Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : le Christ (1/4)

joiedecroire_joiedevivre« Joie de croire, joie de vivre » est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

 

 

Le coeur de l’enseignement de Jésus : le Discours sur la montagne

Comprendre ce que Jésus dit dans ce grand texte, un des plus important de l’Évangile, c’est comprendre et atteindre le coeur du christianisme. Ce discours qui se trouve en saint Matthieu [1] et en saint Luc [2] dégage la pensée du Christ selon la logique du style de vie et de qualité intérieure que vient instaurer Jésus, en un mot la logique de l’amour.

Être chrétien, c’est partager l’expérience du Fils

Le discours est précédé, en saint Luc, de deux notes importantes : Jésus a prié durant la nuit entière sur la montagne, et au matin, il a choisi douze apôtres à qui Il a donné le nom d’apôtre.

  • La prière de Jésus : nous sommes là devant le mystère de la Sainte Trinité ; Jésus s’adresse au Père et à l’Esprit Saint qui sont autre que Lui et qui ne sont pas autres (il n’y a qu’un seul Dieu). Jésus, dans son discours, va être un appel à l’existence filiale, dont Il a fait, Lui, l’expérience. Jésus ne parle jamais de choses dont Il n’a pas fait expérience [3], qu’Il ne vit pas.
  • Choix des apôtres : Jésus établit les douze afin qu’ils puissent prêcher, c’est-à-dire témoigner de l’expérience de leur maître. La doctrine de Jésus n’est pas une philosophie, ce n’est pas un système de pensée mais une expérience vécue. Les apôtres ne pourront redire sa parole que parce qu’ils pourront témoigner d’une expérience, l’expérience d’une certaine relation à Dieu. Ce témoignage sera très imparfait jusqu’à la Pentecôte où l’Esprit-Saint leur donnera de reproduire la manière de vivre et d’agir de Jésus, selon la logique de l’amour.
L’Évangile est pour tous

Selon les deux évangélistes, le discours s’adresse aux disciples mais tous deux notent qu’il y a une grande foule, venue de très loin. L’Évangile est pour tous, Jésus ne délivre pas un message ésotérique destiné à quelques initiés. Pour la foule, les disciples sont autour de Jésus en qualité de disciples, c’est-à-dire pour témoigner que le message vaut la peine d’être écouté, que l’expérience vaut la peine d’être vécue, puisque quelques hommes ont décidé de suivre Jésus pour vivre cette expérience.

Le tableau présenté est ainsi très net. Il y a Jésus, entouré d’un petit groupe de disciples, et la foule :

  • La foule : elle voit Jésus, entouré de ses disciples, c’est-à-dire d’hommes qui, il y a encore peu, faisaient parti de la foule, avaient le style de vie de tout le monde et qui, maintenant, suivent Jésus, vivent avec lui et comme lui. Il est donc manifeste qu’il est arrivé « quelque chose » à ses hommes, qu’ils vivent une expérience que les autres ne vivent pas ;
  • Les disciples : les disciples voient la foule, d’où ils viennent et vers laquelle ils vont être envoyés ;
  • Jésus : Il voit près de lui le noyau de son Église et, au-delà, la grande Église dont il veut que sa limite soit celle de l’univers ; il appelle tous – et les disciples sont là pour en témoigner – à partager son expérience de Fils de Dieu. Il est l’envoyé du Père, les disciples sont les envoyés de Jésus.
Éviter les contresens des Béatitudes

On a pris une déplorable habitude d’isoler les Béatitudes du reste du Discours de la Montagne voire même d’identifier le Discours aux seules Béatitudes : hors celles-ci font un dizaine de lignes tandis que le Discours en saint Matthieu fait trois chapitres. Cette habitude de séparer les Béatitudes du reste du Discours conduit à un contresens radical sur la pensée de Jésus. Le message évangélique ne consiste pas à renverser les valeurs, ne consiste pas à se satisfaire d’états de fait : il n’est pas question de sacraliser la misère sous prétexte que Jésus aurait dit aux malheureux qu’ils sont en fait heureux ! Non, la vérité est que nous rêvons d’un bonheur au rabais fait de joies faciles et c’est ce rêve que Jésus vient condamner. Jésus nous propose que notre appétit de bonheur soit transformé : heureux ceux dont le désir est de vivre comme des Fils du Père qui est dans les cieux !

