J’ai regardé « A la droite du Vatican, les Traditionalistes »

J’ai regardé l’émission diffusée sur France 3, tard dans la nuit du mercredi 18 août, intitulée « A la droite du Vatican, les Traditionalistes ». Elle fait un peu écho à celle, polémique, des « Inflitrés » dont j’ai déjà parlé ici. Un peu, dis-je, car tant sur la forme que sur le fond, l’approche est différente.

La forme

Ce reportage ne visait pas à la polémique. Le journaliste a travaillé à visage découvert, les intervenants avaient le temps de s’exprimer, je ne pense pas que leurs propos aient été bridés ou mis en scène. Cette forme apaisée a permis de se faire une opinion assez objective de ce qui animent les membres de ce que certains appellent le « Tradiland » (quel mot horrible !). Les principaux intervenants étaient constitués de jeunes, de familles ainsi que de l’abbé Laguérie, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur (en pleine communion avec Rome) et curé de la paroisse Ste Eloi à Bordeaux.

Le fond

Deux aspects qui font que ce documentaire me semble un peu inabouti ou, à tout le moins, bancal. D’abord, beaucoup des propos tenus avaient trait à la religion, au catholicisme, à la croyance et c’était assez éclairant sur ce qui animent les tenants de de la Tradition : la liturgie, la prière, la volonté de restaurer (ou d’instaurer) la primauté du Christ sur la terre (et en France en particulier). Bref, tout ce qui fait que ces personnes ont choisi de suivre la mouvance traditionaliste, rejetant par là le concile Vatican II. Pas de polémique, juste l’affirmation de ce à quoi on croit : une façon assez saine de montrer le point de vue des autres.

L’autre aspect a consisté à glisser vers le terrain plus polémique. Les propos de Mgr Williamson ont été soumis à l’abbé Laguérie, dont la réponse m’a semblé insatisfaisante (cf plus bas). La longue interview d’un journaliste de Minute, Serge de Beketch, aujourd’hui décédé, n’a rien apporté sur le plan spirituel. Au contraire, ses propos radicaux et orduriers étaient en décalage avec ceux plus policés des autres intervenants. Les images d’archive de militants pro-vie, s’enchaînants, visaient à montrer la radicalité de certains mais n’allaient pas au fond des choses et je me posais la question en devinant ce que le journaliste essayait de démontrer : un catholique, aujourd’hui, a-t-il encore le droit d’être opposé à l’avortement ?

Bref, de ne pas avoir suivi une ligne directrice, d’avoir voulu être équilibré tout en voulant donner dans la polémique, font que ce reportage n’apporte pas grand-chose au final. Il aurait tout eu à gagner en montrant sans vouloir démontrer .

Quelques points à noter

  • Toujours surpris d’entendre les Traditionalistes prétendre que seule « leur » liturgie permet de réellement prier
  • Un peu désolé d’entendre un jeune dire qu’il a reçu les sacrements de la FSSPX car l’esprit de secte n’est pas loin
  • Amusant de noter que certains regrettent et désapprouvent la désobéissance de certains évêques français dans l’application du motu proprio promulgué par Benoit XVI quand cette même désobéissance au pape a été érigée en principe par Mgr Lefebvre
  • Pourquoi l’abbé Laguérie n’a-t-il pas fermement condamné les propos de Mgr Williamson dans ce reportage ? Son argument comme quoi ce domaine (celui de l’Histoire) n’est pas de la compétence supposée d’un évêque et qu’un homme d’Église n’a pas à donner son avis et ses préférences en matière culinaire ou sportive me laisse pantois.

Un motif d’espoir

L’attitude de Mgr Ricard et de l’abbé Laguérie, à Bordeaux, laisse penser que si les deux camps (eh oui, il faut bien parler de deux camps) font des efforts et un pas vers l’autre, la réconciliation peut avoir lieu, même si de l’avis de ces deux personnes, cela peut prendre 10 ou 20 ans.

Fidélité et courage

Daniel Cordier à droite de la photo de gauche, Jean Moulin (site Le Figaro)

Cela n’a rien à voir avec la religion ou le catholicisme, mais je ne peux m’empêcher de partager avec vous le remarquable documentaire «Daniel Cordier, la résistance comme un roman».

Daniel Cordier a été le secrétaire particulier de Jean Moulin. Il s’engage dans la résistance dès les premiers jours suivant l’armistice de juin 1940. A Londres, il rencontre de Gaulle. Puis reste en Angleterre pendant presque 2 ans. En 1942, il est affecté au service de Jean Moulin.

