Je suis la Samaritaine

Angelika Kauffmann, le Christ et la SamaritaineHier, ma paroisse, en ce 3ème Dimanche de carême, faisait lecture de l’évangile de la Samaritaine, parce que nous avons la chance d’avoir des catéchumènes [1].

Cette rencontre entre Jésus et cette femme est d’une grande beauté, d’une grande force spirituelle et d’une grande portée pour aujourd’hui. On peut faire de nombreuses lectures de ce passage si riche, mais il en est un que j’ai envie d’aborder.

J’ai lu l’autre jour sur Facebook [2] que certains s’indignaient que les filles ne puissent être, du moins dans certaines paroisses, servantes d’autel et qu’on les cantonnait dans un rôle subalterne d’accueil. Et que c’était une violence insupportable, certes symbolique, qui leur était faite. Outre qu’on pourrait arguer que l’accueil est loin d’être dévalorisant, je trouve très excessif ce qualificatif de violence.

J’avais compris – mais l’explication m’a été donnée il y a assez longtemps – qu’on évitait que les filles soient servantes d’autel parce qu’elles ne peuvent avoir accès ni au diaconat, ni à la prêtrise. Pourtant, dans les premiers temps de l’Eglise, il y eut des diaconesses. Il me faudrait faire des recherches pour savoir pourquoi cela a été abandonné et je n’en ai pas le temps maintenant. Cette question des servantes d’autel est donc liée, d’une certaine manière, à la prêtrise des femmes.

Sur l’ordination de femmes, très franchement, je ne sais pas trop quoi en penser. Culturellement, je suis contre, mais mon seul argument est de dire : « parce que c’est comme ça », et je reconnais que cet argument est un peu court. Du genre : « On ne guérit pas un homme malade un jour du Sabbat. Ah bon ? Pourquoi ? Parce que c’est comme ça ! ». On sait comment Jésus a répondu à cet argument. Intellectuellement, je suis partagé parce que l’époque dans laquelle je vis à du mal à comprendre pourquoi les femmes sont exclues de l’ordination.

Et puis il y a la lecture des évangiles qui permet tout de même d’y voir un peu plus clair. Jésus a choisi pour apôtres 12 hommes. L’a-t-il fait parce qu’il fallait absolument que ce soit des hommes, au nom d’un loi divine qui nous échappe (il n’y a pas eu, que je sache, de justifications données par Jésus) ? Ou bien a-t-il choisi des hommes parce que, dans le contexte de l’époque, il ne pouvait faire autrement, choisir des femmes le disqualifiant d’office ? Jésus a montré tout de même une grande liberté par rapport aux contraintes culturelles, cultuelles et sociales de son temps. On le lui reprocha d’ailleurs plus d’une fois.

Et Jésus n’a jamais hésité à se commettre avec quiconque : des hommes pécheurs notoires, des publicains, des femmes, et même des femmes de petites vertus. Alors ? Alors peut-être que Jésus a choisi pour apôtres 12 hommes pour une raison qui nous échappe. En tant qu’homme, cela me parait très secondaire. Mais je comprends que cela ne le soit pas pour les femmes, même si l’Église leur permet de trouver une place, sans que cette place (que l’on soit fondatrice d’ordre, religieuse ou laïque engagée) ne puisse être considérée comme mineure, bien au contraire. Mais reste que l’ordination leur est interdite.

Le passage de La Samaritaine est un des exemples le plus illustres qui montre comment Jésus a dépassé les conventions sociales. Il s’adresse à une femme et, qui plus est, cette femme est de Samarie, avec qui les Juifs ne voulaient rien avoir de commun. Et en plus, cette femme a une vie dissolue qui semble la mettre à l’écart des autres [3]. Même ses disciples, partis chercher la pitance, sont intrigués quand ils reviennent et, sans doute, contrariés dans leur for intérieur. Or, non seulement Jésus s’adresse à cette femme, mais il lui fait une des plus belles révélations de l’évangile.

