le cynisme effarant de financiers sans scrupule imposant sans vergogne des résultats qu’une simple analyse économique montre qu’ils sont impossibles à atteindre.

A l’impossible nul n’est tenu. C’est pourtant bien le contraire que semble imposer beaucoup d’entreprises. Nul besoin de s’étonner que certains en viennent aux gestes les plus extrêmes.

Jibitou

PS : L’émission est disponible en DVD sur le site de France 3 ou, pour ceux qui ont iTunes, ici.