La tentation de l’extrême-droite

logo_FNIl est probable que le FN fera un gros score lors des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015. Il est aussi probable que Marine Le Pen sera présente au second tour des élections présidentielles de 2017. Il l’est sans doute moins qu’elle puisse – en cas d’élection – réunir une majorité à l’Assemblée Nationale. Sauf en cas d’événements majeurs venant chambouler les équilibres politiques actuels. Ce pourrait être le cas si une série d’attentats avait lieu dans les semaines ou mois précédents l’élection.

Faut-il s’étonner de cette montée du FN, qui semble inéluctable, malgré un ralentissement lors de l’élection de 2007 ? Non, il n’y a aucun étonnement à avoir, tant on a l’impression que l’attitude des politiques et les événements semblent donner raison au FN.

La peur et l’insécurité

Aujourd’hui, la nation se trouve à une sorte de croisée de chemin. La situation économique est morose, le chômage atteint un niveau rarement vu en France et il n’est même pas dit que le gouvernement parviendra à inverser la courbe d’ici 2017 (il est évidemment illusoire de penser que le chômage puisse revenir à des niveaux acceptables). Le modèle français est attaqué, et attaqué de l’intérieur. Ce serait finalement plus simple si les terroristes ne venaient que de l’extérieur, d’un ennemi que nous pourrions nommer sans peine. Mais cet ennemi a des relais intérieurs, ce sont aussi des Français qui perpétuent ces attaques. La situation dans les banlieues – bien loin d’être en réalité ce qu’on en dit – donne du grain à moudre au discours du FN.

On ne va pas chercher d’excuses. Être au chômage ou être d’un quartier défavorisé ne justifie pas de devenir un terroriste. Il y a suffisamment de belles histoires de personnes qui viennent de ces quartiers et qui réussissent (non, je ne parle pas de Karim Benzema) pour ne pas jeter l’opprobre sur des quartiers entiers. Mais enfin, comme imaginer un seul instant d’avoir une société apaisée quand de tels différentiels existent ? Quand les plus riches deviennent toujours plus riches ? Quand les plus pauvres souffrent toujours plus ?

J’en veux à ces gouvernements successifs qui, depuis les années 70, ont laissé pourrir la situation. Qui ont accepté la dégradation des habitations et des lieux publics. Qui ont accepté que les voyous fassent la loi dans ces quartiers, que des réseaux de trafic en tout genre (drogue, prostitution, armes de guerre,…) prospèrent en quasi impunité. Qui ont accepté que des milliers de personnes vivent dans la peur quotidienne.

Le FN a commencé à gagner du terrain avec ces gens-là, ces laissés pour compte de la République à qui on expliquait que la mixité sociale, c’était vachement bien (mais qui restaient bien au chaud des beaux quartiers), qu’il ne fallait pas exagérer, qu’on irait ouvrir bientôt une bibliothèque parce que, comprenez-vous, la culture rassemble les hommes. Mais bon sang, comment a-t-on pu croire une minute que ces solutions puissent être efficaces ? Bien sûr que la culture est importante – je peste d’ailleurs assez contre l’inculture de la majorité de la classe politique actuelle – mais encore faut-il pouvoir aller à cette bibliothèque sans danger, et sans peur.

Car ce sont ces sentiments de peur et d’insécurité – avérés ou non – qui se sont insinués partout.

J’habite près du quartier des Izards, quartier difficile, tristement connu pour être celui de M. Merah. Il y a là, entre des barres d’immeubles, ce qu’on peut appeler une place, avec une bibliothèque, le bureau de poste et la station de métro. Anciennement il y avait là un poste de police locale (fermé en 2007 par Sarkozy). Plusieurs réseaux de drogue ont été démantelés, des labos clandestins aussi; ces derniers mois, des règlements de compte ont fait 3 morts. Rien de grave, on peut y aller la journée, sans problème. Mais il y a des guetteurs au pied des immeubles, on voit des jeunes parader en voiture rutilante. Bref, un quartier difficile comme tant d’autres. Mes voisins n’ont de cesse de fustiger cette « racaille », mettant dans le même sac d’authentiques voyous et des braves gens. Je les (mes voisins) soupçonne de voter FN.

