Ai-je été idiot d’avoir marché ?

idiotOu plus simplement, me suis-je fait berner en suivant bêtement ce troupeau de laïcards anticléricaux, férus de blagues salaces et blasphématoires ? Passée la stupeur des événements de la semaine dernière, passé ce formidable élan collectif, ceux qui n’ont pas adhéré se sont réveillés, timidement au début, un peu plus maintenant.

Je ne prétends évidemment pas être représentatif des 3 millions et demi de Français qui ont désiré se manifester. Je peux au moins donner mon sentiment qui, je pense, était tout de même assez partagé par beaucoup de personnes. Plusieurs « ingrédients » expliquent ce désir :

  • Charlie Hedbo – Commençons par eux. Que beaucoup connaissaient, mais que peu lisaient, le titre avait d’ailleurs de grosses difficultés financières. Et que beaucoup n’appréciaient pas. Leur talent était indéniable. Ils pouvaient être drôles, mais l’étaient rarement à mon goût. Et je n’aimais pas les dessins attaquant le pape ou l’Église. Je comprends donc parfaitement que les musulmans soient mécontents quand il s’agit des caricatures de Mahomet. Ceci étant rappelé, il n’y a pas de quoi y donner plus d’importance et, tout catho que je sois, je préfère encore 1000 fois vivre dans un pays où un dessin montre le Pape ou Jésus en mauvaise posture qu’un pays où on ne peut pas publier ce genre de dessins. Parce que dans ces pays-là, justement, l’interdiction ne s’arrête jamais aux seuls dessins.
  • Les policiers – Tués lâchement, ou blessés quand il a fallu passer à l’attaque, efficaces dans leurs traques. Mais douloureux rappel pour les Français de constater que les policiers risquaient leur vie chaque jour et qu’ils étaient, maintenant, des cibles explicites. Si ceux qui doivent nous protéger se font tuer, qu’allons-nous devenir ?
  • Les Juifs – Encore une fois, des gens, parce que Juifs, ont été tués. Cette communauté paie un lourd tribut et cette attaque a rappelé le douloureux souvenir de celle de M. Merah à Toulouse à l’école Otzar Hatorah…
  • L’islamisme radical – il fait peur. On en entend parler, et puis, d’un coup, on en a une manifestation éclatante. Non pas en Syrie, non pas en Irak, mais entre la Porte de Vincennes et une petite bourgade au nord de Roissy.

Tous ces ingrédients réunis en 3 jours expliquent à mon sens la forte mobilisation des Français. Geste cathartique ? Peut-être. Besoin de se retrouver ensemble ? Sûrement. Mais au-delà, et donc bien au-delà du seul soutien à Charlie Hebdo, un sentiment impérieux qu’il fallait se montrer, qu’il fallait redire les quelques valeurs fortes auxquelles nous sommes, nous peuple de France, attachés (et n’en déplaise à certains la liberté d’expression en fait partie).

Alors évidemment, quelques pisse-vinaigres – et parmi eux des cathos – ont expliqué dès le lundi matin que nous nous étions lourdement trompés. Pour être trompé, il aurait fallu être dupe et croire que, même composées de plus de 3 millions dans la rue, les marches républicaines résoudraient tous les problèmes. Je crois que peu l’ont été (dupes).

Non. Les problèmes sont là, devant nous, autant aujourd’hui que la semaine dernière (et même avant).

Charlie Hebdo restera un magasine bête et méchant et je continuerai à regretter certains dessins. Le problème de l’islamisme fondamental, radical, de ce fascisme qui veut imposer sa loi, ne se résoudra pas en quelques mois ni même en quelques années. Peut-être qu’1 ou 2, voire 3 générations, seront nécessaires pour éradiquer ce mal. Les Juifs seront menacés, malheureusement, pour encore longtemps. Les policiers continueront de risquer leur vie.

Mais il y a quelques espoirs que ces événements tragiques et ces marches font, malgré tout, naître. Une prise de conscience collective qu’un changement est nécessaire.

Il faudra bien un jour admettre que des musulmans puissent pratiquer leur religion normalement et considérer comme anormal, scandaleux même, que leurs lieux de culte soient régulièrement pris pour cible (sans oublier les synagogues, ou les églises régulièrement taguées).

Il faudra aussi remettre à plat la politique carcérale, notamment pour les plus jeunes. Guy Gilbert a écrit un livre il y a 30 ans environ intitulé : « Des jeunes y entrent, des loups en sortent ». En 30 ans, rien n’a donc changé.

