L’amour des pauvres

Aimer les pauvres, les plus petits, les plus fragiles n’est pas seulement l’apanage des saints : c’est la vocation de tout chrétien [1]. Pourtant, s’il y a bien un endroit où notre vocation de chrétien a du plomb dans l’aile, c’est bien dans l’aide apportée aux plus pauvres. Loin de moi l’idée de généraliser ma propre incurie, je connais des chrétiens admirables qui ont le courage de mettre en œuvre l’Évangile aussi dans ce domaine-là. Je ne parle évidemment pas de donner la pièce au mendiant à la sortie de la messe, ni de donner 50 euros aux Restos du Coeur au moment de Noël. C’est très bien, cela va sans dire. Non, je veux parler de ceux qui se dévouent corps et âme pour les plus pauvres. Ceux-là sont peu nombreux. Et je n’en suis pas.

Mais deux figures de l’Église – parmi tant d’autres – ont chamboulé leur vie pour se mettre au service des plus pauvres. Deux livres récents [2] consacrés respectivement à saint Vincent de Paul et à Mère Teresa nous permettent de suivre leurs parcours, d’entendre leurs paroles et, pourquoi pas, de leur emboîter le pas.

Paroles et esprit de saint Vincent de Paul, de Françoise Bouchard

Paroles_Esprit_StVincentPaulCe livre [3] n’est pas une biographie de saint Vincent – il en existe de nombreuses – mais une recension des paroles prononcées ou écrites par Vincent lors de sa vie, regroupées par thèmes : compassion, pardon, évangélisation, etc.

Ces paroles permettent de mieux appréhender l’action de saint Vincent – il a aidé ou contribué à aider les pauvres, les galériens, les enfants abandonnées – via les directives qu’il donnait aux sœurs et aux frères des 3 fondations qu’il a créées : les Confréries de la Charité, la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité.

La compassion est au cœur de l’action de saint Vincent envers les pauvres : « [les missionnaires] doivent être touchés au vif et affligés dans leur cœur des misères du prochain » ou encore « C’est aimer de la bonne sorte que d’aimer les pauvres » témoignent de cet élan vers les plus pauvres. Mais saint Vincent ne se borne pas à être touché ou ému. Il transforme cette compassion en action, tout en l’enracinant dans sa confiance en Dieu et dans le Christ. « Celui qui met toute sa confiance en Dieu ne craint rien » fut l’un de ses leitmotiv.

Doit-on préciser que saint Vincent mit l’humilité au cœur de sa vie et de son action ? Il enjoignait les sœurs et les frères des fondations à être humble car, disait-il, « l’humilité conserve la charité et engendre la charité« . Plus précisément : « Estimons que nous n’avons pas un plus grand ennemi que nous-mêmes […]. Ce n’est pas tout d’assister le prochain, de jeûner, de faire oraison, de travailler aux missions, cela est bien, mais ce n’est pas assez; il faut […] faire cela […] en la manière que Notre-Seigneur l’ a fait, humblement et purement« .

Saint Vincent ne mit aucune barrière entre la dévotion à Dieu et l’aide aux plus démunis : il appelait cela « Quitter Dieu pour Dieu ». Quand des sœurs se plaignaient d’être dérangées par des pauvres pendant leurs offices ou la messe, saint Vincent les rassura : « Sachez que, quand vous quitterez l’oraison ou la messe pour le service des pauvres, vous n’y perdrez rien, puisque c’est aller à Dieu que de servir les pauvres; et que vous devez regarder Dieu en leurs personnes« .

Méditer avec Mère Teresa, d’Emmanuel Leclercq

MediterMereTeresa

Environ 350 ans après saint Vincent vécut Mère Teresa et il y a une résonance entre la vie de l’un et la vie de l’autre, entre les paroles de l’un et les paroles de l’autre.

Ce livre [4] fait partie de la collection « Méditer avec » et propose, chaque jour, une parole de Mère Teresa.

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas un grand fan de ces paroles de saints proposées chaque jour tout simplement parce qu’elles ne me parlent pas très souvent et je préfère, de loin, lire l’évangile du jour (en début ou en cours de journée).

