Le scandale de la pédophilie dans l’Église

La récente émission « Cash Investigation » a remis en lumière le scandale de la pédophilie dans l’Église. Oui, il s’agit d’un scandale et, oui, l’Église n’en a pas encore fini avec ce scandale. J’ai relu ce billet de 2010, et j’ai malheureusement le sentiment que peu de progrès ont été accomplis…

Tordons d’abord le coup aux critiques concernant le format de l’émission elle-même. Oui, le ton est parfois, trop souvent même, arrogant. Oui, la façon qu’a Élise Lucet de demander des comptes en 2 secondes, sur des dossiers éminemment complexes, est agaçante. Oui, il y a un petit côté « procureur » de la part des journalistes dont on sent bien qu’ils aimeraient rendre la justice, là, tout de suite. Oui, on sent bien que le montage de l’émission est parfois à charge. Oui, tout cela est vrai et tout cela est agaçant.

Mais cela pèse-t-il devant les faits rapportés ? La forme de l’émission est peut-être à revoir, mais est-ce une raison pour persévérer dans le déni de la pédophilie au sein de L’Église ?

La pédophilie, une faute immense

L’Église, on le sait, n’est pas parfaite. Les prêtres sont des hommes, et donc des hommes faillibles. Oui, l’Église prône le pardon et la miséricorde. Malheureusement, de tout cela, je vois surtout un amalgame indigeste et répugnant : Indigeste pour la grande majorité des catholiques, répugnants pour les victimes.

Alors reprenons dans l’ordre.

La faute vient évidemment d’abord de celui qui viole (et les attouchements entrent dans la catégorie « viol »). On ne pourra sans doute jamais éviter ce genre de déviance au sein de l’Église. Une meilleure formation et un meilleur discernement doivent permettre de limiter en nombre le nombre de prêtres ayant ces penchants, mais il y en aura toujours qui passeront les mailles du filet, ne soyons pas naïfs. Par contre, il est inadmissible que, dans la hiérarchie, certains fassent tout pour camoufler, étouffer, au nom du pardon et de la deuxième chance. Cette façon de faire est révoltante et manque gravement à la justice : en étouffant une affaire, on renvoie l’agresseur et l’agressé dos à dos, ce qui est bien peu miséricordieux. Donner systématiquement la priorité au prêtre, à son image, à l’image de l’institution, sont autant de crachats lancés à la face des victimes qui, elles, n’ont finalement.pour seule voie que celle du silence.

Le reportage a démontré, de façon convaincante, les transferts de prêtres dans d’autres diocèses et dans d’autres pays afin de les soustraire à la justice. Là aussi, quelle honte !

A l’argument du « ce sont des hommes, ils sont donc faillibles », une seule réponse : la justice des hommes doit alors s’appliquer sans sourciller et je ne vois aucune raison qui justifierait de s’y soustraire.

La miséricorde et la pardon. Oui, l’Église s’honore, à la suite de Jésus et du message évangélique, de mettre en avant la miséricorde et le pardon. Mais de grâce, arrêtons de dévoyer ces 2 principes. La miséricorde doit d’abord, et en premier lieu, s’adresser aux victimes. En contribuant à nier les faits, à camoufler, à étouffer, agit-on comme le Christ le souhaiterait ? Le pardon doit d’abord être demandé aux victimes : « Pardon, mille fois pardon, qu’en notre sein vous ayez eu à subir l’infâme ! ».

Faut-il alors, comme le voudrait certains, que la miséricorde et le pardon ne s’appliquent pas aux fautifs ? Bien sûr que non. Oui, le prêtre pédophile a droit, lui aussi, à être pardonné et à recevoir la miséricorde de Dieu et des hommes. Mais est-ce vraiment lui rendre service que de le soustraire à la justice en le transférant d’Afrique en Italie, ou de France vers l’Argentine ? Dans le reportage, on voyait 2 journalistes annoncer à un prêtre pédophile, « planqué » dans une maison religieuse, qu’une de ses victimes africaines s’était suicidée… Dites-moi où est la miséricorde dans ce cas ? J’ai pour ma part du mal à la voir.

Reste le besoin, comme cela a été dit dans le reportage, de ne pas laisser dans la nature des gens dont la perversité s’est déjà manifestée. La responsabilité suppose donc une étroite coopération entre la justice civile et l’institution ecclésiale.

Lutte contre la pédophilie, tout reste à faire

Nous, catholiques, ne nous voilons pas la face. Il reste un travail énorme au sein de l’Église pour que, plus jamais, on puisse dire qu’Elle protège les violeurs d’enfants. La pédophilie est une abjection. Camoufler des faits pédophiles est une autre abjection. Comment l’Église qui peut (ou a pu) avoir un discours « moraliste » sur les mœurs a-t-elle pu faire preuve de tant de mansuétude envers les prêtres pédophiles ? Corporatisme malsain ? Refus de la justice des hommes ? Incompréhension de la gravité de la faute ? Cela reste un mystère pour moi.

