Où est le scandale ?

Aujourd’hui, 27 octobre 2011, a lieu la rencontre Assise voulue par le pape Benoit XVI, rencontre qu’il a annoncée en début d’année. Cette rencontre suscite une vive réprobation de la FSSPX qui parle de scandale.  [1]

Voici le scandale en question, dont chacun se fera une idée en lisant le compte-rendu (d’aucuns diront biaisé ?) émis par le service d’information du Vatican [2].

 

 

 

 

En voici quelques extraits [3] :

« Vingt-cinq années se sont écoulées depuis que le bienheureux Jean-Paul II a invité pour la première fois des représentants des religions du monde à Assise pour une prière pour la paix. Que s’est-il passé depuis? Où en est aujourd’hui la cause de la paix? Alors la grande menace pour la paix dans le monde venait de la division de la planète en deux blocs s’opposant entre eux. Le symbole visible de cette division était le Mur de Berlin qui, passant au milieu de la ville, traçait la frontière entre deux mondes. En 1989, trois années après Assise, ce mur est tombé, sans effusion de sang…  »

« Nous savons que souvent le terrorisme est motivé religieusement et que le caractère religieux des attaques sert de justification pour la cruauté impitoyable… Ici la religion n’est pas au service de la paix, mais de la justification de la violence. Qu’en ce cas la religion motive de fait la violence est une chose qui, en tant que personnes religieuses, doit nous préoccuper profondément. D’une façon plus subtile, mais toujours cruelle, nous voyons la religion comme cause de violence même là où la violence est exercée par des défenseurs d’une religion contre les autres. »

« Comme chrétien, je voudrais dire ceci: Oui, dans l’histoire on a eu recours à la violence au nom de la foi chrétienne. Nous le reconnaissons, remplis de honte. Mais il est absolument clair que ceci a été une utilisation abusive de la foi chrétienne, en évidente opposition avec sa vraie nature. Le Dieu dans lequel nous chrétiens nous croyons est le Créateur et Père de tous les hommes, à partir duquel toutes les personnes sont frères et sours entre elles et constituent une unique famille. La Croix du Christ est pour nous le signe de Dieu qui, à la place de la violence, pose le fait de souffrir avec l’autre et d’aimer avec l’autre… C’est la tâche de tous ceux qui portent une responsabilité pour la foi chrétienne, de purifier continuellement la religion des chrétiens à partir de son centre intérieur afin que, malgré la faiblesse de l’homme, elle soit vraiment un instrument de la paix de Dieu dans le monde »

Bien scandaleux que que tout ceci, n’est-ce pas ?

Sauf que l’on va me rétorquer que le Pape peut bien dire ce qu’il veut, ce qui compte, c’est qu’il s’affiche avec les représentants d’autres religions et que cela lui est interdit. Vous lirez la prose des prêtres de la FSSPX, elle vous donnera mille arguments dans ce sens.

Hier, Benoît XVI a dit espérer que « l’exemple de saint François, sur la tombe duquel je prierai demain, soutienne les jeunes tous dans leur fidélité quotidienne au Christ ». Voilà l’important…

 

D’autres scandales ?

Deux pièces de théâtre font actuellement scandale. Je vois renvoie au blog de S. Lemessin qui fournit – merci à lui – la plupart des liens vers les blogs qui se sont penchés sur ces oeuvres « culturelles ». Beaucoup de journaux en parlent : Le Figaro, Le Monde, La Croix, etc.

De l’avis de ceux qui ont vu ces pièces, et selon les échos que l’on peut en lire, ces oeuvres sont clairement blasphématoires, la figure du Christ étant clairement bafoué.

