Philippe Ariño, les lobbys ne lui disent pas merci !

J'ai eu l'opportunité d'assister hier, jeudi 6 décembre, à une conférence de Philippe Ariño à Toulouse.

Faut-il encore le présenter ? Il a désormais une couverture médiatique relativement forte, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parlé de lui. Si tel est néanmoins le cas, on peut finalement résumer assez simplement qui il est : Philippe est homosexuel, il s'assume, il est catholique, il défend le pape et l'Eglise et il s'oppose au mariage gay. Voilà planté le décor de cet ovni que les médias interpellent, trop étonnés de trouver un homo non honteux, continent, croyant et pas lobbyiste de la cause gay.

Difficile en réalité de résumer ce qu'est un homme en quelques phrases. Philippe est évidemment bien plus que cela. Et au-delà de son discours maintenant bien rôdé sur son parcours, sur le mariage gay, sur l'homosexualité, j'ai été impressionné hier par ce qu'il dégage : quelqu'un d'accompli, qui parle vrai, qui semble serein et bien dans ses baskets et qui est libre. Bref, au-delà des mots prononcés, il y a la façon de les prononcer, de parler à son auditoire, d'écouter et de répondre aux questions. J'ai vécu donc hier soir un moment d'humanité. Cela peut peut-être paraître idiot, mais dans cette société où tant de choses sont factices, j'apprécie de plus en plus ces moments d'authenticité et de paroles vraies.

Alors, qu'a raconté Philippe hier soir ? Ce fut à vrai dire un peu décousu, il l'a reconnu lui-même, n'ayant pas suivi le plan classique de ses interventions. Peu importe, cela n'a pas nui à l'intérêt du discours.

L'essentiel du débat hier soir a porté sur le mariage gay. Philippe Ariño m'a surpris sur quelques points, son discours allant parfois à contre-courant des idées reçues et du prêt-à-penser, y compris chez les opposants au mariage gay.

D'abord, Philippe explique que la revendication porte sur le droit au mariage et non sur le mariage lui-même. N'a-t-on pas entendu dire : "les gays auront enfin le droit de ne pas se marier" ? Qui se bat donc pour que certains aient un droit dont on sait qu'ils se moquent ? P. Ariño explique qu'en réalité les personnes homo sont utilisées par la société bisexuelle, cette frange de la population qui ne sait pas très bien où elle en est avec elle-même. J'ai d'ailleurs apprécié que Philippe dise qu'il ne connaissait pas une personne "hétéro" bien dans ses baskets et qui ait peur de l'homosexualité.

Partant du constat que les homos eux-mêmes – ainsi que le enfants – sont les grands absents du projet de loi, il n'hésite pas alors à dire que ce projet de loi est homophobe.

Il décrypte facilement les types de chantage auxquels les opposants au mariage pour tous sont soumis. Le chantage "rose" quand on nous parle de désir, d'amour entre deux personnes qui s'aiment. Le chantage "noir" quand on nous taxe d'homophobie [1], quand on met en avant le suicide des jeunes homos, etc.

Philippe a décrypté tous les codes de l'homosexualité – référents culturels, viol, inceste, etc – mais n'a pas eu le temps d'en parler longtemps hier soir. Son site internet permet de se plonger dans la question et de mieux comprendre les ressorts de l'homosexualité. Et comme le dit Philippe, quand on s'apercevra des souffrances sous-jacentes importantes, le mythe du gentil gay des séries – beau, sympa, au goût exquis, à l'humour sûr et de bon goût – tombera de lui-même.

En guise de conclusion de cette belle conférence, je retiendrais celle-ci : "Le monde ne se sépare pas entre hétéro et homo mais entre homme et femme et entre Créateur et créatures". L'oublier, c'est aller dans le mur.