Le documentaire est basé sur le livre de Daniel Cordier «Alias Caracalla»  et suit les différents lieux où Daniel Cordier est passé, dans les différentes villes d’Angleterre et à Lyon.

Magnifique évocation, empreinte d’émotions. Plusieurs fois, Daniel Cordier a les larmes aux yeux en redécouvrant les lieux où il n’avait pas mis les pieds depuis près de 70 ans. Son évocation de sa dernière rencontre avec Jean Moulin donne le frisson.

Je suis admiratif devant le courage de ces hommes, de cet homme, à qui nous devons tant.

Je pense souvent à cette phrase de Mère Térésa, que je cite de mémoire : « Quand tu entreprends quelque chose de difficile, tu n’es pas tenu à la réussite ; mais tu es tenu à la fidélité ».

Note : le documentaire est diffusé à nouveau vendredi 4 juin 2010 à 23h30, et est disponible en VOD sur le site de France 5

Coupable et victimes

Jeudi 27 Mai, France 2 a diffusé dans son émission Envoyé Spécial un documentaire de Marie-Ange Le Boulaire intitulé « Jugé coupable, reconnues victimes« . Ce document est le 3ème volet d’un triptyque (je n’ai pas vu les 2 précédents). Pour résumé, l’ensemble documentaire suit plusieurs jeunes femmes abusées par un violeur en série, depuis leur déposition jusqu’au procès du violeur. Le document diffusé jeudi dernier montrait le procès, filmé pendant les 4 jours. Ce procès a eu lieu 4 ans après les faits reprochés.

Ce documentaire est dur, très dur. Les souffrances exprimées par ces jeunes femmes, leur haine envers l’accusé, le sentiment que l’on a que leurs vies ont vraiment été détruites, tout cela rendait le visionnage âpre et tendu. Le repentir de la victime qui regrettait le mal fait, qui demandait pardon aux victimes a finalement donné une tournure inattendue au débat et permet de bien voir l’énorme difficulté à pardonner.

Les actes commis par cet homme sont ignobles. La violence, le sadisme, la perversion qu’il a mis dans ses forfaitures ont laissé des cicatrices et des souffrances énormes à ces femmes. Leur témoignage à la barre, d’une très grande dignité, était emprunt d’émotion, de douleur et de colère. Lorsque, dès le premier jour de l’audience, il a demandé pardon aux victimes qu’il avait en face, j’ai été touché par cet acte de repentir et j’ai trouvé dur la réponse qui lui était généralement faite : « je n’en veux pas de votre pardon ». C’est que j’avais mal appréhendé – le documentaire va crescendo dans l’énoncé des faits horribles – cette souffrance quasi indélébile des victimes, détruites à jamais. Leur cri de douleur et d’angoisse n’était pas tant qu’il demande pardon mais qu’il s’explique sur ses actes, qu’il dise pourquoi il en est arrivé à cela et, surtout, pourquoi il a choisi telle ou telle autre. Ce qui les a toutes révoltées, c’est sa façon de se poser en victime et non en coupable. Il est pourtant si malheureusement humain de toujours se poser en victime même quand nous sommes coupables …

Au cours de 4 jours d’audience, l’accusé va se dévoiler un peu et donner quelques explications : une enfance difficile, une mère abusée sous ses yeux, etc. Ce ne sont pas des raisons, tout au plus des explications. Et les victimes ont immédiatement dénoncées ces tentatives disculpatoires … L’avocate de l’accusé, hors audience, a bien expliqué ce mécanisme : les victimes veulent des explications mais ne se satisfont pas de celles qui sont données. C’est finalement assez normal : la seule explication qu’elles voudraient connaître, c’est « pourquoi moi ? », explication que l’accusé est souvent incapable de donner : il a frappé au hasard.

Et puis les réquisitoires. Celui de l’avocat général, représentant la société, jugé trop laxiste. Il a demandé entre 12 et 15 ans quand le maximum est de 20 ans. Puis le verdict : 14 ans de réclusion criminelle, avec une peine de sûreté de 10 ans et une obligation de soin de 10 ans après la sortie de prison. Et là, pour la première fois, les victimes semblent soulagées, comme si, enfin, la possibilité leur était offerte de se reconstruire et de tourner la page.

