Le scandale de la pédophilie dans l’Église

La récente émission « Cash Investigation » a remis en lumière le scandale de la pédophilie dans l’Église. Oui, il s’agit d’un scandale et, oui, l’Église n’en a pas encore fini avec ce scandale. J’ai relu ce billet de 2010, et j’ai malheureusement le sentiment que peu de progrès ont été accomplis…

Tordons d’abord le coup aux critiques concernant le format de l’émission elle-même. Oui, le ton est parfois, trop souvent même, arrogant. Oui, la façon qu’a Élise Lucet de demander des comptes en 2 secondes, sur des dossiers éminemment complexes, est agaçante. Oui, il y a un petit côté « procureur » de la part des journalistes dont on sent bien qu’ils aimeraient rendre la justice, là, tout de suite. Oui, on sent bien que le montage de l’émission est parfois à charge. Oui, tout cela est vrai et tout cela est agaçant.

Mais cela pèse-t-il devant les faits rapportés ? La forme de l’émission est peut-être à revoir, mais est-ce une raison pour persévérer dans le déni de la pédophilie au sein de L’Église ?

La pédophilie, une faute immense

L’Église, on le sait, n’est pas parfaite. Les prêtres sont des hommes, et donc des hommes faillibles. Oui, l’Église prône le pardon et la miséricorde. Malheureusement, de tout cela, je vois surtout un amalgame indigeste et répugnant : Indigeste pour la grande majorité des catholiques, répugnants pour les victimes.

Alors reprenons dans l’ordre.

La faute vient évidemment d’abord de celui qui viole (et les attouchements entrent dans la catégorie « viol »). On ne pourra sans doute jamais éviter ce genre de déviance au sein de l’Église. Une meilleure formation et un meilleur discernement doivent permettre de limiter en nombre le nombre de prêtres ayant ces penchants, mais il y en aura toujours qui passeront les mailles du filet, ne soyons pas naïfs. Par contre, il est inadmissible que, dans la hiérarchie, certains fassent tout pour camoufler, étouffer, au nom du pardon et de la deuxième chance. Cette façon de faire est révoltante et manque gravement à la justice : en étouffant une affaire, on renvoie l’agresseur et l’agressé dos à dos, ce qui est bien peu miséricordieux. Donner systématiquement la priorité au prêtre, à son image, à l’image de l’institution, sont autant de crachats lancés à la face des victimes qui, elles, n’ont finalement.pour seule voie que celle du silence.

Le reportage a démontré, de façon convaincante, les transferts de prêtres dans d’autres diocèses et dans d’autres pays afin de les soustraire à la justice. Là aussi, quelle honte !

A l’argument du « ce sont des hommes, ils sont donc faillibles », une seule réponse : la justice des hommes doit alors s’appliquer sans sourciller et je ne vois aucune raison qui justifierait de s’y soustraire.

La miséricorde et la pardon. Oui, l’Église s’honore, à la suite de Jésus et du message évangélique, de mettre en avant la miséricorde et le pardon. Mais de grâce, arrêtons de dévoyer ces 2 principes. La miséricorde doit d’abord, et en premier lieu, s’adresser aux victimes. En contribuant à nier les faits, à camoufler, à étouffer, agit-on comme le Christ le souhaiterait ? Le pardon doit d’abord être demandé aux victimes : « Pardon, mille fois pardon, qu’en notre sein vous ayez eu à subir l’infâme ! ».

Faut-il alors, comme le voudrait certains, que la miséricorde et le pardon ne s’appliquent pas aux fautifs ? Bien sûr que non. Oui, le prêtre pédophile a droit, lui aussi, à être pardonné et à recevoir la miséricorde de Dieu et des hommes. Mais est-ce vraiment lui rendre service que de le soustraire à la justice en le transférant d’Afrique en Italie, ou de France vers l’Argentine ? Dans le reportage, on voyait 2 journalistes annoncer à un prêtre pédophile, « planqué » dans une maison religieuse, qu’une de ses victimes africaines s’était suicidée… Dites-moi où est la miséricorde dans ce cas ? J’ai pour ma part du mal à la voir.

Reste le besoin, comme cela a été dit dans le reportage, de ne pas laisser dans la nature des gens dont la perversité s’est déjà manifestée. La responsabilité suppose donc une étroite coopération entre la justice civile et l’institution ecclésiale.

