Marchons ensemble !

Rassemblements-charlie-hebdo-Toulouse-720x480Demain, j’irai marcher. Sans casquette. Pas plus celle d’un éventuel parti politique que celle de ma religion. J’irai marcher parce qu’il le faut.

J’irai marcher parce que j’ai besoin de fraternité. Tout simplement. Parce que nous aurons toujours plus besoin de fraternité.

J’irai marcher parce que la France a été attaquée, parce que des compatriotes sont morts. Parce qu’en attaquant et tuant lâchement d’autres citoyens, j’ai été touché moi aussi.

J’irai marcher pour témoigner ma compassion aux familles, aux amis, aux proches. C’est tout ce que je peux faire pour eux. Patrick Pelloux disait hier soir (je cite de mémoire) : « j’espère que le maximum de personnes descendront dans la rue ».

J’irai marcher parce que, par delà toutes les dissensions possibles et inimaginables, c’est une attaque contre les valeurs de notre pays, la France, que j’aime (et comme souvent, quand on aime, on oublie parfois trop de le dire), contre ce vivre ensemble si fragile et qu’il va falloir affermir, sans cesse et sans relâche.

J’irai marcher pour la liberté d’expression, et de pensée, et de croyance, comme un bien inaliénable et que trop de pays briment au-delà de ce qui est pensable.

J’irai marcher parce que je veux envoyer un signal d’unité nationale, de paix et de fermeté aux pourfendeurs de notre démocratie, à l’État Islamique, à Al-Quaïda, à leurs financeurs et commanditaires.

J’irai marcher parce que le monde libre et démocratique nous regarde, parce qu’en ces temps de pessimisme établi, il ne faut pas oublier que ce qui se passe en France a un écho énorme et planétaire (j’ai reçu des messages très touchants de collègues étrangers). Oui, la France compte encore beaucoup et a des choses à dire et proposer au monde.

J’irai marcher. Et vous ?

PS : Inutile de s’appesantir sur les polémiques politiciennes de quelques chefs et sous-chefs de partis politiques. Comme l’a dit le président de la République, dont j’ai apprécié la gestion pendant ces quelques jours terribles, dont je loue sa décision d’avoir décréter un deuil national hier, tous les citoyens peuvent venir. Tous le peuvent, s’ils le veulent.

Je ne suis pas Charlie !

181050drapeau_en_berneJe sais que les mots peuvent être parfois vains. Les miens le seront sans doute. Peu importe.

Précisons d’abord que je n’aimais pas beaucoup Charlie Hebdo, ni son ancêtre Hara-Kiri. J’ai été choqué plus d’une fois par leurs dessins attaquant Dieu, Jésus ou Mahomet. Peut-être uniquement parce que je ne les trouvais pas très drôles.

Je suis évidemment horrifié par le lâche attentat de ce jour funeste. Il y a une semaine la France fêtait la saint Sylvestre, ce soir, elle pleure et elle est effrayée. Jamais, jamais rien ne justifie la violence abjecte qui s’est déployée aujourd’hui. Rien. Absolument rien. Pas même une caricature. Pas même un blasphème.

Je prie ce soir pour les victimes, leurs proches. On parle beaucoup des dessinateurs et des policiers tués, on n’a parlé des autres. Qui ? Une secrétaire ? Une femme de ménage ? Un stagiaire ? A eux aussi, anonymes salariés d’un journal, je pense fortement.

