Le vrai scandale

En ces temps où certains catholiques s'effrayent des élucubrations mentales d'artistes sans doute en mal de reconnaissance, où ils ont à coeur de sauver l'honneur de Notre Seigneur Jésus Christ bafoué, je m'interroge encore où est le vrai scandale dans notre société.

Je ne conteste pas qu'il faille protester contre ces pièces et dire notre désapprobation. Certains évêques l'ont fait. Faut-il en faire plus ? Faut-il au fond donner un écho médiatique énorme à une pièce de théâtre qui serait, probablement, restée dans l'ombre, comme les centaines d'autres dont on n'entend pas parler ?

Que certains veuillent blasphémer, cracher, uriner ou que sais-je à la face du Christ, c'est leur problème. Je veux dire : c'est une histoire entre leur conscience et ce Dieu qu'ils méprisent ou qu'ils ne comprennent pas. Dieu est seul juge. Que nous, catholiques, fassions part de notre désaccord avec ces actes – certes odieux – est légitime. Mais ne nous trompons pas de combat !

Il me semble que Dieu est bien au-dessus de cela. Donner écho à ces turpitudes, est-ce finalement la meilleure façon de Lui rendre hommage ? Jésus n'a-t-Il pas voulu dire autre chose quand il a dit : "Et quiconque aura dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera remis" [1].

Le vrai scandale n'est-il pas celui-là : "Une femme SDF accouche dans la rue à Paris, son enfant décède", "280 morts dans la rue depuis le début de l'année" ?

Je n'ai pas vu de réaction outrée face à ces situations de désarroi et de détresse. Ce ne serait pas l'affaire des catholiques ? Si, justement, c'est notre affaire.

Et ce n'est pas moi qui le dit. "Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli, nu et vous m'avez vêtu, malade et vous m'avez visité, prisonnier et vous êtes venus me voir." [2]

PS : il va sans dire que je ne veux donner aucune leçon à personne ; beaucoup de catholiques, mais aussi de non catholiques, font énormément pour les plus faibles ; dois-je aussi avouer que j'ai, personnellement, matière à progrès sur ce point ?

 


Image du site : http://portorl.net/blog/

 

  1. Ma, 12, 32 []
  2. Ma, 25, 35-36 []

Où est le scandale ?

Aujourd’hui, 27 octobre 2011, a lieu la rencontre Assise voulue par le pape Benoit XVI, rencontre qu’il a annoncée en début d’année. Cette rencontre suscite une vive réprobation de la FSSPX qui parle de scandale.  [1]

Voici le scandale en question, dont chacun se fera une idée en lisant le compte-rendu (d’aucuns diront biaisé ?) émis par le service d’information du Vatican [2].

 

 

 

 

En voici quelques extraits [3] :

« Vingt-cinq années se sont écoulées depuis que le bienheureux Jean-Paul II a invité pour la première fois des représentants des religions du monde à Assise pour une prière pour la paix. Que s’est-il passé depuis? Où en est aujourd’hui la cause de la paix? Alors la grande menace pour la paix dans le monde venait de la division de la planète en deux blocs s’opposant entre eux. Le symbole visible de cette division était le Mur de Berlin qui, passant au milieu de la ville, traçait la frontière entre deux mondes. En 1989, trois années après Assise, ce mur est tombé, sans effusion de sang…  »

« Nous savons que souvent le terrorisme est motivé religieusement et que le caractère religieux des attaques sert de justification pour la cruauté impitoyable… Ici la religion n’est pas au service de la paix, mais de la justification de la violence. Qu’en ce cas la religion motive de fait la violence est une chose qui, en tant que personnes religieuses, doit nous préoccuper profondément. D’une façon plus subtile, mais toujours cruelle, nous voyons la religion comme cause de violence même là où la violence est exercée par des défenseurs d’une religion contre les autres. »

« Comme chrétien, je voudrais dire ceci: Oui, dans l’histoire on a eu recours à la violence au nom de la foi chrétienne. Nous le reconnaissons, remplis de honte. Mais il est absolument clair que ceci a été une utilisation abusive de la foi chrétienne, en évidente opposition avec sa vraie nature. Le Dieu dans lequel nous chrétiens nous croyons est le Créateur et Père de tous les hommes, à partir duquel toutes les personnes sont frères et sours entre elles et constituent une unique famille. La Croix du Christ est pour nous le signe de Dieu qui, à la place de la violence, pose le fait de souffrir avec l’autre et d’aimer avec l’autre… C’est la tâche de tous ceux qui portent une responsabilité pour la foi chrétienne, de purifier continuellement la religion des chrétiens à partir de son centre intérieur afin que, malgré la faiblesse de l’homme, elle soit vraiment un instrument de la paix de Dieu dans le monde »

Bien scandaleux que que tout ceci, n’est-ce pas ?