Lutte contre la pédophilie, tout reste à faire

Nous, catholiques, ne nous voilons pas la face. Il reste un travail énorme au sein de l’Église pour que, plus jamais, on puisse dire qu’Elle protège les violeurs d’enfants. La pédophilie est une abjection. Camoufler des faits pédophiles est une autre abjection. Comment l’Église qui peut (ou a pu) avoir un discours « moraliste » sur les mœurs a-t-elle pu faire preuve de tant de mansuétude envers les prêtres pédophiles ? Corporatisme malsain ? Refus de la justice des hommes ? Incompréhension de la gravité de la faute ? Cela reste un mystère pour moi.

En préambule, je disais que peu de progrès ont été accomplis. C’est injuste. Une lente prise de conscience émerge peu à peu. On trouve une page dédiée sur le site de l’Église Catholique en France. Mgr Barbarin a demandé publiquement pardon pour ses fautes en tant que responsable. Pour ce qui est du diocèse de Toulouse, une cellule d’écoute pour les victimes ou les témoins a été récemment mise en place. Ces cellules d’écoute, mise en place dans de nombreux diocèses, semblent commencer à porter du fruit, comme en témoigne cet article.

Mais c’est encore, malheureusement, insuffisant et, semble-t-il, encore bien peu répandu dans d’autres pays ou continents.

Un bel exemple de cléricalisme (à la sauce FSSPX)

Le Forum Catholique (notez bien le « Le » qui en dit tant) déverse sa bile quotidienne contre le Pape, sous le regard bienveillant de son fondateur et régulateur, le bien nommé XA. Ces bons catholiques, garants de l’orthodoxie face aux vents du modernisme, vivent l’enfer sur terre avec le pontificat du pape François. Notez que l’expression « pape François » n’est pas toujours utilisée, les membres du FC usant volontiers du « François » quand ce n’est pas du « Bergoglio » (ça, c’est quand ils sont très très en colère contre une parole du souverain pontife).

Mais je m’emballe, le but de ce billet n’est pas de fustiger les propos injurieux tenus sur le FC contre le pape (et les évêques français) alors même que les liseurs ruissellent de componction dès qu’il s’agit de l’un de leurs clercs. Je dis « leurs » tant ils prennent soin de ne pas se mélanger aux autres, de peur d’être contaminés. Grand Dieu, sait-on jamais ? J’ai eu l’occasion de dénoncer ici la dérive sectaire de la FSSPX.

Alors sur le FC (Le Forum Catholique), je lis un énième post sur le Pape (oui, je confesse lire de temps à autre les diatribes de caniveau de certains de ses membres, notamment celles de l’inénarrable Jejomau dont la relecture des évangiles est un régal). Et donc, le FC de s’offusquer que le pape a condamné le cléricalisme. Les propos rapportés – et je reprends le site cité par le FC – me paraissent plutôt bien vus, tant il est vrai que certains clercs se sentent supérieurs et font passer la Loi avant l’esprit de la Loi (et nous sommes bien d’accord pour dire qu’il n’est pas ici question d’abolir la Loi). Et ce n’est pas l’apanage de la FSSPX, loin de là.

Alors à ces apôtres de l’orthodoxie, je propose un court et édifiant exemple de cléricalisme, tel que je viens de le vivre, non pas dans une paroisse lambda (donc corrompue par Vatican II), mais dans une paroisse tenue par la FSSPX. Et non la moindre, puisqu’il s’agit de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

***

Il y a peu – ceux qui me suivent sur FB ou Twitter le savent – j’ai perdu ma maman. Il se trouve que mes parents étaient des fidèles de la FSSPX, la messe d’obsèques a donc été célébrée dans la célèbre paroisse parisienne. Ce choix n’était pas le mien, mais j’ai accepté sans aucun problème les souhaits de mes parents. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce que je pense et mon parcours, je vous renvoie vers ces billets, ici, et (à lire dans l’ordre).