Il est vain et prétentieux de vouloir tirer quelques conclusions que ce soit, mais j’ai envie et besoin de partager quelques bribes avec vous :

  • BHL a parlé de fascistes : oui, Al-Qaïda, EI sont des organisations fascistes et elles veulent imposer leur fascisme là où il n’est pas, c’est-à-dire dans les pays démocratiques ;
  • Comme l’ont dit F. Hollande et N. Sarkozy, et d’autres responsables politiques, l’heure est plus que jamais à l’unité nationale pour défendre les valeurs de la République : ô certes, cette république n’est pas sans défaut, je suis le premier à la critiquer, mais elle donne ce que peu de pays offrent à leurs citoyens : la liberté de penser, de croire, de s’exprimer. Nous avons peut-être trop tendance à l’oublier ;
  • L’intervention de Robert Badinter, au journal de France 2, mettait bien en exergue un des points importants de l’action fomentée par ces terroristes : celle du piège, dans lequel ne manqueront pas tomber certains. Déjà, j’ai lu sur le net, sur Facebook, sur Twitter des réactions (de cathos) désolantes et pitoyables ; et aussi de musulmans dévoyés qui se réjouissaient ; ne leur accordons pas trop d’importance (mais j’attends, c’est vrai, autre chose de la part de personnes se revendiquant de la foi catholique) ;
  • L’intervention, à ce même journal télévisé, du président de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) était très claire, tout comme le communiqué publié sur leur site : les musulmans de France sont horrifiés par cet acte. J’ajouterais qu’ils risquent d’en pâtir;
  • Le gouvernement français, comme tout gouvernement devant faire face au terrorisme, a une lourde tâche et une grande responsabilité. Le risque d’une radicalisation d’une partie de l’électorat est grand et on imagine déjà comment certains vont essayer d’en tirer profit lors des prochaines échéances électorales;
  • J’ai aimé ces beaux rassemblements dans les villes de France (je n’ai malheureusement pu aller à celui place du Capitole), apparemment impressionnant de fraternité silencieuse.

Mais ce soir, j’ai pris conscience de quelque chose que je n’avais pas perçu auparavant. Le courage de ces journalistes et dessinateurs, bêtes et méchants, qui ont continué, malgré les menaces, malgré les pressions, à travailler et à publier leurs dessins, blasphémateurs, féroces ou insolents. Parce qu’ils y croyaient. Parce qu’ils pensaient que c’est ce qu’ils devaient faire [1]. Parce qu’ils croyaient que la liberté d’expression est un bien précieux à ne pas laisser s’éroder. Parce qu’ils voulaient lutter contre toute forme d’obscurantisme.

Ce courage, je ne sais pas si je l’aurais en pareille situation. Je ne suis pas Charlie.

  1. je vous renvoie aux déclarations qu’ils ont pu faire ces dernières années, depuis 2006 et l’affaire des caricatures de Mahomet []

Une société mortifère

L'actualité nous offre, cette semaine, deux tristes exemples de la dérive mortifère de notre société. Le pire, de mon point de vue, est ce sentiment qu'un aveuglement étrange affecte la société : certes, tant de bonnes raisons (la crise bien sûr) expliquent cette apathie intellectuelle, mais, enfin, peut-on accepter ces dérives sans broncher ? Quelle société voulons-nous ? 

 

Dissertons, dissertons, il en restera toujours quelque chose !

Un professeur de français demande à ses élèves de disserter sur le suicide. Pourquoi pas, le champ des questions philosophiques à traiter étant sans limites.

Le sujet, le voici :

"Vous venez d'avoir 18 ans. Vous avez décidé d'en finir avec la vie. Votre décision semble irrévocable. Vous décidez dans un dernier élan de livrer les raisons de votre geste. En dressant votre autoportrait, vous décrivez tout le dégoût que vous avez de vous-même. Votre texte retracera quelques événements de votre vie à l'origine de ce sentiment."

Vous notez que le sujet n'est pas le suicide en général, comme a pu le traiter A. Camus dans la Mythe de Sysiphe par exemple. Non, le sujet, c'est VOTRE suicide. Voyez aussi comme on ne réfléchit pas en termes généraux, préférant tout ramèner à soi : MA liberté, MON désir, MON mariage, MON suicide,  etc. Bref, admettons malgré tout que cela fasse un beau sujet pour des étudiants en prépa littéraire. Sauf que là, les élèves concernés sont en 3e, c'est-à-dire âgés, pour les plus jeunes, de 13 ans. Oui, on demande à des élèves de 3e décrire tout le dégoût qu'ils ont d'eux-mêmes. Quand on sait les difficultés inhérentes à cet âge pour quitter le monde de l'enfance, pour avancer vers l'âge adulte dans une société en manque de repères, pour s'approprier tous les changements du corps, pour faire ses choix d'orientations scolaires, je trouve cela proprement effarant.