Il faudrait aussi s’interroger sur les financeurs de ces actions terroristes, celles d’Al-Qaïda, de l’EI, ou de Boko Haram. On cite des pays du golfe, peut-être sans preuve. Mais peut-être ne pouvons-nous ne pas trop nous fâcher avec ces pays-là, à qui nous achetons du pétrole et qui nous achètent des avions ou des chars ? La réponse est sans doute complexe (en commençant par réduire notre dépendance au pétrole), mais la question mérite d’être posée.

Et puis, j’aimerais qu’on repense la question du respect dû à l’autre. Pas uniquement d’ailleurs pour venir contre-balancer une liberté d’expression que certains voudraient étouffer. Non, le respect comme base d’un vivre ensemble auquel aspirent beaucoup.

Et moi ? On a beaucoup parlé de l’attitude que devaient avoir les musulmans, qu’ils devaient se désolidariser des terroristes, qu’ils devaient revoir leur rapport à l’Islam, au Coran, etc. Que chacun se pose la question, d’abord, pour lui-même. Et moi, chrétien, je suis convaincu que ma responsabilité est là : essayer de vivre encore plus pleinement l’Évangile et tenter, partout où je suis, d’être un artisan de paix. Avec ou sans Charlie.

Je ne suis pas Charlie !

181050drapeau_en_berneJe sais que les mots peuvent être parfois vains. Les miens le seront sans doute. Peu importe.

Précisons d’abord que je n’aimais pas beaucoup Charlie Hebdo, ni son ancêtre Hara-Kiri. J’ai été choqué plus d’une fois par leurs dessins attaquant Dieu, Jésus ou Mahomet. Peut-être uniquement parce que je ne les trouvais pas très drôles.

Je suis évidemment horrifié par le lâche attentat de ce jour funeste. Il y a une semaine la France fêtait la saint Sylvestre, ce soir, elle pleure et elle est effrayée. Jamais, jamais rien ne justifie la violence abjecte qui s’est déployée aujourd’hui. Rien. Absolument rien. Pas même une caricature. Pas même un blasphème.

Je prie ce soir pour les victimes, leurs proches. On parle beaucoup des dessinateurs et des policiers tués, on n’a parlé des autres. Qui ? Une secrétaire ? Une femme de ménage ? Un stagiaire ? A eux aussi, anonymes salariés d’un journal, je pense fortement.

Il est vain et prétentieux de vouloir tirer quelques conclusions que ce soit, mais j’ai envie et besoin de partager quelques bribes avec vous :

  • BHL a parlé de fascistes : oui, Al-Qaïda, EI sont des organisations fascistes et elles veulent imposer leur fascisme là où il n’est pas, c’est-à-dire dans les pays démocratiques ;
  • Comme l’ont dit F. Hollande et N. Sarkozy, et d’autres responsables politiques, l’heure est plus que jamais à l’unité nationale pour défendre les valeurs de la République : ô certes, cette république n’est pas sans défaut, je suis le premier à la critiquer, mais elle donne ce que peu de pays offrent à leurs citoyens : la liberté de penser, de croire, de s’exprimer. Nous avons peut-être trop tendance à l’oublier ;
  • L’intervention de Robert Badinter, au journal de France 2, mettait bien en exergue un des points importants de l’action fomentée par ces terroristes : celle du piège, dans lequel ne manqueront pas tomber certains. Déjà, j’ai lu sur le net, sur Facebook, sur Twitter des réactions (de cathos) désolantes et pitoyables ; et aussi de musulmans dévoyés qui se réjouissaient ; ne leur accordons pas trop d’importance (mais j’attends, c’est vrai, autre chose de la part de personnes se revendiquant de la foi catholique) ;
  • L’intervention, à ce même journal télévisé, du président de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) était très claire, tout comme le communiqué publié sur leur site : les musulmans de France sont horrifiés par cet acte. J’ajouterais qu’ils risquent d’en pâtir;
  • Le gouvernement français, comme tout gouvernement devant faire face au terrorisme, a une lourde tâche et une grande responsabilité. Le risque d’une radicalisation d’une partie de l’électorat est grand et on imagine déjà comment certains vont essayer d’en tirer profit lors des prochaines échéances électorales;
  • J’ai aimé ces beaux rassemblements dans les villes de France (je n’ai malheureusement pu aller à celui place du Capitole), apparemment impressionnant de fraternité silencieuse.

Mais ce soir, j’ai pris conscience de quelque chose que je n’avais pas perçu auparavant. Le courage de ces journalistes et dessinateurs, bêtes et méchants, qui ont continué, malgré les menaces, malgré les pressions, à travailler et à publier leurs dessins, blasphémateurs, féroces ou insolents. Parce qu’ils y croyaient. Parce qu’ils pensaient que c’est ce qu’ils devaient faire [1]. Parce qu’ils croyaient que la liberté d’expression est un bien précieux à ne pas laisser s’éroder. Parce qu’ils voulaient lutter contre toute forme d’obscurantisme.

