A l’heure des bilans

Je ne sais ce qu’il en est pour vous, mais il est bon de temps en temps de se poser, de regarder lucidement – ou tenter de le faire – ce que l’on fait ou ce que l’on est. Bref, de faire ce qu’on appelle un bilan.

Comme celui du carême. Pour ma part, je suis moyennement satisfait. J’aurais aimé en faire plus, et surtout faire mieux. Mieux prier. Mieux me consacrer à ce qui est essentiel. C’est un bilan que je fais quasiment chaque année, c’est finalement assez frustrant. Cependant, tout n’est pas à rejeter : j’ai suivi assidûment le temps de prière offert par les Dominicains de Lille dans le cadre de la Retraite dans la Ville, et j’ai lu avec plus d’assiduité la Parole de Dieu, notamment pendant la semaine sainte. C’est peu. Cela aurait pu être « pire », comme il y a quelques années.

Autre bilan : celui de ce journal, de ce blog. Je l’ai débuté il y a environ un an, même si je ne m’y suis vraiment consacré qu’à partir d’octobre 2009. Quand on tient un journal sur le web, donc accessible à toutes et à tous, deux choses entrent en ligne de compte : on écrit pour soi et on écrit pour les autres.

Écrire pour soi relève peut-être de la catharsis. Sans doute. Pouvoir mettre par écrit mes doutes, mes certitudes, mes sentiments relatifs à la Foi et à mon implication en tant que Chrétien, ce que je pense de tels ou tels faits de société me permet de questionner ces pensées qui m’animent. Et me forcer à les formuler m’aide, me semble-t-il, à progresser. Je pourrais tenir un journal privé, j’en tirerais les mêmes bénéfices.

Oui, mais voilà. Outre les capacités techniques offertes par internet et de ses nombreux outils, qui mettent à la portée de chacun des fonctions d’édition inouïes, tenir un blog signifie aussi qu’on s’adresse aux autres et qu’on n’écrit pas que pour soi. Cela modifie bien sûr l’écriture et les sujets abordés. Et se dire que ce blog peut être lu par n’importe qui dans le monde donne le vertige. Mais je vous rassure, l’audience est bien plus faible, je l’estime à quelques dizaines de personnes. Est-ce un problème pour moi, me direz-vous ? A la vérité non. Bien sûr, j’aimerais avoir plus de lecteurs, cela flatterait mon ego et aussi me motiverait encore plus. J’aimerais aussi parfois plus d’interactions, mais les quelques lecteurs ne font pas ou très peu de commentaires. Je ne leur jette pas la pierre. Moi même, quand je butine sur la toile, je ne décide en général de commenter les articles uniquement si le sujet me tient à coeur et si je pense utile d’apporter ma contribution ou de défendre un point de vue. Une recherche « Jibitou » sur google vous permettra de savoir où j’ai mis mon nez récemment … J’ai quelques pistes pour augmenter un peu l’audience mais je ne veux pas en abuser et cela n’est pas prioritaire.

Donc, nonobstant ce faible lectorat et cette faible interaction, le bilan d’aujourd’hui n’annonce pas une fin. Bien au contraire. Je souhaite continuer ce blog et aborder de nouveaux sujets. Outre les réactions que je continuerai d’avoir sur certains des événements dont nous sommes quotidiennement abreuvés, j’ai quelques projets que je veux essayer de mettre en oeuvre :

  • Partager des passages d’évangile qui me touchent particulièrement et faire part de mon ressenti : je ne suis pas exégète, je ne suis pas théologien, mais je vous proposerai ma propre lecture ;
  • Depuis quelques mois, je parcours la toile et j’ai été assez stupéfait de voir le nombre de sites traitant de la religion catholique : j’envisage donc de régulièrement partager la découverte de tel ou tel site qui me semble intéressant ;
  • Enfin, projet plus ambitieux et dont je ne sais si j’en aurais le temps et les capacités, je voudrais faire découvrir un livre qui a assez profondément modifié mon rapport à Dieu et à la religion. Il s’agit de « Joie de Vivre, Joie de Croire » du Père François Varillon. J’ai l’ambition de proposer un résumé de chaque chapitre afin de vous faire connaître (ou redécouvrir) la puissance de sa pensée.

Jour de tristesse ?

