Faux humanisme et mensonge d’état

«Faire pleurer quelqu’un en lui disant la vérité est mieux que de le faire sourire en lui racontant un mensonge» – Paulo Coelho

leonarda_dibraniCertaines semaines voient se télescoper des événements, a priori disjoints, mais que je ne peux m'empêcher de relier.

D'abord, cette invraisemblable polémique concernant le sort d'une famille expulsée cette semaine vers le Kosovo où l'émotion se joint à la politique politicienne à la petite semaine. On sait que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls est la cible de l'aile gauche du PS, des communistes et du front de gauche. Sans oublier celles des inénarrables membres d'EELV dont on a vu récemment que leur amour du pouvoir était supérieur à leur conviction (ce qui n'est pas leur apanage, concédons-le). Sentiment étrange donc qui voit naître le sentiment que, pour ceux-là, toute semaine qui n'a pas vu la démission de M. Valls est une semaine perdue.

Une arrestation pendant les heures d'école

Il y a donc eu une famille expulsée, comme il y en a des dizaines. La France a décidé de ne plus ouvrir à tous son territoire, a décidé que des règles de droit devaient être respectées et que, si elle doit rester accueillante, elle ne peut accueillir le monde entier. On peut le regretter. On peut aussi l'accepter en regardant la réalité en face. François Hollande n'a pas remis cette législation en cause, bien au contraire. Et les faits montrent que le gouvernement est sur cette ligne, puisque les expulsions sont en nombre équivalent à celles pratiquées durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy [1]. Oui, mais voilà, les gendarmes sont venus chercher l'une des enfants de la famille lors d'une sortie scolaire. C'est éminemment regrettable, et comme l'a mentionné le rapport de l'administration, il y eut manque de discernement (mais la lecture du rapport montre que les gendarmes ont agi avec tact et précaution). De là, les cris d'orfraie de la gauche vertueuse. Une arrestation pendant les heures d'école, ce n'est sans doute pas le mieux, ni même acceptable dans son principe. Oui, mais quand alors ? Au petit matin avant que le jour ne se lève ? Juste avant le journal de 20h pendant que l'écolier finit ses devoirs ? Ou alors après le diner ? Encore aurait-il fallu que Léonarda soit présente : "Lorsque M.GUINOT rend visite à Mme DIBRANI dans la soirée du 8 octobre, cette dernière lui  indique  que  sa  fille  Leonarda  n’est  pas  rentrée  de  l’école.  Mme  DIBRANI  en  avait également fait part à M.JEANNIN, le maire de Levier. D’après les déclarations recueillies par la mission, la jeune fille découchait régulièrement." On voit bien l'extraordinaire difficulté de faire respecter la loi dans ces cas-là et donc la difficulté des forces de l'ordre.

Bref; face à l'émotion suscitée, ceux qui savent se sont levés comme un seul homme. Les lycéens demandent le retour immédiat de Léonarda. Les artistes, telle Josiane Balasko, faisant part de leur honte d'avoir un tel gouvernement. D'autres ont osé parler de rafle. Oui, de rafle. 

Et en face, une famille dont on ne sait pas exactement le pays d'origine, dont le père a menti maintes et maintes fois aux autorités françaises, une adolescente prise au piège de la célébrité soudaine et qui traite d'égal à égal avec le chef de l'état. Et dont le rapport nous apprend que son intégration scolaire était somme toute assez relative puisque son taux d'absentéisme au collège pouvait aller jusqu'à 40% sur une année scolaire (qui comporte env. 194 journée). [2] Mensonge donc de présenter Léonarda comme une élève modèle, profitant à plein de l'intégration à la française, et à qui on brise un avenir tout tracé. Je me demande d'ailleurs comment un élève étant aussi absent – et pas seulement une année, mais au moins 3 d'affilée – peut passer en classe supérieure. Le ministre de l'Éducation, au lieu de nous en mettre de tartine avec la sanctuarisation de l'école, ferait mieux de nous instruire de ce sujet. 

