Week-end « Expériences et vision pastorale »

Sophia_1Comme j’ai pu l’annoncer sur Facebook ou sur twitter, j’ai eu l’opportunité de participer à un week-end organisé par la paroisse Notre-Dame de la Sagesse, à Sophia-Antipolis, intitulé « Expériences et Vision Pastorale ». Il n’est pas très aisé de résumer un week-end aussi riche. Aussi ce billet, que je vais essayer de garder concis, sera peut-être complété ultérieurement par d’autres billets. On verra bien.

Le contexte

Dans beaucoup de paroisses se pose la question du devenir, de l’évolution, de chemin à prendre. Il y a tant d’options possibles, tant de possibilités, tant de rêves parfois aussi, sans que l’on sache très bien ni par où commencer, ni que faire. Sans compter que beaucoup de projets ne peuvent se mettre en place faute d’implication des paroissiens. Ce constat, beaucoup de prêtres et d’équipes paroissiales le font, sans trop bien savoir comment y remédier.

Dans beaucoup de pays, notamment en Amérique du Sud, mais aussi bien sûr aux États-Unis, les églises évangéliques font preuve d’une vitalité étonnante, attirant notamment les jeunes et les personnes en recherche « de quelque chose ». Aux Etats-Unis, le pasteur Rick Warren d’une église évangélique a partagé son expérience, maintenant largement connue outre-USA grâce à ses livres [1]. En 1980, il part dans cette vallée de Californie du Sud pour y fonder une église, l’église de Saddleback. Il ne souhaite pas dépeupler les autres églises. Non, son but est d’attirer à lui ceux qu’il appelle les « Sans église ». Il fait sa première réunion chez lui dans son salon. Ils sont 7. Aujourd’hui, sa paroisse réunit entre 15 et 20 000 (vingt-mille !) personnes chaque dimanche. Pour vous donner un exemple de l’ampleur du phénomène, l’église de Saddleback, pour fêter son 35e anniversaire cette année, a loué un stade d’une capacité de 45 000 places ! En France, un prêtre catholique, le père Jean-Hubert Thieffry, a tenté de mettre en oeuvre les préceptes énoncés par Rick Warren. Lors de son passage à la paroisse Saint-Denys de la Chapelle, dans le 18e à Paris, il a, par exemple, mis en œuvre pour la première fois un parcours Alpha dans une paroisse catholique française [2]. Membre de la Communauté du Chemin Neuf, il est depuis 2005 curé de la paroisse Notre-Dame de la Sagesse à Valbonne, Biot et Sophia-Antipolis, paroisse dans laquelle il a déployé (et adapté) les préceptes énoncés par Rick Warren.

Les 5 essentiels

Le principal objectif est de faire en sorte que les paroissiens ne soient plus des spectateurs ou même des acteurs plus ou moins engagés, mais des disciples-missionnaires. Pour cela, il faut mettre en oeuvre, dans sa vie personnelle comme dans la vie paroissiale, les 5 essentiels suivants:

  1. L’Adoration
  2. La Communion Fraternelle
  3. la Formation des disciples
  4. le Service
  5. l’Évangélisation

Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour bien vous expliquer ces 5 essentiels (qu’on peut aussi appeler vitamines ou piliers ou objectifs ou dynamiques). Plusieurs paroisses en France proposent des informations détaillées. A ce stade, le mieux que j’ai trouvé est ce livret édité par l’Église Catholique de l’Oise.

Les partages de ce week-end

Ce week-end, merveilleusement bien organisé par la paroisse de Sophia, fut l’occasion de partager diverses expériences, à travers des sessions plénières et des ateliers. Expériences menées par la paroisse de Sophia depuis bientôt 10 ans, dans différents domaines, comme le ministère de l’accueil, les étapes du processus d’évangélisation, accueillir l’Esprit-Saint dans le travail, la préparation au mariage, etc. Impossible de tout résumer ici.

L’intérêt pour nous, engagés dans un processus similaire, était bien évidemment de voir comment les préceptes de Rick Warren pouvaient être appliqués dans une paroisse catholique en France. Et comment les 5 essentiels sont mis en œuvre dans chaque groupe.