Cruxifixion (Fra Angelico)

J’ai participé aujourd’hui au chemin de Croix dans ma paroisse, qui a lieu à 12 h 30 afin de permettre aux personnes qui travaillent de venir.

Tous ceux qui se réfèrent aux évangiles et au Christ – ce qui dépasse le cadre des seuls catholiques – le Vendredi saint est un jour particulier. Jour de deuil et de tristesse comme nous pouvons en rencontrer plus d’une fois dans une vie. C’est d’ailleurs un jour de tristesse absolue que les apôtres ont vécu : Jésus a été arrêté, subi les outrages, crucifié. C’eût été un jour vraiment funeste s’il n’y avait pas eu la résurrection de Pâques.

C’est notre chance, dirai-je, de savoir que Pâques est dans 3 jours, de comprendre que Jésus Christ a offert sa vie pour la rémission de nos fautes. Il nous délivre de nos fautes et nous ouvre une merveilleuse perspective : ne pas nous laisser prisonnier de nos fautes, fussent-elles très grandes.

L’Évangile et l’Église nous invitent à nous reconnaître pêcheurs. Le péché est une réalité que Jésus a dénoncée, mais qu’il nous invite à dépasser. Oh certes, la tâche est ardue, notre coeur est long à la conversion. Je pense souvent à Pierre, lui le fidèle, le fougueux, choisi par le Christ non seulement pour le suivre, mais aussi pour prolonger son oeuvre, celui à qui Jésus a dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » (Mt 16, 18). Je pense souvent à son reniement. Si lui a chuté, moi, combien de fois chuterais-je encore ?

Mais la lumière de la résurrection de Pâque m’attend, nous attend.

Je vous souhaite à tous de vivre pleinement et sereinement ce moment unique dans la vie d’un chrétien. Joyeuses Pâques !

Bienvenue, le film

 

"Bienvenue" est la traduction en français du titre du film de Philippe Lioret "Welcome", film que j'ai vu hier pour la première fois. Philippe Lioret est l'auteur du très beau film "Je vais bien, ne t'en fais pas".

Ce film m'a bouleversé par sa sensibilité, sa finesse d'analyse sur un sujet difficile et très polémique.

L'histoire qui nous est narrée est celle d'un maître-nageur qui décide d'aider un jeune irakien en lui apprenant à nager pour qu'il traverse la Manche depuis Calais. Il y va à rebours, mais devant la volonté farouche de ce jeune de 17 ans, il décide de lui apporter tout son support. Il l'héberge, le nourrit, l'aide. C'est réprimé par la loi. Un voisin le dénonce. Il est convoqué au commissariat, est placé en garde à vue. Vincent Lindon, épatant, tient le rôle du maître-nageur. Les autres acteurs sont très justes, notamment le jeune Turc.

Je ne veux pas faire ici un commentaire politique du problème, ô combien complexe. Je souhaite juste vous faire partager quelques sentiments que j'ai sur le sujet. Comment ne pas être ému par ce jeune qui a fait plus de 4000 km, en partie à pied, pour essayer de rejoindre celle qu'il aime en Angleterre ? Certes, il s'est mis dans une situation irrégulière, mais comment ne pas prendre en compte la détresse humaine qui pousse quelqu'un à partir de sa terre, à quitter ses amis, à fuir la misère, les violences, la guerre ?

N'est-ce pas un devoir que d'aider ces gens-là ? De leur apporter un peu de réconfort ? La limite est évidemment très fine entre l'impératif d'assistance à personne en danger et le respect scrupuleux de la loi. En regardant ce film, j'ai bien sûr pensé à ce passage de l'évangile de Saint Luc sur le bon Samaritain (Lc 10, 29-42). Et il me semblait que le maître-nageur n'agissait pas autrement que ce bon Samaritain de l'Évangile.

Et c'est bien de l'Amour du prochain dont il s'agit ! Si, en plus du film que je vous conseille vivement (cf la bande-annonce ci-après), vous voulez poursuivre votre réflexion, vous pouvez lire l'instruction Erga migrantes Caritas Christi ou l'entretien afférent de Mgr Schockert.

 

Identité nationale

republique-francaisePourquoi ce débat sur l’identité nationale me laisse-t-il indifférent au fond, et terriblement méfiant ? Suis-je un mauvais Français si cette question ne me taraude pas plus que cela ? Je ne le pense pas. D’ailleurs, qu’est-ce être un mauvais Français ?