Mais le clou de cette folle semaine a été planté de travers – assez magistralement, il faut bien le reconnaître – par le chef de l'état lui-même. On savait qu'il rechignait à intervenir, sentant le piège : trop rigoureux, la gauche de la gauche lui en aurait tenu rigueur, trop laxiste, et c'était les 2/3 du pays, voire plus, qui lui tombaient sur le dos. Il a donc voulu trouver une voie médiane, comme au bon vieux temps où il dirigeait le parti socialiste. Il a donc tenté de donner des gages aux uns et aux autres. En rappelant que la France est un état de droit, en confirmant que l'école est intouchable, et en voulant montrer que son coeur n'est pas de pierre. Il a donc affirmé que si Léonarda en faisait la demande, la France lui proposerait un accueil, à elle seule. Donc la solution pleine d'humanité proposée par François Hollande consiste à demander à une gamine de 15 ans de choisir entre la France et ses parents. Sans rentrer dans d'obscurs détails pratiques – comment se logera-t-elle ? comment subviendra-t-elle à ses besoins ? – on voit quelle considération Hollande a de la famille. À quoi ça sert un père et une mère ? À rien, ou si peu.

Cette pseudo-solution, qui sans doute se voulait apaisante au niveau politique [3] que , est un carnage au niveau éthique. Et à vouloir montrer qu'il pouvait faire preuve d'humanité, il n'a su trouvé autre chose qu'un faux humanisme, que d'ailleurs la jeune Léonarda, sans doute sous influence, s'est empressée de rejeter vertement.

 

Le père n'est plus ce qu'il était

Dans un autre domaine, jeudi 17 octobre, pour la première fois, deux enfants n'ont officiellement pas de père. Non pas que leur père soit mort ou parti à l'autre bout de la planète. Non, il est tout simplement nié. Ceci résulte de la loi Taubira et de la décision du tribunal de Lille qui a donc accédé à la demande d'adoption plénière par un couple de femmes, qui se sont récemment mariées. Mensonge d'état donc, puisque pour la première fois, des enfants qui peut-être un jour se demanderont qui est leur père (les lois de la nature font qu'il y en a forcément un !) se verront répondre par ce même état que de père, ils n'en ont point. Rude donc, et assez terrifiant de mon point de vue.On objectera que le père n'aurait de toutes façons pas été retrouvé puisqu'il s'agit d'"une insiménation artificielle avec donneur inconnu". A l'abject de la situation – priver délibérément un enfant de son père – la loi lui confère maintenant une légalité qui se veut légitimité.

Ainsi la France, cette patrie des droits de l'homme que, parait-il le monde nous envie, vient de donner deux mauvais exemples en quelques jours de ce qu'elle peut faire de pire : légaliser le mensonge, tomber dans le faux humanisme de ceux qui ne savent ce qu'aider l'autre veut dire. Ce mensonge d'état et ce faux humanisme se répondant l'un l'autre, il y a fort à parier qu'on n'a pas fini de voir les aberrations proposées par nos politiques.

 

 

 

 

  1. au moins pour ce qui concerne les Roms []
  2. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Léonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 ½ depuis le début de l’année scolaire actuelle" []
  3. et encore, cela reste à voir : Harlem Désir a contredit le président en demandant le retour de toute la famille, sauf le père. []

Retour sur une élection

Un bref retour sur l'élection de dimanche dernier. François Hollande, sans surprise, a été élu président de la république française. La seule demi-surprise est l'ampleur réduite de sa victoire, inférieure à ce que prédisaient les sondages.

Cependant, ne mégotons pas. Son score est quasi le même que celui de F. Mitterrand en 1981. L'écart en voix est de 1 200 000, tandis que l'on a comptabilisé plus de 2 000 000 de votes blancs et nuls. François Hollande est donc élu sans conteste, même si la droite veut voir dans cet écart non humiliant un espoir pour les législatives. Mais l'UMP sait très bien que la gauche sera majoritaire. Les incertitudes portent sur le nombre de députés socialistes – auront-ils à eux seuls la majorité absolue ou devront-ils vraiment composer avec les Verts et le Front de Gauche ? -, l'éventuelle déroute de l'UMP et l'entrée de députés FN à l'assemblée. Je ne crois donc pas à une éventuelle cohabitation. Est-elle d'ailleurs souhaitable ? Si elle survenait, comment la Vème république y résisterait ?

Donc, Nicolas Sarkozy et son conseillier P. Buisson ont raté leur pari consistant à siphonner suffisamment, une fois de plus, les voix du FN. Puisse cet échec servir de leçon…

La campagne électorale semble déjà loin. Regardons un peu ce qui s'est passé depuis le 6 mai 2012 et cette semaine un peu spéciale où la France a deux présidents [1].