Cependant, faut-il donner écho à ces oeuvres mineures, pour ne pas dire minables ? Dans une société médiatisée à l’extrême, quel beau cadeau est fait à ces pseudo-artistes qui pensent ainsi pouvoir alors se qualifier de rebelle ! [4]

Mais là encore, comme dans tant d’autres domaines, j’ai le sentiment que chacun prêche pour sa paroisse. Il suffit de regarder qui est à l’initiative des manifestations ? Civitas, qui souhaite rechristianiser la France, et le Renouveau Français, qui défend le nationalisme tradionnel et moderne. Deux mouvements, certes catholiques, mais surtout d’extrême-droite (ou en tout cas proche). Ainsi, sous couvert de défendre le Christ bafoué, on lance des actions de type politique pour asseoir sa position. Pas très glorieux donc.

J’ai, vous l’aurez compris, vraiment du mal avec cette approche belliqueuse parée des (faux) atours de la foi.

« Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. » [5]

  1. Je suis toujours stupéfait par ces gens qui se permettent de juger sans cesse les autres, de ces catholiques, bien sous tout rapport, qui passent leurs temps à juger le Pape : j’aime bien alors relire ce passage []
  2. La déclaration in extenso est ici []
  3. Les passages en gras l’ont été par moi []
  4. Un artiste, c’est bien connu, doit être anti-conformiste []
  5. prière de saint François d’Assise []

FSSPX : une réconciliation en vue ?

Voici 2 ans que débutèrent les discussions entre le Vatican et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX). Mercredi 14 septembre 2011, les conclusions de ces discussions ont été closes par un entretien entre la Congrégation de la doctrine de la foi et la FSSPX représentée, entre autres, par son supérieur général, Mgr Bernard Fellay.

Il n'y a en réalité que peu de choses à dire de cet entretien : le compte-rendu diffusé par le Vatican est bref et ne dévoile rien de ce qui s'est dit. Par contre, il dessine ce qui pourrait se passer dans les prochains mois.

Ce que l'on sait

Lors de la rencontre du 14, un document décrivant un "préambule doctrinal" a été remis à la FSSPX qui doit dire si elle l'accepte. La signature de ce document marquerait la volonté forte de réconciliation de la part de la FSSPX. Alors, une solution canonique pour la Fraternité serait mise en place par le Vatican afin qu'elle ait un statut clair et reconnu (ce qui n'est pas le cas aujourd'hui). A noter que l'ébauche de cette solution a été abordée lors de la réunion du 14."

L'interview de Mgr Fellay suite à cette rencontre n'apporte pas d'éléments précis si ce n'est cette phrase qui montre sans doute que rien n'est fait : "Aujourd’hui je dois à l’objectivité de reconnaître qu’on ne trouve pas, dans le préambule doctrinal, une distinction tranchée entre le domaine dogmatique intangible et le domaine pastoral soumis à discussion." Hors, l'un des leitmotiv de la FSSPX concernant Vatican II est de considérer que ce n'est qu'un concile pastoral (et non pas dogmatique) et qu'il est donc criticable à loisir [1].

Les points importants

Benoit XVI continue donc sa politique des bras ouverts et montre qu'il s'est pleinement engagé dans cette voie étroite de la réconciliation. Tous les catholiques doivent donc le soutenir dans cette démarche. J'ai lu sur un forum que le Pape passait l'éponge après s'être fait insulté par les Tradis. Les insultes, reconnaissons-le, sont rares [2]. Tout démarche de pardon et de réconciliation est coûteuse. Le Pape, à l'image du Christ, s'est engagé dans cette voie, je pense que la FSSPX aussi.

Beaucoup de traditionalistes ont crié victoire en lisant ceci : "(…) tout en laissant ouvertes à une légitime discussion l'étude et l'explication théologique d'expressions ou de formulations particulières présentes dans les textes du Concile Vatican II et du Magistère successif." [3] en y voyant une remise en cause de Vatican II. Je ne lis pas cela dans cette phrase, tout au plus une confirmation que les grands textes de ce grand concile peuvent être discutés et doivent être expliqués.

Et demain ?