En préambule, je disais que peu de progrès ont été accomplis. C’est injuste. Une lente prise de conscience émerge peu à peu. On trouve une page dédiée sur le site de l’Église Catholique en France. Mgr Barbarin a demandé publiquement pardon pour ses fautes en tant que responsable. Pour ce qui est du diocèse de Toulouse, une cellule d’écoute pour les victimes ou les témoins a été récemment mise en place. Ces cellules d’écoute, mise en place dans de nombreux diocèses, semblent commencer à porter du fruit, comme en témoigne cet article.

Mais c’est encore, malheureusement, insuffisant et, semble-t-il, encore bien peu répandu dans d’autres pays ou continents.

Anti-système

emprunté au site LE CH’TI BETHUNOIS

J‘ai commencé ce billet avant que n’éclate ce qu’on appelle le #PénélopeGate, mais qui est avant tout un #FillonGate. Difficile d’éluder cette affaire qui jette, une fois de plus, une ombre destructrice sur la démocratie française et ses mœurs ; j’y reviens donc en fin de billet.

Etre dans le système et se dire anti-système

Il est de bon ton aujourd’hui, cela semble même être une mode dans le discours politique, de se revendiquer « anti-système ». Comme si cette martingale répétée et répétée servait à la fois à rallier le plus grand nombre et de programme politique. Or si cette posture a effectivement un écho certain d’un point électoral, on est évidemment loin du compte quand il s’agit, pour toute ligne politique d’être anti-système. Et alors que ce discours était essentiellement l’apanage des extrêmes, voilà que les partis non extrémistes s’y adonnent aussi.

Il y a déjà, originellement, un mensonge éhonté car la plupart des hommes politiques qui tiennent ce discours fait partie du système. Intégralement. Ils en ont profité et profitent toujours de ce système, pourtant subitement tant décrié. Est-ce parce que face au FN, qui tient ce discours depuis longtemps [1], on ne sait rien opposer ?

Le discours « anti-système » est porté par des personnalités de premier plan, dont certaines ont accédé au pouvoir, d’autres en sont proches. Quelques exemples.

Donald Trump anti-système ? Lui le milliardaire aux multiples sociétés, lui l’homme des médias ?

Emmanuel Macron anti-système ? Lui, l’ancien élève de l’ENA, l’ancien inspecteur des Finances, l’ancien banquier d’affaires de chez Rostchild & Cie, l’ancien ministre de l’Économie ?

François Fillon anti-système ? Lui, le député élu depuis 1981, lui plusieurs fois ministre, lui le Premier Ministre le plus longtemps resté à Matignon après Georges Pompidou ?

Marine Le Pen anti-système ? Elle, la fille de millionnaire, elle ayant passé sa jeunesse à Saint-Cloud, banlieue chic s’il en est, dans le « château » de Montretout ?

On pourrait en citer d’autres, je me restreins aux plus éminents actuellement. Mais ces quelques exemples suffisent à montrer la duperie intellectuelle sous-jacente à ce discours « anti-système ».

Une crédibibilité bien défaillante

On imagine bien les divers conseillers en communication peaufinant l’argumentaire en fonction des parts de marché « accessibles » et retombant invariablement sur ce leitmotiv : « Vas-y coco, présent-toi comme anti-système, c’est ce que le bon peuple attend ! ». Le bon peuple ! Celui dont on ne se préoccupe vraiment qu’une fois tous les 5 ans. Et celui, malheureusement, qui croit à ce discours « anti-système » comme on croit à un remède miracle pour tous les problèmes qui l’assaillent.

Alors que faudrait-il pour que ce discours anti-système soit un tant soit peu crédible ? J’imagine qu’on peut vivre et travailler sous les ors de la République et avoir un vrai souci du bien commun. Même si cela est probablement plus difficile. Tout comme Jésus a annoncé qu’il était plus difficile aux riches d’entrer dans le Royaume des Cieux. Non pas impossible, mais plus difficile.

Mais épouser la cause du peuple contre les élites supposerait de vivre ce que le peuple vit et je commencerais à donner quelque crédit à ce discours « anti-système » le jour où ces messieurs/dames passeront des heures dans les transports en commun pour rejoindre un travail qui leur permet à peine de quoi vivre, quand ils connaîtront le stress des rendez-vous à Pôle Emploi, quand ils sauront ce que c’est qu’une fin de mois qui commencent le 20, voire même avant, quand ils vivront la galère des gardes d’enfants, quand ils renonceront encore une fois cette année à partir en vacances parce que la voiture les a lâchés et qu’il leur est impossible de la remplacer.

Quand ils se heurteront vraiment au système et non pas quand ils en profitent.

Je ne suis pas dupe du populisme étriqué qui feint de croire que tout se résoudrait parce que les politiques vivraient en banlieue, prendraient les transports en commun ou payeraient leurs factures de téléphone. Non bien sûr, mais je ne suis pas dupe non plus de ce gouffre qui les séparent d’une vie « normale », celle que vivent peu ou prou la quasi-totalité des Français.

La vie des Français les indiffère-t-elle à ce point ? Seul l’accès au pouvoir – et son corollaire : s’y maintenir – semble compter. Et ce pouvoir, si attractif déjà par lui-même, offre tant d’avantages, tant d’à-côté, qu’on comprend sans difficulté la volonté d’y perdurer et d’en profiter.