Jésus, face à cette femme, lui dit bien plus qu’il n’a jamais dit à personne, hormis peut-être à ses apôtres. A une femme ! A une étrangère !

Cela ne résoud en rien la question, si tant est que celle-ci soit cruciale, de l’ordination des femmes. Mais ce passage montre à tout le moins non pas l’importance des femmes [4], mais tout simplement leur place à part entière. Il n’y a aucune doute à avoir à ce sujet. Et que le Christ ressuscité se soit montré en premier à une femme en est un autre exemple éclatant.

Ce billet sera peut-être critiqué. J’entends déjà ceux qui me diront que je n’ose pas franchir un pas supplémentaire, tant ces arguments vont dans le sens de la possibilité de l’ordination des femmes. Et que je suis donc lâche. D’autres, côté catho identitaire et tenant d’une orthodoxie immuable, me reprocheront de ne pas comprendre, d’être un moderniste mou qui se pose des questions qui n’ont pas lieu d’être.

En toute honnêteté, je ne sais pas.

Et, un peu lâchement et en écho au slogan « Je suis » que l’on sort chaque fois que l’on veut montrer de l’empathie à quelqu’un ou à une cause, j’ai envie d’écrire : « Je suis la Samaritaine », sans que cela n’apporte de réponse (bien évidemment) satisfaisante.

Mais de tous ces personnages rencontrés dans les évangiles, il est un dont j’aurais vraiment aimé être à sa place, c’est cette femme. Oui, finalement, je peux peut-être oser dire : « Je suis la Samaritaine ! ».

  1. On lit donc toujours l’évangile de l’année A les 3ème, 4ème et 5ème Dimanche de carême []
  2. Malheureusement, je ne retrouve plus la référence []
  3. elle reconnait avoir eu plusieurs maris et elle vient chercher seule de l’eau, à midi []
  4. Parler de l’importance des femmes me semble toujours un peu condescendant quand c’est prononcé par des hommes qui l’utilisent pour justifier l’impossibilité de la prêtrise []

Le bon Samaritain était un con !

Aime-Morot-Le-bon-SamaritainVous connaissez tous la parabole du bon Samaritain. Un docteur de la Loi (juive) demande à Jésus : « Mais qui est mon prochain ? » après que Jésus lui ai dit qu’il fallait aimer Dieu et son prochain. Jésus ne répond pas directement à sa question, mais va plutôt l’enseigner en lui racontant cette parabole.

Résumons : un homme est laissé pour mort sur le bord de la route, un prêtre et un lévite passent successivement à côté de lui, et l’ignorent. Un samaritain (ennemi des Juifs) le voit et, saisi de compassion, le soigne, l’amène à une auberge et pourvoit à ses dépenses. [1].

Oui, mais ! Car il y a toujours un mais, semble-t-il. Qui était cet homme retrouvé sur le bord de la route ? Qu’avait-il fait pour être frappé et dépouillé ? A moins que ce ne fut lui l’agresseur ? A-t-il menti et triché ? Ne serait-ce pas le bon sens du prêtre et du lévite qu’il faudrait louer plutôt ? N’est-ce pas eux qui ont fait preuve de bon sens en laissant cet homme (un criminel peut-être !) dans le fossé ?

Passer devant lui comme si de rien n’était semble finalement l’attitude la plus juste vis-à-vis de la collectivité. Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils n’ont pas fait preuve de charité. Car la charité, sans justice, n’est pas de la charité. C’est de la faiblesse. Et puis, qu’aurait fait un prêtre ou un lévite avec ce mendiant, à part mettre en péril leur réputation ?

Bon, concédons qu’ils auraient pu, tout de même, au minimum, s’enquérir de son état, de vérifier s’il était vraiment blessé et de prodiguer quelques soins si les blessures étaient sérieuses. Mais de là à l’emmener à l’hôtel du coin, prendre soin de lui, et payer tous les frais le temps qu’il se rétablisse, faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! L’aider, n’était-ce pas envoyer un bien mauvais signal à tous ces hommes de mauvais chemin et les inciter à profiter de la situation ? N’était-ce pas prendre le risque de donner une seconde chance à un homme dont on ne sait rien ? Et s’il avait été d’une autre tribu ? Et s’il n’avait pas cru au Dieu des juifs ? Et s’il avait été païen ?

