Sa Sainteté François 1er

 

J'aime bien que les favoris annoncés n'aient pas été élus, montrant par là l'indépendance d'esprit des cardinaux.

 

J'aime bien que le nouveau pape vienne d'Amérique du Sud, cassant l'eurocentrisme narcissique, et montrant au monde où est le dynamisme de l'Eglise.

 

J'aime bien que le nouveau pape soit jésuite, bel ordre, si décrié parfois, pour qui j'ai une estime toute particulière ; un arrière-grand-oncle jésuite et mon admiration pour le père Varillon n'y sont sans doute pas étrangers.

 

J'aime bien ce nom choisi de François, le prénom d'un des plus grands saints du catholicisme, et augurant d'une nouvelle ère pour l'Eglise, plus proche des pauvres, des petits et des faibles.

 

J'aime bien la cordialité de ce nouveau pape, sa simplicité et, de là, une empathie presque immédiate.

 

J'aime bien que ce nouveau pape ait demandé à la foule de prier avec lui et pour lui.

 

Très saint Père, je vous aime déjà bien…

Philippe Ariño, les lobbys ne lui disent pas merci !

J'ai eu l'opportunité d'assister hier, jeudi 6 décembre, à une conférence de Philippe Ariño à Toulouse.

Faut-il encore le présenter ? Il a désormais une couverture médiatique relativement forte, il est peu probable que vous n'ayez jamais entendu parlé de lui. Si tel est néanmoins le cas, on peut finalement résumer assez simplement qui il est : Philippe est homosexuel, il s'assume, il est catholique, il défend le pape et l'Eglise et il s'oppose au mariage gay. Voilà planté le décor de cet ovni que les médias interpellent, trop étonnés de trouver un homo non honteux, continent, croyant et pas lobbyiste de la cause gay.

Difficile en réalité de résumer ce qu'est un homme en quelques phrases. Philippe est évidemment bien plus que cela. Et au-delà de son discours maintenant bien rôdé sur son parcours, sur le mariage gay, sur l'homosexualité, j'ai été impressionné hier par ce qu'il dégage : quelqu'un d'accompli, qui parle vrai, qui semble serein et bien dans ses baskets et qui est libre. Bref, au-delà des mots prononcés, il y a la façon de les prononcer, de parler à son auditoire, d'écouter et de répondre aux questions. J'ai vécu donc hier soir un moment d'humanité. Cela peut peut-être paraître idiot, mais dans cette société où tant de choses sont factices, j'apprécie de plus en plus ces moments d'authenticité et de paroles vraies.

Alors, qu'a raconté Philippe hier soir ? Ce fut à vrai dire un peu décousu, il l'a reconnu lui-même, n'ayant pas suivi le plan classique de ses interventions. Peu importe, cela n'a pas nui à l'intérêt du discours.

L'essentiel du débat hier soir a porté sur le mariage gay. Philippe Ariño m'a surpris sur quelques points, son discours allant parfois à contre-courant des idées reçues et du prêt-à-penser, y compris chez les opposants au mariage gay.

D'abord, Philippe explique que la revendication porte sur le droit au mariage et non sur le mariage lui-même. N'a-t-on pas entendu dire : "les gays auront enfin le droit de ne pas se marier" ? Qui se bat donc pour que certains aient un droit dont on sait qu'ils se moquent ? P. Ariño explique qu'en réalité les personnes homo sont utilisées par la société bisexuelle, cette frange de la population qui ne sait pas très bien où elle en est avec elle-même. J'ai d'ailleurs apprécié que Philippe dise qu'il ne connaissait pas une personne "hétéro" bien dans ses baskets et qui ait peur de l'homosexualité.

Partant du constat que les homos eux-mêmes – ainsi que le enfants – sont les grands absents du projet de loi, il n'hésite pas alors à dire que ce projet de loi est homophobe.

Il décrypte facilement les types de chantage auxquels les opposants au mariage pour tous sont soumis. Le chantage "rose" quand on nous parle de désir, d'amour entre deux personnes qui s'aiment. Le chantage "noir" quand on nous taxe d'homophobie [1], quand on met en avant le suicide des jeunes homos, etc.

