Lettre ouverte (et bienveillante) aux prêtres

Chers prêtres,

Cela fait un certain temps que je voulais vous écrire et puis mille choses ont retardé cette missive. On attend, on se dit qu’il y a plus important, jusqu’à ce que la terrible actualité me rappelle à l’ordre : deux prêtres ont décidé de mettre fin à leur jour en l’espace de quelques semaines. Un suicide laisse toujours une part d’incompréhension pour ceux qui restent. Et cette part est d’autant plus grande quand le geste est commis par une personne qui porte l’espérance du Christ.

Alors, je saisis mon clavier pour mettre des mots sur mes sentiments et vous dire que nous sommes nombreux à vous aimer et à avoir besoin de vous, que vous êtes même, pour un certain nombre certes peu nombreux, indispensables à nos vies.

Je sais que nous, paroissiens réguliers, vous menons la vie dure, entre nos acrimonies, notre volonté de faire ce que, nous, nous voulons, notre façon de vous consommer sans retour. Oui, nous sommes trop souvent durs, trop souvent indifférents, trop souvent inutilement critiques. Bref, pas toujours à la hauteur de ce que doit être un chrétien en paroisse.

 

Aux moments-clés de la vie

Une relation se fait et se construit à deux et j’ai trop souvent rencontré quelques uns de vos frères prêtres qui étaient cassants, distants, voire colériques, bien loin de l’image de douceur du Christ. Mais sans aller jusqu’à ces cas extrêmes, il y a les affinités, ce courant qui passe ou ne passe pas, et, ça, on n’y peut pas grand chose. Mais au final, hormis quelques relations difficiles ou impossibles, j’ai eu la chance de rencontrer des prêtres bienveillants et vous m’avez permis d’avancer sur ce chemin de vie et de foi.

L’essentiel pour moi, c’est que j’ai besoin de vous. Vous êtes comme des piliers dans ma vie. Que j’évite parfois, contre lequel il m’arrive de fulminer de se trouver là au beau milieu du chemin que je veux prendre (c’est amusant comme on se rend compte a posteriori que les piliers sont souvent bien placés), mais auxquels je me réfère, parce qu’ils sont là, points stables dans une vie qui ne l’est pas toujours.

Quand je regarde en arrière, vous avez toujours été là à un moment ou à un autre de ma vie : vous, prêtres de mon enfance, tradis et en soutane, souvent sévères et fermés. Mais je garde néanmoins le souvenir de l’abbé D. qui venait manger parfois le dimanche à la maison : il était d’une grande gentillesse et d’une grande humanité. Vous, prêtres en jean et pull à col roulé qui m’avez permis de dépasser les apparences. Vous, prêtres brillants dont les enseignements théologiques m’ont ébloui. Vous, prêtres attentionnés dont les paroles m’ont réconforté. Et puis, et ce n’est pas rien puisque c’est l’essentiel de votre sacerdoce, vous, prêtres, qui m’avez donné des sacrements, lien invisible et pourtant réel entre Dieu et moi.

Alors au prêtre de mon baptême, à celui de ma première communion, de ma confirmation, à celui qui a célébré mon mariage, je dis merci, merci du fond du cœur. Merci à ce prêtre qui est venu prié avec moi au chevet de ma mère quelques heures avant son dernier souffle.

Merci pour tous ces moments où je peux affirmer que si vous n’aviez pas été là, je me serais senti un peu plus seul.

 

Solitude extrême

Nous sommes d’accord pour admettre que cette période-là n’est pas facile à vivre. Y en a-t-il eu d’ailleurs, des périodes faciles à vivre ? Mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre que le Christ nous a clairement expliqué que le suivre n’est pas facile. Entre la désertion des paroissiens, la déchristianisation quasi-achevée de l’Europe occidentale, cette haine envers vous et, peut-être pire encore, cette indifférence, il y a de quoi désespérer.

Vous, prêtres des villes, êtes un peu mieux lotis, et encore, je sais comme cela dépend de quelle ville, de quel quartier et de quelle paroisse vous êtes. Mais vous, prêtres des campagnes, vous qui vous estimez heureux de n’avoir que 30 clochers alors que certains en ont en charge 50, 60 ou même 70, je sais vos difficultés. Combien de kilomètres parcourus, combien de liens forcément dilués dans l’espace et le temps, combien de solitude ?

Ah la solitude ! La voilà, le fléau qui peut vous gangrener, vous qui n’aviez pas, j’en suis sûr, la vocation d’ermites. Solitude qui fait broyer du noir, qui impose de facto un repli sur soi, et qui vous incite à chercher parfois une tendresse bien légitime. Oui, nous ne prenons pas assez en compte que vous avez, vous aussi, besoin de relations humaines qui ne se bornent pas à se dire bonjour et au revoir du bout des lèvres sur le parvis de l’église.

Comme je regrette, dans les différentes paroisses où je suis passé, d’avoir moi aussi contribuer à cette solitude, de ne pas avoir essayer de savoir si vous alliez bien, de ne pas vous avoir plus souvent inviter à venir manger à la maison.