Le vote FN

Il me semble que le vote FN se nourrit de deux effets. Le premier, classique, veut qu’on se réfugie vers des solutions fortes, musclées, à l’apparente simplicité, quand tout semble se déliter autour de soi. Le discours du FN prétend tout régler, depuis la crise sécuritaire jusqu’à la crise économique. En cela, ils ne sont pas les seuls à nous vanter les merveilles de leur programme électoral. Le deuxième effet relève d’une lassitude très forte envers la classe politique. Les mêmes, toujours les mêmes, qui ont failli dans tant de domaines. Pourquoi continuer à leur accorder une voix ? Et pourquoi pas le FN qui peut se prévaloir d’une virginité dans les fonctions exécutives ? Voilà ce que j’entends de plus en plus autour de moi. Il suffit de traîner un peu dans les bistrots, de discuter avec les chauffeurs de taxi et certains de ses collègues pour constater que le FN, décomplexé depuis que Marine Le Pen en a pris les rênes, gagne du terrain.

Fut un temps, le discours anti-FN fonctionnait encore. on pouvait écouter tel ou tel dirigeant PS ou UMP fustiger le FN et les outrances de Jean-Marie Le Pen. Mais aujourd’hui ? D’une part leur crédibilité en fortement écornée, d’autre part le discours tendant à dire – je schématise – que ce n’est pas bien de voter FN n’est plus audible. Car jeter systématiquement l’anathème sur le FN, c’est mettre une voile sur ses électeurs et sur leurs problèmes. Et cela nourrit, je crois, encore plus leur adhésion à ce parti.

Et chez les cathos aussi !

Parmi les catholiques, le vote FN gagne aussi du terrain, même si je pense que c’est encore dans cette catégorie que le FN fait ses scores les plus petits. Mais les chrétiens sont las et sont inquiets, eux aussi. Pourquoi d’ailleurs ne le seraient-ils pas ? Entre les pertes de repère d’une société déchristianisée et la peur de l’islam, entre les appels à plus de laïcité souvent reçus de manière un peu humiliante et pour certains les fantasmes d’une chrétienté de livres d’histoire, les motifs pour voter FN ne manquent pas. Sans compter la crise migratoire, d’autant plus anxiogène qu’elle est subie et semble ingérable.

Tout concourt donc, y compris chez les cathos, à favoriser la tentation du vote d’extrême-droite.

Car, selon moi, le FN est un parti d’extrême-droite. Et ce n’est pas parce que Jean-Marie Le Pen en a été mis à l’écart qu’il est moins « extrême » qu’avant. Il avance certes à pas feutrés. Marine Le Pen est persuasive, pugnace et ne dérape pas. Marion Maréchal-Le Pen est intelligente et séduisante. Florian Philippot passe admirablement bien dans les médias. Mais tout cela ne doit pas faire oublier l’essentiel et ce qui me parait rédhibitoire :

  • un nationalisme déguisé en patriotisme, cherchant sans cesse des bouc émissaires, en Allemagne, à Bruxelles ou aux États-Unis ;
  • une haine des musulmans : »Les musulmans ne peuvent être français que sous condition« , a déclaré récemment MMLP ; sans compter les saillies régulières de Robert Ménard ;
  • un programme économique hasardeux, avec la sortie de l’euro présenté comme remède miracle ;
  • une éthique finalement pas meilleure que celle des autres partis : suspicion de compte en Suisse de J.M. Le Pen, népotisme familial (on place la fille, puis la nièce, en attendant la 3ème génération), piètre gestion des villes gérées par le FN ;
  • et enfin, sans doute le plus important pour moi, un discours de haine et de rejet de l’autre.

Je ne voterai donc pas FN. Jamais.

