Faut-il avoir peur de Dieu ?

Quand j’étais enfant, ma grand-mère me racontait souvent l’histoire bien connue de ce jeune berger, un peu farceur, qui faisait croire aux villageois que le loup arrivait, alors que ce n’était pas vrai. Une fois, deux fois. La troisième fois, plus personne ne se déplaça, croyant encore à une farce du jeune berger. On le retrouva alors, lui et son troupeau, déchiqueté par le loup.

Les époques changent et la vision que l’on a de Dieu évolue : secours, protection, peur du châtiment, tout y est passé. La vision de Dieu qu’ont les hommes au travers des âges dit beaucoup de ce que vivent les hommes et de ce qu’impulse l’Église. La peur de Dieu ressemble finalement à cette fable. A trop faire peur avec Dieu, l’Église ne s’est-elle pas lourdement fourvoyée ?

 
 
 
 
 
 

 

Dieu, justicier implacable

Pendant longtemps, elle a misé sur la peur. De là, une vision assez corsetée de ce que doit être la vie terrestre, avec ses interdits, ses lignes à ne pas franchir, ses codes de bonne conduite à respecter. Faute de quoi, le feu de l’enfer était promis au récalcitrant.

Je peux parler un peu de la peur de Dieu puisque je l’ai expérimentée. J’ai été élevé dans cette idée que Dieu scrutait chacun de mes gestes, tenant compte de tout, des grandes comme des petites choses. Cette longue liste des écarts de conduite (aurais-je imaginé à cette époque que Dieu puisse – aussi – comptabiliser les bonnes choses ?) me terrifiait un peu. Mais puisqu’il en était ainsi, puisque Dieu était tout-puissant, qu’Il voyait tout, il fallait bien que je m’y fasse. Et que la punition viendrait tôt ou tard (à l’image des yeux de Dieu dans le film de W. Allen dont j’ai parlé ici).

D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas été clair ? Combien de véhémentes exhortations ne trouve-t-on pas dans les évangiles ? N’a-t-il pas promis le feu de la Géhenne à ceux qui fauteront ? « Serpents, engeance de vipères, comment éviteriez-vous d’être condamnés à la géhenne ? » (Mt 23, 33) ou encore « Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. » (Mt 25, 41)

Je pourrais citer de multiples paroles de l’Ancien Testament qui corroborent cette vision d’un Dieu parfois vengeur et plein de colère et dont les hommes sages ont bien raison de se méfier.

On me parlait alors de la crainte de Dieu assez simplement : je devais avoir peur de Dieu et de son jugement implacable.

 

 

Jésus a-t-il fait peur ?

Aujourd’hui, l’Église – du moins celle en Occident – tient un discours quasiment à l’opposé. Le péché (originel), la faute, l’erreur, les écarts de conduite, sont mis au second plan tandis que l’amour de Dieu pour les hommes, sa bienveillance, son infinie patience sont mis en avant. Comment ce Dieu d’amour, infiniment miséricordieux, pourrait-il encore inspirer la crainte?

Il ne nous parait aujourd’hui que trop évident qu’une foi basée sur la peur ne serait en réalité que très éloignée des valeurs évangéliques et de l’enseignement de Jésus. Est-ce qu’un enfant qui a peur de ses parents les aime ? Il leur obéit sûrement, les respecte peut-être, mais il ne les aime sûrement pas. Réciproquement, des parents qui suscitent la peur chez leurs enfants les aiment-ils ? Non, en aucune manière, et sûrement pas de cet amour gratuit et désintéressé que Jésus nous a commandé d’avoir.

Écoutons et regardons Jésus (et donc par là même le Père) et ce que nous en disent les Évangiles. Jésus a-il suscité la peur ? L’incompréhension, oui, souvent. L’exaspération, parfois. Il a été haï, calomnié, broyé sous le poids de la haine. Mais jamais il n’a fait peur ou joué sur la peur, pas plus avec la femme adultère, la Samaritaine ou quiconque qui venait à lui.

