Il parait que je suis homophobe !

J'ai eu l'occasion d'écrire que j'appréciais plutôt les analyses poltiques de Bruno Roger-Petit (BRP), même si je n'y souscris pas toujours. Féroce opposant à Sarkozy, le voilà soutien ardent de François Hollande après avoir vu son favori, DSK, être obligé de renoncer. 

BRP est un ardent défenseur de longue date du mariage gay, de l'adoption et il me semble que même la PMA ou la GPA ne lui pose pas de problèmes particuliers [1]. Soit. Il n'est pas le seul et je comprends une partie de ses arguments. Mais je ne peux que m'insurger contre sa façon détestable d'essayer de tuer les prémices d'un débat sur le sujet.

Je vous invite à lire le dernier billet en date sur le sujet publié par BRP sur LePlus.

 

Objectif n°1 – déplacer le débat sur l'échiquier politique

Se basant sur les propos d'E. Zemmour, traités avec grand mépris, BRP essaye d'en faire le héraut d'une pensée de droite inconsciente. Zemmour dit tout haut ce que la droite profonde, forcément bête, pense tout bas. Mais droite profonde ne suffit probablement pas comme argument décisif. On sort alors les vieilles antiennes qui essayent de lier la droite dite profonde au pétainisme et à ses affidés. Un classique du genre. 

Je reconnais que la sortie de Valérie Pécresse sur le démariage me semble hasardeuse et je vois effectivement mal comment on pourrait "démarier" des personnes. Mais imaginez-vous la droite, revenue au pouvoir, abroger la loi du mariage gay, elle qui n'a pas osé abroger celle sur les 35 heures, pourtant identifée comme source de tous les maux de l'économie française ? Non, bien sûr. Et BRP le sait très bien. Mais il n'a pu s'empêcher de lier ce qui n'a pas lieu d'être.

Faut-il rappeler que plusieurs députés PS, que Lionel Jospin lui-même, font part de leur réticence contre le mariage et plus encore contre l'adoption ? Peut-on les taxer de pétainistes ? Et que dire du rabbin Bernheim ?

J'imagine que, prochainement, les opposants se feront traités de fascistes, voire de nazis. Argument massu de ceux qui n'ont rien à opposer ? Bête et triste, assurément.

 

Objectif n°2 – exclure du débat les opposants

Le mot clé de tout ce débat, c'est le mot homophobe ! Utilisé rapidement par les partisans du mariage gay pour discréditer tout contradicteur, il est aussi utilisé de plus en plus par les opposants qui commencent leur phrase par : "Je ne suis pas homophobe, mais …"

BRP assène donc : "Force est de conclure que tous leurs arguments, tous, reposent sur une position homophobe." Avouez que la ficèle est grosse. Tous les arguments. C'est lui qui le dit. Ainsi, si j'écris que je pense sincèrement, en mon âme et conscience, qu'un enfant a besoin d'un père et d'une mère, et que c'est la cause principale de mon opposition au mariage gay, je suis homophobe.

Pas de grâce de la part de BRP. Que les propos viennent d'E. Zemmour, ils sont qualifiés de brutaux et féroces, qu'ils viennent de l'abbé Grosjean, ils sont qualifiés de suaves et enrobés (sous-entendu hypocrites).

Et pour être sûr de ne laisser aucun espace à la discussion, BRP a cette phrase magnifique : "Ne pas s'avouer homophobe n'interdit pas de tenir des propos homophobes". Je pourrais dire quant à moi : "Ne pas s'avouer con n'interdit pas de tenir des propos cons" !

 

Objectif n°3 –  Surtout, pas de débat

Il semble que les partisans du mariage gay veuillent avant tout éviter le débat. On élude les questions qui fachent. L'argumentaire anthropologique est évacué. La place des enfants n'est pas abordée.