Imaginons ce qu’est devenu cet homme ensuite, ce que la parabole ne dit malheureusement pas. A-t-il ne serait-ce que dit « merci » ? Non, peut-être même pas un « merci »… Pis même, pensez qu’il a peut-être piqué dans la caisse de l’aubergiste et détroussé un des autres pensionnaires, avant de s’enfuir et de fomenter, encore, quelques mauvais coups. N’est-ce pas la preuve que ce sont le prêtre et le lévite qui ont eu raison ?

Oui, sans nul doute, le bon Samaritain était vraiment un con.

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Voilà ce à quoi j’ai pensé en lisant nombre de commentaires sur la grave crise migratoire qui a lieu en ce moment et l’exode massif de milliers de personnes. Oui, car même après la déclaration du Pape François demandant à chaque paroisse d’héberger une famille (pas 2, pas 10, pas 100, mais une), les répliques ont fusé contre ce gauchiste qui ne connait rien à l’Europe… Et puis de quoi se mêle-t-il ? Et puis saint Jean-Paul II, qu’on ressort opportunément, a dit qu’il était légitime de maîtriser ses frontières…

Tristesse de lire ces propos, aussi, de la part de catholiques revendiqués !

La parabole que Jésus a raconté à ce scribe a la mérite de la clarté.

On ne sait rien de l’homme au bord du chemin. On ne sait évidemment pas s’il est juif, samaritain, ou romain. Peu importe. On sait juste qu’il est blessé et laissé pour mort.

Que sait-on de ce Samaritain ? Qu’il fut saisi de compassion. Qu’est-ce que la compassion : c’est un sentiment qui porte à plaindre autrui et à partager ses maux. Un sentiment, une émotion. Pas une analyse rationnelle, pesant le pour et le contre. Non, juste un élan de son cœur. De cet élan même que l’on reproche à ceux qui peuvent se laisser émouvoir par telle ou telle photo…

Et que dit Jésus à ce docteur de la Loi, obligé de reconnaître la valeur de l’action du Samaritain : « Va, et toi aussi, fais de même ».

« VA, ET TOI AUSSI, FAIS DE MÊME » !

  1. Pour le texte complet, vous pouvez le lire , à partir du verset 30 []

La graine de moutarde

graines-de-moutardeL'évangile de dimanche dernier citait cette fameuse parole de Jésus qui, quand ses apôtres lui demandent de leur donner la foi, leur répond :"La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voici : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer', et il vous obéirait." (Lc, 17, 6)

De prime abord, on pourrait considérer que Jésus rabroue assez vertement ses apôtres. Et nous par la même occasion. À une demande légitime des apôtres, il leur répond que, pour parler franc, de foi, ils n'en ont point. Un peu dur à entendre (même si c'est vrai).

Quand j'étais plus jeune, je voulais, moi aussi, avoir LA foi, celle qui permet de déplacer des montagnes. Mais je n'ai jamais déplacé ni sommet, ni déraciné aucun arbre, ni pu éviter aucun cataclysme. Je dus admettre, bon gré mal gré, que ma prise sur le monde naturel était bien faible. Voire tout à fait inexistante.

Évidemment – mais je ne l'ai appris que plus tard  – le discours de Jésus est d'un tout autre ordre et la foi, dût-elle être aussi grosse qu'une pastèque, ne sert pas à déplacer les meubles, à faire le ménage, à supprimer les embouteillages, ou à éradiquer les catastrophes naturelles. Ce que Jésus a voulu dire et – j'insiste – sur ce qu'il me dit aujourd'hui par cette parole, c'est qu'au contraire, la foi n'est pas quantifiable, elle ne se pèse pas, elle ne se soupèse point. La foi n'est pas affaire de mesure. Pourtant combien de croyants et de pratiquants, dont je fais partie, jouent à ce jeu comptable ?