Le malheur n’est pas un préalable à cet état. La pauvreté, les larmes, la persécution ne sont pas des conditions pour être heureux de ce bonheur-là. Le Père Guillet [4] a écrit des choses décisives : « La misère, la captivité, la faim, les larmes demeurent pour Jésus les aspects divers du malheur de l’homme ; s’il proclame heureux ceux qui en sont frappés, c’est qu’il vient les en délivrer… L’originalité de l’Évangile ne consiste pas à affirmer que ce qui était noir est soudainement devenu blanc, mais à offrir à ceux qui sont dans le malheur une issue nouvelle et bienheureuse. »

Les Béatitudes engagent l’homme dans un processus de transformation de l’existence, elles sont donc un appel. Elles invitent à partager l’expérience qui est celle de Jésus. Et c’est la suite du Discours qui expliquera ce que doit être ce nouveau type d’existence.

Bienheureux les pauvres en esprit : Le royaume des cieux est à eux

L’amour sans pauvreté n’est pas l’amour, c’est pourquoi Dieu est pauvre car il est étranger à l’avoir. Avoir une âme de pauvre (comme on dit l’âme d’un violon), c’est se laisser déposséder de soi pour aller vers l’autre. Heureux sont donc ceux qui une âme de pauvre, car le royaume des Cieux est à eux, c’est-à-dire qu’ils accéderont à une relation d’intimité avec Dieu. La Béatitude de pauvreté domine tout l’Évangile.

Bienheureux les doux : ils auront la terre en partage

La douceur est tout proche de la pauvreté, elle est liée au calme et à la force de l’âme. La douceur évite les attitudes cassantes devant les imprévus de la vie, elle conduit à écouter les autres et à les comprendre.

Bienheureux ceux qui pleurent : ils seront consolés

Le succès, la réussite sont des buts poursuivis. Mais ils peuvent éloigner d’une existence authentique. Ceux qui réussissent tout et qui n’ont d’autre idéal que de triompher sont souvent ces êtres superficiels qui n’auront jamais accès à cette existence authentique. Comme le dit Jean Lacroix : « Mais le succès n’est bon (paradoxalement) qu’autant qu’il est le plus grand révélateur de l’échec… » Malheureux donc tous ceux à qui leur insuffisance n’a jamais été révélée.

Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice : ils seront rassasiés

Avoir faim et soif de justice, c’est la seule façon d’être juste. Il ne s’agit pas tant de justice sociale que de fidélité : fidélité à soi-même en ne cessant jamais de chercher à l’être. Etre satisfait de soi et du monde, c’est nier que nous soyons un infini. L’homme ne peut être pleinement satisfait ici-bas et l’on peut dire qu’il est un infini en creux qui ne peut être comblé que par l’Infini vivant qui se donne.

Bienheureux les miséricordieux : ils leur sera fait miséricorde

Le miséricordieux est étymologiquement le coeur malheureux. C’est celui qui souffre de la souffrance des autres, comme Dieu, le premier, souffre avec l’homme. La miséricorde implique une préférence des petits, des faibles, des persécutés,etc. C’est imiter Jésus qui a travaillé à libérer ceux qui sont esclaves de quelque manière que ce soit. Car il n’y a pas de liberté sans amour. Être libre et aimer, c’est exactement la même chose.

Bienheureux les coeurs purs : ils verront Dieu

Ceux qui ont le coeur purs sont ceux qui ne souillent leur coeur ni avec le mal qu’ils commettent, ni avec le bien qu’ils font. Ne pas souiller son coeur avec le bien que l’on fait, voilà qui est divin, qui ne peut être donné que par Dieu. Etre pur, c’est ne pas se tourner vers soi, c’est ne pas faire sonner ses bienfaits : ne pas se regarder soi-même faire du bien, ne pas être devant son miroir, ne pas porter de masque(s). C’est avoir un visage vrai, non masqué, un visage de pauvre. Ce visage qui sera face à Dieu éternellement.

Bienheureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu

Il faut être en paix avec soi-même pour travailler à la paix entre les hommes. Pour être « appelé fils de Dieu », c’est-à-dire pour être déclarés fils par le Père lui-même, il faut travailler à ce que les hommes soient frères. Cela n’est possible que si étant vous-même en paix, en étant intérieurement unifiés, vous travaillez à la paix universelle.