Certaines paroisses en France ont déjà avancé sur ce chemin. Nous eûmes les témoignages de la Paroisse St Rieul de Senlis et de la paroisse Lyon Centre Ste Blandine. Ces paroisses ont mis en oeuvre les 5 essentiels et s’appuient beaucoup sur le parcours Alpha. Toutes disent que les fruits sont visibles au bout de quelques années, mais aussi qu’il faut être patient, ne pas se précipiter.

Quels sont ces fruits ? Avoir des disciples missionnaires, investis dans leur mission, et non plus de simples paroissiens qui viennent assister à la messe le dimanche.

Qu’en conclure pour soi-même ?

Lorsque notre curé m’a parlé pour la première fois de ce projet, je ne savais pas trop quoi en penser. J’ai depuis quelques temps le sentiment qu’il faut effectivement changer quelque chose dans la façon d’aborder le monde, car l’Église doit aborder le monde. Convaincu sur le constat, je restais dubitatif sur le comment. Puis j’ai lu le livre de Rick Warren qui m’a laissé un peu sur ma faim. Certes, son succès est indéniable. Mais j’avais parfois le sentiment, en le lisant, de voir à l’œuvre un chef d’entreprise créant sa société plutôt qu’un prêtre (ou un pasteur). Terriblement incarné dans la culture nord-américaine – Saddleback brasse les dollars, a plusieurs salariés, etc. – je voyais mal comment cela pouvait être appliqué dans une paroisse catholique.

C’était tout l’intérêt de ce week-end. Cela est possible ! Reste maintenant, pour nous, un énorme chantier. Mais que c’est motivant de se sentir appeler à travailler à la vigne du Seigneur !

Album AimerJe ne connaissais pas Stéphanie Lefebvre. Le samedi, elle animait à la voix et au clavier les chants de louange régulièrement entonnés. J’ai cru qu’il s’agissait de la chanteuse de la paroisse ! Je trouvais sa voix belle, mais plus encore, je la trouvais touchante (moi qui ne suis pas musicien, et qui ne sait pas chanter, je suis émerveillé devant ce don). Quelle n’a pas été ma surprise quand le dimanche, elle fut appelée à témoigner. En réalité, Stéphanie Lefebvre est de la paroisse de Senlis. Son témoignage était très émouvant, très beau, dévoilant pudiquement un parcours avec des hauts et des bas, des succès et des larmes. Elle a dit une chose très belle sur l’Eucharistie qui m’a profondément ému. Et après qu’elle a communié, placé un peu derrière elle, j’ai vu qu’elle essuyait discrètement quelques larmes. Ce qu’elle avait dit prenait encore un peu plus de valeur. La beauté d’une larme qui coule…

Mais le plus important pour elle, c’est son projet de disque qu’elle veut enregistrer cet été. Un disque de louange pour lequel elle demande de l’aide. Elle sollicite donc des dons sur le site Credo Funding. Le projet est en bonne voie. Vous pourrez aussi écouter déjà sur cette page le premier titre, « Aimer », que je trouve très beau. Si vous voulez l’aider, c’est encore possible jusqu’au 19 mai 2015.

  1. Notamment « L’Eglise, une passion, une vision » ou « The Purpose-driven Church » []
  2. Le Parcours Alpha est à l’origine l’initiative d’une paroisse protestante de Londres []

Sur les canonisations de Jean XXIII et Jean-Paul II

canonisation-jean-paulII-jeanXXIIIJ’ai appris hier avec une certaine stupéfaction que Paul VI pourrait être béatifié à l’automne prochain. J’étais déjà un peu circonspect après les effusions du week-end dernier, mais là, j’avoue ne pas être tout à fait à l’aise devant cet empressement à canoniser à tout-va.

Loin de moi l’idée de contester l’idée même de canoniser quelqu’un, ni même celle de canoniser un pape. C’est plutôt la méthode, ce qu’elle implique et ce qu’elle induit, qui m’incite à poser quelques réserves.