Jésus nous dit donc que la foi est hors de toute mesure, que l'homme en est si peu pourvu – imaginez-vous, moins qu'un grain de moutarde – qu'il n'imagine même pas ce qu'il pourrait faire s'il en avait. Mais finalement, ce qui compte le plus, ce n'est pas tant ce que nous pourrions faire d'une foi plus affermie, mais de savoir en qui et en quoi nous avons foi.

Et c'est là que Jésus nous interpelle. Avoir la foi pour devenir un superman, c'est le culte des idoles, que les Grecs et les Romains affectionnaient tant. Si Jésus nous demande la foi, c'est qu'il nous demande de lui faire confiance. Faire confiance, tout simplement. 

Si simple, mais que de complications, que d'encombrements sur cette route de la confiance. Pourtant, ce que j'ai ressenti fugacement dimanche dernier est si riche de promesses : si j'avais plus confiance en Dieu, si j'avais donc plus la foi en son amour miséricordieux, je ne déplacerais certes aucune montagne, mais je serais tellement plus heureux !

La femme adultère

Ce passage que l’on trouve dans l’évangile de saint Jean [1] au chapitre 8 est, quoique très court, assez connu. C’est l’un de mes préférés.

Quant à Jésus, il alla au mont des Oliviers.
Mais, dès l’aurore, de nouveau il fut là dans le Temple, et tout le peuple venait à lui, et s’étant assis il les enseignait.
Or les scribes et les Pharisiens amènent une femme surprise en adultère et, la plaçant au milieu,
ils disent à Jésus :  » Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère.
Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?  »
Ils disaient cela pour le mettre à l’épreuve, afin d’avoir matière à l’accuser. Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire avec son doigt sur le sol.
Comme ils persistaient à l’interroger, il se redressa et leur dit :  » Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre !  »
Et se baissant de nouveau, il écrivait sur le sol.
Mais eux, entendant cela, s’en allèrent un à un, à commencer par les plus vieux ; et il fut laissé seul, avec la femme toujours là au milieu.
Alors, se redressant, Jésus lui dit :  » Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ?  »
Elle dit :  » Personne, Seigneur.  » Alors Jésus dit :  » Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais ne pèche plus.  » (traduction Bible de Jérusalem)

 

Le contexte

Jésus a beaucoup parlé, beaucoup enseigné. Il est certain que les évangiles n’ont retranscrit qu’une partie de ses propos, les plus importants et ceux qui avaient une portée catéchétique. Ce jour-là, comme tant d’autres sans doute, il enseigne au Temple, lieu dont les évangiles nous racontent qu’il en a chassé les vendeurs. Il faut donc imaginer Jésus enseignant cette foule de gens venus à lui pour apprendre qui est Dieu et ce qu’est le royaume de Dieu. S’imaginaient-ils qu’ils allaient recevoir la plus belle des leçons concernant le coeur de ce qu’est le message de l’évangile ?

Des pharisiens et des scribes interpellent donc Jésus, pour tenter de le prendre en défaut. Les pharisiens, dont le comportement est si souvent fustigé par Jésus, observent la loi juive avec rigueur, préférant la loi à l’esprit de la loi. On se rappelle leurs interpellations concernant le non jeûne des disciples de Jésus ou la non observance stricte du Sabbah.

Que dit la loi juive concernant l’adultère ? Le lévitique est très clair : les couplables doivent mourir.