Pour autant, désabusé par la classe politique actuelle, par les peurs de toute sorte qui alimentent le vote FN, par le ras-le-bol généralisé, je me prépare à voir arriver le FN au pouvoir : dans les régions (ce qui serait déjà quelque chose d’énorme), peut-être à l’Élysée puis, peut-être dans la foulée, massivement, à l’Assemblée. Je ne crois pas que quelque chose de bien puisse sortir d’un pouvoir d’extrême-droite. Sinon – qui sait ? – un ressaisissement duquel, de ce mal extrême, sortira un bien, pour la France et les Français.

Sur mon calepin – 15

photo_calepinsLes chiffres – Je sais, on fait dire ce qu’on veut aux chiffres. Surtout quand on omet de les mettre en perspective. Or qu’est-ce qu’un chiffre si on ne sait pas à quoi il correspond ? Des chiffres, on en a eu récemment. En pagaille. A foison. A ne plus que savoir en faire. Tiens, les paysans ont obtenu 3 milliards d’euro d’aide en 3 ans. Pas mal. Je sais bien qu’aujourd’hui, on ne fait plus grand-chose avec 100 millions. Mais bon sang, 3 milliards donnés comme ça pour 50 tracteurs sur un périph’ ! Il y a quelques temps, la cour des comptes s’alarmait de l’augmentation du coût des demandeurs d’asile : 990 millions par an. Tiens, on y est presque au 3 milliards sur 3 ans. Exorbitant d’un côté, acceptable de l’autre ? Bizarre, bizarre. Où la cour des comptes nous apprend qu’un demandeur d’asile (non débouté) coûte 13724 euros par an, soit 37,6 euros par jour. Beaucoup, pas beaucoup ? Trop ? 3 milliards, c’est 72 865 demandeurs d’asile pendant 3 ans…

100 000 réfugiés sont arrivés en Europe par la Méditerranée pendant les 6 premiers mois de 2015. Cela semble énorme. Pourtant, comparer aux 450 millions d’habitants de l’Union Européenne, cela ne fait plus que 0.02%. 1 personne pour 4500 habitants. A l’échelle d’une ville comme Paris, cela fait 444 personnes.

Autre chiffre de la semaine : les 80 millions d’euro payés pour un joueur de foot par le club de Manchester United. Vraiment beaucoup ? Ce n’est finalement que le coût annuel de 5 829 demandeurs d’asile. Non déboutés. Soit 0,01% de la population française.

Les migrants – Après la bataille des chiffres, la bataille des mots (et des images). Faut-il les appeler migrants ou réfugiés ? Migrant, ai-je lu quelque part, permettrait de rétablir la vérité. Tous ne sont pas des réfugiés. Certains ne fuient pas la guerre ou la famine, ils viennent pour profiter de nos paysages, de nos femmes et de nos allocs ! D’autres – parfois les mêmes – nous rappellent qu’il ne faut pas se laisser émouvoir par quelques photos prises ça et là sur les rivages ou dans des camions autrichiens. Eh bien, je revendique le droit, si ce n’est le devoir moral, de me laisser émouvoir par ces pauvres, ces démunis de tout, ces opprimés qui n’ont d’autre salut que de fuir leur pays, leur terre ravagée, leur maison brûlée, leurs églises ou leurs mosquées incendiées, non pas pour profiter d’un système, non pas pour l’envie de vivre ailleurs, mais pour SURVIVRE. Que la question de leur accueil soit plus que délicate, j’en suis le premier convaincu. Est-ce que la seule perspective pour endiguer ces vases communicants est de monter des murs le long de nos frontières ? N’y a-t-il aucun mécanisme de solidarité à mettre en œuvre ? Tiens, soyons fous, n’y a-t-il aucune action à entreprendre en amont, pour que ces migrants puissent rester chez eux et y vivre paisiblement ? Un monde à revoir, sans nul doute.