Alors, maintenant, que va-t-il se passer ? La FSSPX doit se positionner rapidement sur le préambule, avant quelques mois. Si j'en crois J.M Guénois, journaliste au Figaro qui tient un blog, le Pape n'ira pas plus loin parce qu'il est allé au bout de ce qu'il peut proposer. La FSSPX a donc une occasion unique de revenir dans l'Eglise, avec un statut canonique avantageux. [4]

Mais que veut la FSSPX ? Comme beaucoup, j'ai été intrigué par cette diatribe contre le Saint-Père à propos de la prochaine rencontre inter-religieuse qui doit se tenir à Assise le 27 octobre 2011, diatribe plubliée le 12 septembre 2011 par l'abbé de Cacqueray, supérieur du district de France, avec l'imprimatur de Mgr Fellay. Peut-on imaginer un risque de scission au sein de la FSSPX si Mgr Fellay signe le préambule ? Si risque il y a, va-t-il privilégier l'unité de sa Fraternité à la pleine réconciliation avec le Vatican ?

Prions pour que l'Esprit-Saint guide tous les protagonistes et inspirent les décisions qu'ils vont devoir prendre dans les prochaines semaines.

 

  1. il semblerait que le concile Vatican II ne soit pas qu'un concile pastoral, c'est un point que je vais vérifier quand j'en aurais le temps []
  2. j'ai entendu parler d'un dessin paru dans le Chardonnet, journal de l'église St-Nicolas du Chardonnet, montrant que le Pape était inspiré par Satan : si cela est vrai, cette parution déshonore leurs auteurs []
  3. cf. le communiqué du Vatican []
  4. par exemple, calqué sur celui de l'Opus Dei, en ne dépendant que du Pape lui-même. []

Les Traditionalistes (3/3)

Différences de fond

J’ai voulu aborder en premier la liturgie, essentiellement parce que c’est souvent sur ce seul aspect que les différences sont vues entre les Traditionalistes et les catholiques en communion avec Rome. Pourtant, on peut dire que la liturgie n’est finalement que la partie émergée de l’iceberg, tant des désaccords importants, voire définitifs, ont trait au « fond », c’est-à-dire à la façon dont l’Église doit être conduite.

Je ne saurais faire par moi-même l’étalage de toutes les différences. Je peux néanmoins en donner quelques unes, celles qui sont les plus mises en avant et qui, sans doute, posent le plus de problème.

Le Concile Vatican II

​​Pour la FSSPX, le concile Vatican II est honni car source de tous les maux affectant l’Église. Il serait trop long de répertorier tous les points de désaccord. En fait, je crois que tout est désaccord et je ne pense pas qu’il y ait un seul point qui ait trouvé un agrément. Selon eux, le concile Vatican II vient contredire 2000 ans de magistère de l’Église et donc promeut l’erreur. Il est le symbole du modernisme qui aurait gagné l’Église.

L’ouverture au monde, la liberté religieuse, l’oecuménisme sont autant de pierres d’achoppement. Que dit le concile Vatican II, que beaucoup de gens, dont moi-même, connaissent finalement assez mal ? Dans Lumen Gentium, par exemple : « En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel » [1]. Inacceptable pour les Traditionalistes. Les documents de base de Vatican II (les constitutions) sont complétés par des déclarations. Il est intéressant de lire Nostra Aetate ((Déclaration sur les relations de l’Église avec les religions non chrétiennes)) et Dignitatis Humanae ((Déclaration sur le liberté religieuse)).

Quant à la position prise par la FSSPX, une documentation fournie est mise à disposition, que je vous laisse découvrir pour en savoir plus.

