Sa Sainteté François 1er

 

J'aime bien que les favoris annoncés n'aient pas été élus, montrant par là l'indépendance d'esprit des cardinaux.

 

J'aime bien que le nouveau pape vienne d'Amérique du Sud, cassant l'eurocentrisme narcissique, et montrant au monde où est le dynamisme de l'Eglise.

 

J'aime bien que le nouveau pape soit jésuite, bel ordre, si décrié parfois, pour qui j'ai une estime toute particulière ; un arrière-grand-oncle jésuite et mon admiration pour le père Varillon n'y sont sans doute pas étrangers.

 

J'aime bien ce nom choisi de François, le prénom d'un des plus grands saints du catholicisme, et augurant d'une nouvelle ère pour l'Eglise, plus proche des pauvres, des petits et des faibles.

 

J'aime bien la cordialité de ce nouveau pape, sa simplicité et, de là, une empathie presque immédiate.

 

J'aime bien que ce nouveau pape ait demandé à la foule de prier avec lui et pour lui.

 

Très saint Père, je vous aime déjà bien…

La démission du pape Benoit XVI

benoitXVIJe suis un peu étourdi par la nouvelle tombée ce jour. Le Pape Benoit XVI a décidé de démissionner de sa charge le 28 février 2013. Voici la déclaration telle que j’ai pu la lire sur le site du journal La Croix :

Frères très chers,

Je vous ai convoqués à ce Consistoire non seulement pour les trois canonisations, mais également pour vous communiquer une décision de grande importance pour la vie de l’Eglise. Après avoir examiné ma conscience devant Dieu, à diverses reprises, je suis parvenu à la certitude que mes forces, en raison de l’avancement de mon âge, ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère pétrinien. Je suis bien conscient que ce ministère, de par son essence spirituelle, doit être accompli non seulement par les œuvres et par la parole, mais aussi, et pas moins, par la souffrance et par la prière.

Cependant, dans le monde d’aujourd’hui, sujet à de rapides changements et agité par des questions de grande importance pour la vie de la foi, pour gouverner la barque de saint Pierre et annoncer l’Evangile, la vigueur du corps et de l’esprit est aussi nécessaire, vigueur qui, ces derniers mois, s’est amoindrie en moi d’une telle manière que je dois reconnaître mon incapacité à bien administrer le ministère qui m’a été confié.

C’est pourquoi, bien conscient de la gravité de cet acte, en pleine liberté, je déclare renoncer au ministère d’Evêque de Rome, Successeur de saint Pierre, qui m’a été confié par les mains des cardinaux le 19 avril 2005, de telle sorte que, à partir du 28 février 2013 à vingt heures, le Siège de Rome, le Siège de saint Pierre, sera vacant et le conclave pour l’élection du nouveau Souverain Pontife devra être convoqué par ceux à qui il appartient de le faire. »

La décision du saint Père est éminement respectable, et nous pouvons tous être sûr qu’il a murement réfléchi sa décision. Benoit XVI sait que les forces physiques vont lui manquer. Il est aussi possible que des événements non connus du grand public aient influencé cette décision lourde de conséquences.

Cette décision démontre, et le Pape prend cet élément en considération, que le monde moderne ne peut accepter un Pape qui ne soit pas au top de sa forme. Non pas que le monde moderne réclame un athlète, mais parce que, pour toucher ce monde moderne, il faut être en pleine possession de ses moyens. Cette lecture des rapports entre le monde et l’Eglise me chagrine un peu. Non pas que je la conteste. Mais elle m’attriste parce que le Pape – et ses conseillers ? – fait cette analyse-là aussi.

Jean-Paul II nous montra durant son pontificat deux facettes assez extrêmes : celui d’un voyageur infatiguable, d’une force de la nature aux capacités de récupération hors norme. Et puis aussi celui d’un vieillard à bout de souffle, au visage émacié par la vieillesse et la douleur. J’ai toujours pensé, à l’époque où certains disaient que Jean-Paul II devait démissionner, qu’il était sans doute autant utile au monde moderne en étant souffreteux et bavant que lorsqu’il remplissait les stades.