La magnifique parabole de l’enfant prodigue (Lc 15,11-32) nous en donne une autre illustration. L’histoire de ce fils cadet qui dilapide son bien, se vautre dans la débauche, se retrouve affamé et privé de tout et qui décide alors de retourner chez son père va pourtant tellement à l’encontre de nos réactions humaines. Ce père l’accueille alors à bras ouverts et organise même une fête pour ce fils perdu et retrouvé. Combien de fois ai-je entendu des réactions assez vives concernant l’attitude de ce père, jugé trop bienveillante et, pour tout dire, un peu trop laxiste ? « Moi, si mon fils me fait la même chose, je lui demanderai des comptes ! Et, qui plus est, hors de question de lui organiser une fête ! ».

Ces personnes, qui font une lecture au premier degré de cette parabole, sont souvent ébranlées quand on leur explique que ce père est notre Père. Quoi ? Dieu est donc comme cela ? Vraiment ? Oui, c’est comme cela que Dieu est avec nous. Même aujourd’hui, instinctivement, les images d’un Dieu sévère et implacable persistent. Mais après la lecture de cette parabole, peut-on encore avoir peur de ce Père si miséricordieux?

 

L’amour vrai n’aime pas la peur

 Dieu ne cherche pas à nous faire peur pour une raison simple : quelqu’un qui a peur n’est pas libre puisqu’il est justement prisonnier de cette peur. Or l’amour (vrai) suppose la liberté. Sans cette liberté, rien de réellement évangélique ne peut advenir. Dieu nous aime, veut que nous allions à Lui, mais nous laisse libre. Cette liberté est fondamentale et c’est pourquoi, entre autres exemples, l’Église s’assure qu’un catéchumène demande bien librement le baptême, ou que l’on vérifie que deux fiancés s’engagent vraiment librement l’un envers l’autre.

Des peurs, j’en ai à foison. Peur de mourir, peur de manquer, peur de ne pas être à la hauteur. Et, vis-à-vis de Dieu, si j’ai une crainte, c’est celle de ne pas être à la hauteur des exigences de l’Évangile, de ne pas faire fructifier suffisamment les talents qui m’ont été donnés, de donner trop souvent et trop constamment libre cours à mon orgueil et à mon égoïsme. Oui, je crains d’être jugé sévèrement, car je ne veux pas oublier les paroles « embêtantes » prononcées par Jésus (et citées plus avant).

Mais, et c’est là une évolution notable de ma foi, je suis confiant que le Père m’accueillera comme le fils prodigue que je suis, confiant comme un enfant se jette dans les bras de ses parents parce qu’il sait qu’ils l’aiment, qu’ils vont lui pardonner ses fautes et qu’ils veulent son bien.

 Oui, je n’ai plus peur de Dieu.

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (4/4)

Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (2/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (3/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

 

Le Christ est ressuscité des morts et monté aux Cieux

La résurrection

Une phrase suffit à dire l'essentiel : "L'amour est plus fort que la mort, à condition qu'il soit d'abord plus fort que la vie". L'amour plus fort que la vie, c'est le sacrifice et la mort ; l'amour plus fort que la mort, c'est la résurrection. Le mystère pascal – mort et résurrection ensemble – est un mystère de transformation de l'homme charnel en homme spirituel, et même proprement divin par participation.

 

L'amour est un désir d'immortalité

Gabriel Marcel, comme le faisait saint Augustin dans ses Confessions, affirme l'immortalité à partir de la mort d'un être aimé. Il faut bien accepter la mort de l'être qui nous est cher, mais en son fond cette mort est inacceptable. Non pas par revendication du coeur, non pas à cause de la souffrance, mais par protestation de l'esprit. L'esprit ne peut pas dire non, parce que dire à quelqu'un : "Je t'aime" c'est équivalent de lui dire : "Tu ne mourras pas". Dans le "je t'aime" authentique (et cela est important, on sait que l'on dit bien souvent "je t'aime" de manière superficielle) est inscrit d'une écriture énigmatique un "Tu ne mourras pas" qui résiste au désespoir de la perte et à l'évidence sensible de la mort.

Le poème de Baudelaire, intitulé Hymne [1] , dit bien que l'amour est incorruptible, indestructible. Il est comme un appel d'infini. Mais si l'amour exige l'infini, il ne peut le donner. Il dit à l'être aimé : "Tu ne mourras pas", mais l'être aimé meurt. Il prétend à l'éternité (ou comme dit Baudelaire il verse en nous le goût de l'immortalité) mais en réalité il fait partie du monde de la mort.