Théocentrisme versus anthropocentrisme

J’ai longtemps cru que la question liturgique n’était qu’une question de sensibilité, voire de nostalgie. J’ai connu beaucoup de personnes lorsque j’avais 10-15 ans (donc vers la fin des années 70) qui disaient être heureuses de retrouver les messes de leur enfance. Mais le problème de la liturgie dépasse largement les points évoqués ci-avant. L’un des reproches les plus virulents émanant destradis contre Vatican II, c’est d’avoir trop mis l’homme au centre de toute chose et, par là même, d’avoir reléguer Dieu à l’arrière-plan. Que l’attention soit portée aux autres et, rapidement, on se fait affubler de l’attribut « droit-de-l’hommiste », vraie insulte dans la bouche d’un tradi. L’ouverture au monde, la prise en compte des cultures et du contexte des autres pays est aussi très mal perçue. C’est ainsi que la rencontre d’Assise est considérée comme un mal absolu – j’y reviens plus loin.

J’ai le sentiment que, selon les Tradis, donner la primeur à l’homme revient à abaisser Dieu. Doit-il y avoir une limite entre le souci que l’on doit à l’autre et celui que l’on doit à Dieu ? Quels sont les deux plus grands commandements que Jésus nous a enseigné ? L’amour de Dieu et l’amour du prochain. Les deux sont indissociables. Pour moi, se soucier du sort de l’émigré, des roms, de mon voisin, de mon collègue, ne m’éloigne pas de Dieu (au contraire dirai-je). Alors pourquoi ce raidissement ? Probablement parce que des considérations politiques viennent se greffer, que de se préoccuper des droits des autres avant de leurs devoirs est le signe d’un gauchisme invétéré, ce qui est inenvisageable pour un Tradi, forcément de droite.

La nostalgie d’un monde révolu

Au fond, derrière l’appel à la Tradition, se cache aussi la nostalgie d’un monde révolu, que d’ailleurs beaucoup n’ont pas connu d’ailleurs. Nostalgie d’un monde où l’Église était omniprésente, où rien ne se décidait sans qu’elle ait au minimum son mot à dire, où le cosmopolitisme religieux n’existait pas. Le monde a changé, c’est un fait. Il prend un chemin que beaucoup de catholiques regrettent. Faut-il pour autant rester cramponner à une idée un peu biaisée du passé ? N’est-ce pas un poncif que de croire que c’était forcément mieux avant ? Il est vrai que certains vont encore plus loin, en semblant regretter le temps des croisades ou celui de la royauté.

Les discussions avec Rome et Benoît XVI

BenoÎt XVI a engagé des discussions avec la FSSPX sur Vatican II. Il semble que ces discussions, débutées fin 2009, soient achevées mais personne ne semble en connaître les conclusions. Vont-elles déboucher sur une prélature personnelle de la FSSPX, à l’instar de l’Opus Dei ? Comment la rattachement à Rome et Vatican peut-il se faire quand des propos très durs sont tenus régulièrement ? Nous verrons bien…

Deux blocages parmi d’autres

Les rencontres d’Assise

Ces rencontres inter-religieuses ont eu lieu dans la ville d’Assise, à l’initiative de Jean-Paul II, en 1986, 1993 et 2002. Benoît XVI en a prévu une à l’automne 2011.​ Inutile d’insister sur ce que peuvent en dire les fidèles de la FSSPX : rien moins qu’un scandale, le Pape étant forcément dans l’erreur. Rabaisser la religion catholique au même niveau que les religions du monde est inacceptable, alors même qu’il faudrait les convertir. Qu’en a dit le bienheureux Jean-Paul II ? « Le fait que nous sommes ici n’implique aucunement une intention de recherche un consensus religieux parmi nous ou négocier nos convictions et notre foi. Il ne signifie pas non plus que les religions soient réconciliées dans un engagement commun dans le cadre d’un projet mondialisé qui les dépasserait toutes.Pas plus que c’est une concession au relativisme religieux, parce chaque être humain doit sincèrement suivre sa conscience avec l’intention de rechercher et d’obéir à la Vérité. Notre réunion atteste seulement – et c’est sa signification réelle pour les gens de notre temps – que dans la grande bataille pour la paix, l’humanité, dans sa grande diversité, doit puiser de ses plus profondes et vivifiantes sources où la conscience est formée et sur laquelle est fondée l’action morale de tous. » [2]