Bienheureux si vous êtes persécutés pour le Christ

C’est la conclusion de Jésus. Si vous entrez dans cette expérience, vous serez persécutés, pourchassés. C’est inévitable. Car un christianisme qui ne heurte pas a peu de chances d’être authentique. Des milliers de gens essaient de composer entre la sagesse du monde et la sagesse du Christ. Ce n’est pas possible. Si vous choisissez la sagesse du Christ, vous serez pourchassés, parce que vous empêchez les gens de tourner en rond.

Au fond, bien qu’il y ait quatre béatitudes chez Luc et huit chez Matthieu, il n’y en a qu’une seule : bienheureux ceux qui font l’expérience d’une existence vraie. Faire cette expérience, c’est indivisiblement faire l’expérience du bonheur et de la croix. Il faut renoncer au bonheur facile pour accéder à ce que nous appelons le bonheur du ciel qui est le bonheur d’aimer, c’est-à-dire de ne plus penser à soi, de se recourber sur soi-même en permanence. Comment voulez-vous que l’apprentissage de ce bonheur ici-bas ne soit pas douloureux ? Nous qui pensons constamment à nous-même, nous pour qui l’amour humain est un moyen privilégié pour l’amour que nous nous portons à nous-mêmes ! La croix est le dépassement de tous ces bonheurs au rabais.

La loi nouvelle : donner comme Dieu donne

Après les béatitudes viennent les commandements de la Loi nouvelle. Donner est le grand refrain du discours sur la montagne. Donner sans rien attendre. Le grand danger est de ne pas prendre garde aux écueils du don : volonté de conquête, de valorisation, … Donner comme Dieu donne, c’est cela être le sel de la terre et la lumière du monde.

La loi nouvelle : appel à la liberté

Ce qui caractérise la Loi nouvelle, c’est à la fois le radicalisme de ses exigences et l’appel à la liberté par rapport à la lettre. Liberté par rapport à la lettre de la Loi ne veut pas dire affranchissement ou abolition mais révéler la vraie portée de la loi et montrer qu’elle contient le principe de son propre dépassement.

Voilà le discours de la montagne :

  1. l’exigence est radicale
  2. vous êtes libres quant à la manière de vivre ce radicalisme de l’exigence : c’est pourquoi tant d’hommes ont peur de la liberté et demandent des consignes à Jésus qu’il ne donne pas ; il marque d’ailleurs l’opposition entre « On vous a dit que… » et « Moi je vous dis… »

Quelques exemples :

  • On vous a dit : « Tu ne tueras pas« . Moi, je vous dis : « Quiconque regarde son frère avec colère est un meurtrier« . En effet, aimer l’autre, c’est vouloir qu’il soit, qu’il vive le plus intensément possible. Avoir un regard de colère, le regarder « de travers », c’est au fond vouloir qu’il ne soit pas, c’est tendre à l’anéantir. C’est donc nous placer au-dessus de lui, c’est estimer que notre vie a plus de valeur que la sienne.
  • On vous a dit : « Tu ne commettras pas l’adultère« . Moi, je vous dis : « Quiconque regarde une femme pour la désirer a déjà commis l’adultère avec elle en son coeur« . En effet, s’il y a des regards qui « tuent » l’autre, il y en a qui possèdent, qui tendent à posséder. C’est considérer la femme comme un objet dont on est propriétaire…
  • On vous a dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. » Moi, je vous dis : « Aimez vos ennemis. » L’amour véritable ne suppose par la réciprocité. Je n’aime pas en exigeant d’être aimé en retour. Je t’aime même si tu ne m’aimes pas. Mon amour est plus fort que ton hostilité ou ton indifférence.

Tout cela est d’une exigence folle. Est-ce utopique que de vouloir suivre ces préceptes ? Allons-nous édulcorer le message du Christ tout en nous prétendant être son disciple ? Non, Jésus sait ce qu’il dit, il ne faut rien édulcorer, et il ne faut pas oublier qu’il fait appel à notre liberté. Liberté, non pas des esclaves, mais liberté des fils de Dieu.

  1. chap. 5, 6 & 7 []
  2. chap. 6, 12-49 []
  3. ndlr : sauf le péché []
  4. J. Guillet, Jésus devant sa vie et sa mort, Aubier, 1971 []

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

« Joie de croire, joie de vivre » est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

Introduction : Mourir et Ressusciter

Transformation

Affirmer que la vocation de l’homme est d’être divinisé, c’est dire quelque chose qui ne parait pas possible. C’est pourquoi il est proposé de remplacer la proposition « Notre vocation est d’être divinisé » par « Notre vocation est d’être divinement transformé ». Pour entrer dans la vie même de Dieu, il faut être radicalement transformé. Cette transformation radicale implique que notre destin est en forme de mort et de résurrection : mort à soi-même, mort à son égoïsme, et non pas uniquement notre mort biologique ; résurrection qui ne consiste pas, après notre mort, à revenir à notre vie d’avant, mais de passer à une vie toute autre.