Je crois aussi que l’Eglise – et c’est sa force – peut avoir des porte-paroles malades, fatigués, vieux, … ou immobiles. Pensons au rayonnement de Sainte Thérèse de Lisieux par exemple. Bien sûr, je ne dis pas qu’un pontificat de 30 ans porté par un malade serait la panacée. Mais j »aurais accepté et attendu patiemment que l’heure de Benoit XVI vienne, même au prix d’un rayonnement (médiatique ?) moindre.

Je suis triste parce que Benoit XVI semble nous dire qu’il est trop vieux et donc qu’il est devenu un peu inutile. Et l’image que cela me renvoie (celles des vieux, des malades, des plus faibles) me peine un peu. Si même Benoit XVI n’a plus sa place dans ce monde moderne…

Quel successeur ?

Jeune forcément. Le pape envoie un message très fort aux cardinaux : n’élisez surtout pas un homme qui serait trop âgé, il me semble que c’est très clair.

Capable de voyager, de parcourir le monde : parce qu’il faut être présent, partout, le plus possible. C’est la donne aujourd’hui, Jean-Paul II a créé un précédent qu’on ne peut plus éluder.

J’aimerais quant à moi un pape venu d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du Sud, je crois que cela ferait du bien à l’Eglise et au monde.

Je ne sais pas à quoi on juge un pontificat. Je peux juste témoigner que ce pape m’aura beaucoup apporté par ses écrits, par sa posture et aussi, même si je le regrette aujourd’hui, par sa décision de se retirer.

 

 

 

 

 

 

FSSPX : désaccord en vue ?

Ceux qui suivent les discussions entre le Vatican et la FSSPX savent qu'on approche d'une prise de décision quant à une possible réconciliation entre les lefebrevistes et Rome. J'ai eu l'occasion d'en parler , et , j'ai émis dès le début des doutes sur le succès d'une telle entreprise, connaissant un peu la "psychologie" des Tradis purs et durs et lisant régulièrement les divers forums et autres sites internet.

Un échec ne me surprendrait donc pas. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est à quel point la division est présente au sein même de la fraternité. On note même des comportements [1] assez inattendus de la part de personnes qui prônent l'obéissance au chef [2], qui fustigent les "modernistes" pour leur manque de vertus, etc. L'humain reste humain, et les Tradis, pas plus que d'autres, ne sont exempts de ces travers.

Donc, une scission au sein même de la FSSPX semble se dessiner. Sera-t-elle entérinée ? Cela dépend de deux choses : les termes de l'accord pratique proposé par le Vatican, et la décision de Mgr Fellay.

 

La prélature personnelle

Qu'est-ce qu'une prélature personnelle ? Sans entrer dans les détails, et en étant un peu simpliste, une prélature personnelle est une sorte de diocèse sans territoire particulier. Le prélat est rattaché directement au pape et les fidèles d'une prélature restent membres de leur diocèse. Les dispositions sont détaillées par le droit canon.

Il n'y a actuellement qu'une seule prélature personnelle, celle de l'Opus Dei. Ce qui est cocasse, si je puis dire, c'est que la prélature est une nouveauté introduite par le concile Vatican II. En voir profiter la FSSPX ne manquerait donc pas de sel…

Une prélature personnelle ferait partie de la solution pratique envisagée par le Pape pour que la FSSPX revienne pleinement dans le giron de l'Église catholique. Encore une fois, la FSSPX clame partout qu'elle n'est jamais sortie de l'Église et que c'est Elle qui s'est fourvoyée. Mais enfin, pour de multiples raisons, cet accord, outre qu'il est la seule solution pratique, permettrait d'officialiser le retour de l'enfant prodigue. En outre, et c'est pour cela qu'il n'existe pas d'alternative, l'intérêt d'une prélature pour la FSSPX est de ne pas dépendre des évêques du lieu où ils sont implantés, ou là où ils veulent se fixer. Dépendre directement du pape serait avantageux pour eux [3]. Encore que cet avantage est vu par certains comme un écueil irrémédiable, j'y reviens plus loin.