Ce courage, je ne sais pas si je l’aurais en pareille situation. Je ne suis pas Charlie.

  1. je vous renvoie aux déclarations qu’ils ont pu faire ces dernières années, depuis 2006 et l’affaire des caricatures de Mahomet []

Amertume

KONICA MINOLTA DIGITAL CAMERADepuis dimanche dernier, jour des élections européennes 2014, j’ai comme qui dirait un trop plein d’amertume.

Amertume, d’abord, par rapport au taux d’abstention. Alors, oui, je sais, l’Europe, c’est loin, c’est froid, c’est distant, et on ne peut pas dire que les partis en place aient réellement fait campagne. Au final, une participation faible, en légère hausse cependant, mais faible tout de même (43,18 %). En d’autres temps, en d’autres lieux aujourd’hui, on se bat pour pouvoir voter…

Amertume de voir une majorité de votants se réfugier dans un vote d’extrême droite. Je crierai de même si l’extrême gauche parvenait à rassembler le plus d’électeurs. Même s’il faut relativiser, notamment au regard de la participation, même si on peut être étonné de certains résultats laissant penser à un vote « défouloir » [1], cela n’augure rien de bon. On sait comment, dans un passé pas si lointain, comment le repli sur soi parce que la faute était toujours celle de l’autre, la recherche permanente de boucs émissaires,  comment le besoin d’ordre ont amené au pouvoir de tristes personnages. Je ne fustige pas les électeurs du FN. Il y a un tel ras-le-bol… Mais le FN en tête est symptomatique d’un mal profond.

Le pouvoir est aujourd’hui extrêmement affaibli. Un symbole, parmi d’autres : la déclaration télévisée du président Hollande lundi soir. Creuse, vaine, débit rapide, mots écorchés, nulle sur le fond, sur la forme et à contre-temps politique. Le silence est parfois d’or, même en ces temps de sur-médiatisation. Il me semble que Hollande n’y est plus, peut-être encore trop occupé à vadrouiller en scooter dans les rues de Paris… Seul Valls semble tenir la route, mais pour combien de temps ?

Amertume devant tous ceux qui font un procès en légitimité à Hollande à cause des 14% du PS. Et qui appellent à la dissolution de l’Assemblée Nationale. Ou à la démission du président. Qui rêvent d’un retour à la IVè République quand les gouvernements peinaient à tenir plus de 6 mois. Qui disent qu’il faut respecter les électeurs du FN, mais qui ne respectent les électeurs de 2012. Qui disent vouloir le bien de la France, mais qui veulent le chaos parce que cela servira leurs intérêts.

Et puis, bien sûr, énorme amertume devant le spectacle affligeant donné par l’UMP. La faute de DSK était une faute individuelle. Celle de Copé and co est une faute collective. La justice dira qui est responsable de quoi dans l’affaire Bygmalion. Mais franchement, comment croire que personne à l’UMP, que ce soit Copé ou Sarkozy, n’ait été conscient que le seuil des 22 M€ autorisés pour la campagne était dépassé ?

Parlons de Sarkozy ! Il parait qu’il va peut-être se présenter au congrès d’octobre, qu’il serait le seul à avoir l’étoffe. Je voudrais rappeler deux ou trois choses, car je pense que si l’UMP est dans cet état, le plus grand fautif en est Sarkozy.

D’abord, il a perdu les élections de 2012. Comme Giscard en son temps, il a du mal à l’admettre, mais la réalité est là. Aux USA, on ne revoit jamais un perdant [2], il laisse sa place à d’autres. En France, on aime les perdants, que ce soit Mitterrand ou Chirac. Sauf qu’en l’espèce, Sarkozy a déjà été élu et qu’il a été battu sur son bilan. Bilan que je trouve d’ailleurs calamiteux sur l’éthique et la façon de gouverner : le bling-bling outrancier, la mise en scène permanente, cette façon de ne penser qu’au fric, ses liens douteux avec le monde de l’argent, sa politique étrangère ont terni son mandat. On lui saura quand même gré d’avoir limité la casse au plus fort de la crise et d’avoir fait preuve de volontarisme. Sarkozy voulait une droite décomplexée, il a surtout réussi à décomplexer le vote FN.

Amertume devant le manque d’éthique personnelle de nombreux hommes politiques et qui permet au FN (dont les élus n’ont pas été exempts de tout reproche pourtant) de jouer sur du velours. Allez dans un bar, discuter avec un chauffeur de taxi, partout ce sentiment du « Tous pourris ». Tous ne le sont pas, bien sûr. Mais le sentiment que tous se protègent, par lâcheté ou par calcul, tend à mettre tout le monde dans le même sac.