Sauf que l’on va me rétorquer que le Pape peut bien dire ce qu’il veut, ce qui compte, c’est qu’il s’affiche avec les représentants d’autres religions et que cela lui est interdit. Vous lirez la prose des prêtres de la FSSPX, elle vous donnera mille arguments dans ce sens.

Hier, Benoît XVI a dit espérer que « l’exemple de saint François, sur la tombe duquel je prierai demain, soutienne les jeunes tous dans leur fidélité quotidienne au Christ ». Voilà l’important…

 

D’autres scandales ?

Deux pièces de théâtre font actuellement scandale. Je vois renvoie au blog de S. Lemessin qui fournit – merci à lui – la plupart des liens vers les blogs qui se sont penchés sur ces oeuvres « culturelles ». Beaucoup de journaux en parlent : Le Figaro, Le Monde, La Croix, etc.

De l’avis de ceux qui ont vu ces pièces, et selon les échos que l’on peut en lire, ces oeuvres sont clairement blasphématoires, la figure du Christ étant clairement bafoué.

Cependant, faut-il donner écho à ces oeuvres mineures, pour ne pas dire minables ? Dans une société médiatisée à l’extrême, quel beau cadeau est fait à ces pseudo-artistes qui pensent ainsi pouvoir alors se qualifier de rebelle ! [4]

Mais là encore, comme dans tant d’autres domaines, j’ai le sentiment que chacun prêche pour sa paroisse. Il suffit de regarder qui est à l’initiative des manifestations ? Civitas, qui souhaite rechristianiser la France, et le Renouveau Français, qui défend le nationalisme tradionnel et moderne. Deux mouvements, certes catholiques, mais surtout d’extrême-droite (ou en tout cas proche). Ainsi, sous couvert de défendre le Christ bafoué, on lance des actions de type politique pour asseoir sa position. Pas très glorieux donc.

J’ai, vous l’aurez compris, vraiment du mal avec cette approche belliqueuse parée des (faux) atours de la foi.

« Seigneur, faites de moi un instrument de votre paix. » [5]

  1. Je suis toujours stupéfait par ces gens qui se permettent de juger sans cesse les autres, de ces catholiques, bien sous tout rapport, qui passent leurs temps à juger le Pape : j’aime bien alors relire ce passage []
  2. La déclaration in extenso est ici []
  3. Les passages en gras l’ont été par moi []
  4. Un artiste, c’est bien connu, doit être anti-conformiste []
  5. prière de saint François d’Assise []

Steve ou l’émotion virtuelle

Il est toujours triste d'apprendre la mort de quelqu'un. J'ai été attristé ce matin en apprenant la mort de Steve Jobs, l'ancien PDG d'Apple. Le fait était prévisible – il luttait contre un cancer du pancréas – et sa démission au mois d'août dernier n'augurait rien de bon.

Je ne suis pourtant pas au diapason du concert de louanges et d'émotions qui étreint le monde, et largement relayé par le monde médiatique. Je ne connaissais pas Steve Jobs, je veux dire pas personnellement. Je ne suis, pour être honnête, pas vraiment affecté par sa mort.

Cependant, cette vague d'émotion et de compassion en dit long sur notre époque. Certains ajouteront : époque que Steve Jobs aura contribué à façonner. Certes.

En parcourant les forums et autres sites des afficionados d'Apple, beaucoup font part d'une émotion forte, sans aucun doute sincère. Pourtant, la majeure partie de ces personnes qui pleurent aujourd'hui ne connaissait pas Steve Jobs. Pas personnellement. Ne l'avait même jamais croisé. Steve Jobs, pour eux, était donc l'homme de ses fameuses "keynotes", présentations un brin narcissique des nouveaux produits de la marque, au rythme de deux ou trois par an.

On peut être ému par le décès d'une personne qu'on n'a jamais rencontrée. D'un acteur de cinéma ou d'une vedette de télévision, souvent. Plus rarement d'un écrivain ou d'un peintre. Un artiste, notamment les acteurs par leurs différents rôles, nous donne accès à autre chose que ce que nous sommes ou que ce que nous vivons. On grandit par leurs oeuvres, on a parfois accès à des émotions insoupçonnées que nous n'aurions jamais eu sinon. On peut alors s'attacher à l'homme, on se croit alors familier de tel ou tel acteur, leur mort sonne alors le glas de cette relation virtuelle.