D’abord, je dois dire que j’ai apprécié qu’une messe ait pu être célébrée. Pouvoir se recueillir, c’est bien, le faire lors d’une eucharistie, c’est évidemment beaucoup plus fort pour le chrétien que je suis. De toute manière, à Saint-Nicolas, il n’y a que des messes d’enterrements, vous n’y verrez jamais de simples cérémonies animées par des laïcs. Il y a selon moi une dimension sacramentelle apportée par le prêtre lors de tels moments, dimension qui m’importe [1].

La messe, en latin évidemment. Et évidemment, impossible de suivre vraiment pour le non initié. Le prêtre était loin – l’autel se situe dans le fond du chœur —, il était assez difficile d’entendre et de suivre avec le livret fourni (sorte de missel latin-français). Le latin n’est pas le problème en soi et j’admets sans aucun problème que certains se retrouvent plus facilement dans cette liturgie. Tout comme le cercueil recouvert d’un linceul noir : qu’on aime ou pas, cela me semble assez accessoire.

Mais je pris conscience de la distance incroyable qui était mise entre les fidèles et le célébrant. La suite me prouva que cette distance n’était pas que liturgique. Je ne suis plus très au fait de cette façon de célébrer, mais j’imagine que la messe était célébrée selon les normes. J’ai tout de même été surpris que le prêtre ne nous fasse pas expressément lever pour la lecture de l’évangile. Quant à son homélie, j’ai retrouvé le ton de celles que j’entendais quand j’étais plus jeune, ce qui est finalement normal de la part d’un mouvement qui se targue de ne pas changer… Après avoir commencé en disant qu’il ne fallait pas désespérer de la miséricorde de Dieu, les trois quarts de l’homélie ont tourné autour du purgatoire et de l’enfer. En résumé, le Ciel, ça existe, mais ce n’est probablement pas pour vous, soyez heureux si vous allez au Purgatoire, ce ne sera pas déjà pas si mal !

Pour un peu, j’ai cru qu’il allait s’écrier : « ah ah, bande de mécréants, je vous ai démasqué ». Je plaisante, mais c’est quand même le ressenti que j’ai eu (et je ne fus pas le seul). Et si d’évidence le prêtre profitait de ces obsèques pour « sensibiliser » l’assistance en jouant sur la peur de Dieu, je peux vous assurer qu’il a complètement manqué son coup auprès des personnes en périphérie [2] de l’Église. Seule lueur d’espoir, en guise de conclusion : ma mère avait reçu l’Extrême-Onction de la part d’un prêtre de la FSSPX, ce qui semblait lui garantir quelques bonnes grâces lors de sa rencontre avec son Créateur.

Puis, fin de la messe : le prêtre se rapproche, s’arrête au milieu du chœur, et change sa chasuble pour une grande cape, mise avec beaucoup de théâtralité et il nous annonce qu’il va procéder à l’absoute. Nous pouvons entamer, après les prières de rigueur – en latin, bien sûr -, une procession autour du cercueil et le bénir.

***

Ensuite nous sortons. Le cercueil est encore béni sur le parvis de l’église, puis est mis dans le fourgon funéraire et béni à nouveau. Mon père est là avec le prêtre. Ma petite nièce de 10 ans est avec eux aussi. De grosses larmes roulent sur ses joues. Le prêtre dit quelques mots à mon père, que je n’entends pas, étant à quelques dizaines de pas. Le convoi démarre lentement. Le prêtre salue une dernière fois mon père et s’en retourne, sans un regard ni un geste pour cette petite fille qui pleure sa grand-mère.

J’étais resté près du parvis. Le prêtre passe devant moi.

A deux pas, devant moi il passe.

Sans un regard, sans un mot.

Qui suis-je pour lui ?

Rien visiblement.

Aujourd’hui encore, a constaté le pape François, « il y a cet esprit de cléricalisme » : « les clercs se sentent supérieurs, s’éloignent des personnes, (…) ils n’ont pas le temps d’écouter les pauvres, les souffrants, les prisonniers, les malades ».

Que dire de plus ?

  1. aucun reproche de ma part quant à ces cérémonies sans prêtre, je sais évidemment que les prêtres ne peuvent être partout à la fois []
  2. Mince, encore une des lubies du pape François ! []

Le bon Samaritain était un con !