 

Survivre par soi ou en un autre ?

Le mystère chrétien de la résurrection, c'est le triomphe de l'amour sur la mort. Mais qu'est-ce qui peut me rendre immortel alors que mon corps est voué à la poussière. Je ne peux survivre qu'en un autre qui subsistera quand moi je ne serai plus. Il y a plusieurs voies possibles pour subsister en un autre ou en d'autres, principalement deux : survivre en ses enfants, se prolonger en eux, et survivre dans la mémoire des hommes.

Mais on ne peut survivre en un autre que s'il existe un Autre qui soit immortel et qui m'aime assez pour m'accueillir avec Lui. On ne peut être immortel qu'en Dieu, si Dieu est Amour. Seul Dieu, qui m'aime, à le pouvoir, non pas de m'empêcher de mourir, mais de me ressusciter. Seul l'amour est plus fort que la mort. A condition qu'en moi l'amour ait été plus fort que la vie. Le mot est dans l'Évangile sous la forme suivante : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" (Jn, 15,13). C'est la définition même de la liberté. Être libre, c'est ne pas être esclave. Et de quoi l'homme fait de chair et de sang est-il plus esclave, sinon de vivre encore plus selon la chair et le sang ?

 

En Jésus seul, l'amour est plus fort que la vie

Dans l'histoire de l'humanité, un seul homme fut absolument libre, parce qu'un seul a parfaitement aimé. Un seul est homme en plénitude. Nous, nous nous efforçons d'aimer ; nous construisons péniblement notre liberté. Nous demeurons esclaves de beaucoup de choses et en bien des manières. Nous sommes attachés plus que détachés. Mais en nous, la vie, présente, biologique, mortelle, est plus forte que l'amour.

En Jésus seul, l'amour a été plus fort que la vie. Sa mort est la mort d'un homme absolument libre, absolument détaché de soi et de tout, totalement aimant. Comment Dieu ne l'accueillerait-il pas en Lui, afin qu'il vive éternellement en Lui ? Le Christ n'a vécu que par le Père et pour le Père, donc en un Autre plus qu'en soi. C'est cela l'amour : vivre en un autre. Mais vivre en un autre, c'est bien mourir à soi. Dire que Jésus est ressuscité ou que le Père l'a ressuscité, c'est dire que pour cet homme en qui l'amour a été plus fort que la vie, l'amour est pour toujours plus fort que la mort.

 

Le Christ ressuscité fonde notre immortalité

Livré à nous même, nous ne pourrions ressusciter. Mais le Christ nous dit : "Tu ne mourras pas" puisqu'il nous dit : "Je t'aime". Il y a en chaque homme quelque chose qui est digne d'être aimé, donc d'exister éternellement. C'est ce point mystérieux de nous-mêmes que le Christ rejoint dans sa Toute-Puissance de pardon. En nous pardonnant, le Christ nous ressuscite, nous rend, en dépit de notre médiocrité, capables de vie éternelle. C'est lui, et lui seul, qui fonde notre immortalité.

La vie ressuscitée est une vie transformée, ou transfigurée. Au ciel, nous demeurerons nous-mêmes ; c'est bien moi, et non un autre que moi, qui verrai Dieu dans sa gloire et qui vivrai de sa vie. Je ne serai pas un autre, je serai bien moi, mais devenu tout autre. Comme dit saint Paul, nous deviendrons un "corps spirituel".

 

L'Ascension

Le ciel, ou les cieux, où monte Jésus, c'est l'intimité de Dieu. Le ciel est le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, la rencontre intime de Dieu et de l'homme. En nous basant sur les paroles de Jésus, dans saint Jean : "Je vais vous préparer une place" (Jn14, 2) ou "Je veux que là où je suis, vous soyez avec moi" (Jn 14, 3), nous devons conclure que le ciel est l'avenir de l'homme, qu'il est l'avenir de l'humanité. L'Ascension est le signe qui inaugure le ciel, qui le fait exister.