Steve Jobs était suffisamment charismatique pour qu'un attachement de cet ordre-là s'opère chez des milliers de personnes, apparemment.

Sauf que Steve Jobs n'était pas un artiste. C'était un inventeur, peut-être de génie, doublé d'un homme d'affaires, sans doute très efficace. Steve Jobs a juste inventé des bidules technologiques, certes très pratiques et diablement ingénieux, que le monde s'est empressé d'acheter. [1].

L'émotion après l'annonce de la mort de Steve Jobs en dit finalement long sur l'attachement quasi atavique à ces objets. C'est sans doute l'époque qui veut cela.

Pourquoi n'y vois-je que le reflet de ce matérialisme ambiant dont je ne vois pas, fut-ce à ventes forcées d'iPhone ou d'iPad, qu'il nous mène au bonheur ?

  1. je suis moi-même possesseur de ces différents bidules []

A propos de l’affaire DSK

L’affaire DSK est un peu retombée en attendant le 6 juin 2011, date de la prochaine audience. Je n’ai pas tout lu ni tout vu de ce qui a été écrit et dit à propos de cette affaire, mais il me semble que les arguments apportés par les uns et les autres ont omis – à dessein ? – de mettre en valeur un élément : celui de la morale.

Mais avant de développer quelque peu ce point, revenons brièvement sur les arguments entendus :

  • la présomption d’innocence, rappelée avec tant de force par les partisans de DSK ;
  • la présomption de véracité (sic), rappelée avec vigueur par les féministes et tous ceux, hommes compris, sensibles à la position difficile de la plaignante dont rien, au moment où j’écris ce billet, ne permet de dire qu’elle a menti ;
  • l’éthique des journalistes et des confrères politiques de DSK : puisqu’ils savaient que l’homme avait, semble-t-il, un comportement pas toujours adapté avec la gente féminime, pourquoi n’ont-ils rien dit ? Notons que certains ont dit [1]. Cependant, il convient de noter que, d’une part, ​tous les séducteurs, fussent-ils compulsifs, ne deviennent pas violeurs, d’autre part, un silence bienveillant permet au bon peuple de ne rien savoir des frasques, prétendues ou réelles, de tel ou tel détenant du pouvoir ;
  • enfin, beaucoup a été dit sur la justice américaine : trop médiatisée, et donc biaisée, disent les uns ; sans préjugée répondent ceux qui disent que pareille situation aurait été étouffée en France ; inégalitaire s’accordent à dire presque tous puisqu’une fortune personnelle permet de changer une cellule glauque de 10 m2 pour une luxueuse villa de 600 m2…

Tous ces points sont intéressants et méritent d’être abordés et discutés. Même si, le soufflé médiatique retombant, je crains qu’on n’aille pas très loin dans la réflexion.

L’élément, donc, qui me semble-t-il, n’a pas vraiment été abordé est celui de l’éthique personnelle et de son rapport à la chose publique. Car finalement, le fond de l’affaire est celui-là : peut-on avoir une vie dissolue et s’occuper de la chose publique ? quelle doit-être, ou devrait-être, la place de la morale dans tout cela ?

Je sais que le mot « morale » est désuet et n’est plus tellement audible dans notre société. Société qui veut croire, peut-être avec raison, qu’un homme public peut avoir deux vies absolument cloisonnées et étanches : une vie publique parfaite selon des codes de déontologie acceptés par tous, une vie privée où tout serait permis…

Je n’ai pas de réponse tranchée à toutes ces questions. Il me semble néanmoins que cette séparation est difficile à opérer, qu’on ne peut impunément faire n’importe quoi dans sa vie privée sans que cela n’ait quelques impacts dans sa vie publique. Que les exemples récents d’anciens dirigeants, de François Mitterrand à Jacques Chirac, montrent qu’à un moment ou à un autre l’une déborde sur l’autre.

Tout cela est humain, trop humain. Le pouvoir offre tellement de facilités, permet tant de choses. Qui saurait résister à la tentation de se croire tout permis ? Faut-il aller vers une approche pratiquée par les pays du Nord de l’Europe où on ne laisse rien passer aux ministres ? C’est ce débat-là qu’il nous faudrait avoir : bien plus intéressant que celui qui consiste à plaindre tour à tour un ancien directeur du FMI et une femme de chambre, sans prendre aucun recul.