Etre saint

Etre saint est la vocation de tout chrétien et cela a été réaffirmé par le concile Vatican II. Faut-il rappeler qu’être déclaré saint ne suppose pas que la personne eut une vie parfaite du début à la fin, ce qui, somme toute, nous (moi le premier chers lecteurs) laisse encore toutes mes chances. L’Église déclare sainte une personne dont la vie est édifiante, qui nous montre l’exemple et nous aide à nous rapprocher de Dieu. L’Église considère aussi l’importance de l’intercession des saints auprès du Père : « Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (…). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (…). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité » [1]

La canonisation

La canonisation est un acte d’autorité de l’Église qui reconnait que la personne est réellement sainte et vit (au ciel) en pleine communion avec Dieu. Cet acte engage de facto l’infaillibilité de l’Église et du pape qui la prononce. Elle fait suite à un procès qui se déroule en plusieurs étapes faisant passer la personne du statut de Vénérable, à Bienheureuse, puis Sainte. Je vous renvoie à cet billet intéressant de S. Lemessin sur ces étapes. La vie de la personne est étudiée et les miracles qui auraient été effectués par son intercession sont bien entendu étudiés soigneusement. Il faut un miracle authentifié pour la béatification, deux pour la canonisation.

Je ne conteste aucunement que Jean-Paul II et Jean XXIII sont réellement saints. Plusieurs voix se sont fait entendre pour critiquer Jean-Paul II (c’est bien lui qui capte l’essentiel des regards). On peut faire, sans aucun doute, bien des reproches à l’homme. On peut aussi en faire au pape qu’il fut. Mais on peut et doit aussi avoir de l’admiration pour ce qu’il fut, pour ce qu’il a apporté. Et, plus important encore, en tant que catholique romain, je m’incline devant la décision de l’Église.

Quelques réserves malgré tout

Et pourtant, cette double canonisation m’a laissé un peu sur le côté. Et quand on voit la joie qui a transporté certains – joie que je considère comme tout à fait sincère – je me suis inévitablement posé quelques questions. Deviendrais-je comme ces ronchons, jamais content, incapable de se réjouir devant ce que l’Église nous offre de plus beau : la sanctification ?

En fait, je regrette une chose : que l’Église donne autant dans la précipitation. Alors que les règles des procès en béatification et en canonisation sont claires et précises, pourquoi avoir cru bon de les alléger pour canoniser Jean-Paul II et Jean XXIII ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir attendu les 5 ans prévus pour béatifier Jean-Paul II ? Pourquoi la canonisation de Jean XXIII a-t-elle été dispensée d’un deuxième miracle ? Pourquoi ce sentiment, renforcé suite à l’annonce de la béatification de Paul VI, que l’Église cherche à canoniser ses chefs (je dis bien chef car l’ambiguïté de la canonisation d’un pape, c’est que l’on canonise non plus seulement un homme, mais aussi celui qui a été le chef de l’Église pendant un certain temps) ?

En agissant ainsi, j’ai surtout le sentiment que la dimension politique prend le pas sur le reste, qu’il faut absolument montrer au monde que l’Église est encore vivante, qu’elle est encore là, qu’elle existe, y compris (surtout ?) sur le terrain de la communication. L’Église est contestée en plusieurs endroits du monde, notamment en Europe. On comprend son souci de vouloir réoccuper l’espace perdu. La personnalité exceptionnelle de Jean-Paul II, l’attachement et le souvenir que les fidèles en avaient, garantissaient un succès spirituel et médiatique de la béatification et de la canonisation. Il est évident que la canonisation seule de Jean XXIII n’aurait pas permis de rassembler 800.000 personnes à Rome, pas plus que ne le permettra celle de Paul VI.

Je comprends tout cela et il est bien naturel au fond que le Vatican ait cherché à surfer sur la vague. Mais, en ayant enfreint les règles édictées par elle-même, alors qu’elle reste intransigeante sur d’autres, l’Église m’est apparue finalement plus faible que ce qu’elle a voulu montrer. La précipitation et les petits arrangements sont des signes du monde, non ? Ce monde que l’Église doit pourtant édifier et porter vers le haut. Alors que le pape François nous invite à aller à la périphérie, ces deux canonisations m’ont semblé être plutôt mâtinées de narcissisme.

Humaine, trop humaine, l’Église ? Oui, assurément. Elle se sent fragile et fragilisée. Je ressens qu’elle a besoin de se rassurer sur elle-même. Je ne lui en veux pas, et au fond, c’est aussi pour cela que je l’aime !

 

 

  1. §956 du Catéchisme de l’Eglise Catholique http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P25.HTM []

Sa Sainteté François 1er

 

J'aime bien que les favoris annoncés n'aient pas été élus, montrant par là l'indépendance d'esprit des cardinaux.

 

J'aime bien que le nouveau pape vienne d'Amérique du Sud, cassant l'eurocentrisme narcissique, et montrant au monde où est le dynamisme de l'Eglise.