 


Philippe Ariño donne de nombreuses conférences. Beaucoup sont filmées et enregistrées. Son site "L'araignée du désert" est très complet, très bien fait et très instructif. Vous y trouverez aussi le calendrier de ses conférences. Il serait étonnant qu'il ne passe pas près de chez vous. Si tel est le cas, ne vous en privez pas.

Par ailleurs, son dernier livre "L'homosexualité en vérité" est un succès, on le trouve partout (même sur Amazon !). J'en ferai peut-être une recension prochainement dès que je l'aurais lu.

 

 

 

 

  1. Voir le billet "il parait que je suis homophobe" []

Il parait que je suis homophobe !

J'ai eu l'occasion d'écrire que j'appréciais plutôt les analyses poltiques de Bruno Roger-Petit (BRP), même si je n'y souscris pas toujours. Féroce opposant à Sarkozy, le voilà soutien ardent de François Hollande après avoir vu son favori, DSK, être obligé de renoncer. 

BRP est un ardent défenseur de longue date du mariage gay, de l'adoption et il me semble que même la PMA ou la GPA ne lui pose pas de problèmes particuliers [1]. Soit. Il n'est pas le seul et je comprends une partie de ses arguments. Mais je ne peux que m'insurger contre sa façon détestable d'essayer de tuer les prémices d'un débat sur le sujet.

Je vous invite à lire le dernier billet en date sur le sujet publié par BRP sur LePlus.

 

Objectif n°1 – déplacer le débat sur l'échiquier politique

Se basant sur les propos d'E. Zemmour, traités avec grand mépris, BRP essaye d'en faire le héraut d'une pensée de droite inconsciente. Zemmour dit tout haut ce que la droite profonde, forcément bête, pense tout bas. Mais droite profonde ne suffit probablement pas comme argument décisif. On sort alors les vieilles antiennes qui essayent de lier la droite dite profonde au pétainisme et à ses affidés. Un classique du genre. 

Je reconnais que la sortie de Valérie Pécresse sur le démariage me semble hasardeuse et je vois effectivement mal comment on pourrait "démarier" des personnes. Mais imaginez-vous la droite, revenue au pouvoir, abroger la loi du mariage gay, elle qui n'a pas osé abroger celle sur les 35 heures, pourtant identifée comme source de tous les maux de l'économie française ? Non, bien sûr. Et BRP le sait très bien. Mais il n'a pu s'empêcher de lier ce qui n'a pas lieu d'être.

Faut-il rappeler que plusieurs députés PS, que Lionel Jospin lui-même, font part de leur réticence contre le mariage et plus encore contre l'adoption ? Peut-on les taxer de pétainistes ? Et que dire du rabbin Bernheim ?

J'imagine que, prochainement, les opposants se feront traités de fascistes, voire de nazis. Argument massu de ceux qui n'ont rien à opposer ? Bête et triste, assurément.

 

Objectif n°2 – exclure du débat les opposants

Le mot clé de tout ce débat, c'est le mot homophobe ! Utilisé rapidement par les partisans du mariage gay pour discréditer tout contradicteur, il est aussi utilisé de plus en plus par les opposants qui commencent leur phrase par : "Je ne suis pas homophobe, mais …"

BRP assène donc : "Force est de conclure que tous leurs arguments, tous, reposent sur une position homophobe." Avouez que la ficèle est grosse. Tous les arguments. C'est lui qui le dit. Ainsi, si j'écris que je pense sincèrement, en mon âme et conscience, qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère, et que c'est la cause principale de mon opposition au mariage gay, je suis homophobe.

Pas de grâce de la part de BRP. Que les propos viennent d'E. Zemmour, ils sont qualifiés de brutaux et féroces, qu'ils viennent de l'abbé Grosjean, ils sont qualifiés de suaves et enrobés (sous-entendu hypocrites).

Et pour être sûr de ne laisser aucun espace à la discussion, BRP a cette phrase magnifique : "Ne pas s'avouer homophobe n'interdit pas de tenir des propos homophobes". Je pourrais dire quant à moi : "Ne pas s'avouer con n'interdit pas de tenir des propos cons" !