Je me suis peu intéressé au débat lui-même, je n’en ai eu que quelques bribes via les journaux et les quelques articles que j’ai décidé de lire. Je ne prétends donc pas avoir connaissance de tout ce qui a été dit. Le pire doit sans doute côtoyer le meilleur. Le pire : les relents xénophobes, les raccourcis racistes, les vœux d’un peuple pur qui fleurent bon une sorte d’eugénisme qui ne dit pas son nom. Le meilleur : ceux qui se posent sincèrement la question de ce que peut être l’identité nationale, dans une recherche du mieux vivre ensemble, quelques soient nos origines. Entre les deux : une nostalgie refoulée, l’idée que l’on se fait d’une France qui n’existe pas, qui n’existe plus, si jamais elle a jamais existé.

Je suis français, j’en suis heureux – il y a des endroits pires pour échoir sur cette planète – sans pour autant en faire une fierté personnelle. Je n’y suis pour rien. Si encore, cela avait résulté d’un choix. Mais ce n’est pas le cas. Mes nombreux voyages à l’étranger, aux États-Unis, en Europe, en Afrique, m’ont permis de voir le monde tel qu’il est : multiple, varié, bigarré. Et je dois avouer me sentir d’abord cet être humain habitant sur cette belle planète bleue avant de me sentir lié indéfectiblement à un drapeau. Je précise : j’aime la France, sa langue, ses paysages, son histoire, je m’y sens bien, je n’ai donc aucun problème de ce côté-là. Mais, pour résumer, je me sens d’abord un être humain. Et j’ai eu la chance de voir tant de beaux paysages, écouter de si belles langues, m’intéresser aux histoires de tous ces peuples, qu’en vérité, la France n’a aucune prééminence sur les autres contrées et que je n’ai aucune fierté particulière d’être Français.

Et puis, ce qui me gêne le plus dans cette histoire de débat, c’est finalement de vouloir enfermer les gens dans une case, de les mettre absolument à l’intérieur d’une frontière au sein de laquelle les choses seraient plus rassurantes. Enfermer les gens dans une boîte ! C’est le cas depuis la nuit de temps probablement : l’homme ne peut-il se définir que comme faisant partie d’une tribu ?

Que nous enseigne l’Évangile ? Jésus est allé avec les publicains et les prostitués. Avec les autres également. Mais avec eux aussi. Il a parlé à une femme seule, qui plus est Samaritaine (Jn 4, 1-43), à qui les Juifs n’avaient pas le droit de parler. Il lui a d’ailleurs délivré un des plus beaux enseignements de l’Évangile. Jésus n’a cessé de casser les barrières : sociales, physiques, étatiques, etc.

Catholique veut dire « universel ». Cela veut dire : ouvert aux autres, à l’étranger, au dissemblable. Et ce débat sur l’identité nationale m’apparait alors comme terriblement réducteur de la destinée des hommes.

Ce que Dieu permet …

09_N2010-013J45-0083Comme après chaque catastrophe majeure — et celle qui a frappé Haïti ne fait pas exception —, on voit resurgir un questionnement assez classique, prononcé parfois sur un mode agressif envers les croyants : « comment le Dieu auquel vous croyez peut-il laisser faire une chose pareille ? » Les questions se font parfois plus précises et interpellent plus directement les chrétiens : « Comment le Dieu tout puissant auquel vous croyez, dont vous affirmez qu’il est un Dieu d’Amour, peut-il affliger à ses créatures une telle souffrance ? » Un article de La Croix s’en est fait l’écho, intitulé : « Dieu a-t-il abandonné Haïti ? »

Je ne pense pas me tromper en disant que tout chrétien est ébranlé par ces événements, mais aussi par ces questionnements. Mais, ces questionnements servent aussi à étayer les fondements de notre foi et à savoir à quoi nous croyons.