Le cas Fillon

Venons-en au cas Fillon. Plus je lis ce qu’en dit la presse, plus je l’entends lui, plus j’entends ses soutiens (ô combien maladroits), et moins je lui trouve d’excuses. Bien sûr, évitons la naïveté de croire que cette affaire est fortuite. Elle ne l’est pas, c’est évident [2]. Évitons aussi la naïveté de penser qu’il est un cas isolé et que la démocratie française sera propre lorsque le cas Fillon sera réglé judiciairement, d’une manière ou d’une autre.

Mais là n’est pas l’important. L’important, à mes yeux, est le manque d’éthique – quand bien même tout ce qui lui est reproché serait légal – et cette façon de profiter du … système. Pleinement. Sûrement. Méthodiquement.

Est-ce là les valeurs chrétiennes qu’il prétend être au cœur de son engagement ? Fillon a commis 3 fautes majeures : 1) s’être servi de ses mandats publics (encore une fois, quand bien même ce serait légal), 2) avoir mis au cœur de son discours l’antienne « anti-système », et 3) avoir mis en avant sa probité et son intégrité, découlant de ses valeurs chrétiennes. Ses adversaires n’en demandaient pas tant.

La probité et l’intégrité sont des valeurs essentielles. Encore plus quand on met les valeurs chrétiennes au cœur de son engagement. La France aurait beaucoup à apprendre des pays du Nord de l’Europe dans lesquels la moindre déviation aux règles établies vaut une mise à l’écart de la vie publique. Combien de ministres ont dû démissionner pour avoir utilisé leur carte bancaire du ministère pour des achats personnels ? Pourquoi est-ce inimaginable en France ?

Servir, et non être servi, voilà ce qui serait un engagement à contre-courant et, pour le coup, véritablement anti-système. La vie démocratique française, dans ce qu’elle a montré ces dernières décennies, n’en prend malheureusement pas le chemin.

  1. la fameuse bande des quatre []
  2. Et la rapidité de l’instruction judiciaire tend à le démontrer []

Du football et des hommes

drapeau_FranceL’Euro2016 s’est donc achevé. Un mois de foot et de fête pour oublier les tracas du quotidien et se retrouver autour de 11 types qui tapent dans un ballon. Minable, n’est-ce pas ? Comment ces Français, veules et lâches, peuvent-ils se passionner pour des milliardaires en shorts flottants, maillots serrés et chaussettes hautes alors que la France – et l’Europe, et le Monde – est accablée de problèmes et agonise lentement sous les poids conjugués du terrorisme, du chômage, des déficits, des communautarismes, et cetera, et cetera.

Je suis de ces Français veules et lâches, un tantinet abrutis, qui aiment le football. Que voulez-vous, on ne se refait pas ! Et qui trouve, accessoirement, que le football peut avoir des vertus collectives et sociétales.

***

J’aime le foot depuis que j’ai… Tiens, je ne sais plus trop, mais je devais avoir 10 ans quand le virus m’a pris. En pleine fièvre verte, vous savez, cette maladie étrange qui faisait chanter sous la douche : « Qui c’est les plus forts, évidemment, c’est les Verts ». C’est la fameuse épopée [1] de l’équipe de Saint-Etienne, vrai vainqueur de la fameuse finale à Glasgow. Ma grand-mère nous avait tricoté, à mon frère et moi, un chandail, vert bien sûr, avec marqué dessus : « allez les Verts ». Je passais mes récréations de primaire à jouer au foot, mes temps libres à jouer au foot. Le but de Bathenay – cette roquette – contre Liverpool, cela reste encore le but parfait : prise de balle, élégance de la course d’élan, frappe pure, puissante et précise. Ce but a hanté mes nuits, ainsi que la défaite inexplicable qui s’en est suivi. L’épopée des Verts s’arrêtait là. Je ne pensais qu’au foot. Je me rappelle, en 5ème, du prof de dessin désespéré, alors qu’il nous avait donné un travail libre à faire dans l’heure de cours, et alors que j’avais dessiné une nouvelle fois un terrain de football, me demander d’une colère retenue si il y avait quelque chose d’autre dans ma vie que le foot !

Autre chose ? Oui, bien sûr. J’allais au caté, j’étais un élève plutôt studieux. Mais le foot avait une place prépondérante. Il la gardera longtemps. Tout était occasion de jouer. Devant le Parc des Princes où les barrières mobiles nous servaient de buts, sur le terrain vague à côté de chez ma grand-mère où nous avions bricolé des cages (mais sans filets !), sur un bout de trottoir, dans le petit couloir de notre appartement avec une balle en mousse.

1982. La merveilleuse équipe brésilienne qui aurait dû être sacrée champion du monde ! J’étais ébloui. Adieu Socratès, adieu Zico, adieu Falcão, adieu Eder. 1982. Séville. La bande à Platini, les buts de Giresse, de Trésor, l’assassinat de Battiston, la tristesse de Bossis. Nostalgie quand tu nous tiens ! On cite souvent les mots de Camus qui liait morale et football [2] : quel autre match que celui de Séville illustre mieux ce propos ?