Mais pour ceux qui aiment ce format-là, ce livre composée de paroles de Mère Teresa est assurément à lire [5] et, dans tous les cas, permet de se faire une idée de sa foi et de son action. J’en ai sélectionné quelques unes :

L’Amour se prouve dans les actes; plus ils nous coûtent, plus grande est la preuve d’amour.

J’insiste sur le fait que dans notre Congrégation, Notre Seigneur ne veut pas que nous utilisions notre énergie à faire pénitence, à jeûner pour nos péchés, mais plutôt que nous nous dépensions à donner le Christ aux pauvres et pour cela nous avons besoin de sœurs fortes de corps et d’esprit.

Aujourd’hui, j’ai reçu une bonne leçon… Il faudrait un toit pour abriter les plus abandonnés. Pour le trouver, j’ai marché jusqu’à n’en plus pouvoir… J’ai mieux compris alors à quel point d’épuisement doivent en arriver les vrais pauvres toujours en quête d’un peu de nourriture, de médicaments, de tout… Le souvenir du confort dont je jouissais au couvent de Lorette m’a alors tentée.

Soyez bonnes les unes envers les autres. Je préfère que vous commettiez des fautes avec bonté plutôt que vous accomplissiez des miracles avec dureté.

Je ne soigne jamais les foules, mais seulement des personnes. Si je regardais les foules, je ne commencerais jamais.

  1. Voir en particulier Lc 14, 12-14: « Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » » []
  2. Je remercie les Éditions Salvator de m’avoir gracieusement envoyé ces deux ouvrages []
  3. François Boucard, Paroles et esprit de saint Vincent de Paul, Paris, Editions Salvator, 2016, 119 p. []
  4. Emmanuel Leclerq, Méditer avec Mère Teresa, Paris, Editions Salvator, 2016, 191 p. []
  5. D’autant qu’elle sera canonisée le 4 septembre 2016 []

Le bon Samaritain était un con !

Aime-Morot-Le-bon-SamaritainVous connaissez tous la parabole du bon Samaritain. Un docteur de la Loi (juive) demande à Jésus : « Mais qui est mon prochain ? » après que Jésus lui ai dit qu’il fallait aimer Dieu et son prochain. Jésus ne répond pas directement à sa question, mais va plutôt l’enseigner en lui racontant cette parabole.

Résumons : un homme est laissé pour mort sur le bord de la route, un prêtre et un lévite passent successivement à côté de lui, et l’ignorent. Un samaritain (ennemi des Juifs) le voit et, saisi de compassion, le soigne, l’amène à une auberge et pourvoit à ses dépenses. [1].

Oui, mais ! Car il y a toujours un mais, semble-t-il. Qui était cet homme retrouvé sur le bord de la route ? Qu’avait-il fait pour être frappé et dépouillé ? A moins que ce ne fut lui l’agresseur ? A-t-il menti et triché ? Ne serait-ce pas le bon sens du prêtre et du lévite qu’il faudrait louer plutôt ? N’est-ce pas eux qui ont fait preuve de bon sens en laissant cet homme (un criminel peut-être !) dans le fossé ?

Passer devant lui comme si de rien n’était semble finalement l’attitude la plus juste vis-à-vis de la collectivité. Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils n’ont pas fait preuve de charité. Car la charité, sans justice, n’est pas de la charité. C’est de la faiblesse. Et puis, qu’aurait fait un prêtre ou un lévite avec ce mendiant, à part mettre en péril leur réputation ?

Bon, concédons qu’ils auraient pu, tout de même, au minimum, s’enquérir de son état, de vérifier s’il était vraiment blessé et de prodiguer quelques soins si les blessures étaient sérieuses. Mais de là à l’emmener à l’hôtel du coin, prendre soin de lui, et payer tous les frais le temps qu’il se rétablisse, faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! L’aider, n’était-ce pas envoyer un bien mauvais signal à tous ces hommes de mauvais chemin et les inciter à profiter de la situation ? N’était-ce pas prendre le risque de donner une seconde chance à un homme dont on ne sait rien ? Et s’il avait été d’une autre tribu ? Et s’il n’avait pas cru au Dieu des juifs ? Et s’il avait été païen ?