 

J'aime bien que le nouveau pape soit jésuite, bel ordre, si décrié parfois, pour qui j'ai une estime toute particulière ; un arrière-grand-oncle jésuite et mon admiration pour le père Varillon n'y sont sans doute pas étrangers.

 

J'aime bien ce nom choisi de François, le prénom d'un des plus grands saints du catholicisme, et augurant d'une nouvelle ère pour l'Eglise, plus proche des pauvres, des petits et des faibles.

 

J'aime bien la cordialité de ce nouveau pape, sa simplicité et, de là, une empathie presque immédiate.

 

J'aime bien que ce nouveau pape ait demandé à la foule de prier avec lui et pour lui.

 

Très saint Père, je vous aime déjà bien…

Philippe Ariño, les lobbys ne lui disent pas merci !

J'ai eu l'opportunité d'assister hier, jeudi 6 décembre, à une conférence de Philippe Ariño à Toulouse.

Faut-il encore le présenter ? Il a désormais une couverture médiatique relativement forte, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parlé de lui. Si tel est néanmoins le cas, on peut finalement résumer assez simplement qui il est : Philippe est homosexuel, il s'assume, il est catholique, il défend le pape et l'Eglise et il s'oppose au mariage gay. Voilà planté le décor de cet ovni que les médias interpellent, trop étonnés de trouver un homo non honteux, continent, croyant et pas lobbyiste de la cause gay.

Difficile en réalité de résumer ce qu'est un homme en quelques phrases. Philippe est évidemment bien plus que cela. Et au-delà de son discours maintenant bien rôdé sur son parcours, sur le mariage gay, sur l'homosexualité, j'ai été impressionné hier par ce qu'il dégage : quelqu'un d'accompli, qui parle vrai, qui semble serein et bien dans ses baskets et qui est libre. Bref, au-delà des mots prononcés, il y a la façon de les prononcer, de parler à son auditoire, d'écouter et de répondre aux questions. J'ai vécu donc hier soir un moment d'humanité. Cela peut peut-être paraître idiot, mais dans cette société où tant de choses sont factices, j'apprécie de plus en plus ces moments d'authenticité et de paroles vraies.

Alors, qu'a raconté Philippe hier soir ? Ce fut à vrai dire un peu décousu, il l'a reconnu lui-même, n'ayant pas suivi le plan classique de ses interventions. Peu importe, cela n'a pas nui à l'intérêt du discours.

L'essentiel du débat hier soir a porté sur le mariage gay. Philippe Ariño m'a surpris sur quelques points, son discours allant parfois à contre-courant des idées reçues et du prêt-à-penser, y compris chez les opposants au mariage gay.

D'abord, Philippe explique que la revendication porte sur le droit au mariage et non sur le mariage lui-même. N'a-t-on pas entendu dire : "les gays auront enfin le droit de ne pas se marier" ? Qui se bat donc pour que certains aient un droit dont on sait qu'ils se moquent ? P. Ariño explique qu'en réalité les personnes homo sont utilisées par la société bisexuelle, cette frange de la population qui ne sait pas très bien où elle en est avec elle-même. J'ai d'ailleurs apprécié que Philippe dise qu'il ne connaissait pas une personne "hétéro" bien dans ses baskets et qui ait peur de l'homosexualité.

Partant du constat que les homos eux-mêmes – ainsi que le enfants – sont les grands absents du projet de loi, il n'hésite pas alors à dire que ce projet de loi est homophobe.

Il décrypte facilement les types de chantage auxquels les opposants au mariage pour tous sont soumis. Le chantage "rose" quand on nous parle de désir, d'amour entre deux personnes qui s'aiment. Le chantage "noir" quand on nous taxe d'homophobie [1], quand on met en avant le suicide des jeunes homos, etc.

Philippe a décrypté tous les codes de l'homosexualité – référents culturels, viol, inceste, etc – mais n'a pas eu le temps d'en parler longtemps hier soir. Son site internet permet de se plonger dans la question et de mieux comprendre les ressorts de l'homosexualité. Et comme le dit Philippe, quand on s'apercevra des souffrances sous-jacentes importantes, le mythe du gentil gay des séries – beau, sympa, au goût exquis, à l'humour sûr et de bon goût – tombera de lui-même.