1982, c’est une France qui commençait à oublier l’épopée de 1958, qui commençait à s’enfoncer lentement, mais inexorablement dans le chômage de masse, les plans d’austérité, les crises à répétition. Mais 1982 fut la révélation d’un peuple qui ne peut être battu qu’avec panache. Comme les Verts en 1976.

1986 fut une autre désillusion. Après un match d’anthologie contre le Brésil, la France s’est heurtée une nouvelle fois au mur allemand. Quel rêve avions-nous ? Aucun autre que de nous venger de 1982. Autant nous étions sortis le vrai vainqueur de la demi-finale perdue de Séville, drapé dans les draps de l’honneur et de l’injustice, autant 1986 laissa un goût amer. Une humiliation. Incapable de réparer l’affront. Alors bien sûr, il y eut entre les 2 la victoire de 1984 avec un Platini étincelant. La France avait enfin un palmarès en football. Mais cela ne suffit pas. L’Allemagne était une obsession.

Et puis, 12 ans plus tard, ce fut l’exultation de la victoire, enfin la France se rangeait du côté des vainqueurs et gagnait le titre suprême. Oh que ce fut dur ! On ne retient que le fameux 3-0 de la finale, mais on oublie les 2 buts improbables de Thuram en demi, la victoire aux pénalties en quart contre l’Italie, le but en or en huitième contre le Paraguay. D’un rien, l’équipe de France aurait pu sortir par la petite porte. Le destin, encore. Celui d’un peuple qui avait enfin conjuré le sort. Pas tout à fait en fait : pour cela, il aurait fallu rencontrer l’Allemagne pour laver l’affront…

Je passe sur la victoire un brin chanceuse de 2000 contre l’Italie, le coup de boule de Zidane en 2006, l’humiliation de 2010, et la malédiction allemande – encore elle – de 2014.

2016, la France a perdu. Ou disons plutôt qu’elle n’a pas gagné. Non pas contre plus fort qu’elle, mais ça, c’est le foot. Toujours, en tout lieu, le plus fort ne gagne pas forcément. Beauté du sport diront certains. Injustice diront d’autres. Peu importe. Le résultat est accessoire.

***

L’important, c’est ce sentiment qui unit un peuple à son équipe. Et par là même à son drapeau. Car le football, malgré l’argent qui coule à flot, reste un sport populaire. Qu’on peut pratiquer dans un bidonville, avec un ballon crevé, sur un trottoir éventré. Où l’on rencontre des gens de peu, vrais passionnés, dans les travées, celles derrière les buts, pas derrière les vitrines des VIPs. Le football n’a pas l’apanage de l’exaltation du sentiment patriotique : le rugby, les athlètes aux JO, timidement le basket ou le handball, jouent, de temps en temps ce rôle. Mais précisément parce qu’il est populaire, le football cristallise et porte ce sentiment plus haut que les autres.

J’entends déjà les ricanements qui dénonceront cette association. Quoi, le foot exalterait le sentiment patriotique ? Oui. Quoi d’autre le pourrait d’ailleurs, à une telle échelle, c’est-à-dire celle d’un pays entier ? Je ne vois pas, sinon un conflit armé avec nos voisins. On peut le regretter, mais le football offre des moments d’union nationale comme peu en offre.

Quand la solidarité nationale s’effrite, quand l’individualisme progresse partout, quand la morosité gangrène la société par petits bouts, le football reste un des derniers ciments : les gens se (re)parlent, se voient, organisent des BBQ-télé-match, exultent et pleurent ensemble. Ils sont ensemble et cela n’est pas négligeable.

2016, ce fut des joueurs, non pas parmi les plus talentueux (on cherche encore le Platini ou le Zidane dans cette génération), mais qui ont su jouer en équipe, être solidaires, faire preuve d’humilité, se rendre disponibles, être souriants. Oui, le mérite de Didier Deschamps n’est pas mince : avoir réussi à créer un groupe, un vrai, qu’on avait du plaisir à encourager.

Alors, bien sûr, ce n’est que du foot. Je sais qu’il y a des choses mille fois plus importantes. Je sais, je sais.

Mais au moins, pour 2016, on pourra dire, et on ne l’oubliera pas de sitôt : la France a enfin battu l’Allemagne en compétition officielle !

  1. voir l’excellent blog de Thierry Clémenceau qui a retracé semaine après semaine la fameuse saison 1975-1976 []
  2. en réalité, la citation exacte est : « Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités. » []

Assumer la solidarité ou le modèle français en question

19/03/2003 11:50 - La France et l'Europe occidentale - satellite Terra

La France est-elle solidaire ?

La France, autoproclamée pays des droits de l’Homme, devrait s’enorgueillir d’être toujours à la pointe de la solidarité, nationale, mais aussi internationale. Las ! Aujourd’hui, ce ne sont que frilosité et repli sur soi qui prévalent.