La transformation n’est pas la croissance ou le grossissement : une femme n’est pas une grosse petite fille ; le papillon n’est pas une grosse chenille ; l’épi n’est pas un gros grain de blé.

Grain de blé qui devient épi

Cette parabole sur l’histoire du grain de blé a été écrite par un auteur danois, Joergensen, qui a pris comme point de départ les paroles de Jésus que l’on trouve dans St Jean, au chapitre 12, verset 24.

Un petit grain de blé est parfaitement heureux dans son grenier : au sec, dans un environnement amical dans lequel il se sent bien. On peut transposer cela au bonheur de l’homme, heureux en famille, heureux dans son travail, sans soucis aucun. La vie est facile. Il ne faut pas mépriser ce bonheur-là, mais c’est un petit bonheur en regard de ce que nous devons être pour l’éternité.

On imagine ce petit grain de blé très pieux : il remercie Dieu pour ce bonheur et le prie pour que cela dure toujours. Il a raison de remercier Dieu. Mais attention : il ne faudrait pas que ce grain de blé s’adresse à un Dieu qui n’existe pas ! Or un Dieu qui ne serait que l’auteur et le garant du petit bonheur du grain de blé dans un grenier, même si ce bonheur est légitime, ce Dieu-là n’existe pas.

Un jour, on charge le tas de blé dans une charrette et on sort dans la campagne. Il fait beau, le ciel est bleu, il y a les arbres et les fleurs, la nature est en fête. Le grain de blé  remercie encore plus Dieu pour toutes ces belles choses. Il a raison de le remercier pour toutes ces belles choses qui sont ici-bas. Mais il est toujours un grain de blé : un Dieu qui maintiendrait un grain de blé dans un grenier, sans aucune espèce de fécondité, ce Dieu-là n’existe pas.

On arrive sur la terre fraîche. On verse le tas de blé. La terre est humide, la sensation de fraîcheur est agréable. Il est heureux. Mais voilà qu’on enfonce le grain de blé dans la terre. Il ne voit plus rien, n’entend plus rien, l’humidité le pénètre. Le grain de blé, qui par la mort inévitable, est en train de devenir ce qu’il doit être, c’est-à-dire un bel épi, regrette le temps de son grenier. Et il dit ce que se disent des millions de personne : si Dieu existait, de telles choses ne se passeraient pas. C’est dommage car c’est précisément là qu’il s’agit du vrai Dieu. Le seul Dieu qui existe est celui qui nous fait croître, passer d’une condition simplement humaine à une condition d’homme divinisé.

Telle est l’histoire de tout homme et de toute femme : il n’y a pas de croissance sans transformation, de transformation sans mort et sans nouvelle naissance. Ces transformations se retrouvent dans le mot Pâque, qui signifie « passage ».

Trois Pâques ou passages transformants

Pâque des Hébreux

Elle nous est racontée dans le livre de l’Exode. Les Hébreux sont une minorité opprimée dans l’Égypte dirigée par le Pharaon. Celui-ci décide un jour d’augmenter les cadences sans augmenter les salaires. La révolte gronde. Moïse s’adresse à Dieu et lui fait remarquer que son peuple est opprimé. Dieu dit à Moïse qu’il a raison et lui demande de faire passer ce peuple de l’Égypte de l’esclavage à la Palestine de la liberté. Les Hébreux suivent Moïse et s’avancent dans le désert. Mais le chemin est long : il fait chaud, il n’y a rien à manger. Peu à peu, ils viennent à en regretter leur vie d’esclave en Égypte, tout comme le petit grain de blé regrettait son grenier douillet. Moïse les persuade de continuer leur route vers la Terre Promise mais les Hébreux ont l’impression d’aller vers la mort, alors qu’ils vont vers la vraie vie. Comme le grain de blé qu’on enfouit dans la terre va devenir un bel épi ! On ne peut pas être transformé sans passer par une mort, par le sacrifice de son bonheur égoïste. Il faut renoncer à son égoïsme pour connaître le véritable bonheur auquel Dieu nous appelle pour l’éternité.