L’homme qui commet l’adultère avec la femme de son prochain devra mourir, lui et sa complice. (Lv, 20:10)

Le deutéronome précise que la lapidation doit être appliquée :

Dt 22:22- Si l’on prend sur le fait un homme couchant avec une femme mariée, tous deux mourront : l’homme qui a couché avec la femme et la femme elle-même. Tu feras disparaître d’Israël le mal.
Dt 22:23- Si une jeune fille vierge est fiancée à un homme, qu’un autre homme la rencontre dans la ville et couche avec elle,
Dt 22:24- vous les conduirez tous deux à la porte de cette ville et vous les lapiderez jusqu’à ce que mort s’ensuive : la jeune fille parce qu’elle n’a pas appelé au secours dans la ville, et l’homme parce qu’il a usé de la femme de son prochain. Tu feras disparaître le mal du milieu de toi. (DT 22:22-24)

Ainsi les pharisiens essayent-ils de piéger Jésus en lui amenant une femme adultère. Il est de prime importance de noter que les pharisiens n’amènent pas les deux coupables (ils étaient forcément deux !), mais seulement la femme. Belle exemple de pharisianisme ! Jésus aurait pu d’ailleurs le leur faire remarquer, et je gage qu’ils auraient été bien embêté d’amener l’homme coupable. Mais le discours et l’attitude de Jésus se situent bien au-delà de ça : Jésus n’est pas venu pour une application stricte de la loi, mais pour témoigner de l’amour du Père envers tous les hommes.

Donc quand les pharisiens disent : « Or, dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Toi donc, que dis-tu ?« , ils profèrent un mensonge.

 

L’attitude de Jésus

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Le Christ et la femme en flagrant delit d’adultere

Jésus a une attitude surprenante de prime abord : il se tait. Lui qui était en plein enseignement se tait, alors qu’on l’interpelle ! Il se tait et se baisse pour écrire sur le sol. Il se baisse. Il choisit le silence, non pas par peur ou couardise, mais pour casser la spirale de la haine et de la violence.

Je crois en effet volontiers – mais cela n’est pas dit dans ce passage – que cette scène a dû être violente. Des hommes, passablement énervés par Jésus, trouvent une femme en flagrant délit d’adultère et décident de l’amener à Jésus : je n’imagine pas que ce fut fait dans la douceur et la gentillesse. Cette dynamique belliqueuse est cassée par le silence de Jésus.

Le silence, cela interpelle aussi, parfois bien plus que la répartie ou l’invective. On se rappelle que Ponce Pilate fut étonné du silence de Jésus quand ils l’ont interrogé avant sa condamnation [2].

Jésus se tait, mais les pharisiens veulent absolument une réponse, pensant sans doute pouvoir facilement « coincer » Jésus.

Alors Jésus se relève. Et, en guise de réponse, les renvoie à eux-même : « Que celui d’entre vous qui est sans péché lui jette le premier une pierre ! » Jésus, non seulement se permet de ne pas répondre à leur question, mais les enjoint à appliquer eux-même la loi. Puisque c’est la loi de Moïse, qu’ils l’appliquent ! Où est le problème ? Le problème, c’est que la loi de Moïse dit aussi bien des choses sur la pureté intérieure et sur les fautes. Alors que faire ? Appliquer la loi uniquement pour les autres, les femmes adultères (en oubliant opportunément les hommes), les buveurs, les fêtards, ceux qui ne respectent pas le jour saint ? Ou s’astreindre, soi-même, aussi, à appliquer cette loi ? Et qui peut dire qu’il applique la loi sans faute, sans enfreindre la moindre petite règle ?

Et Jésus se rabaisse.

Je voudrais faire un aparté sur ce mouvement de Jésus. Il s’abaisse une première fois pour apaiser tout le monde. Il n’est pas là pour ajouter haine ou violence. Il n’est pas là non plus pour discourir sans fin sur telle ou telle règle [3]. Puis il se relève pour parler à ses détracteurs, montrant par là l’intérêt qu’il leur porte. Puis, les ayant enjoint à lancer la première pierre, il se rabaisse : il ne veut pas interférer, il les laisse libre. Ils pourraient les toiser, leur manifester sa supériorité. Non, il s’abaisse. Puis se redressera pour parler à la femme adultère.