Je note d'ailleurs que l'argumentaire de BRP est très superficiel. On taxe l'autre d'extrêmiste, d'homophobe, mais on n'aborde pas les questions qui fâchent. Et il est de fait plus aisé de traiter l'autre d'homophobe et de pétainiste que d'aborder les sujets qui sont au coeur du mariage gay : la PMA, la GPA, etc [2].   

Et puis, pourquoi débattre avec des opposants aux méthodes aussi sordides ? Pensez donc : les opposants au mariage gay sont accusés de culpabiliser les partisans du mariage gay qui n'osent plus taxer les opposants d'homophobes. Pauvres choux ! Allez, circulez, y a rien à voir. Le débat est clos.

 
Conclusion
 
Est-ce les derniers sondages un peu moins favorables qui rendent dingues les lobbyistes du mariage gay ? Est-ce l'idée même que les religions interviennent dans le débat public qui nous vaut ces piètres arguments ? Est-ce juste l'idée qu'on ne puisse être d'accord avec ce qui est qualifié de progrès social ?
 
Je ne sais.
 
Mais il est clair qu'un débat est nécessaire. Que des états-généraux seraient bien vus. Que la place des enfants et de leur droit à avoir un père et une mère valent bien tous les débats sur les OGM.
 
Mais rassurez-vous. Si BRP est vénimeux contre l'Eglise concernant le mariage gay, il le sera peut-être moins quand viendra le débat sur l'euthanasie : il est contre !
  1. Référence à un ancien billet de BRP, supprimé, où il prenait exemple sur une vedette du petit écran qui avait utilisé la GPA pour satisfaire son "désir d'enfant"; j'avais écrit un billet à ce sujet []
  2. Les associations LGBT disent déjà qu'une loi ne permettant que l'adoption est une loi a minima []

La GPA, c’est quoi ?

Les moeurs de nos stars, relayées par la bien-pensance, ne lassent pas d'étonner. Je viens donc de découvrir ce qu'est la GPA. La GPA, c'est la Gestation Pour Autrui. Cet article vous donnera l'essentiel de ce que cela recouvre.

Au départ, il semble que cette méthode a été proposée pour les couples ne pouvant avoir d'enfant dans le cas d'absence d'utérus. Une mère porteuse – mais n'apportant pas son bagage génétique – est alors choisie pour effectuer la gestation. Bon, assumer une grossesse durant 9 mois, accoucher pour immédiatement "rendre" l'enfant à ces géniteurs pose déjà, de mon point de vue, un problème.

[Je faisais référence à un billet du blogeur Bruno-Roger Petit qui a été supprimé]

Les arguments d'ordre juridique visent à pourfendre le fait que la GPA est interdite en France. Car la GPA est interdite en France. Mais pas pour tous, puisque certains, sans doute les plus fortunés, vont dans les pays où elle est permise. La loi française ne reconnaît pas ces enfants-là puisque nés d'une mère étrangère et sans procédure d'adoption. Pour la France, ces enfants-là sont inscrits à l'état civil du pays où ils sont nés. Donc, sous prétexte que ces enfants-là sont nés, vivants, qu'ils n'ont rien demandé à personne, il faut donc qu'une loi accorde le droit à la GPA. Raccourci facile. Faut-il, sous prétexte que quelques uns contournent la loi, que celle-ci soit abrogée sous prétexte que les conséquences du contournement posent des problèmes ? A ce compte-là, on pourrait facilement justifier la légalisation de la drogue, du proxénétisme, etc.

Par ailleurs, les Français seraient favorables à 65% selon un sondage. Ah, ces merveilleux sondages que l'on sort lorsqu'ils sont favorables ! Oui, d'ailleurs, il y a des sondages qui montrent que les Français sont favorables à la peine de mort. Faut-il la rétablir ?

Enfin, la loi étant permise dans certains pays étrangers et donc, mondialisation oblige, permettant à quiconque d'aller dans ces pays-là, il faudrait donc que la France suive le mouvement… Là aussi, on pourrait prendre certains contre-exemples facilement.