Amertume, enfin, parce que j’ai du mal, là, à voir où la France va. Dans quelques jours, nous allons fêter le 70e anniversaire du débarquement en Normandie. Des hommes se sont engagés, se sont battus, certains sont morts, pour redonner à la France, défigurée par l’occupation allemande et le régime de Vichy, son vrai visage. A l’instar de ceux qui surent se lever quand la France était au plus bas, puisse enfin se lever un homme ou une femme politique qui saura redonner du souffle à ce pays qui semble épuisé et vidé de ces forces, « tant il est vrai que, face aux grands périls, le salut n’est que dans la grandeur. » [3]

  1. Dans ma région, hormis Toulouse et quelques villes alentours, le FN est quasiment 1er ou 2e partout, et il est 1er au niveau de la Haute-Garonne []
  2. Excepté Nixon je crois []
  3. Mémoires de guerre : l’appel, Charles De Gaulle []

L’Europe que j’aime !

EuropeIl est de bon ton de critiquer l’Europe, supposée être responsable de tous les maux des Français. On connait trop bien les arguments avancés par le FN et le Front de Gauche qui, sur ce sujet comme sur d’autres, se rejoignent. Non, la France n’est pas dans l’état où elle est à cause de l’Europe et j’ai même le sentiment exactement inverse : sans l’Europe, notre situation serait sans doute pire.

On fustige l’euro, mais l’Allemagne s’en accommode très bien. On fustige le manque de démocratie, alors que le scrutin du parlement européen permet une large représentativité des partis français (et dont le FdG et le FN bénéficient). On fustige les diktats de la CEE, alors même qu’elle ne fait qu’appliquer des lois ou directives décidées par les états-membres. La France n’est donc pas, comme on le dit si souvent, la chambre d’enregistrement des décisions prises par la Commission Européenne.

Faut-il rappeler que l’Europe occidentale vit depuis 70 ans une période de paix, durée rarement vue dans l’histoire de ce coin du monde ?

Je ne suis pas spécialiste du droit européen, ni des détails de l’organisation de l’UE, qu’elle soit politique, législative, ou juridique. Mais mon métier faisant de moi un travailleur européen, j’aimerais partager quelques éléments que je connais.

L’Europe du spatial

Dans le domaine du spatial, l’Europe a de nombreux succès. Ce succès, dont je vais parler plus en détail, s’est construit sur les avancées prises par la France dans les années 60. La France a été, après l’URSS et les USA, le 3ème pays à lancer un satellite. C’était en 1965. La France a bâti le succès d’Ariane, dont les capacités et la fiabilité en font un des meilleurs lanceurs du monde.

L’Europe dispose d’une agence dédiée aux affaires du spatial, l’ESA (pour European Space Agency), dont le siège est à Paris, mais dont les 2 principaux centres techniques sont installés aux Pays-Bas (à Nordwijk, près d’Amsterdam) et en Italie (à Frascati, près de Rome – et accessoirement près de Castel Gandolfo). L’ESA ne vient pas remplacer les agences spatiales nationales, même si certains pays ont une agence dont le périmètre est extrêmement réduit. Ce n’est pas le cas de la France qui dispose d’une agence forte, le CNES, qui mène ses propres programmes, en complément de ceux de l’ESA.

L’ESA applique une règle assez simple. Elle reçoit une dotation budgétaire pluri-annuelle de ses états-membres (cette dotation se fait parfois sur des programmes dédiés) et elle redistribue ce budget à proportion des contributions de chaque pays. Ce qu’on appelle, dans notre jargon, la règle du retour géographique. Ainsi la France, un des plus gros contributeurs au budget de l’ESA [1], à hauteur de 22%, reçoit en retour 22% des contrats passés. Si cette règle impose souvent des contraintes fortes pour les industriels (il est arrivé que la France soit exclue de certains appels d’offre), si cela impose parfois de prendre des sous-traitants d’un pays uniquement parce que ce pays est en « sous-retour » (et non pas à cause de leur compétence), cela permet néanmoins de ne léser aucun pays (en moyenne bien sûr, les rééquilibrages budgétaires se faisant sur plusieurs années), et d’avoir créé une vraie compétence européenne.

Au budget de l’ESA, s’ajoute aussi celui de la Commission Européenne (CE). Deux programmes phares européens, Galileo et Copernicus, n’auraient pu voir le jour sans cet abondement de la communauté. Galileo, c’est le concurrent du GPS américain, et l’on sait que les USA ont tout fait pour que le programme ne voie jamais le jour (en faisant pression sur des pays comme la Suède ou les Pays-Bas). Copernicus est une constellation de plusieurs satellites d’observation dédiée à l’environnement, en cours de déploiement. Les USA en sont terriblement jaloux.