La France est un pays solidaire : le système de retraite est par répartition, notre sécurité sociale permet à chacun de pouvoir être soigné dans les meilleures conditions, notre État fonctionne plutôt bien par le biais des différentes administrations et de leurs employés (pourtant si décriés). Cette solidarité nationale, où les plus aisés payent pour ceux qui n’en ont pas les moyens, suppose un Etat fort et très présent et, surtout, d’assurer la rentrée des fonds : les impôts et les taxes diverses et variées sont là pour ça.

Ce système connait des ratés. Les impôts, qu’on ne peut augmenter indéfiniment, ne suffisent plus à résorber les déficits chroniques de l’assurance-chômage ou de la sécurité sociale. Beaucoup, constatent que les services publics fonctionnent moins bien, que la santé coûte de plus en plus cher et l’accès aux soins devient de plus en plus inégalitaire (voir par exemple ces dossiers, ici et ),  que les personnels hospitaliers croulent sous le travail, au détriment des patients, que le système scolaire patine, etc, etc.

Ces services publics, pour continuer d’être rendus, doivent être améliorés, c’est une évidence, et personne n’est choqué que l’État cherche à mieux organiser ses administrations et à les rendre plus efficaces. Mais il est de bon ton de fustiger une inefficacité quasi-consubstancielle de ces services publics que d’aucuns aimeraient voir remplacer par des services rendus au public, opérés par des prestataires privés. Il n’est qu’à voir les candidats à la primaire LR qui annonce des réductions drastiques du nombre de fonctionnaires [1]. Ce détricotage du service public, lent, mais semble-t-il inéluctable, ne va pas sans poser la question du modèle français.

Quelle(s) solidarité(s) voulons-nous en France ?

Que voulons-nous ? Quelles sont les valeurs que la France veut mettre en oeuvre (quoiqu’il en coûte allais-je ajouter) ? Je précise d’emblée que ces valeurs ne sont, selon moi, ni de gauche, ni de droite, mais qu’elles doivent être clairement au-delà de ce partisianisme de la classe politique. Que les Français disent quelles valeurs leur semblent essentielles ! Quels doivent être les fondements de la société dans laquelle nous voulons vivre ? Ensuite viendra le temps de la mise en pratique au niveau politique et économique ! Mais en ce moment, j’ai le sentiment d’une perte complète de repères, principalement parce qu’il n’y a plus de cap. La France me parait ressembler à un bateau ivre, courant après son passé, ne sachant dessiner son avenir, incapable de faire des choix clairs, n’hésitant pas à renier un jour ce qu’elle a décidé la veille.

Au nom des équilibres budgétaires, au nom des règles de l’Union européenne [2], il faut faire des économies, c’est-à-dire réduire les dépenses publiques. Donc, in fine, réduire la solidarité nationale qui s’effiloche donc au fil des ans.

Mais dans une sorte de schizophrénie assez classique, la France veut tout et son contraire. Elle veut garder son modèle social, mais sans en assumer les dépenses afférentes. Elle veut plus de policiers, plus de médecins et d’infirmières, plus de professeurs, sans que cela ne coûte plus. Elle veut le beurre et l’argent du beurre. Et puis, parce qu’il faut encore et toujours chercher chez l’autre ce qui ne va pas, elle se met à pointer ses mauvais citoyens : ceux qui ne lui rapportent pas assez et ceux qui lui coûtent trop.

C’est sans doute le drame du quinquennat de François Hollande : avoir fait croire à un renouveau d’un État social fort et omnipotent alors que les règles budgétaires évoquées plus haut ne le permettent pas. Tout comme Nicolas Sarkozy promit un libéralisme à la française qu’il fut incapable de mettre en oeuvre [3]. La question des choix de sociétés se pose enfin : il me semble, par exemple, qu’on trouve toujours de l’argent pour aller faire la guerre [4] ou pour renflouer la filière nucléaire, mais qu’avoir une vraie politique sociale est toujours vue sous l’angle des dépenses à engager.

Poser la question de la solidarité nationale, c’est donc, évidemment, poser la question de son financement. Qui veut qu’on augmente les impôts ? Personne ou presque. Comme l’axiome entendu mille fois, d’ailleurs presque autant au PS que chez LR, veut qu’il soit inenvisageable d’envisager une quelconque hausse des impôts ou des taxes, il n’y a pas de réelles alternatives. L’individualisme prend alors le dessus. Et puis pourquoi irais-je payer (plus) pour que d’autres en bénéficient ? Voilà aussi ce délitement national où chacun voit en l’autre la cause du mal français.

Définir un cap !

Alors que faudrait-il faire ? Je n’ai évidemment pas de réponses techniques, et sans doute n’y en a-t-il pas de simples. Mais avant de décider des politiques à mettre en oeuvre, il me semblerait opportun de (re)poser la question suivante : « quelle France voulons-nous pour les prochaines décennies ? » Un succédané des politiques (ultra-) libérales qui décrète que la loi du plus fort prévaut [5] ou bien une vraie politique solidaire, mais qui coûte cher et qu’il faut donc financer par l’impôt ?

Qu’on demande clairement aux Français quel modèle veulent-ils ? Un modèle du type anglo-saxon (pardon pour le raccourci) où, certes, le taux de chômage est faible, mais au prix d’un accroissement des inégalités et de la pauvreté, ou bien un système plutôt mis en oeuvre dans le Nord de l’Europe, solidaire et protecteur, mais dont le coût est assumé par tous.