Ce mouvement du Christ durant cet épisode reflète l’attitude de Dieu vis-à-vis des hommes. Dieu ne s’impose pas, mais quand on l’interpelle, il se met à notre hauteur… 

 

La femme adultère

La dernière partie de cette séquence a lieu entre la femme prise en flagrant délit d’adultère et Jésus. Les pharisiens sont partis. Lancer la première pierre aurait signifié qu’ils se croyaient sans péché, ce que leur orgueil leur interdisait de manifester (même s’ils se croyaient supérieurs aux autres). Rester sans rien faire aurait été humiliant. Alors ils partent et Jésus reste seul avec la femme.

Imagine-t-on les tourments de cette femme, croyant sa dernière heure venue ? Elle a commis une faute, elle est prise sur le fait, elle est amenée, sans doute vigoureusement, en place publique. On l’amène à un certain Jésus. Le connaissait-elle avant, au moins de réputation ? Peut-être puisqu’elle lui dit Seigneur, marquant par là sa déférence envers lui.

Quel retournement de situation ! Jetée à la vindicte populaire, elle se retrouve seule face au Seigneur qui ne la condamne pas ! Jésus, face à cette pécheresse, lui redonne toute sa dignité. D’abord, il s’adresse à elle en lui disant : « Femme ». On se rappelle que c’est par ce vocable que Jésus a appelé sa mère aux noces de Cana. Il est signe de respect. En un mot, en un regard, il délivre cette femme de sa faute, il ne l’enferme pas dans son péché. Il fait mine ensuite de s’étonner : Quoi ? Ceux qui étaient si vindicatifs il y a un instant ne t’ont pas condamné ? Mais où sont-ils ?

Et bien, puisque personne n’a condamné cette femme, Jésus non plus ne la condamne pas. Ne nous méprenons pas sur le sens du propos de Jésus et ne pensons pas un instant que si les pharisiens avaient lancé la première pierre, Jésus leur aurait emboîté le pas. Quand Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas », il montre d’une part qu’il épouse notre humanité sans se mettre au-dessus des autres (lui, pourtant sans péché, ne condamne pas), d’autre part qu’il n’est pas venu pour faire appliquer une loi morale vide de sens. Or c’est bien dans cette logique qu’étaient les pharisiens.

Après avoir montré à cette femme qu’elle restait digne, Jésus lui dit : « Va ». Va. Que de choses dites en un mot ! Va, continue ta vie, continue à avancer, ne reste pas engluée dans ton passé, ne reste pas prisonnière de ta faute. Ce « Va », c’est une délivrance et une renaissance.

Et pour finir, Jésus lui demande de ne plus pécher. Contrairement à ce qu’on peut lire parfois, Jésus n’a pas cautionné l’adultère. Il rappelle à la femme qu’elle a bien commis une faute et qu’il lui revient désormais de ne plus y tomber.

L’Eglise explique à loisir que nul pécheur n’est confondu avec son péché. Que la miséricorde de Dieu est sans limite. Que Jésus est venu apporter la vie et nous délivrer du péché. Cet épisode de la femme adultère le démontre de manière éclatante.

 

Et pour aujourd’hui ?

Combien de fois ai-je confondu le pécheur avec sa faute ? Combien de fois ai-je moi aussi condamné en croyant bien faire (c’est-à-dire en appliquant la loi) ?

Condamner, c’est enfermer l’autre dans sa faute, c’est l’exclure de ma vie, c’est lui dire que je suis supérieur à lui. C’est tout le contraire de ce que je dois être. Moi, chrétien, je dois – malgré mes limites – libérer l’autre, l’inclure et me mettre à son niveau.

Puissent ces paroles « Moi non plus, je ne te condamne pas » être miennes. Ce serait une belle conversion…

  1. Il est possible, voire probable, que ce passage ait été rédigé par saint Luc : il s’insérerait alors après le verset 38 du chapitre 21 de son évangile []
  2. Voir Ma, 27:13-14 []
  3. Les pharisiens auraient pu tout aussi bien l’interpeler sur les règles écrites dans le Deutéronome []

Jésus est ressuscité !