Imaginons ce qu’est devenu cet homme ensuite, ce que la parabole ne dit malheureusement pas. A-t-il ne serait-ce que dit « merci » ? Non, peut-être même pas un « merci »… Pis même, pensez qu’il a peut-être piqué dans la caisse de l’aubergiste et détroussé un des autres pensionnaires, avant de s’enfuir et de fomenter, encore, quelques mauvais coups. N’est-ce pas la preuve que ce sont le prêtre et le lévite qui ont eu raison ?

Oui, sans nul doute, le bon Samaritain était vraiment un con.

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Voilà ce à quoi j’ai pensé en lisant nombre de commentaires sur la grave crise migratoire qui a lieu en ce moment et l’exode massif de milliers de personnes. Oui, car même après la déclaration du Pape François demandant à chaque paroisse d’héberger une famille (pas 2, pas 10, pas 100, mais une), les répliques ont fusé contre ce gauchiste qui ne connait rien à l’Europe… Et puis de quoi se mêle-t-il ? Et puis saint Jean-Paul II, qu’on ressort opportunément, a dit qu’il était légitime de maîtriser ses frontières…

Tristesse de lire ces propos, aussi, de la part de catholiques revendiqués !

La parabole que Jésus a raconté à ce scribe a la mérite de la clarté.

On ne sait rien de l’homme au bord du chemin. On ne sait évidemment pas s’il est juif, samaritain, ou romain. Peu importe. On sait juste qu’il est blessé et laissé pour mort.

Que sait-on de ce Samaritain ? Qu’il fut saisi de compassion. Qu’est-ce que la compassion : c’est un sentiment qui porte à plaindre autrui et à partager ses maux. Un sentiment, une émotion. Pas une analyse rationnelle, pesant le pour et le contre. Non, juste un élan de son cœur. De cet élan même que l’on reproche à ceux qui peuvent se laisser émouvoir par telle ou telle photo…

Et que dit Jésus à ce docteur de la Loi, obligé de reconnaître la valeur de l’action du Samaritain : « Va, et toi aussi, fais de même ».

« VA, ET TOI AUSSI, FAIS DE MÊME » !

  1. Pour le texte complet, vous pouvez le lire , à partir du verset 30 []

Je serai jugé sur l’amour

ciel_amourOn connait la très belle phrase prononcée par saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous récolterez de l’amour… Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour ». Cette phrase fait écho à de nombreux passages que l’on trouve dans les évangiles dans lesquels Jésus affirme la primauté de l’amour sur tout le reste. Quand on lui demande quel est le plus grand des commandements, Jésus parle, non pas de loi ou de règle ou de dogme, il parle d’amour : « Tu aimerais le Seigneur (…) Tu aimeras ton prochain » (Matthieu 22:36-39). On peut prendre de nombreux autres exemples, les passages les plus profonds se trouvent dans saint Jean, lorsque Jésus s’adresse pour la dernière fois à ses apôtres : « Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15:12-13).

Mais pour paraphraser Pilate, je pourrais demander à Jésus : « Mais qu’est-ce que l’amour ? » Ce vague sentiment qui me fait aller vers l’autre lorsque j’ai besoin de lui ? Ce sentiment amoureux, prompt à renverser les montagnes – je t’aime pour la vie – mais qui peut s’évanouir en quelques instants – on ne s’aime plus, alors on s’est séparé.

Aimer son prochain, soit. Je vois à peu près de quoi il en retourne. Mais aimer Dieu ? Comment aimer Dieu ? En respectant ses commandements ? Oui, condition nécessaire, Jésus nous l’a dit. On ne peut prétendre aimer Dieu si on ment, si on vole, si on triche, si on trompe. Mais est-ce suffisant ? Est-ce que respecter les commandements de Dieu à la lettre, dont le respect des règles qui en découlent – celles de l’Église – suffit-il ? Assurément non. « Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? » (1 Jean 4:20). Et saint Paul d’ajouter, dans une de ses formules qui tiennent du miracle : « Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13:2). Mais alors, si j’aime bien mon prochain, c’est tout bon. Et si je n’aime pas vraiment Dieu, est-ce que c’est bon aussi ?