En guise de conclusion de cette belle conférence, je retiendrais celle-ci : "Le monde ne se sépare pas entre hétéro et homo mais entre homme et femme et entre Créateur et créatures". L'oublier, c'est aller dans le mur.

 


Philippe Ariño donne de nombreuses conférences. Beaucoup sont filmées et enregistrées. Son site "L'araignée du désert" est très complet, très bien fait et très instructif. Vous y trouverez aussi le calendrier de ses conférences. Il serait étonnant qu'il ne passe pas près de chez vous. Si tel est le cas, ne vous en privez pas.

Par ailleurs, son dernier livre "L'homosexualité en vérité" est un succès, on le trouve partout (même sur Amazon !). J'en ferai peut-être une recension prochainement dès que je l'aurais lu.

 

 

 

 

  1. Voir le billet "il parait que je suis homophobe" []

Se marier et durer

En ces temps où l’on parle beaucoup du mariage, j’ai lu cet été [1] le livre du père Castaignos, « Se marier et durer », publié aux éditions Salvator. [2]

Ce livre est présenté sous forme d’un entretien entre Pierre-Marie Castaignos et Yves Kerhuon. Mais loin d’être une conversation à bâtons rompus, le livre est très structuré et les différents chapitres permettent d’aborder les différentes dimensions du mariage.

Le père Castaignos a consacré de longues années à la préparation au mariage, ce qui a nourri sa réflexion, réflexion enracinée dans du vécu. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je participe à la préparation au mariage dans ma paroisse. J’ai donc retrouvé dans ce livre une partie de mon expérience. J’y reviens plus loin.

 

La préparation au mariage

Les thèmes abordés sont donc classiques, mais néanmoins importants. Ils traitent des grandes questions liées à l’engagement de vivre en couple … pour toujours. Car c’est cela l’enjeu du mariage catholique. On prend un engagement comme aucun autre dans la vie [3] : celui de rester uni quoiqu’il puisse arriver. Ce n’est pas très tendance, certes, à l’heure où, comme le rappelle P.M. Castaignos, le taux de divorce en France est de 44%.

L’enjeu de la préparation au mariage est de proposer aux fiancés [4] une réflexion afin de mûrir leur choix et leur engagement. Et engager ces fiancés dans une réflexion qu’ils n’ont peut-être pas par ailleurs nous obligent aussi à leur parler de ce qui peut faire mal, des différents écueils qu’ils auront à subir et qu’ils devront apprendre à dépasser.

Et parmi les écueils, il y a non pas la différence entre les fiancés mais le ou les déséquilibres qui peuvent survenir. L’un des enjeux de la préparation est non pas d’insister sur les différences, qui en général se surmontent d’autant mieux qu’elles sont voyantes, prises en compte et analysées, mais d’attirer sur tous les déséquilibres qui peuvent exister au sein du couple : dans les façons de penser, dans les façons d’agir ou de réagir, la perception des choses et des événements. Ces déséquilibres passent pour anodin mais peuvent, à la longue, fissurer fortement la relation.

Le père Pierre-Marie Castaignos traite donc de tous les sujets qui, un jour ou l’autre, quoiqu’en dise ou qu’on en pense, devront être abordés par les époux. Il parle donc, sans tabou, de la sexualité et de l’accueil du mystère de la vie. Il rappelle l’importance de l’engagement des corps, que ce soit avant le mariage (en notant tous les écueils d’un corps qui se donne trop tôt) ou pendant le mariage. La fidélité, dont l’engagement est pris le jour du mariage, peut-elle être tenue ? Et si non, quelles sont les voies de réconciliation et de pardon ?

J’ai été heureux de lire un chapitre entièrement consacré à la réconciliation dans le couple. Combien de divorces seraient évités si l’habitude du pardon était prise régulièrement ? P.M. Castaignos insiste sur ces réconciliations quotidiennes, ces pardons pour de petites choses qui permettent de pouvoir affronter de plus grandes crises. « Le divorce n’est pas une fatalité ! » écrit-il.

 

Dis-moi combien tu gagnes ?