 

V comme Valérie

Valérie Trierweiler. Bien sûr. J'ai goûte assez peu les tribulations des "premières dames de France", dont le rôle, s'il existe, n'est défini par rien, si ce n'est par les liens matrimoniaux avec le président.

Avec Nicolas Sarkozy, nous avons eu le premier divorce à l'Elysée. Avec François Hollande, nous avons le premier président non marié au moment de son investiture.

Et la France a donc découvert un peu plus la compagne de François, la très belle et très classe Valérie Trierweiler. Nul doute qu'elle représentera bien. Quoi ? On ne sait, puisque la première dame n'existe pas. Enfin, son rôle. Elle-même a dit qu'elle réfléchissait à la suite des événements. On verra comment elle parviendra à concilier son travail – elle est journaliste – avec un rôle autour de F. Hollande.

Vu le nombre d'articles qui ont fleuri sur elle, elle est, incontestatblement, la vraie vedette de l'élection de son mari compagnon.

 

V comme Vanité

La vanité a fleuri, un peu partout, à gauche comme à droite.

Vanité des socialistes, et de la gauche en général, qui pensent que F. Hollande sera forcément un grand président et que son quinquennat sera couronné de succès. Il est un peu tôt les amis pour crier victoire.

Vanité de la garde rapprochée de N. Sarkozy qui voit déjà l'Histoire lui rendre justice et qui prédisent, sous peu, qu'il sera regretté. Plus facile que d'analyser les raisons d'un échec après un quinquennat aux résultats peu exceptionnels et à la gouvernance incertaine.

Vanité, avec un grand risque de surdose, des verts qui postulent ouvertement pour être ministres – soit, c'est de bonne guerre – mais en arguant qu'ils sont les meilleurs. Je n'ose imaginer les discours d'Eva Joly et de Cécile Duflot si la première citée avait fait un score … – comment dire ? – acceptable ?

Vanité surtout de tous ceux qui pensent qu'ils ont contribué à la victoire de l'un ou qu'ils n'ont rien à voir avec la défaite de l'autre.

 

V comme Versatilité

On sait l'opinion versatile, l'histoire regorge de ces retournements. Nous venons d'en vivre un bel exemple.

Ainsi, il a suffi que celui qui fut un des présidents les plus mal aimés, dont la côte d'opinion favorable a été la plus basse jamais enregistrée, fasse un discours sobre et digne le soir de sa défaite, puis qu'il invite le nouvel élu à l'accompagner à la cérémonie du 8 mai, pour que, déjà, des voix s'élèvent pour s'en émouvoir et le regretter. Certes, Nicolas Sarkozy a évité le ridicule d'un Giscard d'Estaing théâtralisant son départ. Mais que n'a-t-on pas entendu ? Sortie républicaine, apaisement, cohésion nationale, etc.

Eh oui ! On en arrive à s'émerveiller de ce qui devrait être complètement normal dans une démocratie digne de nom.

Mais, voilà, l'homme honni est déjà vu autrement. Peut-être les prémices d'un retournement spectaculaire. Nicolas Sarkozy personnalité préférée des français dans quelques mois ?

  1. en réalité, elle n'en a qu'un seul, la passation de pouvoir n'ayant lieu que le mardi 15 mai []

Assumer son choix

J'ai écrit avant le premier tour, ici, que je voterais probablement blanc si le second tour devait opposer Nicolas Sarkozy à François Hollande. Je me laissais, évidemment, la possibilité de changer ce choix en fonction de l'évolution de la campagne électorale et du positionnement des deux candidats.

 

Le vote blanc

Je sais que beaucoup considèrent ce choix comme celui de la lâcheté. Ou alors, autre faiblesse, comme celui de refuser l'approche dite "du moindre mal". Tout en ajoutant que le vote blanc n'est pas pris en compte.

Certes, les pourcentages sont calculés par rapport au nombre de suffrages exprimés. Mais le ministère de l'Intérieur publie le nombre de bulletins nuls ou blancs. Vous pouvez noter d'ailleurs le nombre élevé de ces bulletins. Plus de 700 000 "voix", soit plus que celles de P. Poutou et N. Arthaud réunis. Si l'on comptait les pourcentages par rapport au nombre de votants, voici ce qu'on obtiendrait :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lâcheté, me dit-on. La démocratie, à laquelle je crois, me propose deux candidats. Je ne me reconnais ni dans l'un, ni dans l'autre. Et j'ai le sentiment que les arguments avancés pour voter forcément pour l'un ou l'autre ne font souvent que couvrir une inclination naturelle vers le candidat de coeur ou de raison. Qu'en serait-il advenu – cas d'école – si le second tour avait opposé F. Hollande à J.L. Mélanchon ? Ou P. Poutou à N. Arthaud ? Probablement, de nombreux catholiques se seraient prononcés pour le vote blanc.