 

Suspicion

Et puis, puisqu’il ne faut pas l’éluder, il y a ce terrible problème de la pédophilie qui vous touche aussi, même si vous n’avez rien à vous reprocher. Qui nous touche tous. J’ai assez écrit ici toute l’horreur que m’inspire ces actes et la responsibilités de l’institution quand elle préférait se protéger plutôt que d’écouter les victimes, pour pouvoir dire que je comprends votre désarroi devant l’opprobre systématique qui est jetée parce que quelque uns, certes trop nombreux, sont des pervers manipulateurs. Opprobre trop facile, mais qui permet à certains de se payer l’Église à bon compte. Image-t-on d’ailleurs mettre dans le même sac tous les éducateurs sportifs ou de colonies, tous les professeurs, parce que certains de leurs collègues ont fauté ? Non, bien sûr.

On attend finalement bien plus de vous que d’un entraineur de foot ou d’un éducateur de colonie. Et je crois que, d’une certaine manière, cette exigence est bon signe. Là est la grandeur de votre sacerdoce et se dire qu’on attend encore quelque chose de vous est réconfortant. Mais là est aussi votre fardeau, car on accepte encore moins l’ignominie quand elle est commise par une personne qui s’est mise dans les pas du Christ. Et pourtant, vous, comme les autres, avez droit à la justice, la présomption innocence et … au pardon.

Encore faut-il aussi dire et répéter que l’immense majorité des prêtres n’a absolument rien à se reprocher et que, pour ceux-là, la suspicion qui s’étend est difficile à vivre. Et je pense aussi à vous prêtres qui avez flirté avec l’interdit, sans jamais le franchir : j’imagine les ravages d’une justice aussi injuste qu’expéditive, parce que, toujours et partout, certains aimeront laver plus blanc que blanc.

 

Besoin de vous !

Alors, chers prêtres, oui, cette période est difficile. Mais y en eut-il jamais de facile ? Mais elle est aussi porteuse d’espoir parce que dans un monde qui ne sait plus vraiment où il va, je reste persuadé qu’il aura toujours besoin, et encore plus demain qu’aujourd’hui, de guides, de phares, de piliers. De pasteurs.

Nous aurons, tous ensemble, de nombreux défis à relever pour que notre Eglise soit plus accueillante, plus belle, plus joyeuse, porteuse de paix et d’espérance. Mais si vous avez besoin des laïcs pour mener à bien vos actions, n’oubliez pas que, nous laïcs, avons aussi grandement besoin de vous.

Alors, de grâce, si vous vous sentez défaillir, si vous vous sentez seuls, dites-le ! Manifestez-vous ! N’ayez peur ni de votre évêque, ni de vos paroissiens, ni de vos frères prêtres. L’époque du prêtre surhomme, omniscient et sans faille est révolu. Et je suis persuadé que vous trouverez autour de vous une belle âme qui vous aidera, qui vous aimera et qui vous permettra de vous remettre en chemin. Et la vocation de nous autres chrétien, c’est bien de continuer à parcourir le chemin plutôt que de s’y arrêter définitivement.

Voilà, chers prêtres, ce que je voulais vous écrire. Et si ces quelques mots pouvaient mettre un peu de baume au coeur de ceux qui se sentent seuls et désemparés, ma joie serait grande !

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Pédophilie : où en sont les cellules d’écoute dans chaque diocèse ?

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J’ai regardé, lors de sa diffusion en mars 2018, le documentaire « Pédophilie : un silence de cathédrale« . Je m’étais ému l’an dernier dans ce billet, suite à l’émission Cash Investigation, de l’inertie apparente de l’Eglise sur la difficile gestion des cas de pédophilie.

Ce documentaire m’a laissé le même goût amer avec le sentiment, diffus mais tenace, que l’Eglise de France ne fait pas encore tout ce qu’il faut pour lutter contre la pédophilie. Comme je l’ai déjà écrit dans le billet pré-cité, je n’attends pas de l’Eglise qu’elle traque et débusque elle-même les pédophiles qui sont, au demeurant, des personnalités manipulatrices et qui savent mieux que quiconque passer entre les gouttes.

Mais là où j’attends que l’Eglise soit irréprochable, c’est dans l’écoute de la parole des victimes et la tolérance zéro vis-à-vis des prêtres ou religieux pédophiles. Or s’il est avéré que les lignes bougent, grâce notamment à l’association La Parole Libérée,  et que certains évêques ou institutions ont pris la mesure du problème (coup de chapeau à l’évêque d’Orléans, Mgr Blaquart, cité en exemple dans le documentaire), si le pape François, suite à son voyage au Chili, semble avoir mieux pris en compte ce fléau, l’écoute des victimes et la sanction des fautifs, il est malheureusement manifeste qu’on est encore trop souvent dans le déni et la protection de ceux qui sont des violeurs d’enfants.

Et il semble encore difficile pour l’Eglise d’accepter de regarder les victimes en face. Le refus, relaté par le père Joulain, d’inviter une victime lors de la conférence des évêques à Lourdes montre bien le chemin qu’il reste à parcourir.

Alors, suite au visionnage du documentaire Pédophile, un silence de cathédrale, j’ai voulu voir où en était les fameuses cellules d’écoute qui devaient être mises en place dans chaque diocèse. J’ai voulu voir si les mots de Mgr Pontier (« Conscients que nous pouvons faire mieux et davantage, nous voulons mettre en place les moyens de l’écoute, du soutien, de l’accompagnement pour que les attentes et besoins de chaque victime puissent être entendues ») avaient été suivis d’effet.