Philippe a décrypté tous les codes de l'homosexualité – référents culturels, viol, inceste, etc – mais n'a pas eu le temps d'en parler longtemps hier soir. Son site internet permet de se plonger dans la question et de mieux comprendre les ressorts de l'homosexualité. Et comme le dit Philippe, quand on s'apercevra des souffrances sous-jacentes importantes, le mythe du gentil gay des séries – beau, sympa, au goût exquis, à l'humour sûr et de bon goût – tombera de lui-même.

En guise de conclusion de cette belle conférence, je retiendrais celle-ci : "Le monde ne se sépare pas entre hétéro et homo mais entre homme et femme et entre Créateur et créatures". L'oublier, c'est aller dans le mur.

 


Philippe Ariño donne de nombreuses conférences. Beaucoup sont filmées et enregistrées. Son site "L'araignée du désert" est très complet, très bien fait et très instructif. Vous y trouverez aussi le calendrier de ses conférences. Il serait étonnant qu'il ne passe pas près de chez vous. Si tel est le cas, ne vous en privez pas.

Par ailleurs, son dernier livre "L'homosexualité en vérité" est un succès, on le trouve partout (même sur Amazon !). J'en ferai peut-être une recension prochainement dès que je l'aurais lu.

 

 

 

 

  1. Voir le billet "il parait que je suis homophobe" []

Se marier et durer

En ces temps où l’on parle beaucoup du mariage, j’ai lu cet été [1] le livre du père Castaignos, « Se marier et durer », publié aux éditions Salvator. [2]

Ce livre est présenté sous forme d’un entretien entre Pierre-Marie Castaignos et Yves Kerhuon. Mais loin d’être une conversation à bâtons rompus, le livre est très structuré et les différents chapitres permettent d’aborder les différentes dimensions du mariage.

Le père Castaignos a consacré de longues années à la préparation au mariage, ce qui a nourri sa réflexion, réflexion enracinée dans du vécu. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je participe à la préparation au mariage dans ma paroisse. J’ai donc retrouvé dans ce livre une partie de mon expérience. J’y reviens plus loin.

 

La préparation au mariage

Les thèmes abordés sont donc classiques, mais néanmoins importants. Ils traitent des grandes questions liées à l’engagement de vivre en couple … pour toujours. Car c’est cela l’enjeu du mariage catholique. On prend un engagement comme aucun autre dans la vie [3] : celui de rester uni quoiqu’il puisse arriver. Ce n’est pas très tendance, certes, à l’heure où, comme le rappelle P.M. Castaignos, le taux de divorce en France est de 44%.

L’enjeu de la préparation au mariage est de proposer aux fiancés [4] une réflexion afin de mûrir leur choix et leur engagement. Et engager ces fiancés dans une réflexion qu’ils n’ont peut-être pas par ailleurs nous obligent aussi à leur parler de ce qui peut faire mal, des différents écueils qu’ils auront à subir et qu’ils devront apprendre à dépasser.

Et parmi les écueils, il y a non pas la différence entre les fiancés mais le ou les déséquilibres qui peuvent survenir. L’un des enjeux de la préparation est non pas d’insister sur les différences, qui en général se surmontent d’autant mieux qu’elles sont voyantes, prises en compte et analysées, mais d’attirer sur tous les déséquilibres qui peuvent exister au sein du couple : dans les façons de penser, dans les façons d’agir ou de réagir, la perception des choses et des événements. Ces déséquilibres passent pour anodin mais peuvent, à la longue, fissurer fortement la relation.

Le père Pierre-Marie Castaignos traite donc de tous les sujets qui, un jour ou l’autre, quoiqu’en dise ou qu’on en pense, devront être abordés par les époux. Il parle donc, sans tabou, de la sexualité et de l’accueil du mystère de la vie. Il rappelle l’importance de l’engagement des corps, que ce soit avant le mariage (en notant tous les écueils d’un corps qui se donne trop tôt) ou pendant le mariage. La fidélité, dont l’engagement est pris le jour du mariage, peut-elle être tenue ? Et si non, quelles sont les voies de réconciliation et de pardon ?

J’ai été heureux de lire un chapitre entièrement consacré à la réconciliation dans le couple. Combien de divorces seraient évités si l’habitude du pardon était prise régulièrement ? P.M. Castaignos insiste sur ces réconciliations quotidiennes, ces pardons pour de petites choses qui permettent de pouvoir affronter de plus grandes crises. « Le divorce n’est pas une fatalité ! » écrit-il.