Aime-Morot-Le-bon-SamaritainVous connaissez tous la parabole du bon Samaritain. Un docteur de la Loi (juive) demande à Jésus : « Mais qui est mon prochain ? » après que Jésus lui ai dit qu’il fallait aimer Dieu et son prochain. Jésus ne répond pas directement à sa question, mais va plutôt l’enseigner en lui racontant cette parabole.

Résumons : un homme est laissé pour mort sur le bord de la route, un prêtre et un lévite passent successivement à côté de lui, et l’ignorent. Un samaritain (ennemi des Juifs) le voit et, saisi de compassion, le soigne, l’amène à une auberge et pourvoit à ses dépenses. [1].

Oui, mais ! Car il y a toujours un mais, semble-t-il. Qui était cet homme retrouvé sur le bord de la route ? Qu’avait-il fait pour être frappé et dépouillé ? A moins que ce ne fut lui l’agresseur ? A-t-il menti et triché ? Ne serait-ce pas le bon sens du prêtre et du lévite qu’il faudrait louer plutôt ? N’est-ce pas eux qui ont fait preuve de bon sens en laissant cet homme (un criminel peut-être !) dans le fossé ?

Passer devant lui comme si de rien n’était semble finalement l’attitude la plus juste vis-à-vis de la collectivité. Et qu’on ne vienne pas dire qu’ils n’ont pas fait preuve de charité. Car la charité, sans justice, n’est pas de la charité. C’est de la faiblesse. Et puis, qu’aurait fait un prêtre ou un lévite avec ce mendiant, à part mettre en péril leur réputation ?

Bon, concédons qu’ils auraient pu, tout de même, au minimum, s’enquérir de son état, de vérifier s’il était vraiment blessé et de prodiguer quelques soins si les blessures étaient sérieuses. Mais de là à l’emmener à l’hôtel du coin, prendre soin de lui, et payer tous les frais le temps qu’il se rétablisse, faut quand même pas pousser mémé dans les orties ! L’aider, n’était-ce pas envoyer un bien mauvais signal à tous ces hommes de mauvais chemin et les inciter à profiter de la situation ? N’était-ce pas prendre le risque de donner une seconde chance à un homme dont on ne sait rien ? Et s’il avait été d’une autre tribu ? Et s’il n’avait pas cru au Dieu des juifs ? Et s’il avait été païen ?

Imaginons ce qu’est devenu cet homme ensuite, ce que la parabole ne dit malheureusement pas. A-t-il ne serait-ce que dit « merci » ? Non, peut-être même pas un « merci »… Pis même, pensez qu’il a peut-être piqué dans la caisse de l’aubergiste et détroussé un des autres pensionnaires, avant de s’enfuir et de fomenter, encore, quelques mauvais coups. N’est-ce pas la preuve que ce sont le prêtre et le lévite qui ont eu raison ?

Oui, sans nul doute, le bon Samaritain était vraiment un con.

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Voilà ce à quoi j’ai pensé en lisant nombre de commentaires sur la grave crise migratoire qui a lieu en ce moment et l’exode massif de milliers de personnes. Oui, car même après la déclaration du Pape François demandant à chaque paroisse d’héberger une famille (pas 2, pas 10, pas 100, mais une), les répliques ont fusé contre ce gauchiste qui ne connait rien à l’Europe… Et puis de quoi se mêle-t-il ? Et puis saint Jean-Paul II, qu’on ressort opportunément, a dit qu’il était légitime de maîtriser ses frontières…

Tristesse de lire ces propos, aussi, de la part de catholiques revendiqués !

La parabole que Jésus a raconté à ce scribe a la mérite de la clarté.

On ne sait rien de l’homme au bord du chemin. On ne sait évidemment pas s’il est juif, samaritain, ou romain. Peu importe. On sait juste qu’il est blessé et laissé pour mort.

Que sait-on de ce Samaritain ? Qu’il fut saisi de compassion. Qu’est-ce que la compassion : c’est un sentiment qui porte à plaindre autrui et à partager ses maux. Un sentiment, une émotion. Pas une analyse rationnelle, pesant le pour et le contre. Non, juste un élan de son cœur. De cet élan même que l’on reproche à ceux qui peuvent se laisser émouvoir par telle ou telle photo…

Et que dit Jésus à ce docteur de la Loi, obligé de reconnaître la valeur de l’action du Samaritain : « Va, et toi aussi, fais de même ».