Et les résultats, me semble-t-il, sont encore loin de ce qu’on est en droit d’espérer pour une Eglise qui se veut proche des plus faibles.

 

La méthodologie

J’ai voulu vérifier quelques points simples :

  1. Est-ce qu’une cellule d’écoute a été mise en place dans chaque diocèse ?
  2. Est-ce que les informations relatives à cette cellule se trouve facilement sur le site internet du diocèse?

J’ai donc pris la liste des 93 diocèses fournis par le site de L’Eglise catholique en France, et j’ai visité chacun des 93 sites diocésains. Seul un, en travaux, n’a pas été évalué (celui du diocèse de Troyes).

Pour faire cette vérification, j’ai noté les résultats pour chacune des étapes décrites ci-dessous. La même démarche a été appliquée pour tous les sites internet, sans distinction. Cette évaluation a été effectuée en 2 temps : début avril, un premier recencesement a été fait. Puis, lors du week-end du 9 & 10 juin 2018, tous les sites ont été revus. Au moins, si cela n’empêche peut-être pas quelques erreurs, au moins cela tend-il à les minimiser.

La procédure était donc composé des étapes suivantes :

  1. Est-ce que cette information est directement accessible depuis la page d’accueil du site ? En général, il s’agit d’un encart sur lequel on peut cliquer et qui ouvre une page dédiée ou qui renvoie vers le site Lutter contre la pédophilie
  2. Si je ne trouve pas d’information sur la page d’accueil, je parcours les menus du site qui sont proposés : est-ce qu’un des intitulés m’indique que je pourrais accéder à l’information recherchée ?
  3. Enfin, en cas d’échec aux étapes 1 & 2, j’ai utilisé le champ Recherche sur le site en tapant le mot : « pédophilie » (et uniquement ce mot, j’aurais pu y adjoindre le mot « cellule »)

Donc, c’est uniquement lorque l’étape 1 est infructueuse que je passe à l’étape 2, et uniquement lorsque l’étape 2 est infructueuse (et donc la 1 aussi) que je passe à l’étape 3.

Dans le tableau présenté plus bas, voici comment interprété les valeurs de chaque colonne:

  • Page d’accueil : « Oui » si l’information est accessible depuis cette page, « Non » dans le cas contraire
  • Via Menu : si « Non » dans le cas précédent, les Menus sont inspectés: « Oui », si l’intitulé d’un menu est explicite et donne accès à une page, « Non » si rien n’est trouvé
  • Recherche : est-ce que la recherche sur le site par mot-clé « pédophilie » amène à une page du site ou au site Lutter contre la pédophilie; lorsque la recherche renvoie vers des actualités, diocésaines ou nationales, la réponse « Non » est attribuée, mais cela est mentionné en commentaires
  • Page spécifique site : « Oui » si une page spécifique a été trouvé sur le site, « Non » dans le cas contraite. A noter : les sites qui renvoient uniquement vers le site Lutter contre la pédophilie se voient attribuer « Non » pour ce champ. Une page spécifique est une page, voire quelques mots dans certains cas, indiquant qu’une cellule a été mise en place au niveau diocésain
  • Courriel : est-ce qu’une adresse courriel spécifique au diocèse est fourni ? l’email national paroledevictimes(arobase)cef.fr n’est pas pris en compte ici
  • Téléphone : est-ce qu’un numéro de téléphone spécifique au diocèse est fourni ? Le numéro de téléphone national n’est pas pris en compte
  • Commentaires

Résultats

Les résultats sont globalement décevants. Un peu plus de la moitié (60.4%) des 92 diocèses évalués proposent une information dédiée sur leur site. Seulement 40 diocèses sur 92 (43.5%) fournissent une information explicite sur la page d’accueil de leur site. Je n’ai pas établi de statistiques sur la taille de chaque diocèse ni établi des corrélations entre ces résultats et la taille de chauqe diocèse., mais on note beaucoup de « petits » diocèses ou des diocèses « ruraux » parmi les mauvais élèves (Auch, Albi, Blois, Saint Flour, etc). Cependant, certains « gros » diocèses sont clairement à la traîne eux aussi : Créteil, Montpellier, Nanterre, Nice ou Paris ne fournissent aucune information sur leur page d’accueil !

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Quelques statistiques pour résumer l’état des lieux :

  • Sites n’ayant aucune information en page d’accueil 56.5% 56.5%
  • Parmi ceux-si, sites dont aucun menu ne donne accès à l’information 88.5% 88.5%
  • Parmi ceux-ci, sites dont la fonction « Recherche » ne donne rien 50% 50%

Quelles difficultés ?

Il n’y a évidemment aucune difficulté technique à insérer ou relayer une information sur un site internet. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris par la qualité de réalisation de la plupart des sites (seuls moins d’un quart semble utiliser des technos web un peu anciennes). Par ailleurs, certains des sites, qui ne mettent aucune info sur la pédophilie, publient sans difficulté sur la problématique bio-éthique (qui apparait dans une grande proportion des sites) ou pour appeler aux dons !