 

Dis-moi combien tu gagnes ?

Un autre élément abordé est celui de l’argent. Mon expérience m’incite à penser que ce point est de plus en plus crucial tant le rapport à l’argent des individus peut avoir de répercussions sur le couple. On touche, via l’argent, au caractère bien sûr, mais aussi et surtout à l’éducation reçue, et donc aux façons d’être et de vivre des familles respectives des fiancés. La question de la confiance est aussi posée quand on aborde celle de l’argent. Confiance en l’autre, quand on lui cède la gestion des finances familiales par exemple ; confiance en l’avenir tant la peur de manquer d’argent (pour élever les enfants) peut être sclérosante.

Je n’ai pas tout à fait rejoint l’auteur quand il promeut le régime de la séparation de biens par rapport au régime de la communauté. Certes, je conçois qu’en des cas particuliers, où le risque est avéré, la séparation des biens est un moyen de protéger sa famille. Mais il me semble que le régime de la communauté sied mieux à l’esprit du mariage catholique, à l’instar des premières communautés chrétiennes où l’on mettait ses biens en commun. Bref, j’ai été surpris de voir le père Castaignos défendre aussi fortement le régime de la séparation de biens.

 

Quelles conditions imposer aux demandes de mariage ?

La question de la spiritualité et du couple est elle aussi d’importance. Elle dépasse d’ailleurs largement la spiritualité du couple. La question qui se pose est : « qui marie-t-on ? » Ou plus précisément : « comment préparer au mariage et marier des personnes qui ne connaissent rien – ou si peu – de la religion catholique ? ». P.M. Castaignos n’apporte pas de réponses définitives mais ose poser quelques questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Doit-on demander aux fiancés d’attendre un an avant de se marier comme l’a préconisé la conférence des évêques de France en 2002 ?
  • L’Eglise demande aux couples de s’engager à faire baptiser leurs enfants et à les catéchiser. Que faire lorsqu’un couple demande le mariage catholique alors qu’il a déjà des enfants qui ne sont pas catéchisés voire pas baptisés ?
  • Pourquoi en France, peut-on se marier sans avoir reçu les sacrements de l’initiation que sont la communion et la confirmation ?

 

Mon avis

Ce livre s’adresse à deux types de public. Ceux qui sont impliqués dans la préparation au mariage et ceux qui se préparent à leur mariage.

Impliqué dans la préparation au mariage, j’ai été heureux de voir que l’auteur pose les problèmes dans les mêmes termes que nous, qu’il apporte généralement les mêmes réponses. Ce livre, s’il n’apprendra peut-être rien aux préparateurs, prêtres et laïcs, très expérimentés, peut être une aide précieuse pour les débutants (c’est typiquement le genre de livre que j’aurais aimé lire quand j’ai débuté la préparation au mariage).

Quant aux fiancés, ce livre me semble très pertinent. Il traite de tous les principaux sujets, il est très abordable même pour ceux qui sont éloignés de la religion et doit permettre une bonne réflexion en couple. Ce livre sera donc ajouté à ceux que nous conseillons de lire !

 

  1. Voir mes autres lectures ici []
  2. J’ai été contacté par les éditions Salvator qui m’ont proposé de m’envoyer un exemplaire en échange de la publication d’un billet ; il fut clair que le billet serait rédigé en toute liberté []
  3. Hormis ceux qui décident de consacrer leur vie à Dieu []
  4. Mais peut-on encore appeler fiancés un couple qui décide de se marier à l’Église après de longues années de vie commune et avec déjà plusieurs enfants []

Etre à contre-courant

Seuls les poissons morts nagent avec le courant (Proverbe alsacien)

 

Suivisme et réflexion

L'époque (formidable) que nous vivons aujourd'hui, quand elle ne l'impose pas, incite à suivre les modes, les tendances. Aujourd'hui, encore plus qu'hier, et sans doute moins que demain, il faut être "in", être moderne, être en phase avec son temps. Et tandis que cette société promeut une apparente liberté de l'homme ("je fais ce que je veux, quand je veux, où je veux"), l'homo modernus du XXIème siècle n'en est pas moins prisonnier de la bien-pensance ambiante [1].

Bien sûr, la société octroie malgré tout quelque valeur à la spécificité, surtout quand cela permet d'augmenter les échanges commerciaux. Il est de bon ton d'avoir le tee-shirt que personne n'a, la voiture ou la télé dernier cri que le voisin va jalouser. Mais ces singularités ne doivent surtout pas avoir cours dans le domaine de la pensée.