​​La béatification de Jean-Paul II

La récente béatification de Jean-Paul II a rappelé la distance entre les Tradis de la FSSPX et le Vatican. En début de pontificat, beaucoup ont cru que Benoît XVI serait bienveillant et conciliant avec eux. La levée des excommunications, le motu proprio, l’engagement de discussions théologiques allaient dans ce sens. Mais, si j’ose dire, la lune de miel est finie, et nombreux sont ceux, sur les divers forums ou blogs, qui expriment leur déception, pour ne pas dire plus.

Le coup de poignard – avant celui d’Assise 2011 – a été la béatification de Jean-Paul II dont nous voyons à quel point il a été et est détesté par la FSSPX. Sans doute parce qu’il refusa d’autoriser MgrLefebvre à ordonner des évêques. Que ce pape ait pu être déclarer bienheureux est une sorte d’affront à cette communauté qui ne peut plus se permettre de transiger en rien. Si Jean-Paul II est réellement bienheureux, c’est-à-dire que par son intercession Dieu a donné un signe aux hommes, comment pouvoir le critiquer sur tel ou tel point ? Comme j’ai pu montrer à quel point le miracle attribué à Jean-Paul II était la pierre d’angle, la FSSPX a émis le doute sur le miracle même, Dieu et la FSSPX ne pouvant pas se tromper tous les deux…

Pour conclure

​​De par mon passé, je me sens toujours lié, un peu, à cette communauté qui m’intringue, parfois me fascine, mais qui trouve souvent bien peu grâce à mes yeux. Pourtant, comme beaucoup, j’aimerais des relations pacifiées, charitables comme celles qui devraient s’établir entre frères dans le Christ.

Avouons qu’il est difficile de discuter avec des gens qui, parce que vous êtes de l’Église (conciliaire), voit en vous un moderniste invétéré, doublé d’un gauchiste au minimum latent, triplé, si votre compte y est, d’un quasi apostat. Tant que les Tradis continueront de se croire seuls détenteurs de la vérité, seront aussi hautains que certains peuvent l’être, passeront leurs temps à critiquer le Pape, tel ou tel évêque ou prêtre, j’aurais du mal à aller très loin dans une relation fraternelle.

Soyons clair. Il y a des gens très bien chez les Tradis, qui vivent vraiment et sincèrement leur foi, dans un esprit de charité tout à fait remarquable. Mais une grande partie a quand même l’esprit belliqueux et bien peu charitable. La lecture des forums tradis étant, à ce titre, fort instructive.

Quelques sites du Tradiland

Les Tradis sont présents sur la toile. Toutes les tendances sont représentées. Les Tradis n’hésitent pas non plus à aller sur des sites « modernistes » (La Croix par exemple) afin de porter « la bonne parole ». La réciproque – c’est-à-dire l’acceptation dans leurs lieux de discussion des catholiques conciliaires est rarement de mise. Enfin, la lecture régulière du Forum Catholique montre qu’ils sont peu tendres « entre eux », l’invective forte, l’insulte pas toujours très éloignée. Je suis d’ailleurs étonné de voir qu’ils n’hésitent pas donner une telle image d’eux mêmes. Sans doute pour, ensuite, aller mieux faire la leçon aux autres.

  • Le Forum Catholique : célèbre forum qui a plus de 10 ans d’existence mais qui voit s’affronter deux tendances parmi les Tradis, ceux qui soutiennent le Pape, et ceux qui soutiennent la FSSPX ; le forum a été fermé temporairement suite aux excès de certains, puis rouvert avec des règles de modérations apparemment plus strictes ; les débats en sont depuis plus pacifiques mais n’ont pas été agréées pas tous
  • le forum FECIT : mécontents de l’évolution du webmestre du FC concernant la modération de certains propos tenus (contre le Pape par exemple), des anciens membres ont décidé d’ouvrir un forum dont la forme est très proche du FC
  • La Porte Latine, site officiel français de la FSSPX
  • DICI, organe de communication de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X
  • ​le blog de l’abbé Laguérie, avec une fréquence de parution assez lâche; l’abbé Laguérie, ancien curé de St Nicolas du Chardonnet, membre alors de la FSSPX, en a été exclu pour une raison que j’ignore
  • Le Salon Beige, tenu par des laïcs catholiques, orientés à droite, voire plus
  •  et bien d’autres encore…