Ces deux exemples sont d’indéniables succès de l’Europe. Aucun pays, seul, la France pas plus que l’Allemagne, n’aurait pu réaliser de tels programmes.

Cette politique européenne bénéficie en premier lieu aux entreprises européennes, notamment Thales Alenia Space et Airbus Space Systems (ex-Astrium). Européennes, mais largement françaises, dont Toulouse est une des places fortes. Je vous enjoins à lire l’interview récente donnée par François Auque, directeur-général d’Airbus Space Systems, qui redit bien l’efficacité de la politique spatiale française.

L’Europe de la recherche

La commission européenne a mis en place depuis longtemps déjà des programmes d’accompagnement de recherche. Il s’agit de Programme-Cadre de Recherche et Développement (PCRD), pluri-annuels (en général 4 ans). Le 7ème vient de s’achever, le nouveau s’appelle Horizon2020. Ces programmes donnent un cadre très général, dans lequel tout institut ou entreprise peut trouver des financements pour accompagner sa recherche. En général, les grandes entreprises sont subventionnées à hauteur de 50%, les petites et moyennes à hauteur de 75%. Certaines actions sont financées à 100%. Comme pour l’ESA, même si la règle du retour géographique n’est pas appliquée, il est imposé de créer des partenariats avec d’autres pays, ce qui permet de consolider, de mutualiser et d’harmoniser les efforts.

Bref, l’Europe fait un vrai effort dans ce domaine et, là encore, la recherche française – labos, universités, PMEs, grands groupes – en bénéficie grandement, comme le montre la figure suivante (plus de détail ici).

Country-profile_FP7_Research_Europa

L’Europe du développement

L’Europe, via la commission européenne, aide aux développements des pays les plus pauvres. via l’entité EuropeAid. J’ai eu l’occasion de travailler sur 2 projets, l’un en Afrique, l’autre en Haïti, et j’étais plutôt fier d’être européen. Ces projets sont parfois très lourds d’un point de vue administratif, la Commission étant très sourcilleuse sur les risques de corruption. Elle est aussi très vigilante sur l’utilisation des budgets, en adéquation avec les besoins exprimés par les pays concernés.

On l’oublie trop souvent, mais l’Europe, c’est aussi l’aide aux pays les plus déshérités. Et contrairement à la politique chinoise, certes très généreuse, l’Europe n’escompte rien en retour. La Chine œuvre, notamment en Afrique, pour s’assurer l’approvisionnement en matières premières, en captant les ressources d’un pays en échange d’une autoroute ou d’un aqueduc d’eau potable.

L’Europe que j’aime

Mon grand-père, comme tant d’autres, fut mobilisé en septembre 39, fut fait prisonnier en mai 40 et envoyé dans un camp de travail en Pologne. Ma grand-mère vécut l’occupation allemande, seule donc. Ils vomissaient les allemands.

J’ai la chance, 2 générations après, de vivre dans un continent en paix. J’ai la chance de travailler sur des projets intéressants, européens, avec des anglais, des allemands, des italiens, … [2].

C’est cette Europe que j’aime. Celle qui me permet de vivre et de travailler, dans la paix. Oui, bien sûr, la Commission Européenne doit améliorer son fonctionnement. Bien sûr que l’Europe doit, sans cesse, veiller à plus de démocratie, veiller à aider les plus nécessiteux, veiller à ne laisser aucun citoyen européen sur le carreau.

Mais qui peut croire qu’aujourd’hui la France seule, refermée sur elle-même, s’en trouverait mieux ?

Vive l’Europe !

 

  1. il y a peu la France était le plus important contributeur ; l’Allemagne nous a supplanté récemment []
  2. le hasard fait que je suis actuellement à Leicester pour une réunion d’un projet ESA []

La Dieupénisation des esprits ?

antisemitismeDepuis plusieurs jours, je peste contre certaines réactions concernant ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Dieudonné. Et puis, après avoir tant lu qu’il était urgent de laisser ce sinistre personnage dans l’ombre, je me suis dis que cela valait peut-être la peine d’en dire deux trois mots, tant les arguments que j’ai pu lire me paraissent consternants.

Un geste et des propos nauséeux

Sur Dieudonné, lui-même, que dire qui n’a pas été encore dit ? Ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, je me souviens vaguement d’un sketch assez rigolo avec Elie Seimoun où il jouait le rôle d’un contre-maître, cela doit dater d’une quinzaine d’années. J’ai suivi de loin sa « carrière ». J’avais tendance à le mettre dans la même catégorie que Bigart, celles des humoristes pour beaufs. Mais même considérant qu’on a le droit de rire grassement de blagues de caniveau, l’humoriste ne m’a jamais intéressé.

