Bienheureux Jean-Paul II

Quelle belle journée que ce dimanche de la Miséricorde pendant lequel le pape Jean-Paul II a été béatifié.Cérémonie magnifique, d'une grande ferveur, avec une foule nombreuse. A ceux qui prédisaient et espéraient un échec en ont encore été pour leur frais.

J'ai suivi la cérémonie sur France 2 – pour combien de temps encore la chaîne du service public pourra-t-elle retransmettre ces cérémonies vaticanes ? – et j'ai écouté plus particulièrement l'homélie de Benoît XVI.

Cette homélie est retranscrite ici. On sait l'admiration qu'a Benoït XVI pour Jean-Paul II, qu'il a côtoyé durant 23 ans. "Je voudrais enfin rendre grâce à Dieu pour l'expérience personnelle qu'il m'a accordée, en collaborant pendant une longue période avec le bienheureux Pape Jean-Paul II".

J'ai surtout beaucoup été touché par la façon dont le Pape a affirmé à nouveau, avec force, sa foi dans le concile Vatican II. Et dans le contexte actuel, je ne crois pas que c'était fortuit, je crois même que c'est un message fort qui a été envoyé au monde, et d'abord aux catholiques eux-mêmes. Citant donc le nouveau bienheureux, on peut dire qu'il a fait siennes les paroles suivantes : "Je désire encore une fois exprimer ma gratitude à l'Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, envers lequel je me sens débiteur avec l'Église tout entière – et surtout avec l'épiscopat tout entier -. Je suis convaincu qu'il sera encore donné aux nouvelles générations de puiser pendant longtemps aux richesses que ce Concile du XXème siècle nous a offertes. En tant qu'évêque qui a participé à l'événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et qui seront appelés à le réaliser à l'avenir. Pour ma part, je rends grâce au Pasteur éternel qui m'a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat."

Je rends grâce à Dieu pour tout ce que Jean-Paul II nous a donné, de son élection à sa mort, et pour Benoît XVI qui réaffirme et continue l'oeuvre entreprise par ses prédécesseurs.

Béatification de Jean-Paul II

Ainsi, depuis hier, nous savons que Benoît XVI a signé le décret de béatification de Jean-Paul II, dont la cérémonie aura lieu le 1er mai 2011. Il y a presque un an jour pour jour, j'émettais quelques réserves sur le délai extrêmement court entre le décès de Jean-Paul II et sa béatification.

Mais maintenant, puisque la décision est prise, elle me réjouit profondément et je fais confiance à Benoit XVI pour son choix.

Comme beaucoup de personnes de ma génération, c'est le premier pape que j'ai connu : j'avais 11 ans lors de son élection, la première dont je me souvienne vraiment, ayant eu à peine le temps de prendre conscience qu'après Paul VI il y avait eu Jean-Paul 1er.

J'eus la chance de "voir" deux fois Jean-Paul II. Ma grand-mère m'avait notamment emmené sur le parvis de Notre-Dame de Paris. Pour être honnête, je l'ai à peine vu, il était très loin. Mais j'ai entendu sa voix, entendu la puissance de sa voix, à laquelle son accent polonais mêlé à son français parfait donnait une texture particulière. C'était une voix qui transperçait. En me remémorant la scène, ses premiers mots prononcés, j'en ai encore des frissons.

Et puis, c'était un Pape que l'on voyait, qui s'imposait au monde, qui voyageait tel un saint Paul des temps modernes. Oui, j'ai aimé ce grand Pape voyageur, accueillit partout avec ferveur, j'ai aimé qu'il sache parler aux jeunes, qu'il sache porter la parole du Christ. Ses contempteurs peuvent dire ce qu'ils veulent, il restera comme un Pape qui aura marqué son époque.

Car des contempteurs, il y en a. Ceux qui exhument les zones d'ombre (quel homme n'en a pas ?) et ceux qui le haïssent de longue date. Pour les premiers, je ne m'attendais pas aux remarques que vous pourrez lire dans le commentaire au billet d'Isabelle de Gaulmyn. Aurait-il fallu ne pas canoniser saint Pierre à cause du triple reniement du Christ ? Décidément, les juges de tout espèce sont encore légions. Quant aux seconds, leur réaction était attendue. Je note seulement avec quelle célérité la FSSPX émet des communiqués pour contredire les annonces du Vatican. Après celui sur l'annonce de la réunion d'Assise III dès le 1er janvier, voici un autre communiqué diffusé aujourd'hui même, dès le lendemain de l'annonce.