 

Pourquoi je ne voterais pas Nicolas Sarkozy

"Il faut voter Nicolas Sarkozy" : c'est ce que disent, directement ou indirectement, plusieurs voix catholiques, que ce soit celles de quelques évêques ou d'éminents blogueurs, qui expliquent que l'analyse des programmes des deux candidats selon les principes non négociables n'offre pas d'alternative.

Certes, sur les sujets sociétaux, Nicolas Sarkozy a dit clairement, même si ce n'est pas dans son programme, son refus de l'euthanasie, du droit au mariage pour les couples homosexuels, ainsi que l'adoption d'enfants par ces mêmes couples.

Je ne reviens pas sur les arguments que j'ai déjà donné ici. Est-ce que le comportement de Nicolas Sarkozy depuis le 22 avril aurait pu me faire changer d'avis ? Hélas non ! Là où j'attendais de la hauteur et du rassemblement, j'ai vu, à nouveau, le chef de clan, jouant la carte du clivage, des peurs et décentrant son positionnement vers l'extrême-droite. Son clip de second tour est à ce titre assez éclairant [1]. C'est un choix, il sera peut-être payant électoralement, mais je n'y souscris pas.

 

 

Pourquoi je ne voterais pas François Hollande

Sans le fameuses propositions sociétales évoquées, j'aurais voté pour lui. Il a montré, lors du débat, une certaine tenue, une bonne connaissance des dossiers et avance des arguments auxquels je souscris volontiers (sur la moralisation de la vie publique par exemple). L'UMP et Nicolas Sarkozy nous promettent l'apocalypse économique s'il est élu, je ne fais pas preuve d'un aussi grand pessimisme.
 
Restent sa volonté de légaliser l'euthanasie et de permettre l'adoption par les couples gays. Deux points durs pour lesquels je ne lui donnerai pas ma voix. Certes, le président ne fait pas tout, il ne ferait même rien si l'UPM remportait les élections législatives. Et on peut espérer pouvoir faire reculer le pouvoir sur certains projets de lois, même si une mobilisation la première année d'un mandat est toujours difficile.
 
Donc M. Hollande, si vous êtes battu dimanche soir, si quelques voix vous manquent (et si vous perdez, j'imagine volontiers que ce ne sera que de quelques voix), sachez que la mienne vous aura manqué à cause de ces choix de société dont je ne veux pas.
 
 
Et pour conclure
 
La diversité des opinions des blogueurs cathos est résumé dans cet article paru dans Témoignage Chrétien. Vous pourrez lire aussi ce qu'en disent les Poissons Roses, c'est intéressant.
 
Bon vote à tous !
 

Rectificatif du 5 mai 2012, 16h49

Contrairement à ce que je disais, Nicolas Sarkozy, dans sa profession de foi du 2nd tour, à lire ici, s'engage clairement contre l'adoption par les couples homosexuels et contre l'euthanasie. Le billet est donc modifié en conséquence.

  1. bizarrement pas facilement trouvable sur le site officiel La France Forte []

L’heure du choix

Bon, l'heure de faire son choix approche ! Choix tardif, me direz-vous, mais j'avoue que j'ai eu du mal à me sentir vraiment concerné par cette campagne. Est-ce l'atonie de certains candidats ? Est-ce ce sentiment que, d'une manière ou d'une autre, les marges de manoeuvre seront tellement faibles que nous aurons peu ou prou la même politique ?

Cependant, considérant que voter est un devoir, je me dois donc d'essayer au moins de savoir pour qui je vais voter. D'autant plus que je n'envisage pas de me décider dans l'isoloir ou de tirer au sort un bulletin…

Ah oui,  un point d'importance qui peut éclairer la suite : je ne suis pas militant et je fais partie de cette masse fluctuante de Français qui changent leur vote d'une élection à l'autre. Il m'est arrivé de voter socialiste, pour le centre, ou pour l'UMP (et feu RPR).