À force de ne pas choisir, on tâtonne, on avance d’un pas puis on recule de deux, on veut tout et son contraire, on se renie soi-même.

J‘aime mon pays, mais je me désole de voir l’incurie de la classe politique depuis de nombreuses années. Je me désole de voir les Français se recroqueviller sur eux-mêmes, de moins en moins capable de s’ouvrir à la générosité nationale ou à la solidarité internationale. Par exemple, la France ergote, en ce moment même, pour ne recevoir que 30 000 réfugiés venus d’Irak ou de Syrie. 30 000 ! Quand l’Allemagne en a reçu déjà près d’un million ! Peut-être que Mme Merkel va en payer un lourd prix électoral, mais elle aura porté haut l’honneur de l’Allemagne. La France, sous prétexte de ne pas faire monter l’extrême droite, se renie.

Et à force de se renier et de se recroqueviller, j’ai bien peur que notre beau pays ne soit plus que l’ombre de lui-même…

  1. N. Sarkozy a annoncé vouloir 300.000 suppressions de postes, F. Fillon, pour ne pas être en reste, veut 500.000 suppressions []
  2. Et de grâce, arrêtons d’accuser l’Europe de tous les maux, la France a choisi en connaissance de cause d’être dans cette Union et elle a largement contribué à en faire ce qu’elle est aujourd’hui []
  3. Et c’est sans doute mieux d’ailleurs []
  4. Sans que cela ne remette en cause la légitimité de l’action militaire voulue []
  5. Cela est dit de manière plus subtile, mais cela revient à cela in fine []

La tentation de l’extrême-droite

logo_FNIl est probable que le FN fera un gros score lors des élections régionales des 6 et 13 décembre 2015. Il est aussi probable que Marine Le Pen sera présente au second tour des élections présidentielles de 2017. Il l’est sans doute moins qu’elle puisse – en cas d’élection – réunir une majorité à l’Assemblée Nationale. Sauf en cas d’événements majeurs venant chambouler les équilibres politiques actuels. Ce pourrait être le cas si une série d’attentats avait lieu dans les semaines ou mois précédents l’élection.

Faut-il s’étonner de cette montée du FN, qui semble inéluctable, malgré un ralentissement lors de l’élection de 2007 ? Non, il n’y a aucun étonnement à avoir, tant on a l’impression que l’attitude des politiques et les événements semblent donner raison au FN.

La peur et l’insécurité

Aujourd’hui, la nation se trouve à une sorte de croisée de chemin. La situation économique est morose, le chômage atteint un niveau rarement vu en France et il n’est même pas dit que le gouvernement parviendra à inverser la courbe d’ici 2017 (il est évidemment illusoire de penser que le chômage puisse revenir à des niveaux acceptables). Le modèle français est attaqué, et attaqué de l’intérieur. Ce serait finalement plus simple si les terroristes ne venaient que de l’extérieur, d’un ennemi que nous pourrions nommer sans peine. Mais cet ennemi a des relais intérieurs, ce sont aussi des Français qui perpétuent ces attaques. La situation dans les banlieues – bien loin d’être en réalité ce qu’on en dit – donne du grain à moudre au discours du FN.

On ne va pas chercher d’excuses. Être au chômage ou être d’un quartier défavorisé ne justifie pas de devenir un terroriste. Il y a suffisamment de belles histoires de personnes qui viennent de ces quartiers et qui réussissent (non, je ne parle pas de Karim Benzema) pour ne pas jeter l’opprobre sur des quartiers entiers. Mais enfin, comme imaginer un seul instant d’avoir une société apaisée quand de tels différentiels existent ? Quand les plus riches deviennent toujours plus riches ? Quand les plus pauvres souffrent toujours plus ?

J’en veux à ces gouvernements successifs qui, depuis les années 70, ont laissé pourrir la situation. Qui ont accepté la dégradation des habitations et des lieux publics. Qui ont accepté que les voyous fassent la loi dans ces quartiers, que des réseaux de trafic en tout genre (drogue, prostitution, armes de guerre,…) prospèrent en quasi impunité. Qui ont accepté que des milliers de personnes vivent dans la peur quotidienne.

Le FN a commencé à gagner du terrain avec ces gens-là, ces laissés pour compte de la République à qui on expliquait que la mixité sociale, c’était vachement bien (mais qui restaient bien au chaud des beaux quartiers), qu’il ne fallait pas exagérer, qu’on irait ouvrir bientôt une bibliothèque parce que, comprenez-vous, la culture rassemble les hommes. Mais bon sang, comment a-t-on pu croire une minute que ces solutions puissent être efficaces ? Bien sûr que la culture est importante – je peste d’ailleurs assez contre l’inculture de la majorité de la classe politique actuelle – mais encore faut-il pouvoir aller à cette bibliothèque sans danger, et sans peur.

Car ce sont ces sentiments de peur et d’insécurité – avérés ou non – qui se sont insinués partout.