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Le matin de Pâques, Marie-Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là,
et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts. (Jn 20, 1-9)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Je n'ai pas trouvé de tableaux représentant cet épisode tel que raconté dans ces versets de saint Jean. Il y a bien sûr de nombreux tableaux représentants la résurrection. Mais je dois avouer qu'aucun ne m'a vraiment ému. Sans doute parce que la résurrection ne peut se réprésenter simplement.

J'ai donc choisi d'illustrer un passage des versets suivants (Jn 20, 11-18) et qui sera lu le mardi de Pâques. Il s'agit de la première apparition de Jésus ressuscité, à Marie-Madeleine.

J'ai choisi deux représentations uniquement : une de Giotto, une de Fra Angelico (déjà présentée ici). Pas de commentaires, ces deux oeuvres parlent au coeur …

 

Je vous souhaite à toutes et à tous de vivre de la joie du Ressuscité et de garder au coeur cette merveilleuse espérance : nous sommes nous aussi appelé à rejoindre le Christ ressuscité.

 

 

 

 

 

 


Je ne suis pas exégète, ni spécialiste de l'art. Mais j'aime la peinture, surtout quand elle peut aider à méditer la parole de Dieu.

Pour voir en plus grande taille ces tableaux, il suffit de cliquer sur chaque image.

Ces images de tableaux proviennent du site http://www.wga.hu (site anglophone) qui a aimablement accepté leur utilisation pour ce blog.

 

 

Les femmes au tombeau

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.
De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au sépulcre au lever du soleil.
Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ? »
Au premier regard, elles s'aperçoivent qu'on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.
En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de peur.
Mais il leur dit : « N'ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait déposé.
Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : 'Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l'a dit.' » (Mc 16, 1-16)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Fresque de Ferrer Bassacouvent de Pedralbes, vers 1346.

L'état de conservation médiocre atténue sans doute la force de cette fresque.

L'ange vêtu de blanc, mais aux ailes noires, attend les femmes. Si deux d'entre elles l'écoutent, la troisième, celle du milieu, tient dans sa main droite le linceul du Christ et semble, de ce fait, plus affligée par la disparition du cadavre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détrempe sur bois de Buoninsegna, Museo dell'Opera del Duomo, Sienne, 1308-1311.

Description très précise de la scène de l'évangile. L'ange pointe du doigt le tombeau vide, duquel dépasse le linceul du Christ.

L'étonnement des trois femmes est marqué par un mouvement de recul très harmonieux. L'ange tient dans ses mains un sceptre, symbole du pouvoir : la royauté de Jésus va bientôt être établie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Huile sur toile de Bartolomeo SchedoniGalleria Nazionale, Parma, 1613.

Beau tableau qui joue sur les couleurs et les contrastes.

L'obscurité plane sur les deux-tiers du tableau. Les femmes semblent émerger de la nuit tandis que, du côté de l'ange, la lumière surgit. La Lumière est par là semble-t-il nous dire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Huile sur toile de Peter CorneliusNeue Pinakothek, Munich, 1815-1822.

Tableau d'une grande finesse, caractérisée par une grande douceur des traits et des tons.

Notez le mont Gogotha encore dans les ténèbres. Mais bientôt, la lumière va gagner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fresque de Fra AngelicoCouvent Saint Marc, Firenze, 1440-1442.

Ici, nous retrouvons les éléments évoqués dans les autres tableaux.

Mais le Christ est là, déjà dans sa gloire. Les femmes ne peuvent encore le voir, mais l'ange le montre…

A gauche, saint Dominique est en méditation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Je ne suis pas exégète, ni spécialiste de l'art. Mais j'aime la peinture, surtout quand elle peut aider à méditer la parole de Dieu.

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Ces images de tableaux proviennent du site http://www.wga.hu (site anglophone) qui a aimablement accepté leur utilisation pour ce blog.