 

Les critères

Je me faisais l'écho, ici, de savoir sur quels critères voter, oscillant entre ceux purement politiques et économiques, et ceux ayant trait à des choix de sociétés. Il est en réalité difficile d'isoler les uns des autres. On peut essayer d'en privilégier une catégorie ou une autre. On peut aussi décider que les points non négociables le sont effectivement et baser son vote exclusivement sur ceux-ci.

On peut aussi tenter de pondérer tout cela. Koz a publié un billet récemment dans lequel il a proposé une lecture "objective" [1] des programmes de quatre candidats en fonction de plusieurs critères. Cet énorme et remarquable travail est une bonne aide, à défaut d'être une aide décisive [2].

 

Ceux pour qui je ne voterais pas

J'ai d'abord éliminé ceux pour qui il était hors de question de voter. Les extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche. Ça en élimine pas mal, mine de rien : Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Marine Le Pen, non, vous n'aurez pas mon vote.

A gauche, ils restent donc Eva Joly et Jean-Luc Mélanchon. A droite Nicolas Dupont Aignan. E. Joly est inaudible, impossible d'adhérer à quoi que ce soit. J'avais un a priori favorable pourtant : la juge intègre, l'approche nordique de la politique, une sorte de Borgen à la française. Mais là, non, trop difficile. N. Dupont-Aignan aussi trouvait un écho favorable chez moi : des relents de gaullisme, une certaine idée de la France, une abnégation. Mais son programme économique me parait un peu flou et je pense que sortir de l'euro serait une grave erreur.

Et J.L. Mélanchon, il n'est pas dans les extrêmes, me direz-vous ? Oui, certainement. Ses alliés communistes et son discours le mettent clairement très à gauche de l'échiquier politique. Mais le bonhomme est intéressant : il s'exprime bien, il cabotine, il occupe intelligemment l'espace, bref il sait capter l'auditoire. C'est d'ailleurs sans doute lui qui a fait la meilleure campagne, avec ce slogan que je trouve assez génial : "La révolution citoyenne", ce qui ne veut pas dire grand-chose en définitive mais qui est une bonne accroche. Mais la lecture de son programme, son alliance avec les communistes, ses sorties sur Cuba et le Tibet, ses références à Robespierre m'ont vite dissuadé de me tourner vers lui.

Ah oui, il en reste un. Jacques Cheminade. Que dire ? Qu'il veuille tripler le budget de l'Agence Spatiale Européenne [3] n'a pas suffit à envisager, ne serait-ce qu'une seconde, d'aller vers lui.

 

Ceux pour qui je pourrais voter

Donc il en reste trois : François Hollande, François Bayrou, Nicolas Sarkozy. Par tempérament, par culture personnelle, par adhésion assez large à son discours, sa posture et son programme, je me sens plutôt proche de François Bayrou. J'ai voté pour lui en 2007, je m'apprête à renouveler ce vote pour 2012.

Mais quelles sont mes considérations concernant ces trois candidats.

François Hollande

L'homme semble plutôt sympathique et je crois que son attitude bonhomme et rassurante a joué un grand rôle durant les primaires et les bons sondages sont imputables en partie à cette façon d'être, d'autant plus qu'elle contraste énormément avec celle de N. Sarkozy.

Cependant, si la forme plait, le fond est plus incertain et me convainc moins. Son programme, à l'instar de ceux des autres, comporte des zones d'ombre et sa part de démagogie et il est probable que la réalité économique lui impose des contraintes incoercibles. Je mets tout de même à son crédit son programme social et sa volonté de ne pas créer de clivages inutiles.

Je passerais sur certaines annonces qui me semblent tellement risibles que je me demande comment il a pu les prendre à son compte. Croit-il vraiment que la suppression du mot "race" changera quoique ce soit, si ce n'est peut-être à encombrer un peu plus les tribunaux ?

Mais ces effets d'annonce sont accessoires. Les points durs sont ailleurs, dans ces 3 propositions de son programme dont je me suis fait l'écho ici.