Mise à jour du 15 juillet 2011

  • modification de la description du forum FECIT
  1. Lumen Gentium, chapitre II « Le Peuple de Dieu », article 16 « Les Non-Chrétiens » []
  2. traduit par mes soins à partir du texte anglais publié sur le site du Vatican []

Les Traditionalistes (2/3)

 La liturgie

La liturgie a été et est un des points d’achoppement. Et c’est un point important puisque la liturgie est la manière, codifiée, selon laquelle les fidèles prient et célèbrent Dieu. Dans la religion catholique, toute célébration eucharistique a une importance primordiale puisque le Christ est présent dans l’hostie, au moment de la consécration. On ne peut, on ne doit donc pas faire n’importe quoi avec la liturgie.

Il est régulier que les Tradis dénoncent telle ou telle messe, telle ou telle façon de célébrer. Ils ont raison de dénoncer les abus. L’église n’est pas une salle de spectacle. Elle est le lieu de la rencontre avec Dieu, elle est le lieu où le Christ se rend présent. Est-ce le hasard ? Est-ce la bienveillance du Saint-Esprit ? Je n’ai jamais, dans les différentes paroisses où je suis passé lors de mes divers mouvements géographiques, eu à souffrir de ces débordements. Je crois donc volontiers qu’ils sont assez minimes en proportion. Et sachons aussi admettre que ces liturgies débridées ne sont en rien conformes à Vatican II.

Les dissemblances entre l’ancien et le nouveau rite ne sont pas si nombreuses mais certaines sont importantes et conduisent à avoir deux rites, sinon antagonistes, du moins très différents dans la forme. Car dans le fond, quelque soit le rite, l’eucharistie consacre la venue de Jésus Christ qui s’est donné en partage pour la multitude.

Le latin

L’abandon du latin pour les célébrations est un des points les plus connus. Vatican II a permis [1] que les messes puissent être célébrées dans la langue vernaculaire (c’est-à-dire la langue parlée seulement à l’intérieur d’une communauté linguistique donnée, le français par exemple). J’aime le latin, surtout chanté, j’apprécie, comme beaucoup, la beauté du chant grégorien. Cependant, je suis gêné par une célébration en latin, tout simplement parce que je ne comprends pas ce qui est dit. Oh bien sûr, je sais maintenant ce que Kyrie Eleison ((Seigneur, aie pitié)) veut dire, tout comme Pater qui est in caelis ((Notre Père qui est aux Cieux)). Je préfère, quant à moi, réciter le Notre-Père en français, en pesant chaque mot. Je me souviens d’une messe solennelle à St Nicolas, où l’évangile avait été lu en latin. Il y a là une sorte de préciosité que j’ai dû mal à comprendre. Mais, latin ou français, peu importe finalement. Si certains préfèrent la messe en latin, c’est leur droit. Il faut aussi préciser que les fidèles ont généralement avec eux un missel qui leur permet d’avoir la traduction en français des paroles prononcées en latin.