Revenons sur les deux éléments qui agitent le landernau : ses saillies antisémites et la trop fameuse quenelle. La quenelle est un geste douteux. J’admets que son caractère anti-sémite ne soit pas avéré, mais je ris (jaune) de voir certains en faire l’exégèse pour disculper son auteur. J’y vois, moi, clairement, un geste anti-sémite, plus qu’un geste anti-système. Que ce soit l’une ou l’autre des hypothèses [1], on est tout de même très bas. Très bas dans la flatterie des pires instincts humains. Voir ce geste repris par tant de personnes pour manifester leur opposition au « système » (qu’ils seraient d’ailleurs bien en peine de définir), alors que Dieudonné me semble être au contraire de ceux qui savent profiter au mieux dudit système (il est cocasse de noter que son épouse a déposé le nom comme marque), me désespère un peu. Je ne sais sur quoi ce poujadisme des années 2010 peut déboucher et je me méfie grandement des révolutionnaires en herbe qui veulent « raser » un système qui leur serait, soit-disant, par trop défavorables. Et pour faire quoi à la place ?

Quant à l’anti-sémitisme du geste, on rétorque qu’il serait en fait un geste anti-sioniste. Soit. On peut contester la politique d’Israël, condamnable à bien des égards. Mais franchement, qui sait, parmi les afficionados de Dieudonné, ce qu’est le sionisme ? Qui sait la difficulté d’existence même de l’Etat israélien ? Bien peu. Par contre, déverser sa bile contre les juifs, ils savent. Et si ce geste n’était pas anti-sémite – ou s’il ne portait pas en lui, entre autres choses, l’anti-sémitisme – pourquoi verrait-on tant de personnes le pratiquer contre des symboles juifs [2] : le musée de Shoah à Berlin, par Alain Soral, grand ami de Dieudonné et théoricien du FN, devant Birkenau ou devant l’école Ozar Hatorah à Toulouse ?

Bien peu de doutes, selon moi, persistent donc quant à la nature de ce geste. Mais on ne peut être totalement affirmatif. Je peux admettre que ce geste n’a pas été pensé originellement par Dieudonné comme anti-sémite. Mais il l’est devenu. Et par la faute de Dieudonné. Et cela lui permet d’ailleurs d’avoir un pied de chaque côté de la ligne jaune, ligne non encore totalement franchie, vieille technique sans doute empruntée au parrain de son fils.

Et puis, il y a eu les propos tenus dans ses spectacles. Abjects. Que ce soit contre le journaliste Patrick Cohen ou sur le Shoah, inutile de revenir dessus.

Le gouvernement a alors décidé, sous l’impulsion de Manuel Valls, d’essayer d’interdire les spectacles de Dieudonné. Je concède une maladresse du gouvernement – voire un calcul politicien – et je suis assez d’accord pour dire que ce pourra être contre-productif, tant Dieudonné surfe sur la vague de sa soit-disant propre persécution. Mais quoi ? Faut-il ne rien dire ? Faut-il laisser se tenir, en France, aujourd’hui, un spectacle dans lequel un individu se permet de proférer des insanités ? Faut-il cependant, au nom d’une subite sacro-sainte liberté d’expression, accepter des propos honteux et, par ailleurs, condamnables par la loi ? Je ne sais pas qu’elle est la réponse la plus appropriée d’un point de vue juridique, plusieurs points de vue, que ce soit celui de Maitre Eolas ou de l’avocat du MRAP, contestent l’approche du gouvernement. Mais d’un point de vue moral, j’inclinerai plutôt du côté de l’initiative de Manuel Valls.

La défense de Dieudonné

De nombreuses voix dénoncent une atteinte intolérable à la liberté d’expression. C’est le cas de Philippe Bilger. Désolé mais j’ai du mal à voir en quoi la liberté d’expression est atteinte. Dieudonné n’a pas été empêché tant qu’il débitait des blagues grasses, même un peu limites. Mais il sera peut-être empêché demain parce qu’il a délibérément passé les bornes. Je ne m’en émeus pas.

Par contre, je m’émeus de lire depuis 2 semaines de nombreuses réactions émanant de chrétiens ou catholiques revendiqués, qui au nom de la liberté d’expression, qui au nom d’une lutte contre le système, qui au nom du « on lui fait trop de pub », prennent la défense de Dieudonné. N’est pas Voltaire qui veut (par ailleurs pas tellement aimé des cathos) ! Cela m’afflige vraiment. Alors je sais que Manuel Valls est plutôt détesté depuis les manifestations contre le mariage pour tous. Son inflexibilité contre les Veilleurs comparée à sa mansuétude vis-à-vis des Femens ont agacé et choqué, moi le premier. Sa lenteur, voire sa réticence, à dénoncer les dégradations d’église (ou son silence après les dégradations de l’église Ste Odile à Paris) n’augmentent certes pas son aura chez les cathos. Mais de là à soutenir Dieudonné parce que Manuel Valls est contre lui me laisse pantois. Le chrétien doit-il faire sien l’adage « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » ?