Non, le plus grand enseignement de Jésus, c’est qu’il n’y a aucune différence entre l’amour à porter à Dieu et celui à porter aux hommes, nos frères. Rien. Pas la moindre différence. L’un ne s’oppose pas à l’autre. L’un se vit avec l’autre.

Comme la simplicité de Dieu peut créer des complications dans mon cœur limité ! Je crois aimer Dieu, mais je vois bien que du côté de mon prochain, je pèche un peu. Alors ? Dois-je me désoler ? Car pourtant, j’aide mon prochain, parfois, enfin de temps en temps, quand j’ai le temps, quand je peux. Mais comme on ne peut tout faire, je pense moins à Dieu en ces moments-là. Alors ?

Je dois arrêter de me triturer l’esprit. Jésus ne souhaite pas, pas plus à moi qu’à vous, que je sois accablé sous le fardeau. Non, il prend la peine de m’expliquer. Je dois donc lire et relire l’évangile de ce jour, en cette fête du Christ-Roi, de Matthieu, au chapitre 25, versets 31 à 46 : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi.« 

Super, mais je fais tout ça moi, alors j’ai bon ? Non mon ami, car notre Maître a ajouté : « En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.« 

Voilà, faire ne suffit pas. Il s’agit aussi de ne pas « ne pas faire ».

Voilà l’exigence de l’évangile. Il n’y en a pas d’autres. Aimer, aimer et encore aimer. Même mal, même avec mes limites. Malgré mes peurs, malgré mes égoïsmes, malgré mes propres fardeaux.

Aimer, parce qu' »au soir de [ma] vie, je serai jugé sur l’amour« .

Rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu

rameaux

Lettre ouverte à ceux qui ont osé venir à la messe des Rameaux

 

Je vous ai croisé hier. Vous ne venez pas souvent à la messe, seulement deux ou trois fois par an. Mais hier, pour la messe des Rameaux, vous étiez là. Vous vouliez rentrer à la maison avec des rameaux bénis.

Comme beaucoup de paroissiens, comme beaucoup de prêtres, je me désole de ne vous voir qu’épisodiquement. Je m’agace aussi que vous ne preniez la religion catholique que comme une superstition parmi d’autres. Oui, je m’en agace. Comme ces pharisiens qui ne comprenaient pas que Jésus puisse faire un miracle durant le Sabbat ou qu’il mange avec des prostituées. Je m’en agace, mais je veux y voir autre chose qu’une simple approche superstitieuse.

 

Ce que cette affluence dit

L’église était pleine hier. Tous les bancs, jusqu’au dernier, étaient remplis. Vous étiez là, vous vous êtes pressés pour venir. Que représente donc ce jour pour vous ? La possibilité d’avoir une brindille magique accrochée à vos murs ? Combien, d’ailleurs, étiez-vous à vous en aller une fois vos rameaux bénis ? Il y a les autres aussi, tous ceux qui sont restés jusqu’au bout – ou presque – de cette longue messe. Mais peu importe au fond. Je retiens votre impulsion initiale, celle qui vous a mis en mouvement vers l’Église.

Voyez-vous, je veux voir dans votre démarche une recherche, la recherche de quelque chose qui vous dépasse, vous qui êtes en butte à votre propre vie, souvent difficile et peuplée d’embûches. Vous ne savez pas d’ailleurs pas bien ce que vous cherchez, vous avez une vision imparfaite de la religion (imparfaite dans le sens que vous n’y voyez qu’une superstition), mais au fond de vous-mêmes, vous reconnaissez que la Vie ne se limite pas à votre propre existence. Vous me démontrez par votre venue votre besoin de transcendance.