Un autre élément abordé est celui de l’argent. Mon expérience m’incite à penser que ce point est de plus en plus crucial tant le rapport à l’argent des individus peut avoir de répercussions sur le couple. On touche, via l’argent, au caractère bien sûr, mais aussi et surtout à l’éducation reçue, et donc aux façons d’être et de vivre des familles respectives des fiancés. La question de la confiance est aussi posée quand on aborde celle de l’argent. Confiance en l’autre, quand on lui cède la gestion des finances familiales par exemple ; confiance en l’avenir tant la peur de manquer d’argent (pour élever les enfants) peut être sclérosante.

Je n’ai pas tout à fait rejoint l’auteur quand il promeut le régime de la séparation de biens par rapport au régime de la communauté. Certes, je conçois qu’en des cas particuliers, où le risque est avéré, la séparation des biens est un moyen de protéger sa famille. Mais il me semble que le régime de la communauté sied mieux à l’esprit du mariage catholique, à l’instar des premières communautés chrétiennes où l’on mettait ses biens en commun. Bref, j’ai été surpris de voir le père Castaignos défendre aussi fortement le régime de la séparation de biens.

 

Quelles conditions imposer aux demandes de mariage ?

La question de la spiritualité et du couple est elle aussi d’importance. Elle dépasse d’ailleurs largement la spiritualité du couple. La question qui se pose est : « qui marie-t-on ? » Ou plus précisément : « comment préparer au mariage et marier des personnes qui ne connaissent rien – ou si peu – de la religion catholique ? ». P.M. Castaignos n’apporte pas de réponses définitives mais ose poser quelques questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Doit-on demander aux fiancés d’attendre un an avant de se marier comme l’a préconisé la conférence des évêques de France en 2002 ?
  • L’Eglise demande aux couples de s’engager à faire baptiser leurs enfants et à les catéchiser. Que faire lorsqu’un couple demande le mariage catholique alors qu’il a déjà des enfants qui ne sont pas catéchisés voire pas baptisés ?
  • Pourquoi en France, peut-on se marier sans avoir reçu les sacrements de l’initiation que sont la communion et la confirmation ?

 

Mon avis

Ce livre s’adresse à deux types de public. Ceux qui sont impliqués dans la préparation au mariage et ceux qui se préparent à leur mariage.

Impliqué dans la préparation au mariage, j’ai été heureux de voir que l’auteur pose les problèmes dans les mêmes termes que nous, qu’il apporte généralement les mêmes réponses. Ce livre, s’il n’apprendra peut-être rien aux préparateurs, prêtres et laïcs, très expérimentés, peut être une aide précieuse pour les débutants (c’est typiquement le genre de livre que j’aurais aimé lire quand j’ai débuté la préparation au mariage).

Quant aux fiancés, ce livre me semble très pertinent. Il traite de tous les principaux sujets, il est très abordable même pour ceux qui sont éloignés de la religion et doit permettre une bonne réflexion en couple. Ce livre sera donc ajouté à ceux que nous conseillons de lire !

 

  1. Voir mes autres lectures ici []
  2. J’ai été contacté par les éditions Salvator qui m’ont proposé de m’envoyer un exemplaire en échange de la publication d’un billet ; il fut clair que le billet serait rédigé en toute liberté []
  3. Hormis ceux qui décident de consacrer leur vie à Dieu []
  4. Mais peut-on encore appeler fiancés un couple qui décide de se marier à l’Église après de longues années de vie commune et avec déjà plusieurs enfants []

Etre à contre-courant

Seuls les poissons morts nagent avec le courant (Proverbe alsacien)

 

Suivisme et réflexion

L'époque (formidable) que nous vivons aujourd'hui, quand elle ne l'impose pas, incite à suivre les modes, les tendances. Aujourd'hui, encore plus qu'hier, et sans doute moins que demain, il faut être "in", être moderne, être en phase avec son temps. Et tandis que cette société promeut une apparente liberté de l'homme ("je fais ce que je veux, quand je veux, où je veux"), l'homo modernus du XXIème siècle n'en est pas moins prisonnier de la bien-pensance ambiante [1].

Bien sûr, la société octroie malgré tout quelque valeur à la spécificité, surtout quand cela permet d'augmenter les échanges commerciaux. Il est de bon ton d'avoir le tee-shirt que personne n'a, la voiture ou la télé dernier cri que le voisin va jalouser. Mais ces singularités ne doivent surtout pas avoir cours dans le domaine de la pensée.

Non, aujourd'hui, interdit de penser autrement que comme il se doit. L'effet de masse, décuplé par la logorrhée télévisuelle, subtilement orchestrée par les groupes de lobby, écarte, sournoisement, toute dissonance.