L'enseignant a été suspendu temporairement. Déjà des associations de parents expliquent que, finalement, ce n'est pas grave du tout et que l'enseignant est unanimement apprécié. [1]

C'est dingue finalement comme certains refusent d'appliquer le principe de précaution dès qu'il touche à des enfants ou des ados.

 

Sauvons les baleines

En début de semaine, le landernau parisien bien-pensant s'est ému d'une publicité diffusée dans l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur. Cette publicité essaye d'alerter sur la recherche qui sera autorisée prochainement sur les embryons humains. En effet, le Sénat a adopté le projet de loi, et, évidemment, cela s'est fait sans bruit, sans débat national, pourtant prévu par la loi votée en 2011, comme précisé par l'article 46 de la loi n° 2011-814 du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique.  

Cette pub a pourtant deux torts, au point d'avoir suscitée des cris d'orfraie et des revirements dont les bobos sont coutumiers. Son premier tort est d'abord de poser une question qui fâche. L'intelligentsia n'aime pas les questions qui fâchent, elle n'aime qu'on ait un avis différent du sien, elle ne veut pas qu'on lui dise que ce qu'elle veut pour la société n'est pas toujours souhaitable. Oser poser la question du sort réservé aux embryons humains et comparer ce sort aux embryons d'animaux est visiblement tabou. Le second tort de cette publicité est qu'elle provient de la Fondation Jérôme Lejeune qui se bat pour les plus faibles (trisomiques) et qui est contre l'IVG. Et même si cette pub ne cible pas l'IVG, elle a partout été cataloguée comme telle.

Donc, comme des voix éminentes se sont émues, la direction du Nouvel Obs a fait machine arrière. Laurent Joffrin a publié un communiqué croquignolesque dans lequel il explique une erreur de fonctionnement interne – j'imagine que deux ou trois lampistes ont dû morfler – et que cette pub n'est pas en accord avec les valeurs du Nouvel Obs (vous noterez que, fort opportunément, l'intitulé du communiqué parle de pub anti-IVG). Dont acte : l'embryon humain ne fait pas partie des valeurs du Nouvel Obs. Est-ce l'adjectif humain qui est de trop ?

 

La culture de la mort

Cette société ne supporte pas qu'on essaye de défendre la vie, toute la vie, de ses prémisses jusqu'à son terme. Cette société est de plus en plus mortifère, semblant être attirée sans cesse davantage par le tourbillon de la mort. Oh certes, on va se pencher sur l'état de la planète, on stoppe des travaux pour sauver une espèce de grenouilles en voie de disparation, mais dès qu'on parle de défense de la vie, on est ringardisé. [2

Mes amis, ce tourbillon mortifère n'est pas prêt de s'arrêter. Pensez à la délectation de certains quand ils voteront la loi sur l'euthanasie et qui vous expliqueront que vous êtes sans coeur si vous êtes contre !

Ce n'est pas nouveau. En 1995, Jean-Paul II a publié Evangelium Vitae qui reste, plus que jamais, d'une brûlante actulaité :

95. « Conduisez-vous en enfants de lumière… Discernez ce qui plaît au Seigneur, et ne prenez aucune part aux œuvres stériles des ténèbres » (Ep 5, 8.10-11). Dans la situation sociale actuelle, marquée par un affrontement dramatique entre la « culture de la vie » et la « culture de la mort », il faut développer un sens critique aigu, permettant de discerner les vraies valeurs et les besoins authentiques.