Le programme du FN – Allez, je vais encore me faire quelques amis. On me reprochera sans doute de revenir sur l’invitation de M. Maréchal-Le Pen par le diocèse de Toulon, que je trouvais troublante (et désolé, cette invitation ne passe toujours pas). Parmi les arguments que j’ai entendus – et Dieu sait s’il y en eut – j’ai entendu avec une certaine stupeur celui qui laisse accroire que, finalement, le programme du FN est sans doute le plus proche de la doctrine de l’Église catholique. MMLP a d’ailleurs commencé son intervention en rappelant ce point et, bien sûr, l’assistance l’a applaudi. Et de citer l’avortement, l’euthanasie et le mariage pour tous. L’avortement ? Pas un mot dans le programme de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2012. Qu’en dit MMLP : « Soyons clairs, le Front National n’est pas pour l’abrogation de l’avortement. Il n’a jamais été question de renvoyer les femmes aux « aiguilles à tricoter » comme nous le reprochent des adversaires de mauvaise foi. » L’euthanasie ? Quelques communiqués que vous trouverez là. On attendra, si jamais F. Hollande décide à appliquer sa proposition 21, de voir alors la position du FN. Le mariage pour tous ? Marine Le Pen annonce qu’elle abrogera la loi si elle accède au pouvoir. Là aussi, on verra bien ce qu’il en est à l’heure du programme pour 2017. Bref, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse voir dans le programme du FN une proximité forte avec la doctrine sociale de l’Église. A moins de considérer que le mariage pour tous l’emporte sur tout autre sujet. Ce serait triste si c’était le cas…

 

Une invitation troublante

Ainsi donc, l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, l’OSP, a décidé d’inviter Marion Maréchal-Le Pen à la 5ème édition de l’Université d’été de la Sainte-Baume. Cette invitation sème un léger trouble parmi une partie des catholiques et tend, un peu plus, à accentuer l’écart entre les catholiques dits progressistes et ceux dits conservateurs. Pour être clair, je fais partie des personnes troublées par cette invitation.

Et je suis finalement plus troublé par les justifications, empreintes d’une bonne dose d’hypocrisie, que par l’invitation elle-même.

Les faits

Le thème de l’université d’été est « Médias et Vérité: « La Vérité vous rendra libres » (Jn, VIII, 32). Thème intéressant même si, de prime abord je ne voyais de lien spécifique entre cette célèbre phrase de Jésus et les médias. Mais pourquoi pas, c’est aussi le but de ces universités d’été que d’aller plus loin sur tel ou tel sujet. Je vous laisse découvrir l’agenda de ces journées. Marion Maréchal-Le Pen (MMLP) intervient le dernier jour (le samedi 28 août), dans une table ronde intitulée : « Politique et Médias« . A cette table ronde participent une personne de Sens Commun, une des Républicains, une de gauche, une du journal Famille Chrétienne et Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

Je note que cette table ronde ne semble pas traiter spécifiquement du thème de l’université d’été, même s’il est probable que l’un ou l’autre des intervenants sera questionné sur les liens entre la vérité (Vérité ?) et les médias. Pas de spécificité chrétienne non plus en apparence, n’importe quel politique pourrait intervenir sur ce sujet. On avance pour justifier l’invitation de MMLP qu’elle est catholique pratiquante. Les autres invités (politiques) le sont-ils aussi ? Bref, sans contester la légitimé de MMLP d’intervenir sur ce sujet, pas plus ni moins compétente qu’un(e) autre, je ne vois a priori pas en quoi elle devait être invitée.

Mon trouble

Inviter une personne à table ronde, c’est inviter un expert qui a un avis autorisé sur la question. C’est lui demander de donner son point de vue, de développer ses arguments, voire de débattre avec les autres participants (ça, ça dépend largement du modérateur). On offre en quelque sorte une tribune à l’expert qui vient pour éclairer l’assistance, non pas pour être contredit, si ce n’est par les autres participants, mais mon expérience en la matière est que les débats lors d’une table ronde sont généralement assez feutrés (du moins dans le milieu technique et scientifique).

Que MMLP ait des choses à dire sur le sujet, cela ne fait aucun doute. Est-ce que son avis sur la question, son positionnement, celui de son parti, en fait une interlocutrice indispensable ? Au final, un DSK ou un Cahuzac auraient été tout aussi pertinents sur le sujet (oui, j’ai bien conscience de provoquer un peu en jettant ces 2 noms-là en pâture).