La difficulté réside dans le fait de mettre en place une cellule d’écoute, ce qui suppose d’avoir des moyens pour … écouter, comprendre, savoir réagir. Et je comprends que cela soit difficile pour les « petits » diocèses. Mais est-ce qu’en pareil cas, renvoyer vers le numéro du secrétariat est opportun ? Je ne le pense pas, même si l’intention est louable (peut-être que le dit secrétariat renvoie ensuite vers une cellule d’écoute … qui n’est pas mentionnée sur le site !).

Seuls 58% des diocèses proposent une adresse email dédiée et seulement 35% un numéro d’appel. C’est compréhensible pour les petits diocèses. Cela l’est moins pour les diocèses de Nantes ou Strasbourg qui ne proposent pas de numéro de téléphone.

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des sites ne fournissent aucune information

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des sites proposent une adresse email

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des sites proposent un numéro de téléphone

Bilan

Comme je l’écrivais plus haut, je trouve ce bilan mitigé et il m’a déçu. Quelques gros diocèses semblent être très frileux sur le sujet, beaucoup de petits semblent s’en désintéresser, Le minimum qu’on puisse attendre est de relayer l’information du site Lutter contre la pédophilie.

Mais le plus incompréhensible pour moi, c’est de constater que 23 diocèses sur 92 (soit 25% tout de même) ne fournissent pas l’once d’une information sur ce sujet. Désintérêt ? Résidus de cette culture du secret et de la protection des clercs ? Je ne sais, mais cela prouve qu’il reste encore du travail !

Le scandale de la pédophilie dans l’Église

La récente émission « Cash Investigation » a remis en lumière le scandale de la pédophilie dans l’Église. Oui, il s’agit d’un scandale et, oui, l’Église n’en a pas encore fini avec ce scandale. J’ai relu ce billet de 2010, et j’ai malheureusement le sentiment que peu de progrès ont été accomplis…

Tordons d’abord le coup aux critiques concernant le format de l’émission elle-même. Oui, le ton est parfois, trop souvent même, arrogant. Oui, la façon qu’a Élise Lucet de demander des comptes en 2 secondes, sur des dossiers éminemment complexes, est agaçante. Oui, il y a un petit côté « procureur » de la part des journalistes dont on sent bien qu’ils aimeraient rendre la justice, là, tout de suite. Oui, on sent bien que le montage de l’émission est parfois à charge. Oui, tout cela est vrai et tout cela est agaçant.

Mais cela pèse-t-il devant les faits rapportés ? La forme de l’émission est peut-être à revoir, mais est-ce une raison pour persévérer dans le déni de la pédophilie au sein de L’Église ?

La pédophilie, une faute immense

L’Église, on le sait, n’est pas parfaite. Les prêtres sont des hommes, et donc des hommes faillibles. Oui, l’Église prône le pardon et la miséricorde. Malheureusement, de tout cela, je vois surtout un amalgame indigeste et répugnant : Indigeste pour la grande majorité des catholiques, répugnants pour les victimes.

Alors reprenons dans l’ordre.

La faute vient évidemment d’abord de celui qui viole (et les attouchements entrent dans la catégorie « viol »). On ne pourra sans doute jamais éviter ce genre de déviance au sein de l’Église. Une meilleure formation et un meilleur discernement doivent permettre de limiter en nombre le nombre de prêtres ayant ces penchants, mais il y en aura toujours qui passeront les mailles du filet, ne soyons pas naïfs. Par contre, il est inadmissible que, dans la hiérarchie, certains fassent tout pour camoufler, étouffer, au nom du pardon et de la deuxième chance. Cette façon de faire est révoltante et manque gravement à la justice : en étouffant une affaire, on renvoie l’agresseur et l’agressé dos à dos, ce qui est bien peu miséricordieux. Donner systématiquement la priorité au prêtre, à son image, à l’image de l’institution, sont autant de crachats lancés à la face des victimes qui, elles, n’ont finalement.pour seule voie que celle du silence.

Le reportage a démontré, de façon convaincante, les transferts de prêtres dans d’autres diocèses et dans d’autres pays afin de les soustraire à la justice. Là aussi, quelle honte !

A l’argument du « ce sont des hommes, ils sont donc faillibles », une seule réponse : la justice des hommes doit alors s’appliquer sans sourciller et je ne vois aucune raison qui justifierait de s’y soustraire.

La miséricorde et la pardon. Oui, l’Église s’honore, à la suite de Jésus et du message évangélique, de mettre en avant la miséricorde et le pardon. Mais de grâce, arrêtons de dévoyer ces 2 principes. La miséricorde doit d’abord, et en premier lieu, s’adresser aux victimes. En contribuant à nier les faits, à camoufler, à étouffer, agit-on comme le Christ le souhaiterait ? Le pardon doit d’abord être demandé aux victimes : « Pardon, mille fois pardon, qu’en notre sein vous ayez eu à subir l’infâme ! ».

Faut-il alors, comme le voudrait certains, que la miséricorde et le pardon ne s’appliquent pas aux fautifs ? Bien sûr que non. Oui, le prêtre pédophile a droit, lui aussi, à être pardonné et à recevoir la miséricorde de Dieu et des hommes. Mais est-ce vraiment lui rendre service que de le soustraire à la justice en le transférant d’Afrique en Italie, ou de France vers l’Argentine ? Dans le reportage, on voyait 2 journalistes annoncer à un prêtre pédophile, « planqué » dans une maison religieuse, qu’une de ses victimes africaines s’était suicidée… Dites-moi où est la miséricorde dans ce cas ? J’ai pour ma part du mal à la voir.