 

Objectif n°3 –  Surtout, pas de débat

Il semble que les partisans du mariage gay veuillent avant tout éviter le débat. On élude les questions qui fachent. L'argumentaire anthropologique est évacué. La place des enfants n'est pas abordée.

Je note d'ailleurs que l'argumentaire de BRP est très superficiel. On taxe l'autre d'extrêmiste, d'homophobe, mais on n'aborde pas les questions qui fâchent. Et il est de fait plus aisé de traiter l'autre d'homophobe et de pétainiste que d'aborder les sujets qui sont au coeur du mariage gay : la PMA, la GPA, etc [2].   

Et puis, pourquoi débattre avec des opposants aux méthodes aussi sordides ? Pensez donc : les opposants au mariage gay sont accusés de culpabiliser les partisans du mariage gay qui n'osent plus taxer les opposants d'homophobes. Pauvres choux ! Allez, circulez, y a rien à voir. Le débat est clos.

 
Conclusion
 
Est-ce les derniers sondages un peu moins favorables qui rendent dingues les lobbyistes du mariage gay ? Est-ce l'idée même que les religions interviennent dans le débat public qui nous vaut ces piètres arguments ? Est-ce juste l'idée qu'on ne puisse être d'accord avec ce qui est qualifié de progrès social ?
 
Je ne sais.
 
Mais il est clair qu'un débat est nécessaire. Que des états-généraux seraient bien vus. Que la place des enfants et de leur droit à avoir un père et une mère valent bien tous les débats sur les OGM.
 
Mais rassurez-vous. Si BRP est vénimeux contre l'Eglise concernant le mariage gay, il le sera peut-être moins quand viendra le débat sur l'euthanasie : il est contre !
  1. Référence à un ancien billet de BRP, supprimé, où il prenait exemple sur une vedette du petit écran qui avait utilisé la GPA pour satisfaire son "désir d'enfant"; j'avais écrit un billet à ce sujet []
  2. Les associations LGBT disent déjà qu'une loi ne permettant que l'adoption est une loi a minima []

Une lente déconstruction

Nous assistons à une lente déconstruction de ce qui furent, il n'y a point si longtemps, les fondements de notre société. Mais aujourd'hui, plus qu'hier, et en rupture forte avec avant-hier, on veut mettre aux oubliettes ces fondements. Pour reprendre un terme cher aux rugbymen du Stade Toulousain, on touche aux fondamentaux. Et quand on perd ses fondamentaux, on perd souvent…

 

Le mariage

Avant que d'aborder ce qui sera la fin du mariage l'an prochain, sous couvert d'ouverture et de générosité (que ne fait-on pas au nom de la générosité d'ailleurs ?), il est instructif de noter comment l'institution du mariage est vécue au niveau des présidents de la Vème république. Jusqu'à Jacques Chirac inclus, nous avions une approche "classique" : mariage, en général de longue date, des écarts à la fidélité plus ou moins avérés, parfois acceptés par le conjoint compréhensif, et dont la presse, souvent, se gargarisait.

Avec Nicolas Sarkozy, première rupture : non seulement pour la première fois un président divorcé était élu, mais le président nous donna à voir durant la présidence même un nouveau divorce puis un remariage. Inédit. Peut-être moins hypocrite, finalement, que certaines mazarinades passées.

Avec François Hollande, deuxième rupture forte : un président non marié et non célibataire. Qui est donc accompagné de sa compagne. On devrait dire sa concubine. On pourrait dire méchamment sa copine. Mais première copine de France, ça sonne mal. Là encore, inédit. Est-ce qu'un fameux tweet eût eu moins d'échos s'il avait été envoyé par une épouse légitime ? L'histoire ne le dira pas.