Bref, inviter MMLP à cette table ronde, sur un sujet sur lequel elle n’est pas plus concernée qu’un autre politique, c’est lui donner une place de choix lors de ces journées. C’est donner le signal qu’un élu du FN peut participer tranquillement à une table ronde organisée par un diocèse. C’est du reste ce que disent les organisateurs.

Quand l’auto-justification tourne en rond

Devant l’émoi d’une partie des catholiques – sans compter les autres -, les organisateurs ont donné quelques arguments.

MMLP est catholique pratiquante

Devant cet argument, on aimerait savoir si tous les autres participants – et ceux des années passées – sont des catholiques pratiquants. Un des organisateurs dit même : « Nous n’aurions pas invité Marine Le Pen, ou Florian Philippot ». Ah bon ? Leur avis à cette table ronde aurait-il été moins pertinent ? A l’inverse, Bruno Gollnish est catholique pratiquant. Il aurait aussi pu être invité. Noter que dans ce cas, être catholique pratiquant ne prémunit pas d’avoir des tendances révisionnistes.

Pourquoi pas le FN ?

Jusqu’ici, l’Église s’était mise à distance du FN, parti qui a toujours véhiculé des idées nauséabondes. Et ce n’est pas le ripolinage de façade effectué par l’exclusion de J.M. Le Pen qui change quelque chose au fond. Le FN est un parti d’extrême-droite, même si ses relents maurrassiens semblent lui donner un compatibilité avec le catholicisme. Pendant longtemps, le FN récoltait, parmi les catholiques, principalement les voix des tradis, tendance Mgr Lefebvre. Beaucoup ont été déçus, notamment depuis la prise en main du parti par le duo Marine Le Pen et Florian Philippot. On voit aujourd’hui le glissement électoral qui s’est produit, comme l’explique cet article.

Alors pourquoi pas le FN ? Le FN est-il moins catholique que LR ou le PS (ne parlons pas du Front de gauche) ? Aucun parti n’est catholique. Et si le FN peut avoir des positions proches de l’Eglise (sur les sujets sociétaux notamment, comme le rappelle MMLP), elle a par ailleurs des positions complètement antagonistes. Réciproquement, l’Église doit-elle chercher à se reconnaître dans tel ou tel parti ?

Alors, Mgr Rey dit qu’il inviterait sans problème une personnalité d’extrême-gauche, confirmant d’ailleurs par là qu’il faudrait faire le pendant à … l’extrême-droite. Sauf qu’il ne le fait pas.

Il faut parler au FN

C’est sans doute là le clou des arguments : il faut parler au FN, ce n’est pas bien d’ostraciser quelqu’un. Au niveau individuel, cela va de soi. Je côtoie des électeurs du FN, j’en ai même dans ma famille. Bien sûr que je leur parle. Et il est évident qu’aucune consigne venant de la hiérarchie catholique n’interdira de parler aux électeurs du FN, ni à quiconque d’ailleurs.

Mais, là, on parle d’un événement public, on parle d’une tribune offerte à une élue FN, numéro 3 dans la hiérarchie de son parti, peut-être bientôt présidente d’une très grande région.

Mrg Rey dit : « Il ne s’agit pas d’être complaisant, mais c’est l’occasion, au contraire, d’interpeller le FN sur son rapport à l’immigration, sa vision de l’homme et du vivre ensemble dans une société pluraliste. » C’est beau, c’est joli, sauf que, primo, ce n’est pas le thème de la table ronde; secundo, le format d’une table ronde n’est pas prioritairement d’interpeller les participants mais de les écouter nous donner leur avis sur tel ou tel sujet (même si des questions peuvent être échangées).

Sur Facebook, lors de quelques échanges, et on m’a rétorqué que le Pape avait dit qu’il fallait aller aux périphéries et que donc parler au FN allait dans ce sens. Oh le vilain détournement de paroles ! Oh la mesquinerie intellectuelle qui voudrait faire croire qu’inviter une élue de premier plan d’un parti qui fait 30% aux élections, c’est aller évangéliser les périphéries. Franchement, de qui se moque-t-on ?