 

Nicolas Sarkozy

Si, sur la forme, je suis en phase avec F. Hollande, la façon d'être de Nicolas Sarkozy m'horripile. Je conçois que d'aucun considère ce critère comme futile. Ceci dit, on vote pour un programme, porté par un homme ou une femme. Et ressentir de l'empathie ou non pour un candidat n'est finalement pas si négligeable. En outre, dans le cas précis de Nicolas Sarkozy, cette façon d'être s'est traduite – malheureusement – en façon de gouverner. J'ai donc naturellement détesté ses outrances, ses insultes, ses manières avec les autres gouvernants, en un mot, sa façon d'habiter la fonction présidentielle. J'ai même ressenti de la honte parfois.

Si son bilan n'est pas très bon, je ne le juge pour autant pas catastrophique. La France a subi une crise forte et violente, et on peut faire crédit au président de son volontarisme. Je ne suis d'ailleurs pas sûr qu'un autre aurait fait nettement mieux. Mais bon sang ! que d'erreurs, qui risquent d'ailleurs de lui coûter cher : sa façon détestable de vouloir absolument être clivant en opposant les uns aux autres, sa tentation du népotisme, sa façon de mêler ses déboires familiaux aux affaires de la France, ses choix diplomatiques incertains, …

Il voulait créer la rupture : il aura gouverné comme aucun autre président de la Vème République mais on ne retiendra sans doute, s'il est battu à ces élections, que les écarts et les erreurs.

 

François Bayrou

Comme je l'ai dit précédemment, c'est le candidat dans lequel je me reconnais le plus. Je suis sensible à sa pondération et je reconnais en lui sa capacité à poser de bons diagnostiques. J'avais été sensible, notamment, à son discours sur la dette en 2007 et la nécessité d'avoir des budgets équilibrés.

Si je suis prêt à encore voter pour lui, est-ce pour autant un vote de conviction ? Non. Hélas, devrais-je ajouter ! Certes, si j'en juge le résultat de l'étude faite par Koz, ainsi que celle de Rue89, il est le candidat des "cathos". Et pourtant, pour lui aussi, j'émets quelques réserves.

D'abord, d'un point de vue purement politique, on ne voit pas bien avec qui il pourrait gouverner et cela pèse sans doute dans ses mauvais sondages dont nous verrons s'ils sont confirmés dimanche. Son programme comporte lui aussi des points étonnants. Je pense notamment à son approche sur les familles homo et sur la GPA. Je ne souscris pas à son analyse qui consiste à décréter que, parce qu'il y a des situations de fait, il faut les légaliser.

 

Et le second tour ?

Si les sondages d'aujourd'hui sont confirmés dimanche, le second tour aura lieu entre François Hollande et Nicolas Sarkozy.

A moins d'événement particulier ou décision nouvelle et spectaculaire d'un ou des deux candidats, j'ai décidé de voter blanc.

Je ne veux pas d'un président aux méthodes que je considère comme brutales et pour qui j'ai une certaine antipathie (c'est criticable, sans nul doute, mais c'est ainsi). Je ne voterai donc pas pour Nicolas Sarkozy.

Je ne peux me résoudre à voter pour un candidat qui veut légaliser l'euthanasie, favoriser l'IVG à tout crin, permettre l'adoption par les couples gays ou les personnes seules. On touche là, finalement, aux points non négociables évoqués par le Pape et relayés par les évêques français.

Voter blanc n'a pas forcément bonne presse et certains y voient, au moins pour les catholiques, un fourvoiement irresponsable puisque le résultat irait à l'encontre du but recherché (les PNN par exemple). J'ai lu avec intérêt le billet publié par Charles Vaugirard sur son blog. Mais il ne m'a pas convaincu entièrement.

J'ai décidé, pour quelques raisons évoquées plus haut, de ne pas voter pour Nicolas Sarkozy. Il n'est pas le président que je souhaite pour la France. Son opposant devrait être (je mets les réserves de rigueur, sait-on jamais ?) un candidat pour qui j'aurais voté s'il n'avait pas dans son programme quelques points qui font que je ne peux voter pour lui. Je me trouve donc dans le cas de figure où je ne donne pas mon bulletin à celui qui aurait dû l'avoir.

On me rétorquera, et c'est l'un des arguments de C. Vaugirard, qu'en votant blanc, je prends le risque que F. Hollande soit élu et donc que les points honnis du programme deviennent des lois dans les prochaines semaines ou mois. C'est un risque, effectivement. Mais je m'accroche à l'idée que les lois sont préparées par le gouvernement et votées par l'assemblée nationale et que nous ne pouvons préjuger de la composition ni de l'un ni de l'autre pour l'instant. Une proposition de loi peut d'ailleurs se contester et on a vu plus d'un gouvernement reculer devant les pressions d'une partie de l'opinion.