J'ai trouvé deux images sur internet. Une où on le voit s'agenouiller et embrasser le sol lituanien, comme il en avait l'habitude à chacune de ses arrivées dans un pays. Ce lien physique à la terre, cette façon de bénir le sol qui l'accueillait me touchaient beaucoup. Et puis celle où on le voit, posant la main sur le Mur des Lamentations. Je trouve magnifique que le successeur de saint Pierre vienne prier là où 2000 ans plus tôt, le Christ et son prédécesseur sont passés. Et j'aime ce lien avec le peuple juif et l'ancien testament.

 

 

 

L'histoire dira si Jean-Paul II a été un grand pape. Pour ma part, je crois que oui. Mais l'important n'est pas là. L'Église a jugé aujourd'hui, sur des bases solides (un miracle a été authentifié), que Jean-Paul II devait être béatifié. Je me réjouis donc avec elle.

Béatifications !

Ainsi donc, Benoit XVI a décidé d’ouvrir le procès en béatification de 2 de ces prédécesseurs, le controversé Pie XII et le charismatique Jean-Paul II. Si la béatification de ce dernier ne fait plus de doute et ne fait pas débat, celle de Pie XII, évidemment, pose questions.

On évitera évidemment les amalgames, les raccourcis et les anathèmes sur une présupposée connivence avec le régime nazi. Je crois que les historiens sérieux réfutent ces faits et, probablement, l’ouverture des archives secrètes du Vatican permettra de faire la lumière. Pie XII n’a pas été le complice des nazis, il n’a pas contribué à protéger ce régime et ne peut donc être accusé de connivence. Plusieurs personnalités juives, et non des moindres (par exemple, David Dalin ou Serge Klarsfeld), ont pris sa défense, certaines allant même jusqu’à dire que des Juifs avaient été sauvés grâce à son action.

Il est facile d’accuser aujourd’hui les acteurs de cette époque de ne pas avoir été des héros. Le serions-nous ? J’admets qu’il y a des silences coupables et j’eus aimé pouvoir constater que Pie XII ait fait preuve d’une voix plus forte, ait pris position au plus fort des événements, comme celle de Mgr Saliège, archevêque de Toulouse, qui fit lire dans toutes les églises du diocèse, un communiqué disant que la déportation des juifs était une honte. Et il est vrai que, comme d’autres, je me demande quelles sont les motivations de Benoit XVI pour béatifier Pie XII. Est-ce basé sur des motifs théologiques ? J’aimerais alors connaître les vertus de Pie XII qui lui valent d’être béatifié. Est-ce basé sur des motifs plus politiques : montrer au monde que l’Église est la seule juge pour décider qui doit être béatifié ou non, même (et surtout) si le futur bienheureux ne fait pas consensus. Je suis alors plus sceptique.

Jean-Paul II, lui, fait consensus. Certes, les anticléricaux et anti-vaticans le considèrent comme rétrograde, comme tout Pape qui ne légiférera pas le préservatif d’ailleurs. Mais au sein de l’Église, je pense que la béatification de Jean-Paul II, sauf chez les Lefrevistes, ne soulèvera pas de contestation. Je suis malgré tout gêné. Pourquoi aller si vite ? Jean-Paul II est décédé en 2005. Quelle est l’urgence de lancer la procédure si vite ? Il paraît même que c’est une procédure d’exception. J’ai le sentiment que l’Église veut rattraper le monde, sa façon d’aller vite, toujours plus vite. Hors ce que j’aime dans l’Église, c’est justement qu’elle est « hors du temps », qu’elle ne se soumet au diktat moderne de rapidité, de zapping (rappelons-nous quand des voix demandaient la démission de Jean-Paul II, sous divers prétextes, dont celui de la maladie et de la vieillesse). Là aussi, comme pour Pie XII, j’ai le sentiment que l’aspect politique prévaut sur l’aspect théologique.

Et tant que Benoit XVI n’expliquera pas clairement ses motivations, ou plutôt ses raisons, ce sentiment prévaudra.