Reste le besoin, comme cela a été dit dans le reportage, de ne pas laisser dans la nature des gens dont la perversité s’est déjà manifestée. La responsabilité suppose donc une étroite coopération entre la justice civile et l’institution ecclésiale.

Lutte contre la pédophilie, tout reste à faire

Nous, catholiques, ne nous voilons pas la face. Il reste un travail énorme au sein de l’Église pour que, plus jamais, on puisse dire qu’Elle protège les violeurs d’enfants. La pédophilie est une abjection. Camoufler des faits pédophiles est une autre abjection. Comment l’Église qui peut (ou a pu) avoir un discours « moraliste » sur les mœurs a-t-elle pu faire preuve de tant de mansuétude envers les prêtres pédophiles ? Corporatisme malsain ? Refus de la justice des hommes ? Incompréhension de la gravité de la faute ? Cela reste un mystère pour moi.

En préambule, je disais que peu de progrès ont été accomplis. C’est injuste. Une lente prise de conscience émerge peu à peu. On trouve une page dédiée sur le site de l’Église Catholique en France. Mgr Barbarin a demandé publiquement pardon pour ses fautes en tant que responsable. Pour ce qui est du diocèse de Toulouse, une cellule d’écoute pour les victimes ou les témoins a été récemment mise en place. Ces cellules d’écoute, mise en place dans de nombreux diocèses, semblent commencer à porter du fruit, comme en témoigne cet article.

Mais c’est encore, malheureusement, insuffisant et, semble-t-il, encore bien peu répandu dans d’autres pays ou continents.

Un bel exemple de cléricalisme (à la sauce FSSPX)

Le Forum Catholique (notez bien le « Le » qui en dit tant) déverse sa bile quotidienne contre le Pape, sous le regard bienveillant de son fondateur et régulateur, le bien nommé XA. Ces bons catholiques, garants de l’orthodoxie face aux vents du modernisme, vivent l’enfer sur terre avec le pontificat du pape François. Notez que l’expression « pape François » n’est pas toujours utilisée, les membres du FC usant volontiers du « François » quand ce n’est pas du « Bergoglio » (ça, c’est quand ils sont très très en colère contre une parole du souverain pontife).

Mais je m’emballe, le but de ce billet n’est pas de fustiger les propos injurieux tenus sur le FC contre le pape (et les évêques français) alors même que les liseurs ruissellent de componction dès qu’il s’agit de l’un de leurs clercs. Je dis « leurs » tant ils prennent soin de ne pas se mélanger aux autres, de peur d’être contaminés. Grand Dieu, sait-on jamais ? J’ai eu l’occasion de dénoncer ici la dérive sectaire de la FSSPX.

Alors sur le FC (Le Forum Catholique), je lis un énième post sur le Pape (oui, je confesse lire de temps à autre les diatribes de caniveau de certains de ses membres, notamment celles de l’inénarrable Jejomau dont la relecture des évangiles est un régal). Et donc, le FC de s’offusquer que le pape a condamné le cléricalisme. Les propos rapportés – et je reprends le site cité par le FC – me paraissent plutôt bien vus, tant il est vrai que certains clercs se sentent supérieurs et font passer la Loi avant l’esprit de la Loi (et nous sommes bien d’accord pour dire qu’il n’est pas ici question d’abolir la Loi). Et ce n’est pas l’apanage de la FSSPX, loin de là.

Alors à ces apôtres de l’orthodoxie, je propose un court et édifiant exemple de cléricalisme, tel que je viens de le vivre, non pas dans une paroisse lambda (donc corrompue par Vatican II), mais dans une paroisse tenue par la FSSPX. Et non la moindre, puisqu’il s’agit de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

***

Il y a peu – ceux qui me suivent sur FB ou Twitter le savent – j’ai perdu ma maman. Il se trouve que mes parents étaient des fidèles de la FSSPX, la messe d’obsèques a donc été célébrée dans la célèbre paroisse parisienne. Ce choix n’était pas le mien, mais j’ai accepté sans aucun problème les souhaits de mes parents. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce que je pense et mon parcours, je vous renvoie vers ces billets, ici, et (à lire dans l’ordre).

D’abord, je dois dire que j’ai apprécié qu’une messe ait pu être célébrée. Pouvoir se recueillir, c’est bien, le faire lors d’une eucharistie, c’est évidemment beaucoup plus fort pour le chrétien que je suis. De toute manière, à Saint-Nicolas, il n’y a que des messes d’enterrements, vous n’y verrez jamais de simples cérémonies animées par des laïcs. Il y a selon moi une dimension sacramentelle apportée par le prêtre lors de tels moments, dimension qui m’importe [1].

La messe, en latin évidemment. Et évidemment, impossible de suivre vraiment pour le non initié. Le prêtre était loin – l’autel se situe dans le fond du chœur —, il était assez difficile d’entendre et de suivre avec le livret fourni (sorte de missel latin-français). Le latin n’est pas le problème en soi et j’admets sans aucun problème que certains se retrouvent plus facilement dans cette liturgie. Tout comme le cercueil recouvert d’un linceul noir : qu’on aime ou pas, cela me semble assez accessoire.