Mais le plus désolant dans cet article, c'est l'aspect éthique et personnel. On est en train d'inventer un "droit au désir d'enfant". Ben oui, mon désir est un droit. Quelles qu'en soient les conséquences, quelles qu'en soient les contraintes. Ce narcissisme érigé en valeur première me semble être un des points qui minent notre société. Je connais des couples qui n'ont pu avoir d'enfants, qui en ont souffert. Mais qui ont courageusement accepté cette épreuve imposée par la vie, d'autant plus difficile à vivre qu'elle contrecarrait un désir fort d'avoir des enfants. Ici, on a une vedette qui, pour certaines raisons que je ne connais pas, a choisi de faire appel à une mère porteuse. Qui a contourné la loi. Et il faudrait que ce caprice de star fasse jurisprudence ?

Mais le pire du pire est l'aspect financier. Car ces mères porteuses reçoivent de l'argent, apparemment de fortes sommes, pour effectuer la grossesse. Est-ce un effet pervers du libéralisme mondial que de considérer ce procédé comme normal ? Tout se monnaye, tout se vend, tout s'achète… Même ces enfants considérés comme des biens marchands !

Pour finir, pensons à cette petite fille : une mère biologique, une mère porteuse, un père biologique et "adoptif". Y a-t-il une mère "adoptive" ? Un autre père "adoptif" ?

Aucune limite, le narcissisme érigé en vertu, les désirs en justification de tout : ce modèle de société-là ne m'enchante guère…

 

Nota du 6 mars 2012 : suite à l'injonction de l'avocat d'une personnalité citée dans ce billet, l'article et les commentaires ont été modifiés afin qu'aucune mention ne soit attentatoire à la vie privée de l'éminente personnalité.

 


La photo a été trouvée sur le site http://www.andrechassaigne.org/ via Google Image

Peut-on se réjouir de la mort de Ben Laden ?

Ainsi, l'homme le plus recherché de la terre depuis le 11 septembre 2001 a été tué par les forces américaines le dimanche 1er mai 2011. Cet homme s'appelait Oussama Ben Laden.

Avant que d'aborder le sujet d'un point de vue catholique, quelques réflexions "géopolitiques". 10 ans d'une traque intense, 10 ans pour trouver l'homme responsable des pires attentats perpétrés sur le sol américain. Finalement, les tonnes et les tonnes de bombes lâchées n'auront finalement pas eu raison du bonhomme qui se terrait dans une petite bourgade du nord-ouest du Pakistan depuis 2005 ou 2006. Non, c'est une filature "à l'ancienne" qui aura permis de le localiser et de l'appréhender. C'est une victoire d'ordre militaire et, à ce titre, je m'en réjouis. Est-ce pour autant la fin du terrorisme perpétré par Al-Quaida ? Probablement pas. Mais une guerre se gagne en gagnant des batailles, et cette bataille-ci, sans être déterminante, aura finalement été probablement décisive.

Quittons le champ de la politique et de la guerre pour appréhender celui de l'éthique, et plus particulièrement de l'éthique chrétienne. Peut-on et doit-on se réjouir de la mort de Ben Laden ? Peut-on se satisfaire de ce que j'ai pu entendre à droite et à gauche ?

Comme beaucoup je pense, je n'ai pas versé de larmes sur la mort de ce sinistre personnage. Lorsqu'un homme répand le mal de manière aussi forte et volontaire, on ne peut qu'être soulagé de sa disparition. Le soulagement est du même ordre que celui qui prévalut lorsqu'Hitler, Staline ou Pol Pot ont trépassé.