 

L'attitude Mgr Fellay

Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité, a sans nul doute une des décisions les plus difficiles à prendre. On aurait pu penser que les gestes du Vatican, l'implication et la volonté fortes de Benoît XVI allait faciliter la décision. Car, objectivement, que peut faire de plus le Vatican ? Rien. Benoît XVI est allé au bout de ce qu'il pouvait proposer : le rite traditionnel à nouveau reconnu et accepté "officiellement", levée des excommunications frappants les quatre évêques, la reconnaissance enfin avec la solution canonique proposée. Mais c'est sans compter sur des résistances très fortes au sein même de la fraternité.

Les tensions sont tellement fortes que des courriers et échanges privés sont mis sur la place publique. Peu importe qui a porté les coups et qui pense que cette mise en pleine lumière, ces faits révèlent surtout la scission au sein de la FSSPX. Il paraissait évident qu'une partie des fidèles de la FSSPX serait, en toute manière, opposée à des accords. Sous prétexte qu'on ne passe pas d'accord avec la Rome moderniste, au risque de ce compromettre irrémédiablement. Ce dont je ne me doutais pas, c'est que trois des quatre évêques de la FSSPX ont déclaré ouvertement leur hostilité à toute accord.

Mgr Fellay a répondu au courrier envoyé par les trois évêques. A cette lettre qui dénonce le subjectivisme du Pape Benoît XVI, dans la continuité de celui de Jean-Paul II, la réponse de Mgr Fellay apporte un certain nombre d'éléments. Certes, il ne remet pas en cause les défauts et erreurs ataviques du concile Vatican II, mais il apporte des nuances et des sentiments qui montrent que la volonté est là pour renouer "pleinement" avec Rome :

  • D'abord, il récuse le discours tendant à dire que le concile Vatican II est le mal absolu, refusant d'y voir un condensé de "super hérésies" ;
  • Il refuse aussi de voir dans les 5000 et quelques évêques des modernistes patentés, affublés du titre de "tous pourris" ;
  • Il ne voit pas dans la prélature personnelle un piège et, allant même plus loin, écrit que Mgr Lefevre aurait signé l'accord proposé.

Un autre point me semble important à mentionner : la FSSPX n'a pas cherché un accord pratique, elle se satisfaisait de la situation actuelle. C'est-à-dire que si Rome, si Benoît XVI n'avait pas recherché absolument un accord, le statu quo aurait perduré. Et Mgr Fellay pense que si le pape propose un accord, sans demander en outre une reconnaissance totale de Vatican II, cela ne se refuse pas. Sauf à marquer une défiance forte vis-à-vis du successeur de saint Pierre (défiance que Mgr Fellay pointe dans son courrier).

 

Désaccord en vue ?

Les fondements de ceux qui refusent tout accord sont de deux ordres : dogmatique et pratique.

Il n'y aura pas d'accord dogmatique : la FSSPX n'acceptera jamais le concile Vatican II comme étant l'alpha et l'omega de la foi catholique, du reste, cela ne leur est plus demandé. Ce qui leur a été demandé – via ce fameux préambule doctrinal, secret, qui a servi de base aux discussions – c'est de noter les points de divergence. Cela est fait et est toujours en discussion. La seule et dernière question est la suivante : si on imagine mal le Vatican demander à la FSSPX d'accepter le concile (ce serait un casus belli), va-t-il accepter que ce préambule soit signé en constatant – et donc en acceptant – les divergences de vue, voire même, implicitement, de permettre à la FSSPX de continuer à émettre des critiques ?

L'accord pratique – la prélature personnelle – semble poser à première vue moins de problème. Pourtant, les opposants y voient un piège et craignent de se retrouver pieds et mains liés à Rome (moderniste).

On voit donc que ces deux points sont très imbriqués l'un dans l'autre. Les partisans de l'accord voient les avantages apportés par la solution pratique, sous réserve que le préambule doctrinal soit peu contraignant ; les opposants refusent tout accord pratique tant que le contentieux doctrinale ne seront pas apurées (ce qui est impossible aujourd'hui).