Pâque du Christ

Il revit pour son propre compte ce qu’avait vécu son peuple. D’abord symboliquement, au désert, au début de sa vie publique. Puis, réellement, en montant au calvaire : il ne va pas vers la mort mais vers la vraie vie, au cœur de la Trinité, la vie même de Dieu. La résurrection du Christ n’est pas le retour à son ancienne vie, elle est le passage à la vie de Dieu. Il est devenu autre, il n’est plus, comme nous, soumis aux contraintes de l’espace et du temps. Il est tout autre, mais il n’est pas autre, il est resté le même : le Christ ne s’est pas dépouillé de son humanité, il n’a pas rejeté sa « chair ». Le Christ ressuscité est Homme-Dieu pour l’éternité.

Notre Pâque

La troisième pâque de l’histoire est la nôtre et voyons comment elle se décline.

Importance de nos décisions

Entre les petites et les grandes décisions, il y a toute une gamme mais ce qui, dans la vie, n’est pas décision, ou acte libre, n’est rien. Or ce sont nos décisions qui nous construisent. Et par elles que nous construisons notre vie éternelle, parce que le Christ ressuscité est au cœur des décisions que nous prenons.

Le Christ est présent dans nos décisions

Croyez-vous que le Christ est ressuscité ? Si vous êtes chrétiens, vous répondez : « oui ». S’il est ressuscité, est-il vivant ? Oui, puisqu’il est ressuscité. S’il est vivant, il est présent. Il est présent dans notre liberté car c’est par la liberté que nous sommes véritablement des hommes. S’il est présent, il est actif, actif dans notre liberté, lorsque nous posons des actes libres, c’est-à-dire lorsque nous prenons des décisions. S’il est actif, il est transfigurant. Il est l’Amour et l’amour transfigure tout ce qu’il touche. S’il est transfigurant, il est divinisant. Pour Dieu, présent dans notre liberté, nous transfigurer, c’est nous diviniser, nous faire devenir ce qu’Il est.

Le Christ divinise notre activité humaine humanisante

Cette formule est un peu dense au premier abord : en d’autre terme, le Christ divinise ce que nous humanisons.

Nous sommes des hommes en devenir, ce sont nos décisions qui contribuent à faire que nous soyons des hommes. Et nos décisions ne sont vraiment humaines que si elles sont humanisantes. Notre humanité passe par l’humanité des autres. On devient plus homme en travaillant à ce que le monde soit plus humain.

Ces décisions humanisantes sont souvent des sacrifices, des morts à l’égoïsme, mais, nous chrétiens, savons que chacune de ces décisions est un passage à la vie divine, chacune de ces morts partielles est une nouvelle naissance. C’est la décision qui a une structure pascale, une structure de mort et de résurrection.

Toutes les fois que je prends une décision pour la vérité, la justice, la liberté, le Christ ressuscité donne à ma décision une dimension proprement divine. Le péché est ce que le Christ ne peut pas diviniser parce que ce n’est pas humanisant. On en peut pas bien comprendre le péché si l’on ne comprend pas ce qu’est notre vocation. Car le péché consiste à manquer notre vocation. Il est le refus de nitre divinisation et cela se traduit par l’égoïsme sous toutes ses formes, c’est-à-dire le contraire de ce qu’est Dieu.

Évangile signifie Bonne Nouvelle : Dieu n’est qu’Amour et la grandeur de l’homme est immense, parce que sa vocation va au-delà de ce qu’il peut imaginer ou concevoir : il est capable d’aimer comme Dieu aime.

Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

"Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

 

 

Introduction : Sens et non-sens

Une des questions fondamentales de la philosophie est la question suivante : pourquoi y-a-t-il quelque chose et non pas rien ? Selon son état de vie, selon certains moments, la question du sens de la vie se pose. Beaucoup de choses ont un sens : l'amitié, l'amour, le progrès économique et social, la justice. Il y a du sens partout mais il y a aussi du non-sens : telle jeune fille va mourir, en pleine force de l'âge ; ce père de famille de quatre enfants qui meurt d'un accident de la route ; un raz-de-marée qui tue et affame les populations touchées, etc. Tout cela est absurde, n'a pas de sens.