« VA, ET TOI AUSSI, FAIS DE MÊME » !

  1. Pour le texte complet, vous pouvez le lire , à partir du verset 30 []

Une invitation troublante

Ainsi donc, l’Observatoire sociopolitique du diocèse de Fréjus-Toulon, l’OSP, a décidé d’inviter Marion Maréchal-Le Pen à la 5ème édition de l’Université d’été de la Sainte-Baume. Cette invitation sème un léger trouble parmi une partie des catholiques et tend, un peu plus, à accentuer l’écart entre les catholiques dits progressistes et ceux dits conservateurs. Pour être clair, je fais partie des personnes troublées par cette invitation.

Et je suis finalement plus troublé par les justifications, empreintes d’une bonne dose d’hypocrisie, que par l’invitation elle-même.

Les faits

Le thème de l’université d’été est « Médias et Vérité: « La Vérité vous rendra libres » (Jn, VIII, 32). Thème intéressant même si, de prime abord je ne voyais de lien spécifique entre cette célèbre phrase de Jésus et les médias. Mais pourquoi pas, c’est aussi le but de ces universités d’été que d’aller plus loin sur tel ou tel sujet. Je vous laisse découvrir l’agenda de ces journées. Marion Maréchal-Le Pen (MMLP) intervient le dernier jour (le samedi 28 août), dans une table ronde intitulée : « Politique et Médias« . A cette table ronde participent une personne de Sens Commun, une des Républicains, une de gauche, une du journal Famille Chrétienne et Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

Je note que cette table ronde ne semble pas traiter spécifiquement du thème de l’université d’été, même s’il est probable que l’un ou l’autre des intervenants sera questionné sur les liens entre la vérité (Vérité ?) et les médias. Pas de spécificité chrétienne non plus en apparence, n’importe quel politique pourrait intervenir sur ce sujet. On avance pour justifier l’invitation de MMLP qu’elle est catholique pratiquante. Les autres invités (politiques) le sont-ils aussi ? Bref, sans contester la légitimé de MMLP d’intervenir sur ce sujet, pas plus ni moins compétente qu’un(e) autre, je ne vois a priori pas en quoi elle devait être invitée.

Mon trouble

Inviter une personne à table ronde, c’est inviter un expert qui a un avis autorisé sur la question. C’est lui demander de donner son point de vue, de développer ses arguments, voire de débattre avec les autres participants (ça, ça dépend largement du modérateur). On offre en quelque sorte une tribune à l’expert qui vient pour éclairer l’assistance, non pas pour être contredit, si ce n’est par les autres participants, mais mon expérience en la matière est que les débats lors d’une table ronde sont généralement assez feutrés (du moins dans le milieu technique et scientifique).

Que MMLP ait des choses à dire sur le sujet, cela ne fait aucun doute. Est-ce que son avis sur la question, son positionnement, celui de son parti, en fait une interlocutrice indispensable ? Au final, un DSK ou un Cahuzac auraient été tout aussi pertinents sur le sujet (oui, j’ai bien conscience de provoquer un peu en jettant ces 2 noms-là en pâture).

Bref, inviter MMLP à cette table ronde, sur un sujet sur lequel elle n’est pas plus concernée qu’un autre politique, c’est lui donner une place de choix lors de ces journées. C’est donner le signal qu’un élu du FN peut participer tranquillement à une table ronde organisée par un diocèse. C’est du reste ce que disent les organisateurs.

Quand l’auto-justification tourne en rond

Devant l’émoi d’une partie des catholiques – sans compter les autres -, les organisateurs ont donné quelques arguments.

MMLP est catholique pratiquante

Devant cet argument, on aimerait savoir si tous les autres participants – et ceux des années passées – sont des catholiques pratiquants. Un des organisateurs dit même : « Nous n’aurions pas invité Marine Le Pen, ou Florian Philippot ». Ah bon ? Leur avis à cette table ronde aurait-il été moins pertinent ? A l’inverse, Bruno Gollnish est catholique pratiquant. Il aurait aussi pu être invité. Noter que dans ce cas, être catholique pratiquant ne prémunit pas d’avoir des tendances révisionnistes.

Pourquoi pas le FN ?