Mais je pris conscience de la distance incroyable qui était mise entre les fidèles et le célébrant. La suite me prouva que cette distance n’était pas que liturgique. Je ne suis plus très au fait de cette façon de célébrer, mais j’imagine que la messe était célébrée selon les normes. J’ai tout de même été surpris que le prêtre ne nous fasse pas expressément lever pour la lecture de l’évangile. Quant à son homélie, j’ai retrouvé le ton de celles que j’entendais quand j’étais plus jeune, ce qui est finalement normal de la part d’un mouvement qui se targue de ne pas changer… Après avoir commencé en disant qu’il ne fallait pas désespérer de la miséricorde de Dieu, les trois quarts de l’homélie ont tourné autour du purgatoire et de l’enfer. En résumé, le Ciel, ça existe, mais ce n’est probablement pas pour vous, soyez heureux si vous allez au Purgatoire, ce ne sera pas déjà pas si mal !

Pour un peu, j’ai cru qu’il allait s’écrier : « ah ah, bande de mécréants, je vous ai démasqué ». Je plaisante, mais c’est quand même le ressenti que j’ai eu (et je ne fus pas le seul). Et si d’évidence le prêtre profitait de ces obsèques pour « sensibiliser » l’assistance en jouant sur la peur de Dieu, je peux vous assurer qu’il a complètement manqué son coup auprès des personnes en périphérie [2] de l’Église. Seule lueur d’espoir, en guise de conclusion : ma mère avait reçu l’Extrême-Onction de la part d’un prêtre de la FSSPX, ce qui semblait lui garantir quelques bonnes grâces lors de sa rencontre avec son Créateur.

Puis, fin de la messe : le prêtre se rapproche, s’arrête au milieu du chœur, et change sa chasuble pour une grande cape, mise avec beaucoup de théâtralité et il nous annonce qu’il va procéder à l’absoute. Nous pouvons entamer, après les prières de rigueur – en latin, bien sûr -, une procession autour du cercueil et le bénir.

***

Ensuite nous sortons. Le cercueil est encore béni sur le parvis de l’église, puis est mis dans le fourgon funéraire et béni à nouveau. Mon père est là avec le prêtre. Ma petite nièce de 10 ans est avec eux aussi. De grosses larmes roulent sur ses joues. Le prêtre dit quelques mots à mon père, que je n’entends pas, étant à quelques dizaines de pas. Le convoi démarre lentement. Le prêtre salue une dernière fois mon père et s’en retourne, sans un regard ni un geste pour cette petite fille qui pleure sa grand-mère.

J’étais resté près du parvis. Le prêtre passe devant moi.

A deux pas, devant moi il passe.

Sans un regard, sans un mot.

Qui suis-je pour lui ?

Rien visiblement.

Aujourd’hui encore, a constaté le pape François, « il y a cet esprit de cléricalisme » : « les clercs se sentent supérieurs, s’éloignent des personnes, (…) ils n’ont pas le temps d’écouter les pauvres, les souffrants, les prisonniers, les malades ».

Que dire de plus ?

  1. aucun reproche de ma part quant à ces cérémonies sans prêtre, je sais évidemment que les prêtres ne peuvent être partout à la fois []
  2. Mince, encore une des lubies du pape François ! []

Le bon Samaritain était un con !

Aime-Morot-Le-bon-SamaritainVous connaissez tous la parabole du bon Samaritain. Un docteur de la Loi (juive) demande à Jésus : « Mais qui est mon prochain ? » après que Jésus lui ai dit qu’il fallait aimer Dieu et son prochain. Jésus ne répond pas directement à sa question, mais va plutôt l’enseigner en lui racontant cette parabole.

Résumons : un homme est laissé pour mort sur le bord de la route, un prêtre et un lévite passent successivement à côté de lui, et l’ignorent. Un samaritain (ennemi des Juifs) le voit et, saisi de compassion, le soigne, l’amène à une auberge et pourvoit à ses dépenses. [1].

Oui, mais ! Car il y a toujours un mais, semble-t-il. Qui était cet homme retrouvé sur le bord de la route ? Qu’avait-il fait pour être frappé et dépouillé ? A moins que ce ne fut lui l’agresseur ? A-t-il menti et triché ? Ne serait-ce pas le bon sens du prêtre et du lévite qu’il faudrait louer plutôt ? N’est-ce pas eux qui ont fait preuve de bon sens en laissant cet homme (un criminel peut-être !) dans le fossé ?

Passer devant lui comme si de rien n’était semble finalement l’attitude la plus juste vis-à-vis de la collectivité. Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils n’ont pas fait preuve de charité. Car la charité, sans justice, n’est pas de la charité. C’est de la faiblesse. Et puis, qu’aurait fait un prêtre ou un lévite avec ce mendiant, à part mettre en péril leur réputation ?

Bon, concédons qu’ils auraient pu, tout de même, au minimum, s’enquérir de son état, de vérifier s’il était vraiment blessé et de prodiguer quelques soins si les blessures étaient sérieuses. Mais de là à l’emmener à l’hôtel du coin, prendre soin de lui, et payer tous les frais le temps qu’il se rétablisse, faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! L’aider, n’était-ce pas envoyer un bien mauvais signal à tous ces hommes de mauvais chemin et les inciter à profiter de la situation ? N’était-ce pas prendre le risque de donner une seconde chance à un homme dont on ne sait rien ? Et s’il avait été d’une autre tribu ? Et s’il n’avait pas cru au Dieu des juifs ? Et s’il avait été païen ?