Non, aujourd'hui, interdit de penser autrement que comme il se doit. L'effet de masse, décuplé par la logorrhée télévisuelle, subtilement orchestrée par les groupes de lobby, écarte, sournoisement, toute dissonance.

A l'heure où le monde occidental vit une grave crise financière, économique et éthique (mais tout n'est-il pas lié ?), la société française est amenée à faire des choix. Des choix de société justement. Que ces choix soient initiés directement par nos gouvernants ou qu'ils éclosent sous la pression de revendications particulières, peu importe. Il va falloir trancher. Nous allons devoir trancher. Nous tous : cathos, musulmans, athées, petits, grands, maigres, …

Malheureusement, ces choix, qui devraient être sous-tendus par un débat entre toutes les familles de pensée, sont de fait phagocytés par une partie de la population qui tente – avec un certain succès – d'imposer ses points de vue selon un mode opératoire assez rodé :

1) on décrète que tel fait sociétal doit être maintenant légalisé ;

2) on valorise au maximum, on positive, on dit que c'est un progrès pour l'humanité, qu'une démocratie moderne digne de ce nom ne saurait être en retard sur ce point, tout en gommant, bien sûr, tout aspect négatif ;

3) on rigardise, au nom du progrès salvateur, toute opposition, les opposants pouvant même se voir nier le droit de s'exprimer.

Nous en avons eu un exemple criant avec la désormais fameuse prière du 15 août [2] .La CEF, par l'entremise de son président le cardinal Vingt-Trois, a proposé une prière universelle. Ce fut une proposition. Certains prêtres ou équipes paroissiales ont d'ailleurs refusé de la lire. C'est une prière. Eh oui, à tous ceux qui ne connaissent pas bien la religion catholique, sachez qu'un catho, ça prie. Avec plus ou moins de ferveur, avec plus ou moins de constance, mais ça prie. Un catho parle à Dieu. C'est Jésus qui nous l'a dit (qu'on pouvait, qu'on devait prier). Bref, pas de quoi fouetter un chat.

J'admets que si les programmes de TF1, F2 et M6 avaient été interrompus le 15 août, juste avant le journal de 13h ou de 20h, pour diffuser ce message, j'aurais alors compris les réactions indignées quant à l'atteinte (intolérable) à la laïcité, et tutti quanti. Mais là, une petite prière de rien du tout, lue dans la pénombre des églises, là où tout laïc peut aller mais où les laïcistes ne vont pas.

Or cette prière a heurté certaines âmes sensibles. Oh, ce n'est pas la demande de plus de solidarité et de générosité qui a posé problème, tout le monde est pour (sauf si cela passe par une augmentation des impôts). Ce n'est la question sur la fidélité des époux, tout le monde se fout de la fidélité aujourd'hui (sauf quand une carte est fournie par le commerçant).

Non, ce qui a heurté les bien-pensants, c'est la demande à Dieu que "les enfants cessent d'être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l'amour d'un père et d'une mère". Le gros mot a été lâché : un père et une mère. Ce n'est plus in. C'est dépassé. Faites le test autour de vous : observez comme les gens sont empruntés pour dire ce qui est pourtant une évidence. Peur de ne pas être dans la mouvance ? Peur d'être taxé d'homophobie [3] ?

 

Nager à contre-courant sans se noyer

L'Église est clairement, de plus en plus, à contre-courant. Je crois que c'est une chance, à la fois pour elle-même et pour la société.

L'Église est à contre-courant quand :

– elle dénonce les effets néfastes de l'ultra-libéralisme, en même temps que ceux, non moins néfastes, du communisme et de ses succédanées;

– elle déclare que la fidélité et la continence ne vont pas à l'encontre de la lutte contre le sida, bien au contraire ;

– elle affirme, sereinement, que la vie, que toute vie, a un prix infini, qui dépasse l'homme et que l'homme ne peut s'arroger le droit d'y attenter (que ce soit par manipulation ou par suppression) ;

– elle dit – quelle audace ! – qu'un enfant a, non seulement besoin, mais aussi droit à un père et une mère.