J’habite près du quartier des Izards, quartier difficile, tristement connu pour être celui de M. Merah. Il y a là, entre des barres d’immeubles, ce qu’on peut appeler une place, avec une bibliothèque, le bureau de poste et la station de métro. Anciennement il y avait là un poste de police locale (fermé en 2007 par Sarkozy). Plusieurs réseaux de drogue ont été démantelés, des labos clandestins aussi; ces derniers mois, des règlements de compte ont fait 3 morts. Rien de grave, on peut y aller la journée, sans problème. Mais il y a des guetteurs au pied des immeubles, on voit des jeunes parader en voiture rutilante. Bref, un quartier difficile comme tant d’autres. Mes voisins n’ont de cesse de fustiger cette « racaille », mettant dans le même sac d’authentiques voyous et des braves gens. Je les (mes voisins) soupçonne de voter FN.

Le vote FN

Il me semble que le vote FN se nourrit de deux effets. Le premier, classique, veut qu’on se réfugie vers des solutions fortes, musclées, à l’apparente simplicité, quand tout semble se déliter autour de soi. Le discours du FN prétend tout régler, depuis la crise sécuritaire jusqu’à la crise économique. En cela, ils ne sont pas les seuls à nous vanter les merveilles de leur programme électoral. Le deuxième effet relève d’une lassitude très forte envers la classe politique. Les mêmes, toujours les mêmes, qui ont failli dans tant de domaines. Pourquoi continuer à leur accorder une voix ? Et pourquoi pas le FN qui peut se prévaloir d’une virginité dans les fonctions exécutives ? Voilà ce que j’entends de plus en plus autour de moi. Il suffit de traîner un peu dans les bistrots, de discuter avec les chauffeurs de taxi et certains de ses collègues pour constater que le FN, décomplexé depuis que Marine Le Pen en a pris les rênes, gagne du terrain.

Fut un temps, le discours anti-FN fonctionnait encore. on pouvait écouter tel ou tel dirigeant PS ou UMP fustiger le FN et les outrances de Jean-Marie Le Pen. Mais aujourd’hui ? D’une part leur crédibilité en fortement écornée, d’autre part le discours tendant à dire – je schématise – que ce n’est pas bien de voter FN n’est plus audible. Car jeter systématiquement l’anathème sur le FN, c’est mettre une voile sur ses électeurs et sur leurs problèmes. Et cela nourrit, je crois, encore plus leur adhésion à ce parti.

Et chez les cathos aussi !

Parmi les catholiques, le vote FN gagne aussi du terrain, même si je pense que c’est encore dans cette catégorie que le FN fait ses scores les plus petits. Mais les chrétiens sont las et sont inquiets, eux aussi. Pourquoi d’ailleurs ne le seraient-ils pas ? Entre les pertes de repère d’une société déchristianisée et la peur de l’islam, entre les appels à plus de laïcité souvent reçus de manière un peu humiliante et pour certains les fantasmes d’une chrétienté de livres d’histoire, les motifs pour voter FN ne manquent pas. Sans compter la crise migratoire, d’autant plus anxiogène qu’elle est subie et semble ingérable.

Tout concourt donc, y compris chez les cathos, à favoriser la tentation du vote d’extrême-droite.

Car, selon moi, le FN est un parti d’extrême-droite. Et ce n’est pas parce que Jean-Marie Le Pen en a été mis à l’écart qu’il est moins « extrême » qu’avant. Il avance certes à pas feutrés. Marine Le Pen est persuasive, pugnace et ne dérape pas. Marion Maréchal-Le Pen est intelligente et séduisante. Florian Philippot passe admirablement bien dans les médias. Mais tout cela ne doit pas faire oublier l’essentiel et ce qui me parait rédhibitoire :

  • un nationalisme déguisé en patriotisme, cherchant sans cesse des bouc émissaires, en Allemagne, à Bruxelles ou aux États-Unis ;
  • une haine des musulmans : »Les musulmans ne peuvent être français que sous condition« , a déclaré récemment MMLP ; sans compter les saillies régulières de Robert Ménard ;
  • un programme économique hasardeux, avec la sortie de l’euro présenté comme remède miracle ;
  • une éthique finalement pas meilleure que celle des autres partis : suspicion de compte en Suisse de J.M. Le Pen, népotisme familial (on place la fille, puis la nièce, en attendant la 3ème génération), piètre gestion des villes gérées par le FN ;
  • et enfin, sans doute le plus important pour moi, un discours de haine et de rejet de l’autre.

Je ne voterai donc pas FN. Jamais.

Pour autant, désabusé par la classe politique actuelle, par les peurs de toute sorte qui alimentent le vote FN, par le ras-le-bol généralisé, je me prépare à voir arriver le FN au pouvoir : dans les régions (ce qui serait déjà quelque chose d’énorme), peut-être à l’Élysée puis, peut-être dans la foulée, massivement, à l’Assemblée. Je ne crois pas que quelque chose de bien puisse sortir d’un pouvoir d’extrême-droite. Sinon – qui sait ? – un ressaisissement duquel, de ce mal extrême, sortira un bien, pour la France et les Français.