Quant aux arguments de dictature (même larvée), ils me font rire. A croire que certains regrettent de ne pas être nés dans l’URSS de Staline ou la Corée du Nord de Kim Il-sung.

On m’a aussi rétorqué que cette agitation servait les intérêts de Dieudonné, que cela lui faisait de la pub. Et alors, où est l’éveil des consciences dont se targuent, avec raison, certains chrétiens engagés ? Ainsi, donc, il serait évident, naturel et sain de dénoncer certaines orientations de la société (sur la filiation, sur la fin de vie, sur la bioéthique), mais il ne le serait pas de dénoncer les propos abjects d’un personnage public ? Où est la cohérence ?

J’ai peur qu’il soit de bon ton, dans certains milieux, de considérer que l’anti-sémitisme n’est plus d’actualité ou, pire encore, que ce n’est pas si grave. Dommage que ce discours que je croyais circonscrit à l’extrême-droite, même catho, soit également de mise dans des milieux plus modérés. Comme une Dieupenisation des esprits.

Est-ce qu’un chrétien peut se prêter à cela ? Je laisse, pour finir, la parole à Mgr Vingt-Trois dont la déclaration m’a rasséréné :

L’antisémitisme est un poison, qui n’est pas simplement une agression contre les juifs, mais une agression qui concerne l’humanité entière. Car quand on attaque le juif parce qu’il est juif, on touche à quelque chose qui est au cœur de la révélation judéo-chrétienne, de même que quand on attaque un chrétien parce qu’il est chrétien. Et on ne doit pas laisser se développer et se banaliser les caricatures, la dérision, la provocation. C’est un même combat qui doit être mené sur tous les terrains.

  1. il est d’ailleurs probable que ces 2 hypothèses ne soient pas exclusives l’une de l’autre []
  2. tapez « quenelle auschwitz » sur google, vous serez édifié []

Faux humanisme et mensonge d’état

«Faire pleurer quelqu’un en lui disant la vérité est mieux que de le faire sourire en lui racontant un mensonge» – Paulo Coelho

leonarda_dibraniCertaines semaines voient se télescoper des événements, a priori disjoints, mais que je ne peux m'empêcher de relier.

D'abord, cette invraisemblable polémique concernant le sort d'une famille expulsée cette semaine vers le Kosovo où l'émotion se joint à la politique politicienne à la petite semaine. On sait que le ministre de l'Intérieur Manuel Valls est la cible de l'aile gauche du PS, des communistes et du front de gauche. Sans oublier celles des inénarrables membres d'EELV dont on a vu récemment que leur amour du pouvoir était supérieur à leur conviction (ce qui n'est pas leur apanage, concédons-le). Sentiment étrange donc qui voit naître le sentiment que, pour ceux-là, toute semaine qui n'a pas vu la démission de M. Valls est une semaine perdue.

Une arrestation pendant les heures d'école

Il y a donc eu une famille expulsée, comme il y en a des dizaines. La France a décidé de ne plus ouvrir à tous son territoire, a décidé que des règles de droit devaient être respectées et que, si elle doit rester accueillante, elle ne peut accueillir le monde entier. On peut le regretter. On peut aussi l'accepter en regardant la réalité en face. François Hollande n'a pas remis cette législation en cause, bien au contraire. Et les faits montrent que le gouvernement est sur cette ligne, puisque les expulsions sont en nombre équivalent à celles pratiquées durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy [1]. Oui, mais voilà, les gendarmes sont venus chercher l'une des enfants de la famille lors d'une sortie scolaire. C'est éminemment regrettable, et comme l'a mentionné le rapport de l'administration, il y eut manque de discernement (mais la lecture du rapport montre que les gendarmes ont agi avec tact et précaution). De là, les cris d'orfraie de la gauche vertueuse. Une arrestation pendant les heures d'école, ce n'est sans doute pas le mieux, ni même acceptable dans son principe. Oui, mais quand alors ? Au petit matin avant que le jour ne se lève ? Juste avant le journal de 20h pendant que l'écolier finit ses devoirs ? Ou alors après le diner ? Encore aurait-il fallu que Léonarda soit présente : "Lorsque M.GUINOT rend visite à Mme DIBRANI dans la soirée du 8 octobre, cette dernière lui  indique  que  sa  fille  Leonarda  n’est  pas  rentrée  de  l’école.  Mme  DIBRANI  en  avait également fait part à M.JEANNIN, le maire de Levier. D’après les déclarations recueillies par la mission, la jeune fille découchait régulièrement." On voit bien l'extraordinaire difficulté de faire respecter la loi dans ces cas-là et donc la difficulté des forces de l'ordre.