Vous remarquerez, qu'hormis lorsqu'elle dénonce l'ultra-libéralisme (et encore), elle est vilipendée et traitée de rigarde. On l'accuse de tous les maux, de tout et son contraire : de favoriser la mort dans un cas, de ne pas la permettre dans d'autres.

Ces derniers mois ont montré cette évolution des relations entre la société et l'Église. D'un côté, une société de plus en plus tournée vers l'hédonisme, se regardant le nombril, donnant prise à tous les désirs et revendications exprimés. De l'autre, une Église (du moins en France) qui affirme, bien plus qu'il y a 10 ou 15 ans, ce à quoi elle croit. [4]

 

Etre minoritaire condamne-t-il à se taire ?

L'Église est aujourd'hui minoritaire, beaucoup s'en réjouissent, certains s'en alarment. Ce n'est certes pas sa vocation. L'Église aspire à rassembler le plus de monde possible, d'aller bien au-delà de son cercle de fidèles. Mais j'ai le sentiment que l'Église ne s'est pas encore totalement remise de sa perte d'influence. Je vais même plus loin : je crois même qu'elle n'en a pris conscience que récemment. Partant de là, elle réagit, car elle sait que le terrain "idéologique" ne lui est plus favorable. Et cette réaction étonne ou agace. Elle étonne ceux qui pensaient qu'elle n'existait plus. Elle agace ceux qui voudraient qu'elle n'existât plus.

Je suis heureux que l'Église de France se montre, fasse entendre sa voix. Prenons le cas du mariage homosexuel. Certains disent que l'Église n'a pas à se mêler du mariage civil, que la République ne saurait prendre l'avis d'une religion. Mais la question du mariage dépasse largement celle du seul mariage à la mairie. Notez d'ailleurs comment on est passé de la revendication du mariage à celle de l'adoption, les deux étant désormais indissociables.

Comme les blogeurs Koz et Charles Vaugirard l'ont écrit, l'Église est dans son rôle en se faisant entendre et qu'importe finalement que les ayatollahs de la laïcité s'en émeuvent.

 

Une chance ?

Être à contre-courant me plait bien finalement. Faire partie d'une Église qui refuse le suivisme, les modes de pensée – tout en s'amenant à réfléchir constamment à la marche du monde – me semble aussi honorable que d'être de ceux qui sont "pour" sans savoir pourquoi.

Mais être à contre-courant n'est pas non plus une vocation en soi et ne doit pas être une posture intellectuelle. Et ce n'est pas celle de l'Église. Il y a des professionnels du "contre" [5] qui dézinguent tout ce qu'on leur propose, L'Église n'est pas dans ce schéma. Elle a pour elle des siècles de réflexion sur l'homme. Le pape Paul VI, dans l'encyclique Populorum Progressio, écrivait :

Experte en humanité, l'Église, sans prétendre aucunement s'immiscer dans la politique des État, "ne vise qu'un seul but: continuer, sons l'impulsion de l'Esprit consolateur l'œuvre même du Christ venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi"

Oui, L'Église peut se prévaloir d'une certaine expérience en matière humaine. Balayer d'un revers de main ce qu'elle dit est non seulement insultant mais aussi crétin.

L'Église de France a connu la puissance : des prêtres et des fidèles nombreux, un lien étroit avec le pouvoir, une influence forte sur la société. Faut-il regretter ce temps-là ? Je ne sais pas. Oh certes, ce devait être confortable d'être du côté du pouvoir, d'être du côté de ceux qui décident, d'être dans le courant. Mais n'était-ce pas un trompe-l'oeil ? Est-ce que promouvoir et vivre l'évangile ne nous conduit pas inexorablement à être à contre-courant ? Comme cela est écrit dans saint Jean (Jn, 15, 19) :

Si vous étiez du monde, le monde aimerait son bien ; mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison, le monde vous hait.

La difficulté du chrétien est là : être dans le monde (que je trouve merveilleux à bien des égards) sans être du monde.

Vouloir orienter le courant tout en sachant qu'on sera le plus souvent à contre-courant.

La chance pour le chrétien d'aujourd'hui, peut-être, est de revenir aux fondamentaux de sa foi. La chance pour la société est, peut-être, d'avoir face à elle une Église Catholique débarrassée enfin du pouvoir et qui peut dire, sereinement, ce en quoi elle croit : l'homme est un enfant de Dieu !