 

  1. Pour en savoir plus, vous pouvez lire et []
  2. Évidemment, je n'ai rien contre le fait qu'on se préoccupe de la planète et qu'on soit précautionneux des espèces vivantes : c'est le deux poids deux mesures que je fustige []

Pour Kevin et Sofiane

Je reproduis ici une partie du billet publié par Le Petitchose (@lepetitchose), suite au drame d'Echirolles.

 

Vendredi soir, Kévin, Sofiane et trois amis sortent de chez eux. Ils vont se préparer au mariage de l’un d’eux, le lendemain. Quelques minutes plus tard, dans une rue de la Villeneuve, un quartier de Grenoble tristement célèbre, une quinzaine de jeunes leur ont fondu dessus. 21 coups de couteaux, des coups de barre de fer.

(…)

Si parfois les mots ne peuvent pas traduire beaucoup, les prières le peuvent. Et c’est le genre de soutien dans lequel Aurélie, Steven et leurs proches peuvent puiser. Elle est chrétienne, Kévin était devenu musulman… Aucun croyant n’a d’excuse… Et même ceux qui ne sont pas sûrs qu’un Dieu existe peuvent avoir une pensée.
Honnêtement, je n’ai jamais pensé qu’une prière pouvait le changer le monde et j’utilise parfois le #UDP (#UnionDePriere) à la va-vite. Comme il n’y a que les menhirs qui ne changent pas d’avis, aujourd’hui, à ce moment précis, je sais que cela peut impacter le monde. Leur monde.

(…)

Mardi 2 octobre, au soir, à 18h30, je prierai pour eux et je posterai une photo (je ne sais pas encore laquelle…) sur mon blog avec le hashtag #VagueBlanche et le titre “Pour Kévin et Sofiane”. Je rajouterai un mot de la Bible, ou juste un hashtag #Priere.

Je vous invite à faire de même, ou seulement un tweet, ou seulement une photo sur Twitter, ou seulement un commentaire gentil à la suite de ma photo de demain, ou de ce billet. Mettez moi en cc ou envoyez moi un mail pour me signaler le lien à envoyer à Aurélie.

Je ne sais pas trop comment lancer une chaîne de prière, ni comment c’est sensé marcher. Alors c’est ma façon d’en faire une. Qui L’aime me suive.

 

Merci d'adresser vos commentaires, non pas sur ce blog, mais sur celui du Petitchose.

L’innocence frappée

Hommage aux morts

En premier, une pensée pour ces victimes innocentes, tuées par Mohamed Merah. Une pensée pour leurs proches dont la douleur doit atteindre l'incommensurable. Pour les blessés, dont certains luttent encore pour leur vie. Ils sont et seront encore dans mes prières.

Difficile de ne pas mettre beaucoup d'affectif quand sa fille descend du bus à quelques encablures de la rue de l'école juive attaquée, quand on connait le quartier dont était natif Merah, quand on s'est promené tant de fois dans la désormais tristement célèbre rue du Sergent-Vigné, quand on croise le samedi les membres de la communauté juive du quartier Bonnefoy.

Difficile de ne pas être pris de vertige quand on constate la somme d'enchaînements malheureux qui font que les victimes ont été tuées : un vendeur de moto qui a le malheur d'ajouter à son annonce, sans doute comme gage de sérieux, qu'il est militaire ; trois copains qui vont chercher de l'argent à un distributeur au mauvais moment ; ces enfants et adultes du collège arrivés trop tôt ou trop tard et qui sont pris comme proie de substitution.

La vie peut ne tenir qu'à un fil. Elle ne tient qu'à un fil d'ailleurs.

Dans ce déferlement d'images et de commentaires, un hommage aux morts a plus particulièrement retenu mon attention parce qu'il a été d'une grande sobriété. C'est celui rendu par cette une de Libération.

Il sera toujours temps de revenir sur les éventuelles failles de l'enquête et de l'action menée pour l'attraper, tout comme il sera toujours temps d'en évaluer les conséquences politiques.