Le christianisme se présente comme une réponse à cette interrogation qui nous définit comme homme. Être chrétien, c'est croire à la réponse que Dieu donne en Jésus-Christ à cette interrogation humaine. Être chrétien, c'est pouvoir donner un deuxième sens, plus profond, à ce qui a déjà un sens (comme l'amitié ou l'amour), et c'est pouvoir donner un sens à ce qui n'en a pas.

F. Varillon insiste alors sur la rôle de la raison dans l'acte de foi. Tout acte humain, pour être humain, doit être justifié, y compris et surtout l'acte de croire. Il est normal que nous cherchions à comprendre ce à quoi nous croyons. Le douteur sincère n'érige pas la méfiance en principe, comme le fait le sceptique, il n'a pas non plus peur de s'engager car la foi n'est pas seulement une opinion, c'est aussi un engagement. Beaucoup de gens, actuellement, sont méfiants ou manquent de volonté. Pour sortir des deux inerties, il faut aller au bout de l'interrogation sur le sens ultime de l'existence humaine, c'est-à-dire chercher à dégager l'essentiel de la foi.

L'essentiel de l'essentiel

L'essentiel de l'essentiel tient tout entier dans cet adage qui est traditionnel dans l'Église depuis les premiers siècles (saint Irénée, évêque de Lyon, mort vers 200, aurait été le premier à l'avoir utilisé) : "Dieu s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu" ou, si vous préférez : "Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne Dieu". Si vous pensez que cette phrase est exagérée, c'est que vous n'avez pas accédé à l'essentiel de la foi. On rétorque souvent que c'est précisément le péché originel que de vouloir devenir Dieu. Oui, le péché originel est de prétendre par ses propres forces devenir ce qu'est Dieu. Mais ce qui n'est pas le péché originel, c'est d'accueillir le don inouï de notre propre divinisation.

Que serait l'Incarnation de Dieu, sans ce précepte, sinon qu'une visite de Dieu sur terre, comme on en voit dans les mythologies païennes ? Ces deux vérités sont corrélatives : l'incarnation de Dieu et la divinisation de l'homme. Le sens ultime de l'existence humaine est que nous sommes appelés à devenir Dieu.

Le Christ révèle qui est l'homme et qui est Dieu

Nous ne serons pas éternellement Dieu comme Dieu est Dieu, nous ne serons pas absolus, infinis comme Lui mais nous vivrons de la même Vie que Lui. Il faut donc savoir en quoi consiste cette Vie. Tout dans le christianisme a pour but unique de garantir ou d'authentifier la vérité de notre relation à Dieu. Pour que cette relation soit vraie, il faut connaître la vérité sur l'homme et la vérité sur Dieu. C'est le Christ, celui qui s'est fait homme pour que l'homme soit fait Dieu qui nous révèle qui est l'homme et qui est Dieu.

Qui est l'homme ?

L'homme est du divinisable. Pourquoi ? Parce qu'il y a un homme qui est Dieu, un homme pleinement homme. Sauf le péché. C'est précisément parce qu'il n'est pas pécheur que le Christ est pleinement homme. Si un homme est Dieu, c'est qu'il y a dans tous les hommes une capacité à devenir ce qu'est Dieu. Sans quoi, il faudrait dire que le Christ n'est pas vraiment un homme. Mais l'Eglise s'est battue pendant des siècles pour affirmer l'humanité du Christ. Le Christ réalise en perfection la définition même de l'homme : il est l'Homme et cet homme est Dieu. La vocation de l'homme est de "devenir par participation ce que Dieu est par nature". (G. Morel)

Qui est Dieu ?

Toute l'histoire de la Révélation est la conversion progressive d'un Dieu envisagé comme puissance à un Dieu adoré comme amour. Il est normal que l'homme ait considéré Dieu comme le Tout-Puissant face aux dangers du monde et à sa propre fragilité, cherchant spontanément une puissance qui le protège. Puis, peu à peu, c'est toute l'histoire de l'Ancien Testament, il y a eu une conversion d'un Dieu-puissance à un Dieu-amour, finalement révélé par Jésus.

Dieu n'est qu'Amour. Tout est dans le "NE QUE". Beaucoup de chrétiens disent que Dieu est tout-puissant puis ajoute qu'Il est amour, qu'Il nous aime. C'est faux ! La toute-puissance de Dieu est la toute-puissance de l'amour, c'est l'amour qui est tout-puissant ! En Dieu, il n'y a pas d'autre puissance que la puissance de l'amour. Jésus nous révèle la toute-puissance de l'amour en consentant à mourir pour nous. Au Jardin des Oliviers, Il aurait pu appeler des légions d'anges pour être libéré des soldats mais Il s'en est bien gardé car Il nous aurait révélé un faux Dieu, tout-puissant, au lieu de nous révéler le vrai Dieu, celui qui va jusqu'à mourir pour ceux qu'Il aime. La mort du Christ nous révèle ce qu'est la toute-puissance de Dieu : celle de l'amour.