Le prêtre et l’assemblée

Autre point de dissension, le plus important en réalité, la façon de célébrer. Selon le rite St Pie V, le prêtre est tourné vers l’autel, vers Dieu, tournant donc le dos à l’assemblée mais étant l’intermédiaire entre l’assemblée et Dieu. Vatican II a introduit une notion plus communautaire de la célébration, le prêtre étant face à l’assemblée. Vatican II a aussi permis une participation active de l’assemblée, pour différentes lectures. Pour la messe selon le rite de St Pie V, je comprends la force du symbole, que le peuple de Dieu se tourne vers Lui, symbolisant là son attachement et sa soumission. Cependant, j’opposerais deux arguments : d’abord, pour moi, se tourner vers Dieu se fait d’abord en son coeur, et l’on peut prendre toutes les postures que l’on veut, la Vérité est là, dans son être intime. Que certains se sentent plus à l’aise dans le rite extra-ordinaire, je le comprends. Mais qu’ils admettent que d’autres puissent s’unir à Dieu grâce au rite ordinaire. Ensuite, puisqu’il est question de tradition, je ne sais comment les premiers chrétiens célébraient leurs premières eucharisties. Mais l’aspect communautaire devait sans doute primer. La Cène telle que les Évangélistes nous l’ont rapporté avait cette dimension communautaire.

L’hostie

Un autre point de désaccord concerne la manière dont l’hostie est donnée aux fidèles. Exclusivement dans la bouche selon l’ancien rite alors que Vatican II a introduit la distribution dans la main. Comment Jésus a-t-il donné le pain à ses disciples lors de la Cène ? Est-on moins respectueux du corps du Christ si l’on prend l’hostie dans la main ? Le document du Vatican Redemptionis Sacramentum précise, au chapitre IV, article 92 que : « Tout fidèle a toujours le droit de recevoir, selon son choix, la sainte communion dans la bouche. Si un communiant désire recevoir le Sacrement dans la main, dans les régions où la Conférence des Évêques le permet, avec la confirmation du Siège Apostolique, on peut lui donner la sainte hostie. Cependant, il faut veiller attentivement dans ce cas à ce que l’hostie soit consommée aussitôt par le communiant devant le ministre, pour que personne ne s’éloigne avec les espèces eucharistiques dans la main. S’il y a un risque de profanation, la sainte Communion ne doit pas être donnée dans la main des fidèles. » J’ai tout de même remarqué que lors des messes célébrées au Vatican par le Pape, l’hostie n’est généralement pas donnée dans la main.

Le rite de la paix

Autre moment absent de l’ancien rite, et largement répandu dans le nouveau, le rite de la Paix. Juste après le « Que la paix du Seigneur soit avec vous » auquel les fidèles ont répondu « Et avec votre Esprit », le prêtre enjoint les fidèles à « se donner la paix du Christ ». Je sais d’expérience que ce moment rencontre beaucoup d’hostilité auprès des traditionalistes. Et si tous n’y sont pas hostiles par principe, beaucoup en éprouvent de la gêne. Là aussi, jetons un oeil à ce qu’en dit le Vatican : « En ce qui concerne le signe de la paix à transmettre, la façon de faire sera décidée par les Conférences des évêques, selon la mentalité et les us et coutumes de chaque peuple. Il convient cependant que chacun souhaite la paix de manière sobre et uniquement à ceux qui l’entourent. » [2]

Conclusion

Le pape, tout comme son prédécesseur, a permis la célébration selon ce rite par différents motu proprio, le dernier ayant été signé en 2009. La liturgie peut donc être célébrée selon deux rites, le rite ordinaire ou le rite extra-ordinaire (l’ancien rite). Dans la plupart des paroisses françaises, c’est le rite ordinaire qui prévaut. L’un des problèmes est que de nombreux de prêtres ne savent pas célébrer selon l’ancien rite.

Ce que dit la FSSPX du nouveau rite ? C’est simple et clair : « Les prêtres de la Fraternité célèbrent exclusivement la Messe Traditionnelle, dite de St Pie V, en latin, et s’oppose activement aux nouveautés libérales introduites par et après le Concile Vatican II, qui minent la Foi et amènent sa ruine. » [3]

J’aurais pu aussi évoquer la question des habits liturgiques (aubes, étoles,…) qui montrent qu’en réalité, rien ne trouve grâce aux yeux des Tradis, même la simplicité. Je vous renvoie à cet échange entre Nicolas Senèze, journaliste à La Croix, qui a osé se moquer d’un cardinal ayant revêtu la cappa magna, longue de 6 mètres. Certains s’en sont émus, ont tiré à boulets rouges sur lui. Voici sa réponse.