  1. Ce fut aussi le cas à d'autres époques (toutes ?), à une différence près : on dénie le fait que ce soit une des tares de notre société []
  2. Il est tout de même savoureux qu'une simple prière ait pu être autant commentée par tous les chantres de la laïcité []
  3. Cette prière a été considérée par certains comme étant un terreau pour l'homophobie []
  4. Par exemple, les Points Non Négociables, exprimés durant la campagne présidentielle 2012 []
  5. On les trouve souvent aux extrêmes de l'échiquier politique []

FSSPX : désaccord en vue ?

Ceux qui suivent les discussions entre le Vatican et la FSSPX savent qu'on approche d'une prise de décision quant à une possible réconciliation entre les lefebrevistes et Rome. J'ai eu l'occasion d'en parler , et , j'ai émis dès le début des doutes sur le succès d'une telle entreprise, connaissant un peu la "psychologie" des Tradis purs et durs et lisant régulièrement les divers forums et autres sites internet.

Un échec ne me surprendrait donc pas. Ce que je n'avais pas anticipé, c'est à quel point la division est présente au sein même de la fraternité. On note même des comportements [1] assez inattendus de la part de personnes qui prônent l'obéissance au chef [2], qui fustigent les "modernistes" pour leur manque de vertus, etc. L'humain reste humain, et les Tradis, pas plus que d'autres, ne sont exempts de ces travers.

Donc, une scission au sein même de la FSSPX semble se dessiner. Sera-t-elle entérinée ? Cela dépend de deux choses : les termes de l'accord pratique proposé par le Vatican, et la décision de Mgr Fellay.

 

La prélature personnelle

Qu'est-ce qu'une prélature personnelle ? Sans entrer dans les détails, et en étant un peu simpliste, une prélature personnelle est une sorte de diocèse sans territoire particulier. Le prélat est rattaché directement au pape et les fidèles d'une prélature restent membres de leur diocèse. Les dispositions sont détaillées par le droit canon.

Il n'y a actuellement qu'une seule prélature personnelle, celle de l'Opus Dei. Ce qui est cocasse, si je puis dire, c'est que la prélature est une nouveauté introduite par le concile Vatican II. En voir profiter la FSSPX ne manquerait donc pas de sel…

Une prélature personnelle ferait partie de la solution pratique envisagée par le Pape pour que la FSSPX revienne pleinement dans le giron de l'Église catholique. Encore une fois, la FSSPX clame partout qu'elle n'est jamais sortie de l'Église et que c'est Elle qui s'est fourvoyée. Mais enfin, pour de multiples raisons, cet accord, outre qu'il est la seule solution pratique, permettrait d'officialiser le retour de l'enfant prodigue. En outre, et c'est pour cela qu'il n'existe pas d'alternative, l'intérêt d'une prélature pour la FSSPX est de ne pas dépendre des évêques du lieu où ils sont implantés, ou là où ils veulent se fixer. Dépendre directement du pape serait avantageux pour eux [3]. Encore que cet avantage est vu par certains comme un écueil irrémédiable, j'y reviens plus loin.

 

L'attitude Mgr Fellay

Mgr Fellay, supérieur de la Fraternité, a sans nul doute une des décisions les plus difficiles à prendre. On aurait pu penser que les gestes du Vatican, l'implication et la volonté fortes de Benoît XVI allait faciliter la décision. Car, objectivement, que peut faire de plus le Vatican ? Rien. Benoît XVI est allé au bout de ce qu'il pouvait proposer : le rite traditionnel à nouveau reconnu et accepté "officiellement", levée des excommunications frappants les quatre évêques, la reconnaissance enfin avec la solution canonique proposée. Mais c'est sans compter sur des résistances très fortes au sein même de la fraternité.

Les tensions sont tellement fortes que des courriers et échanges privés sont mis sur la place publique. Peu importe qui a porté les coups et qui pense que cette mise en pleine lumière, ces faits révèlent surtout la scission au sein de la FSSPX. Il paraissait évident qu'une partie des fidèles de la FSSPX serait, en toute manière, opposée à des accords. Sous prétexte qu'on ne passe pas d'accord avec la Rome moderniste, au risque de ce compromettre irrémédiablement. Ce dont je ne me doutais pas, c'est que trois des quatre évêques de la FSSPX ont déclaré ouvertement leur hostilité à toute accord.