Pourront-elles pardonner à leur bourreau ? Peut-être. Avec le temps, comme on dit. Mais que ce chemin est difficile à parcourir, seul. Je suis persuadé que le pardon véritable – celui qui libère tandis que la haine et la rancœur lient indéfectiblement la victime à son tortionnaire – est quasi in-humain. Comment parvenir à pardonner quand on a subi l’humiliation et la violence de tels actes ? Et c’est pourquoi je crois en l’aide du Christ et de l’Esprit Saint pour accomplir une telle démarche et cheminer sur le chemin du pardon.

Utilité de la prison

J'ai regardé l'émission diffusée mardi 11 Mai sur France 2 sur l'utilité de la prison. L'émission a commencé par "Faites entrer l'accusé" puis a été suivie d'un débat mené par Christophe Hondelatte. Le "Faites entrer l'accusé", intitulé "La mort sur rendez-vous" était consacré à l'affaire criminelle dans laquelle était impliquée Valérie Subra, Laurent Hattab et Jean-Rémi Sarraud. Si ce fait divers ne vous parle pas, vous avez peut-être en mémoire le film de Bertrand Tavernier, "L'appât".

Les crimes commis par ces trois là étaient particulièrement odieux : elle servait d'appât pour attirer des hommes seuls et supposés riches, eux deux tuaient. Après deux forfaits commis, elle a été arrêté, ainsi que ses complices. Ils ont tous été condamné à perpétuité avec des peines incompressibles de 18 ans pour les deux hommes, de 16 ans pour elle.

L'intérêt de l'émission, au delà du rappel et du décryptage de ce tragique fait divers, est venu du témoignage de Jean-Rémi Sarraud. Auteur d'un des deux meurtres commis, il a purgé sa peine et a été mis en liberté conditionnelle en 2003. Témoignage intéressant, pertinent, voire même émouvant. Intéressant parce qu'il a essayé d'expliquer son geste et surtout parce que lui, contrairement aux 2 autres, a, dès son arrestation, avoué et reconnu les faits. Il n'a pas essayé de se disculper ou de charger ses deux congénères. Pertinent parce qu'il a expliqué comment la prison avait permis sa reconstruction et, finalement, son insertion dans la société. Oui, son parcours a montré qu'il n'avait jamais été réellement inséré, ce qui explique en partie sa dérive terrible. Émouvant, parce qu'il a accepté de témoigner à visage découvert, sans fard, sans artifice.

Le débat qui a suivi a donné la parole à 3 ex-détenus, ainsi qu'à d'autres personnes impliquées dans la "machine" pénitentiaire : un directeur de prison, un avocat, une psychologue, un aumônier des prisons. Tous s'accordent à dire que la prison peut jouer un rôle salvateur, pour peu qu'elle permette aux personnes incarcérées de garder leur dignité. Ce qui passe par des choses simples : respect de l'autre, de son intimité, accès à l'hygiène, évitements de brimades inutiles, l'insalubrité apparemment très généralisée, etc. A ce titre, les rapports de l'Observatoire International des Prisons, l'OIP, sont éclairants sur la situation des prisons françaises.

Je sais que certains pensent que les prisonniers ont non seulement mérité leurs peines – ce que je pense aussi – mais doivent en "baver", souffrir, être écrasé sous le poids de leur faute. Non. La prison doit être un lieu de renaissance afin que, lorsqu'ils sont libérés – quasiment tous les prisonniers sortent un jour de prison – ils puissent prendre à nouveau leur place dans la société. C'est le meilleur garant pour éviter les récidives.

Les infiltrés : à l’extrême droite du Père

Vous avez sans doute entendu parlé de cette émission de France 2, diffusée le mardi 27 avril 2010, et que j’ai regardé avec un jour de retard.

C’est la première fois que je regarde cette émission et j’avais été assez circonspect par rapport à l’attitude des journalistes qui, lors d’une émission consacrée à la pédophilie, ont dénoncé à la police les personnes qu’ils ont interrogées. Bref, j’étais plus que sceptique. Et avant de regarder l’émission, j’avais lu les dénégations des personnes et instituts incriminés qui accusaient France 2 et l’agence Capa (productrice de l’émission) d’avoir implicitement suscité les propos tenus par les jeunes et d’avoir fait un montage à charge.

Mais, ayant côtoyé en étant jeune le milieu intégriste de Saint-Nicolas du Chardonnet et ayant quitté ce milieu vers l’âge de 15 ou 16 ans, j’étais plus que curieux de voir ce qu’il en était.