Nous, paroissiens, au lieu de parfois vous mépriser charitablement, ferions bien de vous considérer pour ce que vous êtes : des gens en recherche de quelque chose de plus grand et dont il ne faudrait sans doute pas grand-chose pour vous convaincre que l’Église peut vous apporter beaucoup. Mais savons-nous vous accueillir ?

 

Ce que les catholiques pratiquants ont à vous dire

Chers passants, chers paroissiens épisodiques, vous qui venez chercher quelque chose que vous ne savez sans doute pas très bien définir, vous qui pensez que cette Église n’est pas faite pour vous, permettez-moi de vous dire deux ou trois choses sur nous, catholiques pratiquants.

L’Église n’est pas faite pour vous, dites-vous ? Vous avez à la fois raison et tort. Raison parce que, je me dois de l’admettre même si cela fait mal, nous ne savons pas assez vous accueillir. Nous observons avec satisfaction que notre église est plus remplie que d’habitude, aux Rameaux, à Pâques et à Noël, et si nous vous voyons, nous ne vous regardons pas vraiment. Personne n’est là à vous dire : « amis de passage, que puis-je faire pour toi ? », personne n’est là pour expliquer ce que vous ne comprenez pas, personne ne prend la peine de vous poser la question de ce que vous cherchez, personne ne vous tend vraiment les bras.

Et puis, cette cérémonie vous parait tellement abstraite, si loin de vos besoins, si loin de ce que vous attendez. Finalement, ni les gens, ces braves paroissiens qui, eux aussi, oublient parfois pourquoi ils viennent à la messe tous les dimanches, ni ce cérémonial ne vous apportent grand-chose.

Oui, comme je vous comprends. Moi aussi, tant de fois, j’ai cru que l’Église ne m’apportait rien…

Aujourd’hui, je puis vous dire que vous avez tort. Tort de n’en rester qu’à une première impression, tort de ne pas voir en ces paroissiens vos alter ego, tort de ne prendre dans cette religion que ce qu’elle n’est fondamentalement pas, tort de croire que tout cela n’est pas pour vous.

Vous manquez de foi, vous manquez d’espérance, vous cherchez ce que votre vie ne vous offre pas et ne vous offrira jamais, vous vous croyez indigne de faire partie de l’Église ? Vous cherchez l’Amour, la Vie, la Vérité – celle de votre coeur, du fin fond de votre coeur ? Alors l’Église est pour vous !

 

Dieu est avec vous

Rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu. Vous ne vous croyez pas à la hauteur, vous pensez que le Dieu des chrétiens est un Dieu lointain. Vous vous trompez. Lourdement. Malencontreusement. Douloureusement.

Vous êtes venus à la messe des Rameaux, et vous avez entendu que le prêtre a dit : « En ce premier jour de la Semaine Sainte… ». Alors laissez-moi vous montrer le visage que Dieu nous montre durant cette belle semaine.

Jésus, donc Dieu, s’abaisse à laver les pieds de ses apôtres, comme le faisaient normalement les serviteurs. Y compris ceux de Judas qui allait le trahir quelques heures plus tard. Jésus se fait serviteur, abolissant toute hiérarchie. N’est-il pas proche de nous en nous montrant le chemin de l’humilité ?

Jésus, donc Dieu, durant sa dernière nuit, est pris d’angoisses. N’épouse-t-il pas nos peurs et nos doutes face un avenir parfois si angoissant ?

Jésus, donc Dieu, est renié par trois fois par celui qu’il a pourtant institué chef de son Église. Combien de fois avez-vous été renié par des amis proches ?

Jésus, donc Dieu, est trahi par Judas qui a pourtant partagé pendant 3 ans sa vie. Combien de fois avez-vous été trahi par un proche, par un ami, par un frère ?

Jésus, donc Dieu, est arrêté, moqué, bafoué, torturé. N’épouse-t-il pas au centuple le mal que nous font les autres, les humiliations subies, les coups de couteau et les phrases assassines ?

Jésus, donc Dieu, est cloué à la croix, comme l’étaient les assassins, lui qui n’a tué personne. N’épouse-t-il pas au centuple nos douleurs physiques et morales, nos injustes condamnations ?