En réalité, je me fiche un peu du statut marital du président. Cette évolution est finalement en phase avec celle de la société. Oui, pourquoi les présidents seraient-ils les derniers à divorcer, à se remarier, à divorcer à nouveau, puis se pacser et enfin trouver l'amour fou et vrai à 60 ans ? Hein, pourquoi ?

Non, le vrai coup de boutoir contre le mariage, c'est l'an prochain qu'il est prévu. Puisqu'enfin le mariage, pourtant tombé en désuétude, sera enfin ouvert à tous et à toutes. Oui, je sais, c'est déjà le cas, mais là ce sera à tous et tous, et à toutes et toutes. Vous suivez ? Il paraît que la communauté gay en rêve et même qu'au pays des droits de l'homme (et de la femme), c'est pas normal que les homos n'aient pas droit aussi au mariage, puis … au divorce. Comme tout le monde. Comme les hétéros rétrogrades. Comme les cathos (forcément rétrogrades). Y a pas de raison !

Mais comme le gouvernement ne veut pas faire les choses modernes à moitié, que la France doit devenir aussi le pays des droits de l'homo, eh bien, le gouvernement va autoriser l'adoption d'enfants par les couples du même sexe. Mais réservera-t-il cette possibilités aux gens mariés uniquement ? Ce serait discriminant. Il faudrait l'étendre aux pacsés ? Mais le gouvernement ira-t-il jusqu'à l'octroyer aux pacsés hétéros ? Aux moins de 28 ans ? [1] Allez, on rase gratis, adoption pour toutes et tous. Plus de dis-cri-mi-na-tion. Et l'enfant dans tout ça ? Celui qui va se retrouver entre 2 femmes ou 2 hommes, puis 4 femmes ou 4 hommes quand il y a aura les divorces et les familles recomposées homos ?

Chut. Le désir d'enfant est plus fort que l'enfant lui-même. Je veux donc j'y ai droit. Nouvelle devise au fronton de nos mairies dans quelques années !

Il est sûr qu'après une telle avancée dans l'histoire de l'humanité – on ne le dira jamais assez, la France ne peut se permettre d'être à la traîne en ces matières-là – les ultimes défenseurs du mariage à l'ancienne (je veux dire entre un homme et une femme), de la parentalité hétérosexuée (je veux dire avec un père et une mère) passeront pour des moyenâgeux dont l'obscurantisme n'a d'égal que celui des inquisiteurs.

Mais je garde espoir. La présidentielle de 2032 verra à l'Elysée, à nouveau, un homme marié. Certes, il sera gay, son compagnon prendra le nom de premier homme de France, il pourra envoyer tous les tweets qu'il voudra mais l'institution du mariage retrouvera enfin ses lettres de noblesse !

 

Les jours fériés chrétiens

La très éminente et très noble Association Nationale des Directeurs des Ressources Humaines (ANDRH) édicte chaque année des recommandations. La cuvée 2012, gouleyante à souhait, vient de sortir. Bon, elle risque, comme celle du Beaujolais nouveau, de ne pas laisser un souvenir impérissable. Pourtant, l'effort est louable. Ben oui, inciter les salariés à se syndiquer, modifier la culture managériale souvent basée sur la méfiance, favoriser la diversité pour accroître la compétitivité, mettre en place des indicateurs pour mesurer les minorités visibles et non visibles (sic), c'est beau, c'est généreux. Mais, vous, salarié(e) du privé, des TPE, des PME et même des grands groupes, vous y croyez ?

Pourtant s'est glissée dans cette liste une proposition qui montre que, peut-être, ce ne sont pas que des billevesées. En effet, Mesdames et Messieurs, l'"ANDRH propose, dans le cadre de la neutralité et de l’accroissement de la compétitivité au sein d’une organisation de travail, d’ouvrir un débat national sur le positionnement des jours fériés." Je passe sur le débat national, tarte à la crème décongelée.