L'Ascension est aussi le départ nécessaire du Christ. Un départ qui est un nouveau mode de présence, non plus extérieure et localisée, mais intérieure et universelle. Comme dit saint Paul, il est monté au ciel "afin de tout remplir" (Ep 4, 10).

L'Ascension est néanmoins un départ, en ce sens qu'il ne nous est plus possible, au moment où nous avons des décisions à prendre, de l'interroger pour qu'il nous dise ce qu'il faut faire. Certes, nous pouvons et nous devons l'interroger dans la prière. Mais il ne nous répond pas en nous ôtant la responsabilité de nos décisions et de nos actes. Dans le discours de la Cène, Jésus dit à ses apôtres : "Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint Esprit ne viendra pas" (Jn 16, 7)

Le Saint Esprit n'est pas celui qui dicte des décisions, il est celui qui les inspire. Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. S'il le faisait, il ne nous aimerait pas. Le vrai, ce n'est pas que Dieu a un projet sur l'homme, c'est que l'homme est le projet de Dieu.

Quand le Christ a disparu dans la nuée, les apôtres, nous dit saint Luc, restent les yeux levés au ciel. Alors les anges leur disent : "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?" (Ac 1, 9) Sous-entendu : ne perdez pas votre temps, vous avez une tâche à accomplir. Et pour accomplir cette tâche, il vous faudra faire preuve de courage et d'intelligence. Or le monde est complexe et méchant. Mais vous êtes des hommes adultes. Les chrétiens ne sont pas dispensés d'être des hommes.

C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre des décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain? Le Christ est présent, lui, pour diviniser ce que nous humanisons. Pour nous faire passer [2], non pas demain, mais aujourd'hui, jour après jour, de la terre au ciel (le ciel étant l'intimité de Dieu). C'est là l'essentiel de la foi.

  1. Poème des fleurs du mal, que vous pouvez lire ici []
  2. Se rappeler que "Pâques" signifie "passage" []

La prière de demande

De nombreuses personnes, y compris parmi des catholiques pratiquants, semblent éprouver une gêne vis-à-vis de la prière de demande. Et c'est une prévention que je remarque souvent, aussi, chez les catéchumènes.

Il me semble intéressant de réfléchir à cette attitude qui, finalement, en dit long sur notre relation à Dieu.

A contre-courant de notre société

Est-ce ce puissant courant individualiste qui parcourt notre société qui fait que demander quelque chose est une démarche à bannir ? J'ai tendance à le penser. Je parle bien de la demande car il est non moins évident que l'attitude d'aujourd'hui consiste à prendre ce que l'on peut, mais sans en avoir fait au préalable la demande.

On veut tout, tout de suite. Demander quelque chose, c'est d'abord risquer de se la voir refuser. Ou de n'avoir une réponse dans un délai qui ne nous convient pas. Demander, c'est finalement se mettre en situation de faiblesse puisqu'on se met en situation de dépendance (l'attente de la réponse). Bien peu acceptable par les mentalités actuelles.

J'ajouterais que, tout tourné vers lui-même, l'homme moderne poursuit le mythe de se faire tout seul. Ce sentiment, très fort aux Etats-Unis, pays pourtant très religieux par ailleurs, imprègne nos vieilles sociétés européennes. L'homme est au centre de tout, le moyen de tout, la fin de tout. Hors de lui, point de salut.

Et si l'on consent à demander des choses pour les autres, pour ses proches, on le refuse pour soi-même. Il est amusant, comme je l'entends souvent dire, d'entendre l'argument de ceux qui refusent ou n'osent pas la prière de demande : "je trouve cela trop égoïste de demander des choses pour moi" ! Alors que j'ai le sentiment inverse : c'est bien par égoïsme – et plus encore par narcissisme – que l'on refuse d'accepter ce schéma-là.

Ce que nous dit Jésus

Jésus nous a enjoint à demander. Relisons ces versets de l'évangile de saint Matthieu : "Demandez et l'on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d'entre vous l'homme auquel son fils demandera du pain, et qui lui remettra une pierre ? ou encore, s'il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l'en prient !" [1]

C'est plus que clair et ne souffre aucune interprétation. Cela surprend souvent les néophytes, découvrant du même coup que Jésus était et est proche de nos préoccupations. [2]

Fondement de notre liberté

Dieu nous laisse libre. Libre de Le choisir. Ou libre de se détourner de Lui. Adam et Eve nous montrent comment deux êtres qui ont tout eu de Dieu ont, sous l'effet de la tentation, choisi de se détourner de Dieu. Jésus, lui-même, au Mont des Oliviers, a choisi librement de suivre le Père.