Effroi et foi

181050drapeau_en_berneLes attaques perpétrées vendredi 13 novembre 2015 à Paris ont jeté l’effroi. Comme ceux du 7 janvier contre Charlie Hedbo et l’Hyper Casher. Comme ceux de Toulouse en 2012.

Effroi d’un méthodisme et d’un professionnalisme croissants qui n’augurent rien de bien réjouissant. Effroi d’une tuerie aveugle. Merah avait ciblé des militaires et des Juifs. Les frères Kouachi ont ciblé les journalistes de Charlie Hedbo, coupable d’avoir relayé les caricatures du prophète. Coulibaly ciblait les Juifs.

Ce vendredi, à l’instar des attentats du RER de 1995, les terroristes n’ont ciblé personne en particulier, tirant au hasard dans le tas. Juste pour tuer le maximum de personne. Ou plutôt, si, ils ont ciblé en particulier : les Français, parce que français, pour toucher la France au cœur. Comme Al-Quaeda avait touché les États-Unis au cœur en 2001.

L’effroi donc. Ces terribles images. Cette tristesse qui inonde le cœur et l’âme en voyant ces vies fauchées, brutalement. Partir tranquillement manger au restaurant avec des amis et puis ne jamais en revenir.

Cet effroi, d’autres pays le vivent, sinon quotidiennement, quasi hebdomadairement ou mensuellement : le Liban, la Syrie, l’Irak. Là, des quartier entiers sont rasés, des villes détruites. Cet effroi, notre pays l’a connu déjà dans le passé. Et si l’époque que nous vivons est sombre à bien des égards, que dire de celle du printemps 40 qui faisait basculer la France dans l’humiliation et la désolation ? Et celle d’il y a 100 ans, durant cette effroyable boucherie que fut la 1ère guerre mondiale ?

Il est certes plus rassurant d’être confronté à une armée régulière dont on sait que, peu ou prou, elle suivra certaines règles, sans empêcher toujours les exactions de ses propres soldats. Ici, maintenant, plus rien de cela. Ces soldats kamikazes se noient dans la masse pour ne surgir qu’au dernier moment, celui de la tuerie.

Alors face à l’effroi, que faire ? Continuer à vivre à faire comme s’il ne s’était rien passé, pour montrer aux terroristes qu’ils ont perdu ? Voilà une antienne que l’on a beaucoup entendue ces dernières heures. J’y souscris, bien évidemment.

Mais ne faut-il pas au contraire changer beaucoup de choses ? Quid de nos propres responsabilités ? Au niveau de l’État : faut-il continuer à commercer avec l’Arabie Saoudite dont on dit qu’elle finance certains mouvements djihadistes ? Faut-il continuer à dérouler le tapis rouge aux Qataris dont on dit qu’ils jouent un double jeu sans honte : des sourires et des pétro-dollars pour les occidentaux, la guerre sainte de l’autre ? Et la Turquie, qui laisse faire les trafics qui enrichissent Daesh ?

Quid de nos responsabilités personnelles ? De cette incapacité à dire le mal avec des mots. Ma fille de 16 ans était horrifiée ce midi parce que je disais que ces terroristes se réclamaient de l’Islam, croyant que je mettais tous les musulmans dans le même sac. Évidemment, je ne le fais pas. Mais il faut bien admettre l’Islam pose aujourd’hui un certain nombre de problèmes. L’éviter, c’est continuer de tourner en rond à coup de plus de laïcité et de cailloux jetés dans l’eau. Et la responsabilité des consommateurs de drogues douces ou moins douces, étudiants, cadres, artistes, qui ont besoin de leurs joints hebdomadaires ou mensuels, on en parle ? Ont-ils conscience qu’ils alimentent les réseaux de la drogue ? Et où va cet argent ? Vers des groupes maffieux uniquement ou bien … ? On pourrait citer de nombreux autres exemples. Que chacun s’interroge ? Et que collectivement, nous nous interrogions aussi…

S’il me semble important que tous les citoyens doivent revoir leurs responsabilités, je pense que, parmi eux, les chrétiens ont une responsabilité particulière, importante, qui n’est pas du domaine de la pratique d’une religion privée refermée sur elle-même, mais au contraire du domaine public.

Défendre ces belles valeurs évangéliques, les porter humblement, continuer de clamer que ces valeurs sont au cœur de celles de la France et de l’Europe. En être fier, sans orgueil déplacé, mais sans honte.

La mise en pratique de l’évangile. Oui, c’est exigeant; oui, c’est difficile. Mais nous serons, par ces temps troublés, aussi (surtout ?) jugés là-dessus. Répondre à la haine par plus d’amour. Répondre à la violence par plus de paix. Faire preuve de discernement, de tempérance. Être des ferments de paix et d’amour, voilà à quoi nous sommes appelés, nous Chrétiens. Plus que jamais, il me semble impossible de pouvoir nous défiler.

De l’effroi, passons à la foi, comme a pu le dire le curé de ma paroisse dans son homélie ce jour. Oui, ayons foi, ayons confiance. Un monde meilleur est possible. Chacun doit y prendre sa part, dès maintenant, dès demain. Ensemble, dans une fraternité humaine et spirituelle que j’appelle de mes vœux.