Oui, vraiment : rien de ce qui est humain n’est étranger à Dieu. Rien.

Jésus est ressuscité !

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Le matin de Pâques, Marie-Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. »
Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là,
et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts. (Jn 20, 1-9)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Je n'ai pas trouvé de tableaux représentant cet épisode tel que raconté dans ces versets de saint Jean. Il y a bien sûr de nombreux tableaux représentants la résurrection. Mais je dois avouer qu'aucun ne m'a vraiment ému. Sans doute parce que la résurrection ne peut se réprésenter simplement.

J'ai donc choisi d'illustrer un passage des versets suivants (Jn 20, 11-18) et qui sera lu le mardi de Pâques. Il s'agit de la première apparition de Jésus ressuscité, à Marie-Madeleine.

J'ai choisi deux représentations uniquement : une de Giotto, une de Fra Angelico (déjà présentée ici). Pas de commentaires, ces deux oeuvres parlent au coeur …

 

Je vous souhaite à toutes et à tous de vivre de la joie du Ressuscité et de garder au coeur cette merveilleuse espérance : nous sommes nous aussi appelé à rejoindre le Christ ressuscité.

 

 

 

 

 

 


Je ne suis pas exégète, ni spécialiste de l'art. Mais j'aime la peinture, surtout quand elle peut aider à méditer la parole de Dieu.

Pour voir en plus grande taille ces tableaux, il suffit de cliquer sur chaque image.

Ces images de tableaux proviennent du site http://www.wga.hu (site anglophone) qui a aimablement accepté leur utilisation pour ce blog.

 

 

Les femmes au tombeau

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus.
De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au sépulcre au lever du soleil.
Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ? »
Au premier regard, elles s'aperçoivent qu'on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande.
En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de peur.
Mais il leur dit : « N'ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait déposé.
Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : 'Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l'a dit.' » (Mc 16, 1-16)

Extrait de la Traduction Liturgique de la Bible – © AELF, Paris

 

Fresque de Ferrer Bassacouvent de Pedralbes, vers 1346.

L'état de conservation médiocre atténue sans doute la force de cette fresque.

L'ange vêtu de blanc, mais aux ailes noires, attend les femmes. Si deux d'entre elles l'écoutent, la troisième, celle du milieu, tient dans sa main droite le linceul du Christ et semble, de ce fait, plus affligée par la disparition du cadavre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détrempe sur bois de Buoninsegna, Museo dell'Opera del Duomo, Sienne, 1308-1311.

Description très précise de la scène de l'évangile. L'ange pointe du doigt le tombeau vide, duquel dépasse le linceul du Christ.

L'étonnement des trois femmes est marqué par un mouvement de recul très harmonieux. L'ange tient dans ses mains un sceptre, symbole du pouvoir : la royauté de Jésus va bientôt être établie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Huile sur toile de Bartolomeo SchedoniGalleria Nazionale, Parma, 1613.

Beau tableau qui joue sur les couleurs et les contrastes.

L'obscurité plane sur les deux-tiers du tableau. Les femmes semblent émerger de la nuit tandis que, du côté de l'ange, la lumière surgit. La Lumière est par là semble-t-il nous dire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Huile sur toile de Peter CorneliusNeue Pinakothek, Munich, 1815-1822.

Tableau d'une grande finesse, caractérisée par une grande douceur des traits et des tons.

Notez le mont Gogotha encore dans les ténèbres. Mais bientôt, la lumière va gagner.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fresque de Fra AngelicoCouvent Saint Marc, Firenze, 1440-1442.

Ici, nous retrouvons les éléments évoqués dans les autres tableaux.

Mais le Christ est là, déjà dans sa gloire. Les femmes ne peuvent encore le voir, mais l'ange le montre…

A gauche, saint Dominique est en méditation.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Je ne suis pas exégète, ni spécialiste de l'art. Mais j'aime la peinture, surtout quand elle peut aider à méditer la parole de Dieu.

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Ces images de tableaux proviennent du site http://www.wga.hu (site anglophone) qui a aimablement accepté leur utilisation pour ce blog.