Selon moi, la prière de demande participe de cette liberté. Nous ne sommes pas des marionnettes pour lesquelles Dieu s'occupe de tout, malgré nous. Non. Nous devons nous mettre en chemin vers Lui. En Lui demandant de m'aider, en Lui demandant de m'apporter de ce qui me manque, en Lui confiant mes proches, mes amis, mes ennemis, mes frères, je fais, librement, un pas vers Lui.

 

Quelques difficultés

Cependant, la prière de demande ne va pas sans difficulté. C'est à vrai dire assez normal : suivre Dieu, avec confiance, n'est pas facile et le chemin est trop souvent semé d'embûches.

La difficulté la plus forte est celle de penser que Dieu ne répond pas à nos demandes. Combien de fois ai-je entendu des gens me dire qu'ils pensaient alors que Dieu se détournait d'eux, s'en moquaient ? Ce sentiment, nous l'avons tous eu, je pense, au moins une fois.

Oui, on peut penser que Dieu ne nous répond pas. La tentation est alors grande de s'en détourner. Caprice du petit enfant qui, lorsqu'on n'accède pas à ses désirs, se détourne et passe à autres choses.

Car Dieu doit-Il satisfaire tous nos désirs ? Même les plus puérils ou superficiels ? Peu oseront l'affirmer, mais beaucoup le pensent au fond d'eux-mêmes.

Dieu nous aime

Dieu satisfait nos besoins. Dieu nous guide et nous amène à Lui. Mais les chemins qu'Il nous proposent ne sont pas les nôtres. Parce que l'Amour auquel Dieu nous appelle, son Amour, Lui qui n'est qu'Amour, est incompatible avec nos désirs égocentristes. Alors parfois, souvent, nous pouvons penser que Dieu n'accède pas à nos désirs.

Mais Il répond aux besoins de ceux qui ont soif de Lui.

  1. Ma, 7, 7-11 []
  2. Notons, tout de même, que là comme pour d'autres sujets, Jésus n'est venu qu'accomplir l'ancienne loi ; on trouve de multiples exemples de prières de demande dans l'Ancien Testament []

Les (belles) appellations de Dieu

Au cours de mes lectures actuelles, je suis tombé sur ce passage des Misérables.

Je n’ai pas vérifié l’exactitude des différentes appellations (mais compte-tenu de la culture de l’auteur, j’ai peu de doute).

J’aime bien cette énumération qui dit bien que Dieu a de multiples visages, que chacun peut (et doit ?) se l’approprier, qui reflète aussi les différentes représentations que l’homme peut se faire.

La conclusion est fort belle.

 

« L’Ecclésiaste vous nomme Toute-Puissance,

les Machabées vous nomment Créateur,

l’Épître aux Éphésiens vous nomme Liberté,

Baruch vous nomme Immensité,

les Psaumes vous nomment Sagesse et Vérité,

Jean vous nomme Lumière,

les Rois vous nomment Seigneur,

l’Exode vous appelle Providence,

le Lévitique Sainteté,

Esdras Justice,

la création vous nomme Dieu,

l’homme vous nomme Père ;

mais Salomon vous nomme Miséricorde,

et c’est le plus beau de tous vos noms. »

 

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (3/4)

 

Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (2/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux deFrançois Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

La résurrection du Christ est-elle un fait historique ?

Mystère important car la résurrection est au coeur de la foi. Comme la dit saint Paul, "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine ou vide" [1].

Histoire et foi

Est-ce que la résurrection, à l'instar de la bataille d'Austerlitz, est un fait historique ? Oui et non. La résurrection est à la fois et indivisiblement, un fait historique et un événement pour la foi. Ce qui est historique, c'est le témoignage des apôtres qui ont proclamé l'avoir vu vivant après sa mort sur la croix. Les apôtres n'ont pas été témoins de l'acte consistant à passer de la mort à la vie éternelle. Le corps de Jésus réssuscité n'appartient plus à notre univers physique de l'espace et du temps. La résurrection de Jésus n'a rien à voir avec la réanimation d'un cadavre, comme celui de Lazare.