Mgr Fellay a répondu au courrier envoyé par les trois évêques. A cette lettre qui dénonce le subjectivisme du Pape Benoît XVI, dans la continuité de celui de Jean-Paul II, la réponse de Mgr Fellay apporte un certain nombre d'éléments. Certes, il ne remet pas en cause les défauts et erreurs ataviques du concile Vatican II, mais il apporte des nuances et des sentiments qui montrent que la volonté est là pour renouer "pleinement" avec Rome :

  • D'abord, il récuse le discours tendant à dire que le concile Vatican II est le mal absolu, refusant d'y voir un condensé de "super hérésies" ;
  • Il refuse aussi de voir dans les 5000 et quelques évêques des modernistes patentés, affublés du titre de "tous pourris" ;
  • Il ne voit pas dans la prélature personnelle un piège et, allant même plus loin, écrit que Mgr Lefevre aurait signé l'accord proposé.

Un autre point me semble important à mentionner : la FSSPX n'a pas cherché un accord pratique, elle se satisfaisait de la situation actuelle. C'est-à-dire que si Rome, si Benoît XVI n'avait pas recherché absolument un accord, le statu quo aurait perduré. Et Mgr Fellay pense que si le pape propose un accord, sans demander en outre une reconnaissance totale de Vatican II, cela ne se refuse pas. Sauf à marquer une défiance forte vis-à-vis du successeur de saint Pierre (défiance que Mgr Fellay pointe dans son courrier).

 

Désaccord en vue ?

Les fondements de ceux qui refusent tout accord sont de deux ordres : dogmatique et pratique.

Il n'y aura pas d'accord dogmatique : la FSSPX n'acceptera jamais le concile Vatican II comme étant l'alpha et l'omega de la foi catholique, du reste, cela ne leur est plus demandé. Ce qui leur a été demandé – via ce fameux préambule doctrinal, secret, qui a servi de base aux discussions – c'est de noter les points de divergence. Cela est fait et est toujours en discussion. La seule et dernière question est la suivante : si on imagine mal le Vatican demander à la FSSPX d'accepter le concile (ce serait un casus belli), va-t-il accepter que ce préambule soit signé en constatant – et donc en acceptant – les divergences de vue, voire même, implicitement, de permettre à la FSSPX de continuer à émettre des critiques ?

L'accord pratique – la prélature personnelle – semble poser à première vue moins de problème. Pourtant, les opposants y voient un piège et craignent de se retrouver pieds et mains liés à Rome (moderniste).

On voit donc que ces deux points sont très imbriqués l'un dans l'autre. Les partisans de l'accord voient les avantages apportés par la solution pratique, sous réserve que le préambule doctrinal soit peu contraignant ; les opposants refusent tout accord pratique tant que le contentieux doctrinale ne seront pas apurées (ce qui est impossible aujourd'hui).

Si une partie minoritaire des Tradis était opposée aux accords, cela ne poserait pas de problème majeur en soi à Mgr Fellay. Mais l'opposition des trois autres évêques est autrement problématique. De plus, il se dit sur les forums tradis qu'une petite moitié (donc 40% ?) des fidèles de la FSSPX est opposée aux accords.

Mgr Fellay passera-t-il outre ces oppositions internes ? Prendra-t-il le risque de faire imploser la FSSPX ? Que penser de la réalité de l'opposition à tout accord et de sa fermeté dans le temps ? Car on peut imaginer qu'une fois la décision prise, certains – beaucoup ? – rentreront dans le rang.

Que feront les évêques réfractaires ? Rejoindront-ils les sédévacantistes comme l'a annoncé implicitement Mgr Williamson ? Fonderont-ils une FSSPX canal historique, toujours plus pure et plus intègre ?

Au commencement de l'écriture de ce billet, j'inclinais à penser que Mgr Fellay ne signerait pas, dans le but de maintenir l'unité de la FSSPX. J'en suis moins convaincu maintenant après avoir écouté la conférence (à écouter ici, durée : 1h48) donnée par l'abbé Pfluger, premier assistant de Mgr Fellay. Les propos envers les tenants d'une position de refus de tout accord sont fermes et très clairs. Mgr Williamson et ses acolytes sont traités de "purs et durs".

 

Et maintenant ?