Hier, l’Église nous proposait comme 2ème lecture, la première lettre de saint Pierre : « Frère, c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos coeurs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ. Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. C’est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie. » [2]


Ajout du 1er juin 2011

J’ai regardé lundi soir (le 30 mai 2011) l’émission « Mots croisés » diffusée sur France 2. La question de la morale a été abordée, ainsi que de l’interférence entre vie publique et vie privée. Avec ce bon mot d’Alain Finkielkraut : « Quel est le plus grand président américain au regard de l’histoire ? John Kennedy l’érotomane furieux ou George Bush le triste monogame ? » Mais qui ne me convainct qu’à moitié. D’abord, la monogamie n’est pas triste ! Ensuite, reste à savoir si JFK fut effectivement un grand président. Certes, JFK était glamour et charismatique. Il avait du charme. Il était séduisant. Doit-on, au nom de tout cela, oublier ce qui fâche ?  A la guerre en Irak de Bush, on pourrait opposer l’implication croissante des USA dans la guerre du Vietnam, sous l’impulsion de JFK. Ou l’élection avec des voix de la mafia.

Bref, pas facile de démêler l’écheveau.

  1. le journaliste Jean Quatremer sur son blog par exemple []
  2. chapitre 3, 15-18, traduction AELF []

La GPA, c’est quoi ?

Les moeurs de nos stars, relayées par la bien-pensance, ne lassent pas d'étonner. Je viens donc de découvrir ce qu'est la GPA. La GPA, c'est la Gestation Pour Autrui. Cet article vous donnera l'essentiel de ce que cela recouvre.

Au départ, il semble que cette méthode a été proposée pour les couples ne pouvant avoir d'enfant dans le cas d'absence d'utérus. Une mère porteuse – mais n'apportant pas son bagage génétique – est alors choisie pour effectuer la gestation. Bon, assumer une grossesse durant 9 mois, accoucher pour immédiatement "rendre" l'enfant à ces géniteurs pose déjà, de mon point de vue, un problème.

[Je faisais référence à un billet du blogeur Bruno-Roger Petit qui a été supprimé]

Les arguments d'ordre juridique visent à pourfendre le fait que la GPA est interdite en France. Car la GPA est interdite en France. Mais pas pour tous, puisque certains, sans doute les plus fortunés, vont dans les pays où elle est permise. La loi française ne reconnaît pas ces enfants-là puisque nés d'une mère étrangère et sans procédure d'adoption. Pour la France, ces enfants-là sont inscrits à l'état civil du pays où ils sont nés. Donc, sous prétexte que ces enfants-là sont nés, vivants, qu'ils n'ont rien demandé à personne, il faut donc qu'une loi accorde le droit à la GPA. Raccourci facile. Faut-il, sous prétexte que quelques uns contournent la loi, que celle-ci soit abrogée sous prétexte que les conséquences du contournement posent des problèmes ? A ce compte-là, on pourrait facilement justifier la légalisation de la drogue, du proxénétisme, etc.

Par ailleurs, les Français seraient favorables à 65% selon un sondage. Ah, ces merveilleux sondages que l'on sort lorsqu'ils sont favorables ! Oui, d'ailleurs, il y a des sondages qui montrent que les Français sont favorables à la peine de mort. Faut-il la rétablir ?

Enfin, la loi étant permise dans certains pays étrangers et donc, mondialisation oblige, permettant à quiconque d'aller dans ces pays-là, il faudrait donc que la France suive le mouvement… Là aussi, on pourrait prendre certains contre-exemples facilement.

Mais le plus désolant dans cet article, c'est l'aspect éthique et personnel. On est en train d'inventer un "droit au désir d'enfant". Ben oui, mon désir est un droit. Quelles qu'en soient les conséquences, quelles qu'en soient les contraintes. Ce narcissisme érigé en valeur première me semble être un des points qui minent notre société. Je connais des couples qui n'ont pu avoir d'enfants, qui en ont souffert. Mais qui ont courageusement accepté cette épreuve imposée par la vie, d'autant plus difficile à vivre qu'elle contrecarrait un désir fort d'avoir des enfants. Ici, on a une vedette qui, pour certaines raisons que je ne connais pas, a choisi de faire appel à une mère porteuse. Qui a contourné la loi. Et il faudrait que ce caprice de star fasse jurisprudence ?

Mais le pire du pire est l'aspect financier. Car ces mères porteuses reçoivent de l'argent, apparemment de fortes sommes, pour effectuer la grossesse. Est-ce un effet pervers du libéralisme mondial que de considérer ce procédé comme normal ? Tout se monnaye, tout se vend, tout s'achète… Même ces enfants considérés comme des biens marchands !