Ce que nous pouvons tenir d'historique, c'est le témoignage des apôtres : d'une part, ils ont constaté le tombeau vide ; d'autre part, ils témoignent de la manifestation de quelqu'un qui se présente à eux, sans qu'ils le reconnaissent encore comme étant Jésus vivant. D'ailleurs, s'ils l'avaient reconnu immédiatement, on serait alors dans le cas de la réanimation de Lazare (que tout le monde a reconnu lorsqu'il est revenu à la vie).

Les apparitions, leur objectivité

On ne peut nier les apparitions, sauf à accepter l'idée d'une fourberie concertée. Le problème n'est pas tant la réalité de ces apparitions que leur signification. Certains pensent qu'une apparition n'est autre qu'une hallucination subjective et pathologique.

L'autosuggestion ? Reste à expliquer alors comment la foi des apôtres si fragiles et faibles avant la mort de Jésus a pu être si vive et forte après sa mort. Alors qu'ils se sont éparpillés et ont eu peur après l'arrestation de Jésus, ils ont le courage de prêcher ensuite qu'Il était ressuscité, courage allant souvent jusqu'au martyr.

Dans les cas d'hallucination, l'initiative vient du sujet lui-même. Dans le cas des apparitions, l'initiative ne vient pas des apôtres mais du Christ. Jésus s'est fait voir, s'est donné à voir.

Peut-on alors comparer ces apparitions aux expériences mystiques ? Oui, car l'expérience mystique est celle du divin, et cela est vraie autant pour sainte Thérèse ou sainte Bernadette que pour les apôtres. Mais non, car ce que les apôtres vivent est unique. Ils reconnaissent jésus comme étant bien celui avec lequel ils avaient vécu avant sa mort. Bernadette ne reconnait pas Marie comme une femme avec  laquelle elle avait gardé les moutons. Les apôtres vivent l'expérience unique de la continuité entre la vie mortelle de Jésus et son existence de Ressuscité.

La genèse de la foi chez les apôtres

Premier temps : ils ont rencontré Jésus, dans sa vie terrestre (et donc mortelle), ils l'ont suivi, ont cru en lui comme Messie annoncé et sauveur de leur nation.

Deuxième temps : leur foi, fragile, subit l'épreuve terrible de la mort infamante de Jésus. Ce fut pour eux la fin d'un rêve. Ils sont dans le désarroi total, ils n'espèrent plus en rien. Il faut relire le passage des disciples d'Emmaus dans saint Luc.

Troisième temps : quelqu'un se présente à eux et leur explique les Ecritures en les appliquant à sa vie passée et à sa mort. Il leur explique ce que les Prophètes avaient annoncé au sujet du Messie qui devait souffrir et mourir. Leur foi renaît. Mais ils n'accèdent à la résurrection que par un acte de foi (alors qu'aucun acte de foi n'a été nécessaire pour reconnaître Lazare sortant du tombeau).

Les tentations de l'incroyant et du croyant

L'incroyant va s'en tenir aux quelques faits : un tombeau vide, des apparitions dont les apôtres témoignent. Le tombeau vide n'est pas décisif : comme le relate Matthieu, on accuse les apôtres d'avoir volé le corps de Jésus et de prétendre qu'Il est ressuscité. Les apparitions sont interprétées par l'incroyant comme des phénomènes hallucinatoires ou d'autosuggestion. Sans connaître le sens du fait, on en vient à dissoudre le fait.

A l'inverse, et c'est la tentation du croyant, il ne faut pas majorer la donnée historique. Le tombeau vide n'est pas une preuve de la résurrection du Christ. Pas plus que les apparitions ne permettent de reconnaître instantanément Jésus. La résurrection de Jésus n'est pas purement et simplement un fait historique. Elle suppose un acte de foi. Et la foi est libre, sans quoi ce n'est pas la foi !

 

  1. 1 Co 15,15 []