Si une partie minoritaire des Tradis était opposée aux accords, cela ne poserait pas de problème majeur en soi à Mgr Fellay. Mais l'opposition des trois autres évêques est autrement problématique. De plus, il se dit sur les forums tradis qu'une petite moitié (donc 40% ?) des fidèles de la FSSPX est opposée aux accords.

Mgr Fellay passera-t-il outre ces oppositions internes ? Prendra-t-il le risque de faire imploser la FSSPX ? Que penser de la réalité de l'opposition à tout accord et de sa fermeté dans le temps ? Car on peut imaginer qu'une fois la décision prise, certains – beaucoup ? – rentreront dans le rang.

Que feront les évêques réfractaires ? Rejoindront-ils les sédévacantistes comme l'a annoncé implicitement Mgr Williamson ? Fonderont-ils une FSSPX canal historique, toujours plus pure et plus intègre ?

Au commencement de l'écriture de ce billet, j'inclinais à penser que Mgr Fellay ne signerait pas, dans le but de maintenir l'unité de la FSSPX. J'en suis moins convaincu maintenant après avoir écouté la conférence (à écouter ici, durée : 1h48) donnée par l'abbé Pfluger, premier assistant de Mgr Fellay. Les propos envers les tenants d'une position de refus de tout accord sont fermes et très clairs. Mgr Williamson et ses acolytes sont traités de "purs et durs".

 

Et maintenant ?

Quelque soit la décision prise par la FSSPX, cela laissera des traces : si elle refuse l'accord, elle prend le risque de rester en marge, voire d'être à nouveau excommuniée. Quelles seront les dispositions du successeur de Benoit XVI, qui vient d'avoir 85 ans ? Si elle accepte, elle prend le risque d'un schisme interne et d'un possible éclatement.

On comprend mieux pourquoi Mgr Fellay a écrit que la FSSPX ne recherchait pas d'accord, se satisfaisant du statu quo. Cette position était finalement confortable. Mais Benoît XVI la refuse et on voit bien la cohérence de son approche. Que n'a-t-on entendu quand il a levé les excommunications et signé le motu proprio reconnaissant le rite saint Pie V comme rite extra-ordinaire ?

La prochaine étape vient vite : c'est le chapitre général de la FSSPX qui va se tenir en juillet prochain. Les discussions risquent d'être houleuses…

 


Ajout du 22 juin 2012

J'ai oublié de mentionner un point qui m'a étonné. Lorsque le Vatican a rendu compte de la dernière rencontre avec Mgr Fellay (lire le communiqué ici),  il est écrit que "la situation des trois autres évêques de la Fraternité sera traitée séparément et individuellement." Mgr Fellay a-t-il convaincu Rome qu'en aucun cas les autres évêques le suivraient s'il signait l'accord ? A-t-il aussi renoncé à les convaincre ? Ou est-ce le Vatican qui, sur la base des courriers divulgués – et peut-être aussi d'informations non publiquement diffusées – anticipe une scission au sein de la FSSPX ?

 

  1. divulgation de lettres privées, contestations ouvertement affirmées,… []
  2. de manière relative malgré tout : l'obéissance au pape n'étant pas toujours à la hauteur de ce qu'on attend de la vertu d'obéissance []
  3. en tout cas avec Benoît XVI []

La dérive sectaire de la FSSPX

Une nouvelle étape a été franchie aujourd’hui dans les relations entre Rome et la FSSPX, après la rencontre entre Mgr Fellay (FSSPX) et Mgr Levada, préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi le 16 mars 2012. La FSSPX est appelée à clarifier sa réponse sur le préambule doctrinal, texte sur lequel les deux parties doivent s’accorder avant d’entamer une autre étape qui verrait le retour « plein » de la FSSPX dans le giron de l’Église romaine.

Jean-Marie Guénois livre une analyse intéressante de cette étape et, bien loin d’y voir un ultimatum de la part du Vatican, il y voit toujours la volonté de Benoit XVI de parvenir à la pleine réconciliation. Je ne doute pas de la bonne volonté du Pape. Je ne doute pas, a priori, de celle de Mgr Fellay. Mais enfin, on lit des choses sur le site de la Porte Latine assez effarantes de la part de gens qui disent vouloir revenir dans le giron de l’Église. J’y reviens.