A l'heure où le monde occidental vit une grave crise financière, économique et éthique (mais tout n'est-il pas lié ?), la société française est amenée à faire des choix. Des choix de société justement. Que ces choix soient initiés directement par nos gouvernants ou qu'ils éclosent sous la pression de revendications particulières, peu importe. Il va falloir trancher. Nous allons devoir trancher. Nous tous : cathos, musulmans, athées, petits, grands, maigres, …

Malheureusement, ces choix, qui devraient être sous-tendus par un débat entre toutes les familles de pensée, sont de fait phagocytés par une partie de la population qui tente – avec un certain succès – d'imposer ses points de vue selon un mode opératoire assez rodé :

1) on décrète que tel fait sociétal doit être maintenant légalisé ;

2) on valorise au maximum, on positive, on dit que c'est un progrès pour l'humanité, qu'une démocratie moderne digne de ce nom ne saurait être en retard sur ce point, tout en gommant, bien sûr, tout aspect négatif ;

3) on rigardise, au nom du progrès salvateur, toute opposition, les opposants pouvant même se voir nier le droit de s'exprimer.

Nous en avons eu un exemple criant avec la désormais fameuse prière du 15 août [2] .La CEF, par l'entremise de son président le cardinal Vingt-Trois, a proposé une prière universelle. Ce fut une proposition. Certains prêtres ou équipes paroissiales ont d'ailleurs refusé de la lire. C'est une prière. Eh oui, à tous ceux qui ne connaissent pas bien la religion catholique, sachez qu'un catho, ça prie. Avec plus ou moins de ferveur, avec plus ou moins de constance, mais ça prie. Un catho parle à Dieu. C'est Jésus qui nous l'a dit (qu'on pouvait, qu'on devait prier). Bref, pas de quoi fouetter un chat.

J'admets que si les programmes de TF1, F2 et M6 avaient été interrompus le 15 août, juste avant le journal de 13h ou de 20h, pour diffuser ce message, j'aurais alors compris les réactions indignées quant à l'atteinte (intolérable) à la laïcité, et tutti quanti. Mais là, une petite prière de rien du tout, lue dans la pénombre des églises, là où tout laïc peut aller mais où les laïcistes ne vont pas.

Or cette prière a heurté certaines âmes sensibles. Oh, ce n'est pas la demande de plus de solidarité et de générosité qui a posé problème, tout le monde est pour (sauf si cela passe par une augmentation des impôts). Ce n'est la question sur la fidélité des époux, tout le monde se fout de la fidélité aujourd'hui (sauf quand une carte est fournie par le commerçant).

Non, ce qui a heurté les bien-pensants, c'est la demande à Dieu que "les enfants cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère". Le gros mot a été lâché : un père et une mère. Ce n'est plus in. C'est dépassé. Faites le test autour de vous : observez comme les gens sont empruntés pour dire ce qui est pourtant une évidence. Peur de ne pas être dans la mouvance ? Peur d'être taxé d'homophobie [3] ?

 

Nager à contre-courant sans se noyer

L'Église est clairement, de plus en plus, à contre-courant. Je crois que c'est une chance, à la fois pour elle-même et pour la société.

L'Église est à contre-courant quand :

– elle dénonce les effets néfastes de l'ultra-libéralisme, en même temps que ceux, non moins néfastes, du communisme et de ses succédanées;

– elle déclare que la fidélité et la continence ne vont pas à l'encontre de la lutte contre le sida, bien au contraire ;

– elle affirme, sereinement, que la vie, que toute vie, a un prix infini, qui dépasse l'homme et que l'homme ne peut s'arroger le droit d'y attenter (que ce soit par manipulation ou par suppression) ;

– elle dit – quelle audace ! – qu'un enfant a, non seulement besoin, mais aussi droit à un père et une mère.

Vous remarquerez, qu'hormis lorsqu'elle dénonce l'ultra-libéralisme (et encore), elle est vilipendée et traitée de rigarde. On l'accuse de tous les maux, de tout et son contraire : de favoriser la mort dans un cas, de ne pas la permettre dans d'autres.