Je pourrais rétorquer que je croyais que l’Église devrait être à contre-courant du monde, ne pas s’y laisser prendre. Ce qui est vrai pour certains sujets ne le serait subitement plus pour un parti dont on dit qu’on ne peut plus l’ignorer sous prétexte qu’il a des succès électoraux ?

Et la suite

Le vote FN est une épine dans les pieds des partis politiques depuis 20 ans. Pourrait-il l’être dans celui de l’Église ? Il y a des précédents malheureux et je me désole que l’Église ait soutenu des Franco ou des Pinochet. Va-t-elle soutenir le FN si d’aventure MLP arrivait au pouvoir ? (et il est certain que celle-ci saura faire ce qu’il faut pour complaire à l’Église).

J’espère pour ma part qu’Elle saura rester à égale distance de tous les partis, comme elle l’a fait plutôt bien jusqu’à présent. L’invitation de MMLP est un petit accroc, insignifiant, qui du reste n’engage pas l’Église de France. Mais c’est aussi comme ça que, petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Sur mon calepin – 13

photo_calepinsSchismatique un jour, schismatique toujours – Mgr Williamson a donc décidé de sacrer un évêque, l’abbé Faure, en ce jour de la saint Joseph. Mgr Williamson est tristement connu pour avoir nié l’existence de chambres à gaz. Il a été exclu de la FSSPX en 2012, non pas à cause de ses propos et idées nauséabondes, mais pour avoir critiqué et s’être opposé à Mgr Fellay, le Supérieur général de la Fraternité. Comme quoi, les Tradis ont le droit et le devoir de critiquer le Pape et les évêques français, mais pas le Supérieur général. Bref. Rappelons aussi que Mgr Williamson a été ordonné prêtre en 1975 par Mgr Lefebvre et sacré évêque en 1988 (en même temps que Mgr Fellay donc) par le même Mgr Lefebvre. Beau fruit donc. Le sacre d’aujourd’hui a peu d’importance pour le catholicisme romain, si ce n’est qu’il met en exergue le positionnement de plus en plus difficile de la FSSPX. Qui, bien sûr, condamne ce sacre. Avec une bonne dose d’hypocrisie et de circonvolution pour expliquer que les sacres de 1988 et celui d’aujourd’hui n’ont rien à voir. Elle s’auto-légitime (« La Fraternité Saint-Pie X réaffirme que l’état actuel de nécessité dans l’Eglise légitime son apostolat de par le monde« ) mais dénie aux autres de faire ce qu’elle a fait elle-même. Comment demander à ses ouilles l’obéissance quand elle-même a pratiqué la désobéissance ? C’est exactement ce qui se passe avec Mgr Williamson. Un jusqu’au-boutiste de la Tradition, comme le fut Mgr Lefebvre en son temps. Le problème qui va se poser à la FSSPX dans les années à venir (ou plus probablement dans les prochaines décennies) sera de faire face à la disparition de ses 3 évêques (qui ont 70, 58 et 57 ans respectivement). Si aucun rapprochement n’a lieu avec Rome d’ici-là, l’un des 3 évêques sera alors obligé de sacrer s’il veut faire perdurer la Fraternité. Et un communiqué nous expliquera alors tout le bien-fondé de la démarche…