Mais parvenir à mêler neutralité avec compétitivité montre à quel point ce projet a été préparé. C'est bien d'être neutre : tout le monde a la même chance, finies les discriminations honteuses. C'est d'autant mieux que l'ANDRH veut favoriser la diversité. Contradictoire ? Vous n'avez rien compris. La neutralité renvoie ici à la laïcité. Mais parler de laïcité en entreprise, cela ne se fait pas trop. Neutralité, c'est plus neutre, si vous voyez ce qu'ils veulent dire. Bien, donc nous avons la neutralité d'un côté et la compétitivité de l'autre. Par ces temps de crise, et parce que les DRH ne perdent jamais le nord, on ne peut que souscrire à la compétitivité. Un peu plus, ils auraient pu ajouter : "afin de ne pas finir comme la Grèce ou l'Espagne", mais le DRH bien comme il faut fréquente assez peu les bistrots.

Alors, comment fait-on pour conjuguer neutralité avec compétitivité ? Et bien, j'vous le donne en mille Emile, en neutralisant certains jours fériés chrétiens. Eh oui, on favorise la neutralité en neutralisant ce qui défavorise la compétitivité. Magnifique, n'est-il pas ?

Donc, jours fériés d'origine chrétienne ou jours fériés chrétiens nous plombent, vous ne pouvez pas savoir à quel point. Le 14 juillet ou le 1er mai, pas du tout. Mais le 15 août ou le jeudi de l'Ascension, oui, ceux-là, ils nous coûtent cher, au bas mot un demi-point de PIB, je ne sais combien de pour cent d'inflation, de millions d'euros de déficit. Vous comprenez bien qu'on ne peut plus se permettre cette lente dégringolade. Le libéralisme sans vergogne ne nous le pardonnerait pas.

Et bien moi, je dis qu'en ces temps de crise, nous devrions aller encore plus loin. Supprimons tous les jours fériés chrétiens, à commencer par Noël, la Toussaint, le lundi de Pâques. Et puis Pâques aussi (travailler un dimanche, c'est bon pour la compétitivité). Et puis le 14 juillet, les 1er et 8 mai, le 11 novembre. Quoi, vous doutez que ces jours soient d'origine chrétienne ? Pourtant, l'ANDRH l'affirme : "En effet, dans l’entreprise, tous les jours fériés sont d’origine chrétienne." Tous. C'est écrit. [2] Et un DRH qui a autant réfléchi à son coup ne peut se tromper.

 

L'assassinat légal [3]

Bon, je le reconnais, je fais mon ronchon. François Hollande, dans sa fameuse proposition n°21, n'a jamais parlé d'assassinat. Il a parlé de mourir dans la dignité.

Est-ce qu'on peut mourir dans la dignité en étant assassiné ? Je ne suis pas spécialiste, n'ayant jamais encore expérimenté ni la mort, ni l'assassinat, mais je dirais, comme ça, que ça dépend. De quoi ? De l'âge. On ne dira pas d'un enfant de 8 ans qu'il est mort dans la dignité s'il est assassiné. Du statut. On verra bien peu de dignité dans la mort d'une mère de famille (nombreuse) trucidée par son époux pris d'une folie passagère. Même d'un clochard, on ne le dira pas. A la rigueur, on se dira que sa vie de misère ne valait pas d'être vécue. Finalement, j'ai beau chercher, je ne vois pas trop de cas où on pourrait dire qu'être assassiné contribue à une mort dans la dignité. Ou alors peut-être à partir d'un certain âge. Ou si on est seul. Ou si le mois de juillet est vraiment pourri. Ou si la saga de l'été est vraiment nulle. On verra ce que la loi dira.

Oui, je sais, vous trouvez que je force le trait. Personne, pas même les ayatollahs de l'euthanasie, n'a prononcé le mot assassinat. Je l'admets.

Pourtant.