Pour finir, pensons à cette petite fille : une mère biologique, une mère porteuse, un père biologique et "adoptif". Y a-t-il une mère "adoptive" ? Un autre père "adoptif" ?

Aucune limite, le narcissisme érigé en vertu, les désirs en justification de tout : ce modèle de société-là ne m'enchante guère…

 

Nota du 6 mars 2012 : suite à l'injonction de l'avocat d'une personnalité citée dans ce billet, l'article et les commentaires ont été modifiés afin qu'aucune mention ne soit attentatoire à la vie privée de l'éminente personnalité.

 


La photo a été trouvée sur le site http://www.andrechassaigne.org/ via Google Image

Une polémique pour rien ?

Je ne montrerai pas la photo, objet du scandale. Je ne vous donnerai aucun lien vers les nombreux, trop nombreux articles qui traitent de l'affaire. Votre moteur de recherche préféré vous orientera.

Donc, un photographe a pris, dans les années 80, une photographie d'un crucifix plongé dans un verre d'urine. Cette photo fait partie d'une exposition qui se tient actuellement à Avignon. Cette photo crée l'émoi.

Cette photo me révulse. Non pas tant par ce qu'elle montre que par ce qu'elle dit. C'est surtout le titre de la photo qui créé le scandale, pas tellement la photo en elle-même [1]. Et elle a indigné de nombreux catholiques, dont l'évêque d'Avignon, Mgr Cattenoz. Vous connaissez sans doute la suite des événements : une manifestation a été organisée, puis deux individus se sont introduits dans le musée et ont cassé le plexigas qui recouvrait la photo en question [2].

Donc, pour résumer :

  • Une exposition a lieu, montrant une photo blasphématoire, pourtant maintes et maintes fois exposée depuis 25 ans ;
  • Beaucoup de croyants s'indignent, se sentant offensés ;
  • L'évêque du lieu proteste officiellement et demande le retrait de la photo ;
  • Des individus "détruisent" la photo ;
  • Les medias tombent à bras raccourcis sur les auteurs, très probablement issus de la sphère traditionaliste, qualifiés d'intégristes d'extrême-droite [3];
  • Le photographe, aidé en cela par les bien-pensants de tous bords, se défend d'avoir blasphémé, se prétend même chrétien.

Que peut-on dire d'un tel charivari ? Et comment prendre position en son âme et conscience ?

Que quiconque pour qui le Christ représente quelque chose, pour qui le crucifix représente tant de choses, se sente indigné, cela est normal. Et compréhensible. Et la protestation de Mgr Cattenoz disait bien cela et s'était donc fait le porte-parole de tous.

Fallait-il aller plus loin ? Je ne le crois pas. En effet :

  • La réponse violente à une attaque elle-même violente conduit souvent à l'effet inverse de celui recherché : l'agresseur se trouvant agressé, il a beau jeu alors de jouer les vierges effarouchées ; et c'est ce que l'on voit en effet maintenant ;
  • Pire encore, les catholiques sont mis dans le même sac informe des intégristes d'extrême-droite ; voyez, disent-ils, votre intolérance face à l'art contemporain (sic) conduit les extrémistes à se servir de votre indignation pour aller faire de la casse ;
  • Enfin, et surtout, cette photographie serait restée ignorée de la plupart si ces actions malheureuses ne lui avaient donné, finalement, un éclairage qu'elle n'avait initialement pas ; et, en tant que catholique, cela me gêne et m'attriste.

On voit bien, surtout, à qui sert cette polémique : aux nostalgiques de la chrétienté toute-puissante, des croisades, des guerres de religion, avec moult amalgames du style : "Ah, ils n'auraient pas osé faire cela au Coran".

Bref, je crains que cet épisode, que je veux croire assez mineur, ne montre la stratégie nouvelle de certains milieux qui veulent en découdre. Puissent-ils, avant de se croire les nouveaux croisés, sauveur de la Chrétienté, relire les paroles suivantes : "C'est pourquoi, je vous le dis : Dieu pardonnera aux hommes tout péché, tout blasphème, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas pardonné. Et si quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'homme, cela lui sera pardonné, mais si quelqu'un parle contre l'Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné, ni en ce monde-ci, ni dans le monde à venir." [4]

  1. la photo semble avoir été tirée en forçant sur les tons jaune et rouge, sans explications, il serait difficile d'en dire plus []
  2. plus une autre photo du même auteur qui, elle, n'était en rien blasphématoire []
  3. notons que l'on dit maintenant que l'évêque serait lui-même finalement assez proche du milieu traditionaliste, je n'en sais à vrai dire trop rien []
  4. Ma, 12, 31,32 []