Ces derniers mois ont montré cette évolution des relations entre la société et l'Église. D'un côté, une société de plus en plus tournée vers l'hédonisme, se regardant le nombril, donnant prise à tous les désirs et revendications exprimés. De l'autre, une Église (du moins en France) qui affirme, bien plus qu'il y a 10 ou 15 ans, ce à quoi elle croit. [4]

 

Etre minoritaire condamne-t-il à se taire ?

L'Église est aujourd'hui minoritaire, beaucoup s'en réjouissent, certains s'en alarment. Ce n'est certes pas sa vocation. L'Église aspire à rassembler le plus de monde possible, d'aller bien au-delà de son cercle de fidèles. Mais j'ai le sentiment que l'Église ne s'est pas encore totalement remise de sa perte d'influence. Je vais même plus loin : je crois même qu'elle n'en a pris conscience que récemment. Partant de là, elle réagit, car elle sait que le terrain "idéologique" ne lui est plus favorable. Et cette réaction étonne ou agace. Elle étonne ceux qui pensaient qu'elle n'existait plus. Elle agace ceux qui voudraient qu'elle n'existât plus.

Je suis heureux que l'Église de France se montre, fasse entendre sa voix. Prenons le cas du mariage homosexuel. Certains disent que l'Église n'a pas à se mêler du mariage civil, que la République ne saurait prendre l'avis d'une religion. Mais la question du mariage dépasse largement celle du seul mariage à la mairie. Notez d'ailleurs comment on est passé de la revendication du mariage à celle de l'adoption, les deux étant désormais indissociables.

Comme les blogeurs Koz et Charles Vaugirard l'ont écrit, l'Église est dans son rôle en se faisant entendre et qu'importe finalement que les ayatollahs de la laïcité s'en émeuvent.

 

Une chance ?

Être à contre-courant me plait bien finalement. Faire partie d'une Église qui refuse le suivisme, les modes de pensée – tout en s'amenant à réfléchir constamment à la marche du monde – me semble aussi honorable que d'être de ceux qui sont "pour" sans savoir pourquoi.

Mais être à contre-courant n'est pas non plus une vocation en soi et ne doit pas être une posture intellectuelle. Et ce n'est pas celle de l'Église. Il y a des professionnels du "contre" [5] qui dézinguent tout ce qu'on leur propose, L'Église n'est pas dans ce schéma. Elle a pour elle des siècles de réflexion sur l'homme. Le pape Paul VI, dans l'encyclique Populorum Progressio, écrivait :

Experte en humanité, l'Église, sans prétendre aucunement s'immiscer dans la politique des État, "ne vise qu'un seul but: continuer, sons l'impulsion de l'Esprit consolateur l'œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi"

Oui, L'Église peut se prévaloir d'une certaine expérience en matière humaine. Balayer d'un revers de main ce qu'elle dit est non seulement insultant mais aussi crétin.

L'Église de France a connu la puissance : des prêtres et des fidèles nombreux, un lien étroit avec le pouvoir, une influence forte sur la société. Faut-il regretter ce temps-là ? Je ne sais pas. Oh certes, ce devait être confortable d'être du côté du pouvoir, d'être du côté de ceux qui décident, d'être dans le courant. Mais n'était-ce pas un trompe-l'oeil ? Est-ce que promouvoir et vivre l'évangile ne nous conduit pas inexorablement à être à contre-courant ? Comme cela est écrit dans saint Jean (Jn, 15, 19) :

Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.

La difficulté du chrétien est là : être dans le monde (que je trouve merveilleux à bien des égards) sans être du monde.

Vouloir orienter le courant tout en sachant qu'on sera le plus souvent à contre-courant.

La chance pour le chrétien d'aujourd'hui, peut-être, est de revenir aux fondamentaux de sa foi. La chance pour la société est, peut-être, d'avoir face à elle une Église Catholique débarrassée enfin du pouvoir et qui peut dire, sereinement, ce en quoi elle croit : l'homme est un enfant de Dieu !

  1. Ce fut aussi le cas à d'autres époques (toutes ?), à une différence près : on dénie le fait que ce soit une des tares de notre société []
  2. Il est tout de même savoureux qu'une simple prière ait pu être autant commentée par tous les chantres de la laïcité []
  3. Cette prière a été considérée par certains comme étant un terreau pour l'homophobie []
  4. Par exemple, les Points Non Négociables, exprimés durant la campagne présidentielle 2012 []
  5. On les trouve souvent aux extrêmes de l'échiquier politique []