Pourtant, la langue française est très précise. A un point qu'on ne soupçonne pas. On y va ? Vous êtes prêts ? Vous êtes prêtes ? (ben, oui, soyons neutres !) Allons-y soft.

Dignité [4] : respect que mérite quelqu'un, respect de soi. Donc mourir dans la dignité pourrait se traduire par : "mourir dans le respect que je mérite". Dois-je vous l'avouer ? Je veux mourir dans la dignité. Et tout catholique pourra dire la même chose. [5].

Assassinat :  Meurtre commis avec préméditation.

Meurtre : Action de tuer volontairement un être humain.

Préméditation : Dessein réfléchi d'accomplir une action (surtout une action mauvaise, un délit ou un crime).

Donc, résumons. Quand quelqu'un demandera à mourir, même si les conditions de souffrance physique et psychique sont réunies, même si une commission de médecins y est favorable, celui qui exécutera la sentence sera en charge de la mise en oeuvre de la volonté du quidam de mourir dans la dignité commettra un assassinat. Qui sera donc légal si la législation évolue dans le sens voulu par ceux qui savent ce qui est digne et ce qui ne l'est pas.

 

Y a pas à dire. On vit une époque formidable. On en viendrait presque à regretter le temps béni de l'Inquisition.

 

Post-Scriptum : ces quelques références, en guise de clins d'oeil, à l'Inquisition ne doivent pas vous étonner : la saga de l'été diffusée par France 2 à partir du 4 juillet participe aussi, d'une certaine manière, de la lente déconstruction que j'évoque. Je vous incite à lire les articles déjà publiés sur le sujet, entre autres celui du Pèlerin et du blog de Charles Vaugirard.

  1. Voir les conditions actuelles d'adoption ici []
  2. Voir page 14 du document listant les propositions []
  3. Merci au prêtre de la basilique Saint Sernin qui célébrait l'office à 18h30 le dimanche 1er juillet et dont l'homélie fut saisissante []
  4. Selon le Petit Robert []
  5. Mais ne généralisons pas quand même, y aura bien des réfractaires []

Le mariage homosexuel

Récemment, une requête a été portée au Conseil Constitutionnel par deux femmes afin d'obtenir l'autorisation du mariage homosexuel. Ce que les sages ont refusés.

Plusieurs sentiments m'animent quand on parle de ce sujet. Je ne suis jamais, je l'avoue, très à l'aise quand je dois défendre mon opposition à ce droit revendiqué. D'une part, il va à contre-courant de la société, et mes capacités de nageur en eaux contraires sont sans doute assez faibles, d'autre part parce que je ne veux pas céder à la tentation de la discrimination a priori. J'essaye donc de me forger une réflexion que je peux ensuite exposer.

En préambule, je me sens obligé de dire que je ne suis pas homophobe. L'homosexualité m'est étrangère, je ne l'approuve pas, mais j'accepte volontiers de rencontrer, de parler, de manger, de rire avec des gays. Donc, à ceux qui serait tenté de voir dans le catho que je suis le prototype de l'homophobe de base se trompe.

Je reconnais quelques arguments avancés par les tenants du mariage entre personnes homosexuelles. Dont l'un qui traite de la question de l'héritage à son compagnon ou sa compagne. On le sait, le droit civil accorde aux personnes mariés la possibilité de se léguer des biens sans que l'état vienne prendre des droits de succession dépassant l'entendement. Car finalement, arguer du droit du mariage homosexuel sur la base de l'héritage montre surtout que le problème est ailleurs. Il est dans le fait qu'on ne peut léguer ses biens ou son argent à personne, hors les personnes en lignage direct, sans être fortement taxé par l'Etat. Cela n'est pas le sujet, mais je comprends que le problème se pose pour ces couples homos ayant passés une vie ensemble.