Je fais finalement mien l'argument suivant, trouvé ici : 

Si un candidat est élu alors que nous avons voté blanc, la responsabilité de son élection n’est pas imputable à celui qui a décidé de ne voter ni pour lui ni pour son adversaire. La vraie responsabilité en revient à ceux qui ont voté pour ce candidat.

  1. je mets les guillemets car la pondération entre les différents critères est celle de Koz ; de plus, l'un des critères est ouvertement subjectif ; ceci dit, le travail, lui, est complet, lisible, référencé et donc "objectif" []
  2. Mais là n'était pas son but []
  3. Je travaille dans le spatial, je serais donc plus que favorable à une telle augmentation []

Les propositions de François Hollande

L'élection présidentielle approchant, les candidats déclarés dévoilent peu à peu leur programme. C'est une bonne chose, cela permet de se positionner librement et calmement.

Un des candidats les plus en vue, notamment parce que les sondages lui donnent aujourd'hui un score qui lui permettrait d'être élu président, a dévoilé cette semaine ses 60 propositions : il s'agit de François Hollande, candidat du parti socialiste.

Le discours qu'il a tenu au Bourget dimanche dernier fut, paraît-il, bon. J'ai, pour ma part, regardé son intervention sur France 2 le jeudi 26 janvier. Il a été bon sur la forme – paroles affirmées, à l'aise, combatif – et je n'ai pas été heurté par ses interventions sur différents sujets politiques ou économiques. abordés Mais il faut dire que les sujets dits sociétaux n'ont pas été discutés lors de cette émission.

Les 60 propositions

Le candidat socialiste a annoncé ses 60 propositions, regroupées par chapitre. Et je dois dire que certaines me heurtent fortement.

Ainsi, dans le chapitre "Je veux renouer avec l'excellence de notre système de santé et renforcer l'hôpital public", je lis la proposition 21 :

Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander, dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité.

J'ai déjà eu l'occasion de dire ici même ce que je pensais de l'euthanasie. Car c'est bien de cela qu'il s'agit. J'imagine qu'on rétorquera qu'il y aura un encadrement à la loi, que les limites sont déjà posées (sans savoir d'ailleurs qui peut décréter qu'une souffrance psychique est insurmontable). N'empêche. Lire cela me fait froid dans le dos, et je suis même surpris de tant de franchise. Est-cela l'excellence de notre système de santé ?

Passons à la proposition 31 du chapitre consacré au lutte contre la discrimination :

J’ouvrirai le droit au mariage et à l’adoption aux couples homosexuels.

Là au moins, c'est clair. Alors que certains candidats veulent sans doute la jouer en deux temps – d'abord le mariage, au nom de la non-discrimination, puis l'adoption au nom de l'égalité de traitement – François Hollande annonce clairement la couleur. Je reste convaincu qu'un enfant a besoin de l'altérité fondamentale apportée par la mère et le père.

Enfin, la proposition 46 qui dit :

Je proposerai d’inscrire les principes fondamentaux de la loi de 1905 sur la laïcité dans la Constitution en insérant, à l’article 1er, un deuxième alinéa ainsi rédigé : « La République assure la liberté de conscience, garantit le libre exercice des cultes et respecte la séparation des Églises et de l’État, conformément au titre premier de la loi de 1905, sous réserve des règles particulières applicables en Alsace et Moselle. »

Je ne suis pas spécialiste du droit et je ne sais donc pas quel peut être l'impact d'un tel démarche. Au premier abord, je n'en vois pas la nécessité mais cela ne me choque pas plus que cela puisque la loi de 1905 dit exactement cela. A part mettre la laïcité au pinacle de notre république, je ne vois pas bien l'intérêt. Mais on peut en entrevoir le revers : ne verra-t-on pas les chantres de la laïcité se prévaloir de l'anti-constitutionalité chaque fois qu'ils considèreront qu'une religion ne respecte pas la laïcité ?

François Hollande est sympatique, c'est indéniable. Ce qu'il dit et propose a souvent du sens. Mais j'ai été tout de même surpris de constater qu'il va très loin sur certains sujets et que cela heurte ma conscience.

Et, en général, j'essaye de voter en conscience.