Tradiland à la mort – Mardi dernier, France 3 diffusait « Au nom des fils » [1], un téléfilm basé sur la triste affaire de l’abbé Cottard. Vous savez, c’est ce prêtre tradi (de la FSSPX) qui avait négligemment laissé des scouts prendre la mer, fatigués, mal équipés et par avis de grand vent. Quatre y ont trouvé la mort, plus un jeune homme qui a voulu leur porter secours. Téléfilm un peu inégal (scénario assez mou, mais très belle interprétation de Léa Drucker), mais qui décrit assez bien le milieu tradi, tel que je l’ai connu (voir ma série de billets sur le sujet) : milieu reclus sur lui-même, considérant qu’un prêtre est forcément un saint à qui on n’a pas de compte à demander, refus de se remettre en question, etc. Si ces enfants sont morts, c’est que Dieu l’a voulu et ce pauvre prêtre n’y est pour rien ! Et puis, il fallait bien en faire des hommes. Des vrais. Pas des mauviettes. Cette ambiance, c’est celle que j’ai connu dans ce minuscule groupe de scouts marins, affiliés à Saint Nicolas du Chardonnet, auquel mes parents m’avaient inscrit. Rigidité dogmatique des prêtres d’un côté, rigidité comportementale des fidèles de l’autre. Et cette pauvre mère, éplorée, qui ne se remet pas de la perte de son fils et qui ose demander des explications à l’abbé qui en était responsable.

Lutter contre le FN – A l’approche des élections départementales de 2015, Manuel Valls et un certain nombre de leaders socialistes ont choisi la surenchère contre le FN. Je ne partage pas grand-chose des idées du FN et j’espère que Marine Le Pen ne sera pas au second tour en 2017. Mais franchement, j’ai l’impression que si on voulait faire monter le score du FN, on ne s’y prendrait pas autrement. Jeter, encore et encore, l’anathème contre les électeurs de FN, voilà ce que la classe politique dit depuis des décennies. Les authentiques fachos du FN doivent aujourd’hui représenter à peine 1 ou 2 % des 25% ou plus que regroupe le FN. Les électeurs du FN, ce sont des ouvriers, (qui votaient naguère PS ou PC), des salariés, des agriculteurs, souvent des gens humbles, qui se sentent délaissé. Qui n’en peuvent de subir la crise économique, les plans de licenciement, les incivilités quasi-quotidiennes, le mépris de la classe politique. Deux choses reviennent souvent dans les arguments de ces électeurs désabusés : 1) pourquoi continuer à voter pour le PS ou l’UMP ? C’est la même politique et nos problèmes ne changent pas, ils s’accentuent même ; 2) le FN s’intéresse, lui, justement, à mes problèmes. Cette déconnexion entre les élites et les citoyens augmente de plus en plus. Le FN profite de l’espace. Manuel Valls disait l’autre jour en parlant du FN : « Vous n’êtes ni la République, ni la France« . Je pense qu’un électeur du FN a encore plus envie de voter FN quand il entend des propos de ce genre. Parce qu’il considère, à raison, qu’il fait autant partie de la République et de la France qu’un électeur du Front de Gauche. Parce que face aux échecs patents du quinquennat actuel, parce qu’il a déjà testé l’UMP tendance Sarkozyste, il se dit que, finalement, le FN peut résoudre ses problèmes. Et que nous soyons plusieurs à penser que ce ne sera pas le cas n’y change rien. Les prochaines élections risquent d’être, de ce point de vue, extrêmement claires.

  1. encore visible ici []

Amertume

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERADepuis dimanche dernier, jour des élections européennes 2014, j’ai comme qui dirait un trop plein d’amertume.

Amertume, d’abord, par rapport au taux d’abstention. Alors, oui, je sais, l’Europe, c’est loin, c’est froid, c’est distant, et on ne peut pas dire que les partis en place aient réellement fait campagne. Au final, une participation faible, en légère hausse cependant, mais faible tout de même (43,18 %). En d’autres temps, en d’autres lieux aujourd’hui, on se bat pour pouvoir voter…

Amertume de voir une majorité de votants se réfugier dans un vote d’extrême droite. Je crierai de même si l’extrême gauche parvenait à rassembler le plus d’électeurs. Même s’il faut relativiser, notamment au regard de la participation, même si on peut être étonné de certains résultats laissant penser à un vote « défouloir » [1], cela n’augure rien de bon. On sait comment, dans un passé pas si lointain, comment le repli sur soi parce que la faute était toujours celle de l’autre, la recherche permanente de boucs émissaires,  comment le besoin d’ordre ont amené au pouvoir de tristes personnages. Je ne fustige pas les électeurs du FN. Il y a un tel ras-le-bol… Mais le FN en tête est symptomatique d’un mal profond.