Imaginons ce qu’est devenu cet homme ensuite, ce que la parabole ne dit malheureusement pas. A-t-il ne serait-ce que dit « merci » ? Non, peut-être même pas un « merci »… Pis même, pensez qu’il a peut-être piqué dans la caisse de l’aubergiste et détroussé un des autres pensionnaires, avant de s’enfuir et de fomenter, encore, quelques mauvais coups. N’est-ce pas la preuve que ce sont le prêtre et le lévite qui ont eu raison ?

Oui, sans nul doute, le bon Samaritain était vraiment un con.

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Voilà ce à quoi j’ai pensé en lisant nombre de commentaires sur la grave crise migratoire qui a lieu en ce moment et l’exode massif de milliers de personnes. Oui, car même après la déclaration du Pape François demandant à chaque paroisse d’héberger une famille (pas 2, pas 10, pas 100, mais une), les répliques ont fusé contre ce gauchiste qui ne connait rien à l’Europe… Et puis de quoi se mêle-t-il ? Et puis saint Jean-Paul II, qu’on ressort opportunément, a dit qu’il était légitime de maîtriser ses frontières…

Tristesse de lire ces propos, aussi, de la part de catholiques revendiqués !

La parabole que Jésus a raconté à ce scribe a la mérite de la clarté.

On ne sait rien de l’homme au bord du chemin. On ne sait évidemment pas s’il est juif, samaritain, ou romain. Peu importe. On sait juste qu’il est blessé et laissé pour mort.

Que sait-on de ce Samaritain ? Qu’il fut saisi de compassion. Qu’est-ce que la compassion : c’est un sentiment qui porte à plaindre autrui et à partager ses maux. Un sentiment, une émotion. Pas une analyse rationnelle, pesant le pour et le contre. Non, juste un élan de son cœur. De cet élan même que l’on reproche à ceux qui peuvent se laisser émouvoir par telle ou telle photo…

Et que dit Jésus à ce docteur de la Loi, obligé de reconnaître la valeur de l’action du Samaritain : « Va, et toi aussi, fais de même ».

« VA, ET TOI AUSSI, FAIS DE MÊME » !

  1. Pour le texte complet, vous pouvez le lire , à partir du verset 30 []

Une invitation troublante

Ainsi donc, l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, l’OSP, a décidé d’inviter Marion Maréchal-Le Pen à la 5ème édition de l’Université d’été de la Sainte-Baume. Cette invitation sème un léger trouble parmi une partie des catholiques et tend, un peu plus, à accentuer l’écart entre les catholiques dits progressistes et ceux dits conservateurs. Pour être clair, je fais partie des personnes troublées par cette invitation.

Et je suis finalement plus troublé par les justifications, empreintes d’une bonne dose d’hypocrisie, que par l’invitation elle-même.

Les faits

Le thème de l’université d’été est « Médias et Vérité: « La Vérité vous rendra libres » (Jn, VIII, 32). Thème intéressant même si, de prime abord je ne voyais de lien spécifique entre cette célèbre phrase de Jésus et les médias. Mais pourquoi pas, c’est aussi le but de ces universités d’été que d’aller plus loin sur tel ou tel sujet. Je vous laisse découvrir l’agenda de ces journées. Marion Maréchal-Le Pen (MMLP) intervient le dernier jour (le samedi 28 août), dans une table ronde intitulée : « Politique et Médias« . A cette table ronde participent une personne de Sens Commun, une des Républicains, une de gauche, une du journal Famille Chrétienne et Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

Je note que cette table ronde ne semble pas traiter spécifiquement du thème de l’université d’été, même s’il est probable que l’un ou l’autre des intervenants sera questionné sur les liens entre la vérité (Vérité ?) et les médias. Pas de spécificité chrétienne non plus en apparence, n’importe quel politique pourrait intervenir sur ce sujet. On avance pour justifier l’invitation de MMLP qu’elle est catholique pratiquante. Les autres invités (politiques) le sont-ils aussi ? Bref, sans contester la légitimé de MMLP d’intervenir sur ce sujet, pas plus ni moins compétente qu’un(e) autre, je ne vois a priori pas en quoi elle devait être invitée.

Mon trouble

Inviter une personne à table ronde, c’est inviter un expert qui a un avis autorisé sur la question. C’est lui demander de donner son point de vue, de développer ses arguments, voire de débattre avec les autres participants (ça, ça dépend largement du modérateur). On offre en quelque sorte une tribune à l’expert qui vient pour éclairer l’assistance, non pas pour être contredit, si ce n’est par les autres participants, mais mon expérience en la matière est que les débats lors d’une table ronde sont généralement assez feutrés (du moins dans le milieu technique et scientifique).

Que MMLP ait des choses à dire sur le sujet, cela ne fait aucun doute. Est-ce que son avis sur la question, son positionnement, celui de son parti, en fait une interlocutrice indispensable ? Au final, un DSK ou un Cahuzac auraient été tout aussi pertinents sur le sujet (oui, j’ai bien conscience de provoquer un peu en jettant ces 2 noms-là en pâture).