 

Des ruptures subies à celles assumées

Deux choses m'ont plus particulièrement interpelé. Dois-je préciser que les lignes qui suivent ne sont pas une tentative d'excuse pour ces actes odieux ? La vérité est que je ne trouve pas d'excuses à un gars qui va tuer froidement des personnes, qui plus est des enfants. Tout au plus on peut chercher des explications. Mais explication ne vaut pas disculpation, que les choses soient donc bien claires.

Une des choses qui m'a étonné, avant de même de connaître l'issue fatale, concerne l'attitude de la mère de M. Merah. Elle est interpelée par la police, on lui explique ce que son fils a fait (ou est présumé avoir fait), qu'il est cerné chez lui, qu'il n'a aucune chance de s'en sortir. On lui propose d'aller lui parler. Et contre toute attente, elle refuse, au prétexte qu'elle n'a, dit-elle, pas d'influence sur lui. J'ai du mal à comprendre. Était-elle dans le coup ou au courant ? Était-elle à ce point résignée, par ce fils multirécidiviste, qu'elle n'a même pas eu envie de lui dire un dernier mot ? Est-ce le dégoût de ses actes odieux qui lui a ôté l'envie de lui parler ?

Il est probable que cela n'aurait changé en rien l'issue fatale. Mais quand même ! ne pas vouloir tenter l'ultime geste qui pourrait, peut-être, modifier le cours des choses !

On apprend aussi que M. Merah n'a pas connu, ou très peu, son père. Que celui-ci est reparti en Algérie, laissant en France sa femme et ses enfants. Qui osera dire les drames engendrés par ces familles éclatées où le peu d'autorité restant vole alors en éclat à la première rebuffade ? Est-ce que cette société, qui promeut la satisfaction personnelle avant l'accomplissement de ses devoirs, saura se remettre en question ?

Certes, tous les enfants qui n'ont pas connu de père ne deviennent pas des tueurs en série. Et on doit sans doute trouver des assassins ayant eu une enfance choyée. Mais on sait – le père Guy Gilbert l'a écrit maintes et maintes fois dans ces livres – les ravages que peuvent faire ces blessures d'enfance.

Un dernier mot. Aujourd'hui avait lieu un rassemblement, place du Capitole à Toulouse. Une belle banderole avait été déployée sur laquelle était inscrit : "Vivre ensemble :  égalité, pluralité, dignité".

Ne trouvez-vous qu'il manque un mot ? Celui qui est au frontispice de chaque mairie ?

C'est le mot "Fraternité".

 


Addenda du 24 mars 2012

Un article intéressant, intitulé "Pas de père, pas de repère", a été publié sur Rue89 : je n'en avais pas connaissance au moment où j'ai écrit ce billet. C'est à lire ici.

La Dépêche donne une première réaction de la mère de M. Merah, par l'entremise de son avocat : à lire ici, cela répond à une partie de mes interrogations la concernant.

 

La vie amoureuse des prêtres

J'ai vu hier soir l'émission diffusée le mardi 6 mars 2012 sur France 2, intitulée "La vie amoureuse des prêtres" [1]. Compte tenu du résumé fait par Telerama, je craignais le pire, tant on peut dire tout et n'importe quoi sur l'Église.

A l'aune de cette crainte, j'ai été plutôt agréablement surpris par ce documentaire, moins revendicatif et plus pondéré qu'annoncé. Car si ce documentaire avait pour but de dénoncer cette règle "anachronique" du célibat des prêtres, elle a manqué son but selon moi. Car elle ne démontre rien sur le fond.

La règle du célibat

Un historien (ou spécialiste de l'histoire de l'Église) a expliqué que cette règle a été instituée vers l'an 1000, avant pour des questions bassement financières : sans descendance, plus d'héritage à partager, l'Église pouvant alors récupérer facilement les biens. Je ne suis pas spécialiste de cette question, mais j'ai tout de même le sentiment que c'est un peu court.