Un point de vue chrétien

Au-delà du cas Ben Laden, peut-on se réjouir de la mort d'un homme ? Non, bien sûr. Non seulement se réjouir de la mort de quelqu'un est anti-chrétien, mais Jésus nous a demandé bien plus que cela : Il nous a demandé de prier pour nos ennemis. Prier pour Ben Laden. Prier pour Hitler, pour Staline, pour Pol Pot. Oui, cela dépasse l'inimaginable. J'ai du mal avec cela. Je sais pourtant que c'est ce que je devrais faire, mais je bloque. Et encore, je n'ai pas été touché par les actions de ces hommes. Pourtant, il y a là quelque chose qui achoppe. Sans doute ce qui me sépare, en tant qu'homme, de la nature du Père. Le Seigneur dit à Ste Catherine de Sienne : "Tu es celle qui n’est pas (…). Je suis celui qui est".

Une autre chose m'a gêné dans les discours tenus par les hommes politiques après l'annonce de la mort de Ben Laden. J'ai entendu souvent la phrase "Justice est faite". Elle a été prononcée par Barak Obama, président des Etats-Unis et par Nicolas Sarkozy, président de la République française. Et là, je ne marche plus. Quoiqu'ait pu faire un homme, la dignité veut qu'il ait droit à un procès. Dire "justice est faite" après un tel acte,  c'est admettre que la loi des armes prévaut, qu'un duel bien mené vaut mieux qu'un procès. C'est, finalement, légitimer l'auto-défense. Pourtant Jésus n'a-t-il pas ordonné à Pierre de ranger son épée lors de son arrestation ?

Je rejoins donc l'analyse de Bruno Roger-Petit qui rappelle opportunément que la dignité d'Israël et des chasseurs de nazis fut, non pas de les exécuter sommairement – et ce n'est pas l'envie qui devait leur manquer – mais de permettre les procès, dont celui de Nuremberg. Dignité de l'homme quoiqu'on puisse penser de lui ou de ces actes, dignité des démocraties qui refusent comme seule réponse la loi du Far West.

Dernier point : ironie de l'histoire, Ben Laden a été tué le jour de la béatification de Jean-Paul II et du dimanche de la Miséricorde. Miséricorde, vous avez dit miséricorde ?

Encore une tartufferie

J'aime bien le blog de Bruno Roger-Petit. Non pas que je sois toujours d'accord avec lui – je ne lis pas les blogs ou les journaux avec cette optique-là – mais parce que j'aime bien sa façon de décrypter le microcosme du monde politique et de la société. Ses billets sont très souvent intelligents, bien écrits, et dénoncent les tartuffes de tout poil. Même si je ne partage pas certaines de ses positions.

Son billet sur le kiss-in prévu par la communauté homo lors du voyage du Pape à Barcelone est, de ce point de vue, excellent. Juste un extrait : "On est chaque fois décontenancé par les choix politiques des organisateurs de "kiss-in", choix systématiquement sélectifs, qui évitent de s'en prendre aux représentants des religions juive et musulmane (qui sont sur la même ligne dans ce domaine) et ceux des États les plus répressifs. Seuls les catholiques sont visés. Provoquer le pape, est-ce donc cela le nec plus ultra de la révolution rebelle piquante et amusante ?"

Voilà, c'est dit et c'est bien dit. De la part de quelqu'un qui n'est pas catholique.

La communauté gay de Barcelone est très "puissante" apparemment, je l'évoquais dans un billet précédent. Et finalement, contrairement à ce que dit BRP, c'est peut-être la preuve, malgré tout, que le Pape et l'Église comptent encore en tant que repère moral. Qu'on est libre, évidemment, d'accepter ou de refuser. Mais quand on fait autant d'effort pour contester cette autorité, c'est qu'elle parle encore au monde.

Dénonçons cette tartufferie ! Quand je lis : "un baiser peut encore être considéré comme un acte révolutionnaire au XXIe siècle", je pense à ces Chrétiens d'Irak, et plus généralement ceux en terre islamique, qui vivent leur foi la peur au ventre et qui la payent parfois au prix de leur vie.

A Barcelone, un coup de vent de travers et, sans doute, les révolutionnaires du XXIe siècle s'éparpilleraient comme des moineaux apeurés…