Mais avant, essayons d’être plus précis. La FSSPX ne dit pas exactement qu’elle veut revenir dans l’Église. Puisque c’est la fraternité qui est fidèle au magistère de l’Église tandis que Rome est rongée par le modernisme émanant du concile Vatican II. Comment demander à des personnes de faire un pas alors qu’elles estiment que c’est à l’autre, qui s’est écartée, de le faire ? Tout le dilemme de la FSSPX est là. Comment revenir vers Rome, comment avoir un statut canonique reconnu, alors qu’elle estime que c’est à Rome de revenir à la situation prévalant avant Vatican II ?

Reste une réalité. C’est bien Mgr Lefebvre qui a franchi le rubicond en désobéissant à Jean-Paul II, c’est bien la FSSPX qui s’est bâtie sur une opposition, parfois farouche, au Pape.

Mais revenons à un autre événement, passé un peu inaperçu sans doute, et qui en dit long sur la volonté supposée de réconciliation.

Il se trouve que, récemment, un évêque a procédé à des confirmations dans une paroisse tenue par la FSSPX. Cela se passe en Corse, à Ajaccio. Alors que d’aucuns y verraient une heureuse initiative – un évêque acceptant de célébrer selon le rite saint Pie V dans une paroisse tradi – une partie du landernau tradi s’en offusque. Je ne vous détaillerai pas les différents arguments avancés par les uns ou les autres, allez faire un tour sur les forum tradis, c’est assez éloquent [1]. Trahison du curé de la FSSPX, piège tendu par l’évêque, manipulations, rien ne trouve grâce à leurs yeux. Mais bon, on le sait, sur un forum, les gens parlent, c’est comme au Café du Commerce, cela ne confère en rien d’une position officielle.

Mais voilà qu’hier (le 16 mars donc), le district de France de la FSSPX, en la personne de l’abbé de Cacqueray, a diffusé un communiqué, officiel celui-là. Vous y lirez la justification, le pourquoi du comment, les accusations d’affront, les prétendues incohérences, etc. Mais là n’est pas l’essentiel.

L’essentiel est dans cette phrase :

(…) étant donné que nous ne reconnaissons pas la valeur et la sainteté de la messe ou des sacrements célébrés selon la forme ordinaire (…)

Oui, vous avez bien lu. On parle ici de la forme ordinaire de la célébration. De la forme utilisée par Benoit XVI pour célébrer.

Alors, me direz-vous, c’est peut-être une mauvaise formulation, des mots qui s’entrechoquent, qui s’assemblent mal et qui disent, finalement, pas tout à fait, voire le contraire, de ce qu’on voulait dire.

Sauf que cet argument est pensé, remâché, asséné par la FSSPX. Lors de ses vœux pour l’année 2011, l’abbé de Cacqueray avait longuement argumenté en ce sens. Il allait du reste plus loin. Les fidèles de la FSSPX étaient conseillés (et dans le milieu tradi, la frontière est ténue entre un conseil et un ordre) de ne pas assister aux messes, même célébrées selon le rite saint Pie V, si elles le sont par des prêtres n’appartenant pas à la FSSPX.

(…) il nous faut encore citer ces autres messes de saint Pie V célébrées à la faveur des indults successifs, puis finalement du motu proprio. Il est vrai que nous vous en déconseillons la fréquentation.

Alors donc, le pape viendrait-il lui-même célébrer la messe dans une paroisse voisine que ces bons, pardon vrais, catholiques préféreraient ne pas y assister. C’est précisément ce que je qualifie de dérive sectaire.

Vous comprendrez donc les réserves que j’évoquais en début de ce billet. Et je ne peux m’empêcher une question : comment Benoit XVI peut-il réagir quand il lit cette prose du supérieur du district de France de la FSSPX ?

  1. Notons cependant qu’hors FSSPX il y a tout de même des Tradis qui se réjouissent du geste : La Revue Item ou Riposte Catholique par exemple []

La correction fraternelle

En ce début de temps de carême, le pape Benoit XVI a envoyé à tous les chrétiens un message articulé autour de ce passage de la lettre aux Hébreux : "Faisons attention les uns aux autres pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes" (He, 10,24). Ce message est disponible ici MessageCareme2012BenoitXVI.