Bref; face à l'émotion suscitée, ceux qui savent se sont levés comme un seul homme. Les lycéens demandent le retour immédiat de Léonarda. Les artistes, telle Josiane Balasko, faisant part de leur honte d'avoir un tel gouvernement. D'autres ont osé parler de rafle. Oui, de rafle. 

Et en face, une famille dont on ne sait pas exactement le pays d'origine, dont le père a menti maintes et maintes fois aux autorités françaises, une adolescente prise au piège de la célébrité soudaine et qui traite d'égal à égal avec le chef de l'état. Et dont le rapport nous apprend que son intégration scolaire était somme toute assez relative puisque son taux d'absentéisme au collège pouvait aller jusqu'à 40% sur une année scolaire (qui comporte env. 194 journée). [2] Mensonge donc de présenter Léonarda comme une élève modèle, profitant à plein de l'intégration à la française, et à qui on brise un avenir tout tracé. Je me demande d'ailleurs comment un élève étant aussi absent – et pas seulement une année, mais au moins 3 d'affilée – peut passer en classe supérieure. Le ministre de l'Éducation, au lieu de nous en mettre de tartine avec la sanctuarisation de l'école, ferait mieux de nous instruire de ce sujet. 

Mais le clou de cette folle semaine a été planté de travers – assez magistralement, il faut bien le reconnaître – par le chef de l'état lui-même. On savait qu'il rechignait à intervenir, sentant le piège : trop rigoureux, la gauche de la gauche lui en aurait tenu rigueur, trop laxiste, et c'était les 2/3 du pays, voire plus, qui lui tombaient sur le dos. Il a donc voulu trouver une voie médiane, comme au bon vieux temps où il dirigeait le parti socialiste. Il a donc tenté de donner des gages aux uns et aux autres. En rappelant que la France est un état de droit, en confirmant que l'école est intouchable, et en voulant montrer que son coeur n'est pas de pierre. Il a donc affirmé que si Léonarda en faisait la demande, la France lui proposerait un accueil, à elle seule. Donc la solution pleine d'humanité proposée par François Hollande consiste à demander à une gamine de 15 ans de choisir entre la France et ses parents. Sans rentrer dans d'obscurs détails pratiques – comment se logera-t-elle ? comment subviendra-t-elle à ses besoins ? – on voit quelle considération Hollande a de la famille. À quoi ça sert un père et une mère ? À rien, ou si peu.

Cette pseudo-solution, qui sans doute se voulait apaisante au niveau politique [3] que , est un carnage au niveau éthique. Et à vouloir montrer qu'il pouvait faire preuve d'humanité, il n'a su trouvé autre chose qu'un faux humanisme, que d'ailleurs la jeune Léonarda, sans doute sous influence, s'est empressée de rejeter vertement.

 

Le père n'est plus ce qu'il était

Dans un autre domaine, jeudi 17 octobre, pour la première fois, deux enfants n'ont officiellement pas de père. Non pas que leur père soit mort ou parti à l'autre bout de la planète. Non, il est tout simplement nié. Ceci résulte de la loi Taubira et de la décision du tribunal de Lille qui a donc accédé à la demande d'adoption plénière par un couple de femmes, qui se sont récemment mariées. Mensonge d'état donc, puisque pour la première fois, des enfants qui peut-être un jour se demanderont qui est leur père (les lois de la nature font qu'il y en a forcément un !) se verront répondre par ce même état que de père, ils n'en ont point. Rude donc, et assez terrifiant de mon point de vue.On objectera que le père n'aurait de toutes façons pas été retrouvé puisqu'il s'agit d'"une insiménation artificielle avec donneur inconnu". A l'abject de la situation – priver délibérément un enfant de son père – la loi lui confère maintenant une légalité qui se veut légitimité.

Ainsi la France, cette patrie des droits de l'homme que, parait-il le monde nous envie, vient de donner deux mauvais exemples en quelques jours de ce qu'elle peut faire de pire : légaliser le mensonge, tomber dans le faux humanisme de ceux qui ne savent ce qu'aider l'autre veut dire. Ce mensonge d'état et ce faux humanisme se répondant l'un l'autre, il y a fort à parier qu'on n'a pas fini de voir les aberrations proposées par nos politiques.

 

 

 

 

  1. au moins pour ce qui concerne les Roms []
  2. "Selon les données recueillies par la mission, les absences de Léonarda au collège sont de 66 demi-journées en 6e, 31 en 5e, 78 en 4e et 21 ½ depuis le début de l’année scolaire actuelle" []
  3. et encore, cela reste à voir : Harlem Désir a contredit le président en demandant le retour de toute la famille, sauf le père. []