Le reportage visait initialement à décrypter un mouvement d’extrême-droite, Dies Irae, à Bordeaux. De là, le journaliste a établi des connexions avec la paroisse Ste-Eloi et une école hors contrat, l’école Saint-Projet.

Si vous voulez lire les propos précisément tenus par les personnes de ces instituts, vous pouvez lire le communiqué de l’abbé de Tanoüarn, et celui de l’école Saint-Projet.

Ce reportage est intéressant à plus d’un titre, même si le procédé a forcément des limites. Il est intéressant car il permet de capter des propos que ces personnes ne prononceraient jamais face à une caméra et il donne à montrer, donc, une certaine réalité. Cependant, le format a des limites : j’ai quand même eu un peu le sentiment d’un manque d’approfondissement – sans doute dû à la durée imposée – et qu’après avoir glané les propos entendus, il eut été pour le moins intéressant de pousser plus loin la discussion. Mais on a vu que les rares personnes interviewées face caméra tenaient des discours auxquels on ne pouvait rien reprocher.

Que voit-on et surtout qu’entend-on dans ce reportage ? Quelques excités de Dies Irae se préparant à aller saigner des musulmans – les femmes d’abord. Discours violents et ignobles de membres de groupuscules d’extrême-droite, mais somme toute assez classique pour ce genre de milieu. Plus gênant, le fonctionnement de cette école. Comment une école peut-elle fonctionner sur la base du volontariat, les parents, si j’ai bien compris, assurant une partie des cours ? Il est surprenant que le journaliste ait pu se faire embaucher comme surveillant en 5 minutes, avec la promesse d’assurer des cours très rapidement. L’exemple donné avec le cours d’histoire est assez éloquent : s’il est légitime de questionner l’histoire, on voit évidemment comment ce professeur détourne et distord la réalité historique.

Et puis, bien sûr, on entend ces paroles de jeunes qui défient l’entendement. On dit que ces paroles ont été suscitées. Le reportage ne le montre pas et donne plutôt l’impression d’une certaine spontanéité. Admettons. Admettons que le journaliste leur ait suggéré de proférer des paroles ouvertement pro-nazies. Admettons qu’il leur ait dit : « Quand je vous demanderai où vous irez passer votre voyage de noce, vous me répondrez : à Auschwitz, en n’oubliant pas de répéter la première partie de ma question. Ainsi, vous me direz : j’irai passer mon voyage de noces à Auschwitz. » Admettons. Est-ce lui aussi qui leur a appris la chanson néo-nazie ? Est-ce lui, aussi, qui a suggéré les paroles tenues par ces adultes dans le couloir de l’école, profondément antisémites ?

Quant aux prêtres que l’on voit, j’ai trouvé que leurs propos n’atteignaient pas l’infamie des propos tenus par les autres. Bien sûr, on a encore entendu la diatribe anti-islam et contre l’activisme de cette religion en France. C’était excessif et montrait bien le terreau dans lequel baigne cette communauté. Mais au regard des propos tenus par ailleurs, cela semble finalement assez tiède.

Le débat qui a suivi l’émission n’a pas permis d’éclaircir tous les points – le journaliste infiltré n’était pas présent – mais a donné un éclairage sur les positions des uns et des autres.

Alors, quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ? Qu’il y a une frange d’illuminés qui rêve du grand soir. Que ces illuminés s’appuient sur la religion catholique ou plutôt sur la prétendue idée qu’ils s’en font. Mais le pire est bien entendu ce terreau de haine, de mépris de l’autre, de la certitude d’être béni de Dieu, dans lequel baigne toute cette mouvance traditionaliste. L’aspect sectaire apparait clairement, cette communauté vivant en vase plutôt clos, ce qui permet, d’ailleurs, d’affirmer la thèse du complot.

Que ces gens se réfèrent à l’évangile me laisse pantois ; nous n’en faisons, c’est sûr, pas la même lecture. C’est une des raisons – la plus importante – qui m’a décidé à quitter ce milieu. Car, c’est malheureux, mais j’entendais à peu près les mêmes discours il y a plus de 25 ans, certains prononcés par les prêtres de Saint-Nicolas du Chardonnet. Et s’il est tout de même rassurant de lire le communiqué officiel de l’Institut du Bon Pasteur, cela n’enlève pas tous les propos entendus et infamants.

Pour votre information, l’émission est visible sur le site France 2 ainsi que sur DailyMotion.