De là se pose la question de ce qu'est l'amour. Aimer, c'est renoncer à vivre en soi, pour soi, par soi. L'amour est don et accueil. Et si Dieu n'est qu'amour, alors il est pauvre, dépendant et humble.

La pauvreté de Dieu

Lorsqu'un homme dit à sa femme : "Tu est tout pour moi, tu es toute ma joie", c'est une parole de pauvreté. Si c'est toi qui est tout, moi je ne suis rien. Hors de toi, je suis pauvre, ma richesse est en toi, ma richesse, c'est toi. Si cela est vrai dans l'amour humain, à combien plus forte raison quand il s'agit de Dieu ! Dieu est la Pauvreté Absolue, il n'y a pas de trace d'avoir ou de possession. La pauvreté matérielle de Bethléem et de Nazareth n'est que le signe d'une pauvreté beaucoup plus profonde.

La dépendance de Dieu

Aimer, c'est vouloir dépendre. Ce qui est vrai entre deux époux, ou entre une mère et son enfant, l'est encore plus de Dieu qui vit l'amour en plénitude. Si Dieu n'est qu'amour, il est le plus dépendant des êtres, il est un infini de dépendance.

L'humilité de Dieu

Dieu est humble parce que le véritable amour ne peut regarder de haut en bas. Quand Jésus lave les pieds de ses apôtres, il les regarde de bas en haut et c'est à ce moment-là qu'il nous dit qui est Dieu.

Le Père François Varillon

couv (Page 3)J’ai découvert François Varillon (1905-1978), jésuite, par un de ses livres les plus connus, « Joie de croire, joie de vivre ». Ce livre a eu un retentissement très fort pour moi et sur ma foi. Comme j’ai eu l’occasion de le dire en ce billet, j’ai traversé une période de doute, de sécheresse, de remise en question. Je butais notamment sur la question de la rationalité. Comment, imprégné de culture scientifique, pouvais-je croire ce que les Évangiles disaient ? Une question revenait sans cesse : et si tout ça n’était que des sornettes, des affabulations, qu’un amas de mythes plus ou moins évolués, structurés et surtout bien racontés ? Mais ces interrogations ne font finalement pas tellement avancer, je me suis aperçu plus tard de leur stérilité. Soit on leur donne prise, et la conclusion s’impose d’elle même, soit on « résiste », comme je l’ai fait, mais on avance assez peu. J’en étais là lorsque j’ai eu entre les mains « Joie de croire, joie de vivre ».

L’art de Varillon est d’abord de parler théologie au tout venant, avec des mots simples, et avec une clarté de formulation assez remarquable. F. Varillon mise sur l’intelligence des lecteurs et, surtout, réconcilie foi et rationalité. Il a le don d’expliquer les principaux dogmes du catholicisme sans être laborieux, sans être ennuyeux, ni hautain, ni distant. Grâce à lui, ma foi en a été renouvelée. Tout ne s’est pas fait en une lecture évidemment. J’ai mûri les propos, ai lu et relu les passages que je ne m’appropriais pas parce que je ne les comprenais pas. En me gardant bien de ne pas comparer ce qui est incomparable, j’ai parfois l’impression que Varillon m’a éclairé comme l’Esprit Saint a éclairé les apôtres et les disciples après Pentecôte. J’ai compris – ou j’ai au moins approché – ce qui était encore obscur, ce que je percevais sans savoir, ce que j’entendais sans comprendre.

Lisant et relisant « Joie de croire, joie de vivre » – c’est, littéralement, mon livre de chevet – je vais tenter d’en faire un résumé, de partager les faits saillants de son discours et discuter les explications qu’il donne. Ce travail est important et s’étalera sur plusieurs mois : je doute de pouvoir écrire plus de 2 billets par mois sur le sujet. J’espère surtout être capable de résumer sa pensée, sans la trahir, tout en en préservant la fluidité et la logique.