Le pouvoir est aujourd’hui extrêmement affaibli. Un symbole, parmi d’autres : la déclaration télévisée du président Hollande lundi soir. Creuse, vaine, débit rapide, mots écorchés, nulle sur le fond, sur la forme et à contre-temps politique. Le silence est parfois d’or, même en ces temps de sur-médiatisation. Il me semble que Hollande n’y est plus, peut-être encore trop occupé à vadrouiller en scooter dans les rues de Paris… Seul Valls semble tenir la route, mais pour combien de temps ?

Amertume devant tous ceux qui font un procès en légitimité à Hollande à cause des 14% du PS. Et qui appellent à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Ou à la démission du président. Qui rêvent d’un retour à la IVè République quand les gouvernements peinaient à tenir plus de 6 mois. Qui disent qu’il faut respecter les électeurs du FN, mais qui ne respectent les électeurs de 2012. Qui disent vouloir le bien de la France, mais qui veulent le chaos parce que cela servira leurs intérêts.

Et puis, bien sûr, énorme amertume devant le spectacle affligeant donné par l’UMP. La faute de DSK était une faute individuelle. Celle de Copé and co est une faute collective. La justice dira qui est responsable de quoi dans l’affaire Bygmalion. Mais franchement, comment croire que personne à l’UMP, que ce soit Copé ou Sarkozy, n’ait été conscient que le seuil des 22 M€ autorisés pour la campagne était dépassé ?

Parlons de Sarkozy ! Il parait qu’il va peut-être se présenter au congrès d’octobre, qu’il serait le seul à avoir l’étoffe. Je voudrais rappeler deux ou trois choses, car je pense que si l’UMP est dans cet état, le plus grand fautif en est Sarkozy.

D’abord, il a perdu les élections de 2012. Comme Giscard en son temps, il a du mal à l’admettre, mais la réalité est là. Aux USA, on ne revoit jamais un perdant [2], il laisse sa place à d’autres. En France, on aime les perdants, que ce soit Mitterrand ou Chirac. Sauf qu’en l’espèce, Sarkozy a déjà été élu et qu’il a été battu sur son bilan. Bilan que je trouve d’ailleurs calamiteux sur l’éthique et la façon de gouverner : le bling-bling outrancier, la mise en scène permanente, cette façon de ne penser qu’au fric, ses liens douteux avec le monde de l’argent, sa politique étrangère ont terni son mandat. On lui saura quand même gré d’avoir limité la casse au plus fort de la crise et d’avoir fait preuve de volontarisme. Sarkozy voulait une droite décomplexée, il a surtout réussi à décomplexer le vote FN.

Amertume devant le manque d’éthique personnelle de nombreux hommes politiques et qui permet au FN (dont les élus n’ont pas été exempts de tout reproche pourtant) de jouer sur du velours. Allez dans un bar, discuter avec un chauffeur de taxi, partout ce sentiment du « Tous pourris ». Tous ne le sont pas, bien sûr. Mais le sentiment que tous se protègent, par lâcheté ou par calcul, tend à mettre tout le monde dans le même sac.

Amertume, enfin, parce que j’ai du mal, là, à voir où la France va. Dans quelques jours, nous allons fêter le 70e anniversaire du débarquement en Normandie. Des hommes se sont engagés, se sont battus, certains sont morts, pour redonner à la France, défigurée par l’occupation allemande et le régime de Vichy, son vrai visage. A l’instar de ceux qui surent se lever quand la France était au plus bas, puisse enfin se lever un homme ou une femme politique qui saura redonner du souffle à ce pays qui semble épuisé et vidé de ces forces, « tant il est vrai que, face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur. » [3]

  1. Dans ma région, hormis Toulouse et quelques villes alentours, le FN est quasiment 1er ou 2e partout, et il est 1er au niveau de la Haute-Garonne []
  2. Excepté Nixon je crois []
  3. Mémoires de guerre : l’appel, Charles De Gaulle []