Tout d’abord, il n’est plus question de croire aux dieux de l’antiquité, auxquels on apportait des sacrifices pour empêcher telle ou telle catastrophe, ou pour s’assurer tel ou tel soutien. C’est assez éloigné de l’enseignement de l’Église et du Nouveau Testament. Le fondement de notre foi en Jésus est et doit être à un autre niveau. Cependant, sans croire à tous ces dieux spécialisés chacun dans un domaine, nous croyons tout de même en un Dieu créateur, auquel nous faisons des demandes — Jésus lui-même a fait des demandes à son Père — et dont nous croyons qu’il pourrait faire et empêcher ce qu’il veut. Ce Dieu-là a déjà fait beaucoup, il pourrait faire plus : empêcher les trains de dérailler, les volcans de se réveiller, la terre de gronder. Tout ce qui peut nous faire souffrir et nous empêcher de nous repaître dans notre bonheur terrestre. Il pourrait aussi empêcher les gens de mourir avant, disons, 80 ans. Éviter qu’ils n’aient telle maladie handicapante avant 70 ans. Empêcher tout cancer ou leucémie sur les enfants. Je pourrais continuer longtemps cette liste de tout ce qui nous fait souffrir.

Mais empêcher la nature de se liguer contre nous ne suffirait pas. Il faudrait aussi — j’allais dire surtout — qu’il nous protège de nous-mêmes et de nos congénères. De ceux qui envoient des déluges de bombes sur des innocents. De ceux qui envoient des enfants se battre. De ceux qui déposent des mines. De moi, qui va chicaner mon voisin pour une haie mal taillée. Qui va crier à l’injustice parce que je gagne moins d’argent que mon collègue, qui pourtant en fait beaucoup moins que moi. Là aussi, la liste serait longue.

Mais ce Dieu, à qui nous devrions imposer de nous éviter tous ces fléaux, qui serait-Il alors ? En réalité, rien de moins qu’un marionnettiste, qui jouerait avec notre vie et dont il ferait ce qu’il voudrait. Notre liberté en serait rognée à tout jamais. En vérité, nous ne serions plus libres. Or, moi, je ne veux pas croire en un Dieu qui ne me laisserait pas libre de mes mouvements, de mes actes et de mes décisions. N’oublions pas que Jésus, en tant que vrai homme, a eu cette liberté. Le jeudi saint, la veille de son arrestation, au jardin des Oliviers, il a eu à user de cette liberté. Rappelons-nous ces moments où il a peur, où il sait que l’heure approche. Oui, Père, si vous pouvez éloigner tout cela de moi ! Jésus était libre de refuser de continuer son chemin. Mais il a choisi librement de continuer et de suivre l’appel du Père. Pour moi, c’est fondamental. Si je n’étais pas certain que Jésus était libre de tout laisser tomber, je ne serais pas certain de ma propre liberté. Et je ne croirais probablement plus.

Est-ce donc un Dieu qui nous priverait de notre liberté auquel voudrait croire tous ceux, et ils sont nombreux, qui nous interpellent avec notre Dieu tout-puissant et d’Amour qui laisse les hommes subir les fléaux de la nature ? Cela me fait penser à The Truman Show, ce film de Peter Weir, où le personnage principal est en réalité victime d’un jeu télévisé qui consiste à suivre tous les mouvements de sa vie, depuis sa naissance : il ne sait pas que sa vie est factice puisque tous ses proches sont des acteurs, que l’univers dans lequel il vit est confiné et limité, et qu’il est filmé en permanence. Un metteur en scène ordonnance le tout. Une sorte de Dieu tout puissant, capable de déclencher les tempêtes ou les rencontres. Jusqu’au jour où le personnage central veut user de sa liberté et tente de s’enfuir…

Dieu nous laisse entièrement libres. Ce qui implique que nous assumions nos responsabilités. Jésus, lui qui est venu accomplir et non pas abolir, n’a jamais dit autre chose. Assumer ses responsabilités ne peut absolument pas se concevoir avec un Dieu marionnettiste. C’est impossible. C’est soi l’un, soit l’autre.

Ainsi, à ceux qui me reprochent de croire en un Dieu d’Amour qui ne serait pas assez tout-puissant, je les renvoie à la toute-puissance de l’Amour et à la responsabilité des hommes. En Haïti, comme ailleurs, elle est grande, elle est même la première cause de toutes ces morts : égoïsme des pays riches, malversations financières, népotismes, malfaçons, etc. Avant de décrier Dieu, décrions les comportements humains qui sont les vrais responsables des malheurs qui nous accablent.