Jusqu’ici, l’Église s’était mise à distance du FN, parti qui a toujours véhiculé des idées nauséabondes. Et ce n’est pas le ripolinage de façade effectué par l’exclusion de J.M. Le Pen qui change quelque chose au fond. Le FN est un parti d’extrême-droite, même si ses relents maurrassiens semblent lui donner un compatibilité avec le catholicisme. Pendant longtemps, le FN récoltait, parmi les catholiques, principalement les voix des tradis, tendance Mgr Lefebvre. Beaucoup ont été déçus, notamment depuis la prise en main du parti par le duo Marine Le Pen et Florian Philippot. On voit aujourd’hui le glissement électoral qui s’est produit, comme l’explique cet article.

Alors pourquoi pas le FN ? Le FN est-il moins catholique que LR ou le PS (ne parlons pas du Front de gauche) ? Aucun parti n’est catholique. Et si le FN peut avoir des positions proches de l’Eglise (sur les sujets sociétaux notamment, comme le rappelle MMLP), elle a par ailleurs des positions complètement antagonistes. Réciproquement, l’Église doit-elle chercher à se reconnaître dans tel ou tel parti ?

Alors, Mgr Rey dit qu’il inviterait sans problème une personnalité d’extrême-gauche, confirmant d’ailleurs par là qu’il faudrait faire le pendant à … l’extrême-droite. Sauf qu’il ne le fait pas.

Il faut parler au FN

C’est sans doute là le clou des arguments : il faut parler au FN, ce n’est pas bien d’ostraciser quelqu’un. Au niveau individuel, cela va de soi. Je côtoie des électeurs du FN, j’en ai même dans ma famille. Bien sûr que je leur parle. Et il est évident qu’aucune consigne venant de la hiérarchie catholique n’interdira de parler aux électeurs du FN, ni à quiconque d’ailleurs.

Mais, là, on parle d’un événement public, on parle d’une tribune offerte à une élue FN, numéro 3 dans la hiérarchie de son parti, peut-être bientôt présidente d’une très grande région.

Mrg Rey dit : « Il ne s’agit pas d’être complaisant, mais c’est l’occasion, au contraire, d’interpeller le FN sur son rapport à l’immigration, sa vision de l’homme et du vivre ensemble dans une société pluraliste. » C’est beau, c’est joli, sauf que, primo, ce n’est pas le thème de la table ronde; secundo, le format d’une table ronde n’est pas prioritairement d’interpeller les participants mais de les écouter nous donner leur avis sur tel ou tel sujet (même si des questions peuvent être échangées).

Sur Facebook, lors de quelques échanges, et on m’a rétorqué que le Pape avait dit qu’il fallait aller aux périphéries et que donc parler au FN allait dans ce sens. Oh le vilain détournement de paroles ! Oh la mesquinerie intellectuelle qui voudrait faire croire qu’inviter une élue de premier plan d’un parti qui fait 30% aux élections, c’est aller évangéliser les périphéries. Franchement, de qui se moque-t-on ?

Je pourrais rétorquer que je croyais que l’Église devrait être à contre-courant du monde, ne pas s’y laisser prendre. Ce qui est vrai pour certains sujets ne le serait subitement plus pour un parti dont on dit qu’on ne peut plus l’ignorer sous prétexte qu’il a des succès électoraux ?

Et la suite

Le vote FN est une épine dans les pieds des partis politiques depuis 20 ans. Pourrait-il l’être dans celui de l’Église ? Il y a des précédents malheureux et je me désole que l’Église ait soutenu des Franco ou des Pinochet. Va-t-elle soutenir le FN si d’aventure MLP arrivait au pouvoir ? (et il est certain que celle-ci saura faire ce qu’il faut pour complaire à l’Église).

J’espère pour ma part qu’Elle saura rester à égale distance de tous les partis, comme elle l’a fait plutôt bien jusqu’à présent. L’invitation de MMLP est un petit accroc, insignifiant, qui du reste n’engage pas l’Église de France. Mais c’est aussi comme ça que, petit à petit, l’oiseau fait son nid.