La pape articule son message en décryptant les trois parties de cette injonction de saint Paul : "faisons attention", "les uns aux autres" et "pour nous stimuler dans la charité et les oeuvres bonnes".

La partie la plus développée du message a trait au "faisons attention", que Benoit XVI décline en plusieurs éléments tout en mettant l'accent sur un point en particulier.

Faire attention à l'autre inclut bien évidemment de lui apporter l'aide et le soin dont il a besoin. Ce qui passe par une sollicitude et une fraternité qui, trop souvent, nous fait défaut. Ce manque de fraternité, à l'échelle du monde, est criant et Paul VI, en 1967, pointait que le mal du monde résidait grandement dans le manque de fraternité entre les hommes et les peuples.

Benoit XVI va plus loin et insiste sur l'importance de considérer tous les aspects auxquels nous devons prodiguer du soin aux autres : aspect physique, aspect moral et aspect spirituel. Un des passages importants de ce message, me semble-t-il, est celui-ci :

« Prêter attention » au frère comporte aussi la sollicitude pour son bien spirituel. Je désire rappeler ici un aspect de la vie chrétienne qui me semble être tombé en désuétude : la correction fraternelle en vue du salut éternel.

 

La correction fraternelle

Comme le dit Benoît XVI, cette correction fraternelle est tombée en désuétude. Jusqu'à quand a-t-elle eu cours ? Est-ce un des effets post-Vatican II ? Je ne sais pas. Je n'ai pas le souvenir de l'avoir vu mise en oeuvre, sauf par les prêtres, j'y reviens plus loin.

La correction fraternelle nous a été enseignée par Jésus lui-même (Ma, 18, 15-17). Elle a été mise en pratique par les premières communautés chrétiennes comme le montrent les lettres et épîtres de saint Paul. Les paroles de Jésus sont très fortes, elles sont aussi très fermes.

Mon problème est que je ne sais pas vraiment comment faire pour les mettre en oeuvre. A la rigueur, aller voir, seul à seul, mon prochain pour lui dire qu'il a péché, peut-être. Et encore, qui suis-je pour lui dire ? Je le conçois pour mon épouse ou mes enfants. Je l'imagine mal pour un paroissien ou quelqu'un dont je ne suis pas assez proche. Quant à aller dire à la communauté qu'un ou une tel(le) a péché et refuse de s'amender, pour être tout à fait honnête, je l'exclue.

C'est, à la vérité, un dur constat que de remarquer que je ne suis pas capable de suivre les paroles de Jésus.

Benoît XVI ouvre d'autres perspectives par rapport à cette correction fraternelle. De la responsabilité spirituelle que nous avons vis-à-vis de nos frères, Benoît XVI nous engage  à ne pas nous taire face au mal. Que celui-ci soit fait par un Etat ou par notre cousin. Et ce monde qui a aboli la limite entre le bien et le mal en a sûrement bien besoin. D'autre part, Benoît XVI insiste sur l'esprit qui doit prévaloir lors de la correction fraternelle : miséricorde, amour, douceur.

 

En pratique

J'imagine que cette correction fraternelle est vécue dans les communautés religieuses. Dans une communauté paroissiale, où il faut reconnaître que les liens entre paroissiens sont parfois un peu ténus, cela me semble plus difficile.

Pour ce qui me concerne, comme je l'ai dit plus haut, je me sens assez peu capable d'admonester un membre de ma communauté paroissiale. D'ailleurs, comment réagirais-je moi-même dans la situation inversée ? Accepterais-je facilement d'être repris par un autre qui ne soit pas un proche ?

Je ne vois pas en pratique, aujourd'hui, que le prêtre qui puisse jouer ce rôle. De par son autorité, et parce qu'il est le représentant du Christ.

J'ai sans doute une vision un peu étriquée de la vie paroissiale. Ce temps de carême me donnera peut-être l'occasion d'y réfléchir un peu plus.