Qu’une chose soit claire : je ne veux en aucun cas me substituer à lui ou à son livre. Je veux juste faire œuvre de partage. Je ne cesserai pas de vous conseiller de lire le livre lui-même car la source sera toujours meilleure que la copie ou le résumé.

La publication de ces billets commencera bientôt. Patience …

A l’heure des bilans

Je ne sais ce qu’il en est pour vous, mais il est bon de temps en temps de se poser, de regarder lucidement – ou tenter de le faire – ce que l’on fait ou ce que l’on est. Bref, de faire ce qu’on appelle un bilan.

Comme celui du carême. Pour ma part, je suis moyennement satisfait. J’aurais aimé en faire plus, et surtout faire mieux. Mieux prier. Mieux me consacrer à ce qui est essentiel. C’est un bilan que je fais quasiment chaque année, c’est finalement assez frustrant. Cependant, tout n’est pas à rejeter : j’ai suivi assidûment le temps de prière offert par les Dominicains de Lille dans le cadre de la Retraite dans la Ville, et j’ai lu avec plus d’assiduité la Parole de Dieu, notamment pendant la semaine sainte. C’est peu. Cela aurait pu être « pire », comme il y a quelques années.

Autre bilan : celui de ce journal, de ce blog. Je l’ai débuté il y a environ un an, même si je ne m’y suis vraiment consacré qu’à partir d’octobre 2009. Quand on tient un journal sur le web, donc accessible à toutes et à tous, deux choses entrent en ligne de compte : on écrit pour soi et on écrit pour les autres.

Écrire pour soi relève peut-être de la catharsis. Sans doute. Pouvoir mettre par écrit mes doutes, mes certitudes, mes sentiments relatifs à la Foi et à mon implication en tant que Chrétien, ce que je pense de tels ou tels faits de société me permet de questionner ces pensées qui m’animent. Et me forcer à les formuler m’aide, me semble-t-il, à progresser. Je pourrais tenir un journal privé, j’en tirerais les mêmes bénéfices.

Oui, mais voilà. Outre les capacités techniques offertes par internet et de ses nombreux outils, qui mettent à la portée de chacun des fonctions d’édition inouïes, tenir un blog signifie aussi qu’on s’adresse aux autres et qu’on n’écrit pas que pour soi. Cela modifie bien sûr l’écriture et les sujets abordés. Et se dire que ce blog peut être lu par n’importe qui dans le monde donne le vertige. Mais je vous rassure, l’audience est bien plus faible, je l’estime à quelques dizaines de personnes. Est-ce un problème pour moi, me direz-vous ? A la vérité non. Bien sûr, j’aimerais avoir plus de lecteurs, cela flatterait mon ego et aussi me motiverait encore plus. J’aimerais aussi parfois plus d’interactions, mais les quelques lecteurs ne font pas ou très peu de commentaires. Je ne leur jette pas la pierre. Moi même, quand je butine sur la toile, je ne décide en général de commenter les articles uniquement si le sujet me tient à coeur et si je pense utile d’apporter ma contribution ou de défendre un point de vue. Une recherche « Jibitou » sur google vous permettra de savoir où j’ai mis mon nez récemment … J’ai quelques pistes pour augmenter un peu l’audience mais je ne veux pas en abuser et cela n’est pas prioritaire.

Donc, nonobstant ce faible lectorat et cette faible interaction, le bilan d’aujourd’hui n’annonce pas une fin. Bien au contraire. Je souhaite continuer ce blog et aborder de nouveaux sujets. Outre les réactions que je continuerai d’avoir sur certains des événements dont nous sommes quotidiennement abreuvés, j’ai quelques projets que je veux essayer de mettre en oeuvre :

  • Partager des passages d’évangile qui me touchent particulièrement et faire part de mon ressenti : je ne suis pas exégète, je ne suis pas théologien, mais je vous proposerai ma propre lecture ;
  • Depuis quelques mois, je parcours la toile et j’ai été assez stupéfait de voir le nombre de sites traitant de la religion catholique : j’envisage donc de régulièrement partager la découverte de tel ou tel site qui me semble intéressant ;
  • Enfin, projet plus ambitieux et dont je ne sais si j’en aurais le temps et les capacités, je voudrais faire découvrir un livre qui a assez profondément modifié mon rapport à Dieu et à la religion. Il s’agit de « Joie de Vivre, Joie de Croire » du Père François Varillon. J’ai l’ambition de proposer un résumé de chaque chapitre afin de vous faire connaître (ou redécouvrir) la puissance de sa pensée.