Que lit-on dans les évangiles ? Que si Pierre et d'autres apôtres étaient mariés, ils ont tout quitté pour suivre Jésus. Si l'on relit les épîtres de saint Paul, on voit bien que rapidement l'idée du célibat s'est imposée pour ceux qui voulaient vraiment suivre Jésus. Et aujourd'hui encore, puisque l'on cite souvent en exemple les orthodoxes qui acceptent le mariage des prêtres, il faut dire précisément ce qu'il en est : les orthodoxes acceptent l'ordination d'hommes mariés ; mais si un homme s'engage dans la prêtrise en étant célibataire, il ne peut ensuite se marier ; de plus, ne peuvent ordonné évêques que les prêtres non mariés.

Je comprends pour ma part, moi le laïc marié, la règle du célibat assez simplement. Suivre le Christ, se donner à Lui, décider d'être le pasteur qui guide les brebis, parfois égarées, suppose une disponibilité de tout instant. Or les attaches et les responsabilités familiales me semblent trop contraignantes pour être pleinement au service des autres. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : être au service des autres, c'est d'abord être libre de toute entrave, et c'est aussi renoncer à soi-même. Comme un des intervenants le dit, Jésus serait-il allé au bout de son amour, qui l'a mené sur la Croix, s'il avait eu femme et enfants ?

Les témoignages

Le documentaire suit 3 hommes : deux d'entre eux sont des prêtres ayant décidé de vivre en couple, l'un après 30 ans de liaison cachée, l'autre après trois ans ; le troisième est un séminariste ordonné prêtre.

Les témoignages de ces trois hommes – et des deux compagnes – sont émouvants, car profondément humain. Et tout ce qui est humain ne doit pas être ignoré. Je retiens de ces témoignages les éléments suivants.

D'abord, un témoignage, aussi touchant qu'il soit, ne doit pas nous faire oublier que l'affectivité ne doit pas passer par-dessus tout le reste. Il est bien sûr poignant de voir l'émotion de ces prêtres ayant décidé, probablement non sans un grand déchirement intérieur, de renoncer à cette règle du célibat.

Comme l'a rappelé le séminariste, dont on voit l'ordination dans la cathédrale d'Orléans, c'est un engagement libre qui est fait par le futur prêtre, après de longues années de formation et de discernement. Personne n'est forcé, personne n'est contraint, les règles sont connues à l'avance.

Bien sûr, cette règle du célibat impose d'elle-même des difficultés, comme tout renoncement. Ceux qui essayent de vivre, en ce temps de carême, des renoncements savent que ce n'est pas facile. Le célibat, en ce qu'il est un renoncement à une certaine forme de vie affective [2], est difficile, sans nul doute. Et j'imagine que dans la vie d'un prêtre il y a des hauts et des bas. Comme il y en a dans la vie de couple.

On reproche à l'Église son inflexibilité. Mais comme le dit dans le reportage Mgr Potdevin, porte-parole de la Conférence des Evêques de France, l'Église doit assurer la cohérence du choix (tout en essayant de traiter chaque cas avec humanité, bien sûr). Nul n'est forcé de s'engager. Mgr Podvin  résume bien la difficulté d'acceptation, par la société de cette règle du célibat : parce qu'elle est, dit-il, un "signe de contradiction".

Que retenir alors de ce documentaire ?

Je n'ai pas eu le sentiment, en écoutant leur témoignage, que le choix de ces prêtres ayant décidé de s'engager dans la vie conjugale, les rendait pleinement heureux. C'est bien sûr présomptueux de ma part d'en déduire cela, je ne suis pas dans l'intimité de leur coeur. Mais finalement, le témoignage de Kilien, emprunt d'une certaine tristesse, encore tourné vers le passé ("Je ne vais pas passer Noël avec mes paroissiens") laisse à penser que changer de chemin en cours de route n'est pas forcément le gage d'une vie épanouie. N'y a-t-il pas plus de joie à lutter et vaincre la tentation de renoncer au renoncement ?

  1. Ce documentaire est visible sur le site Pluzz de FranceTV pour une période que je ne connais pas []
  2. Dieu merci, une vie affective bien remplie ne se conçoit pas uniquement dans le mariage []