Mais le mariage dépasse largement ce seul cadre juridique et fiscal. Le mariage (civil) définit un ensemble de règles entre deux époux, de droits et des devoirs, notamment ceux concernant les enfants. L'article 371-1 dit que "L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant. Elle appartient au père et à la mère jusqu’à la majorité ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé et sa moralité, pour assurer son éducation et permettre son développement, dans le respect dû à sa personne. Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et son degré de maturité."

Ainsi le mariage, même civil, est orienté vers l'éducation des enfants, qui en est donc une des finalités (même si tous les couples mariés n'ont pas d'enfant). Et c'est bien cela qui me gêne dans la revendication du mariage homosexuel : c'est la revendication suivante qui est celle de l'adoption. Alors je sais bien qu'il y a déjà des moyens de contourner l'interdiction de l'adoption, mais légiférer sur l'adoption par des couples homos me semble dangereux.

Car un enfant naît d'un père et d'une mère. Nier cela, c'est nier une partie de son identité. Pourquoi un enfant devrait-il subir cette amputation-là ? Je ne comprendrais pas que le législateur ouvre cette possibilité. De plus, un homme et une femme représentent une altérité fondamentale et fondatrice. La nier ou la gommer, c'est admettre qu'un enfant peut  grandir et croître avec deux pères ou deux mères. Oh je sais, l'on dit – et je le crois volontiers – que deux pères ou deux mères peuvent donner beaucoup d'amour. Certes. Mais ils ne pourront jamais donner ce qu'ils ne sont pas.

Je ne suis pas dupe. Le droit au mariage homo sera sans doute l'un des thèmes importants de la campagne présidentielle de 2012. Et l'on tentera d'opposer les ringards d'un coté, les progressistes de l'autre. Les politiques et les citoyens devront alors dire ce qu'ils veulent pour notre société, déjà tant en mal de repères : attaquer encore un peu plus les fondements de la famille – pourtant ô combien stabilisatrice dans une société – ou marquer des limites aux revendications des minorités ? Nous verrons bien et aurons l'occasion d'y revenir.

Encore une tartufferie

J'aime bien le blog de Bruno Roger-Petit. Non pas que je sois toujours d'accord avec lui – je ne lis pas les blogs ou les journaux avec cette optique-là – mais parce que j'aime bien sa façon de décrypter le microcosme du monde politique et de la société. Ses billets sont très souvent intelligents, bien écrits, et dénoncent les tartuffes de tout poil. Même si je ne partage pas certaines de ses positions.

Son billet sur le kiss-in prévu par la communauté homo lors du voyage du Pape à Barcelone est, de ce point de vue, excellent. Juste un extrait : "On est chaque fois décontenancé par les choix politiques des organisateurs de "kiss-in", choix systématiquement sélectifs, qui évitent de s'en prendre aux représentants des religions juive et musulmane (qui sont sur la même ligne dans ce domaine) et ceux des États les plus répressifs. Seuls les catholiques sont visés. Provoquer le pape, est-ce donc cela le nec plus ultra de la révolution rebelle piquante et amusante ?"

Voilà, c'est dit et c'est bien dit. De la part de quelqu'un qui n'est pas catholique.

La communauté gay de Barcelone est très "puissante" apparemment, je l'évoquais dans un billet précédent. Et finalement, contrairement à ce que dit BRP, c'est peut-être la preuve, malgré tout, que le Pape et l'Église comptent encore en tant que repère moral. Qu'on est libre, évidemment, d'accepter ou de refuser. Mais quand on fait autant d'effort pour contester cette autorité, c'est qu'elle parle encore au monde.

Dénonçons cette tartufferie ! Quand je lis : "un baiser peut encore être considéré comme un acte révolutionnaire au XXIe siècle", je pense à ces Chrétiens d'Irak, et plus généralement ceux en terre islamique, qui vivent leur foi la peur au ventre et qui la payent parfois au prix de leur vie.

A Barcelone, un coup de vent de travers et, sans doute, les révolutionnaires du XXIe siècle s'éparpilleraient comme des moineaux apeurés…