Quelque soit la décision prise par la FSSPX, cela laissera des traces : si elle refuse l'accord, elle prend le risque de rester en marge, voire d'être à nouveau excommuniée. Quelles seront les dispositions du successeur de Benoit XVI, qui vient d'avoir 85 ans ? Si elle accepte, elle prend le risque d'un schisme interne et d'un possible éclatement.

On comprend mieux pourquoi Mgr Fellay a écrit que la FSSPX ne recherchait pas d'accord, se satisfaisant du statu quo. Cette position était finalement confortable. Mais Benoît XVI la refuse et on voit bien la cohérence de son approche. Que n'a-t-on entendu quand il a levé les excommunications et signé le motu proprio reconnaissant le rite saint Pie V comme rite extra-ordinaire ?

La prochaine étape vient vite : c'est le chapitre général de la FSSPX qui va se tenir en juillet prochain. Les discussions risquent d'être houleuses…

 


Ajout du 22 juin 2012

J'ai oublié de mentionner un point qui m'a étonné. Lorsque le Vatican a rendu compte de la dernière rencontre avec Mgr Fellay (lire le communiqué ici),  il est écrit que "la situation des trois autres évêques de la Fraternité sera traitée séparément et individuellement." Mgr Fellay a-t-il convaincu Rome qu'en aucun cas les autres évêques le suivraient s'il signait l'accord ? A-t-il aussi renoncé à les convaincre ? Ou est-ce le Vatican qui, sur la base des courriers divulgués – et peut-être aussi d'informations non publiquement diffusées – anticipe une scission au sein de la FSSPX ?

 

  1. divulgation de lettres privées, contestations ouvertement affirmées,… []
  2. de manière relative malgré tout : l'obéissance au pape n'étant pas toujours à la hauteur de ce qu'on attend de la vertu d'obéissance []
  3. en tout cas avec Benoît XVI []

La (belle) semaine sainte

La semaine sainte commence réellement avec le dimanche des Rameaux. L'un des dimanches où l'affluence est la plus grande, au moins au début de la célébration : on voit tant de gens partir une fois qu'ils ont leurs rameaux bénis ! Mais beaucoup restent. Ils entendent donc le récit de la passion du Christ.

On peut d'ailleurs regretter que ces catholiques épisodiques, qui ne viennent que quelques fois à la messe dans l'année, quand ce n'est pas qu'une fois, n'entendent finalement des évangiles que ce récit. Entendront-ils le récit de la résurrection ? Et celui de la Pentecôte ? Ne venir que quelques fois à la messe, c'est se priver des si nombreux épisodes qui nous parlent et nous montrent l'amour de Dieu : Les béatitudes, la femme adultère, Lazare, etc.

Certes, l'évangile de la passion est magnifique, mais je me demande vraiment comment il peut être reçu, sans connaître ce qui s'est passé avant, et sans se projeter dans ce qui vient après.

Je crois néanmoins que la parole de Dieu porte toujours, même sur des terres arides, et je me réjouis de voir tant de monde franchir le seuil de l'église ce jour-là, tout comme la foule empressée qui accueillit Jésus triomphalement à Jérusalem.

La semaine sainte est une montée vers Pâques, vers la résurrection du Christ. Elle clôt ces 7 semaines de carême et comporte de nombreux moments forts : la célébration de la Cène et le lavement des pieds le jeudi saint, la célébration de la passion du Christ (irez-vous au chemin de croix ?) le vendredi saint, et bien sûr la vigile pascale dans la nuit de samedi à dimanche. C'est d'ailleurs durant cette nuit que les catéchumènes, qui se sont préparés au baptême depuis 2 ans, seront baptisés.

La semaine sainte est un moment fort de la vie chrétienne. L'Eglise nous offre l'opportunité de méditer sur l'Amour de Dieu dont le Fils a donné sa vie pour notre salut. Elle nous donne aussi l'occasion de réfléchir sur la souffrance, sur la douleur de la mort. Mais, surtout, elle nous ouvre les portes vers une magnifique espérance, celle de notre résurrection à venir.

Et quoi de plus réconfortant que de croire, malgré les vicissitudes de notre vie terrestre, que nous aurons, un jour, part à la vie même de Dieu ?

Alors, à toutes et à tous, je vous souhaite une belle semaine sainte ! Et pour vous y aider, modestement, un billet sera publié chaque jour pendant cette semaine : peu de phrases, peu de textes, mais des tableaux représentants certaines scènes de l'évangile du jour.