Bref, inviter MMLP à cette table ronde, sur un sujet sur lequel elle n’est pas plus concernée qu’un autre politique, c’est lui donner une place de choix lors de ces journées. C’est donner le signal qu’un élu du FN peut participer tranquillement à une table ronde organisée par un diocèse. C’est du reste ce que disent les organisateurs.

Quand l’auto-justification tourne en rond

Devant l’émoi d’une partie des catholiques – sans compter les autres -, les organisateurs ont donné quelques arguments.

MMLP est catholique pratiquante

Devant cet argument, on aimerait savoir si tous les autres participants – et ceux des années passées – sont des catholiques pratiquants. Un des organisateurs dit même : « Nous n’aurions pas invité Marine Le Pen, ou Florian Philippot ». Ah bon ? Leur avis à cette table ronde aurait-il été moins pertinent ? A l’inverse, Bruno Gollnish est catholique pratiquant. Il aurait aussi pu être invité. Noter que dans ce cas, être catholique pratiquant ne prémunit pas d’avoir des tendances révisionnistes.

Pourquoi pas le FN ?

Jusqu’ici, l’Église s’était mise à distance du FN, parti qui a toujours véhiculé des idées nauséabondes. Et ce n’est pas le ripolinage de façade effectué par l’exclusion de J.M. Le Pen qui change quelque chose au fond. Le FN est un parti d’extrême-droite, même si ses relents maurrassiens semblent lui donner un compatibilité avec le catholicisme. Pendant longtemps, le FN récoltait, parmi les catholiques, principalement les voix des tradis, tendance Mgr Lefebvre. Beaucoup ont été déçus, notamment depuis la prise en main du parti par le duo Marine Le Pen et Florian Philippot. On voit aujourd’hui le glissement électoral qui s’est produit, comme l’explique cet article.

Alors pourquoi pas le FN ? Le FN est-il moins catholique que LR ou le PS (ne parlons pas du Front de gauche) ? Aucun parti n’est catholique. Et si le FN peut avoir des positions proches de l’Eglise (sur les sujets sociétaux notamment, comme le rappelle MMLP), elle a par ailleurs des positions complètement antagonistes. Réciproquement, l’Église doit-elle chercher à se reconnaître dans tel ou tel parti ?

Alors, Mgr Rey dit qu’il inviterait sans problème une personnalité d’extrême-gauche, confirmant d’ailleurs par là qu’il faudrait faire le pendant à … l’extrême-droite. Sauf qu’il ne le fait pas.

Il faut parler au FN

C’est sans doute là le clou des arguments : il faut parler au FN, ce n’est pas bien d’ostraciser quelqu’un. Au niveau individuel, cela va de soi. Je côtoie des électeurs du FN, j’en ai même dans ma famille. Bien sûr que je leur parle. Et il est évident qu’aucune consigne venant de la hiérarchie catholique n’interdira de parler aux électeurs du FN, ni à quiconque d’ailleurs.

Mais, là, on parle d’un événement public, on parle d’une tribune offerte à une élue FN, numéro 3 dans la hiérarchie de son parti, peut-être bientôt présidente d’une très grande région.

Mrg Rey dit : « Il ne s’agit pas d’être complaisant, mais c’est l’occasion, au contraire, d’interpeller le FN sur son rapport à l’immigration, sa vision de l’homme et du vivre ensemble dans une société pluraliste. » C’est beau, c’est joli, sauf que, primo, ce n’est pas le thème de la table ronde; secundo, le format d’une table ronde n’est pas prioritairement d’interpeller les participants mais de les écouter nous donner leur avis sur tel ou tel sujet (même si des questions peuvent être échangées).

Sur Facebook, lors de quelques échanges, et on m’a rétorqué que le Pape avait dit qu’il fallait aller aux périphéries et que donc parler au FN allait dans ce sens. Oh le vilain détournement de paroles ! Oh la mesquinerie intellectuelle qui voudrait faire croire qu’inviter une élue de premier plan d’un parti qui fait 30% aux élections, c’est aller évangéliser les périphéries. Franchement, de qui se moque-t-on ?

Je pourrais rétorquer que je croyais que l’Église devrait être à contre-courant du monde, ne pas s’y laisser prendre. Ce qui est vrai pour certains sujets ne le serait subitement plus pour un parti dont on dit qu’on ne peut plus l’ignorer sous prétexte qu’il a des succès électoraux ?

Et la suite

Le vote FN est une épine dans les pieds des partis politiques depuis 20 ans. Pourrait-il l’être dans celui de l’Église ? Il y a des précédents malheureux et je me désole que l’Église ait soutenu des Franco ou des Pinochet. Va-t-elle soutenir le FN si d’aventure MLP arrivait au pouvoir ? (et il est certain que celle-ci saura faire ce qu’il faut pour complaire à l’Église).

J’espère pour ma part qu’Elle saura rester à égale distance de tous les partis, comme elle l’a fait plutôt bien jusqu’à présent. L’invitation de MMLP est un petit accroc, insignifiant, qui du reste n’engage pas l’Église de France. Mais c’est aussi comme ça que, petit à petit, l’oiseau fait son nid.