A suivre…

 

Modification du 11 juillet 2011 au début du 2ème paragraphe de la conclusion : précision sur le fait que la FSSPX parle bien du nouveau rite.

  1. il faut préciser que Vatican II n’a pas prôné l’abandon du latin mais a ouvert la porte à l’utilisation de la langue du pays – voir ce qu’en dit l’article 36 de Sacrosanctum Concilium []
  2. article 82 de la présentation générale du missel romain []
  3. Pour la référence, c’est ici []

Les Traditionalistes (1/3)

Ma situation personnelle

Vous me permettrez de commencer par dire quelques mots de mon parcours, afin d'éclairer les propos écrits ci-après. Je suis né en 1967. Mes parents, catholiques pratiquants, ont rapidement été mal à l'aise devant les nouveautés et changements induits par le concile Vatican II. La partie immergée de l'iceberg, ô combien importante, a concerné principalement la question liturgique et ses trop nombreux abus. Nous étions dans les années 1974-75. Parallèlement, un mouvement hostile à Vatican II, sous l'impulsion de Mgr Lefebvre, s'est organisé afin de garantir le maintien de la "Tradition".

Mes parents ont donc fait le choix dans ces années-là de me catéchiser par les traditionalistes. J'allais donc au catéchisme enseignée par une dame "tradi" à Boulogne-Billancourt, j'ai fait ma communion solennelle à St Nicolas du Chardonnet, j'ai été confirmé par Mgr Lefevbre lui-même, j'allais à la messe tous les dimanches à St Nicolas et, last but not least, j'ai fait parti d'un mouvement scout de cette mouvance (pour vous donner une idée, les Scouts d'Europe étaient considérés comme trop laxistes). J'ai connu certaines figures emblématiques de la Tradition, Mgr Ducaud-Bourget et l'abbé Laguérie, pour ne citer qu'eux deux.

Vers l'âge de 16 ans, j'ai décidé de quitter ce mouvement, tout en continuant de pratiquer : je quittais donc les Tradis pour l'Église dite conciliaire.

Que retiens-je aujourd'hui de ces années-là ? De très belles cérémonies. Longues, très longues. Une religion pratiquée "à l'ancienne", tant dans sa forme que dans le fond. Les soutanes des prêtres, les mantilles des femmes, les génuflexions nombreuses et un brin ostentatoires. Les messes en latin et la fameuse liturgie de St Pie V. Voilà pour la forme. Quant au fond, une vision très manichéenne de la vie et de la foi, où on insiste plus sur le châtiment de Dieu que sur son Amour. Ceux, plus âgés, qui ont été catéchisés avant le concile Vatican II (1962-1965) savent ce qu'il en était. Une mini-société, aux rites très codifiés, vivant en vase clos.

Deux éléments ont joué dans ma décision d'adolescent de quitter ce mouvement : d'une part, un élitisme religieux hautain et assez pesant ("Nous sommes les vrais catholiques") qui m'apparut de plus en plus en contradiction avec l'Évangile ; d'autre part, une politisation assez forte, dominée par les mouvements d'extrême-droite et les mouvements royalistes [1].

Voilà pour l'essentiel. J'ai depuis continué mon chemin de foi, avec les doutes, les écarts, les moments faibles. Mais jamais, je n'ai eu le sentiment que l'Église – dite conciliaire – à laquelle j'appartiens ne m'a éloigné de Dieu et du Christ.

A suivre…

  1. à l'époque – peut-être est-ce toujours le cas ? – de nombreux journaux de ces obédiences étaient vendus sur le parvis de St Nicolas []