Week-end « Expériences et vision pastorale »

Sophia_1Comme j’ai pu l’annoncer sur Facebook ou sur twitter, j’ai eu l’opportunité de participer à un week-end organisé par la paroisse Notre-Dame de la Sagesse, à Sophia-Antipolis, intitulé « Expériences et Vision Pastorale ». Il n’est pas très aisé de résumer un week-end aussi riche. Aussi ce billet, que je vais essayer de garder concis, sera peut-être complété ultérieurement par d’autres billets. On verra bien.

Le contexte

Dans beaucoup de paroisses se pose la question du devenir, de l’évolution, de chemin à prendre. Il y a tant d’options possibles, tant de possibilités, tant de rêves parfois aussi, sans que l’on sache très bien ni par où commencer, ni que faire. Sans compter que beaucoup de projets ne peuvent se mettre en place faute d’implication des paroissiens. Ce constat, beaucoup de prêtres et d’équipes paroissiales le font, sans trop bien savoir comment y remédier.

Dans beaucoup de pays, notamment en Amérique du Sud, mais aussi bien sûr aux États-Unis, les églises évangéliques font preuve d’une vitalité étonnante, attirant notamment les jeunes et les personnes en recherche « de quelque chose ». Aux Etats-Unis, le pasteur Rick Warren d’une église évangélique a partagé son expérience, maintenant largement connue outre-USA grâce à ses livres [1]. En 1980, il part dans cette vallée de Californie du Sud pour y fonder une église, l’église de Saddleback. Il ne souhaite pas dépeupler les autres églises. Non, son but est d’attirer à lui ceux qu’il appelle les « Sans église ». Il fait sa première réunion chez lui dans son salon. Ils sont 7. Aujourd’hui, sa paroisse réunit entre 15 et 20 000 (vingt-mille !) personnes chaque dimanche. Pour vous donner un exemple de l’ampleur du phénomène, l’église de Saddleback, pour fêter son 35e anniversaire cette année, a loué un stade d’une capacité de 45 000 places ! En France, un prêtre catholique, le père Jean-Hubert Thieffry, a tenté de mettre en oeuvre les préceptes énoncés par Rick Warren. Lors de son passage à la paroisse Saint-Denys de la Chapelle, dans le 18e à Paris, il a, par exemple, mis en œuvre pour la première fois un parcours Alpha dans une paroisse catholique française [2]. Membre de la Communauté du Chemin Neuf, il est depuis 2005 curé de la paroisse Notre-Dame de la Sagesse à Valbonne, Biot et Sophia-Antipolis, paroisse dans laquelle il a déployé (et adapté) les préceptes énoncés par Rick Warren.

Les 5 essentiels

Le principal objectif est de faire en sorte que les paroissiens ne soient plus des spectateurs ou même des acteurs plus ou moins engagés, mais des disciples-missionnaires. Pour cela, il faut mettre en oeuvre, dans sa vie personnelle comme dans la vie paroissiale, les 5 essentiels suivants:

  1. L’Adoration
  2. La Communion Fraternelle
  3. la Formation des disciples
  4. le Service
  5. l’Évangélisation

Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour bien vous expliquer ces 5 essentiels (qu’on peut aussi appeler vitamines ou piliers ou objectifs ou dynamiques). Plusieurs paroisses en France proposent des informations détaillées. A ce stade, le mieux que j’ai trouvé est ce livret édité par l’Église Catholique de l’Oise.

Les partages de ce week-end

Ce week-end, merveilleusement bien organisé par la paroisse de Sophia, fut l’occasion de partager diverses expériences, à travers des sessions plénières et des ateliers. Expériences menées par la paroisse de Sophia depuis bientôt 10 ans, dans différents domaines, comme le ministère de l’accueil, les étapes du processus d’évangélisation, accueillir l’Esprit-Saint dans le travail, la préparation au mariage, etc. Impossible de tout résumer ici.

L’intérêt pour nous, engagés dans un processus similaire, était bien évidemment de voir comment les préceptes de Rick Warren pouvaient être appliqués dans une paroisse catholique en France. Et comment les 5 essentiels sont mis en œuvre dans chaque groupe.

Certaines paroisses en France ont déjà avancé sur ce chemin. Nous eûmes les témoignages de la Paroisse St Rieul de Senlis et de la paroisse Lyon Centre Ste Blandine. Ces paroisses ont mis en oeuvre les 5 essentiels et s’appuient beaucoup sur le parcours Alpha. Toutes disent que les fruits sont visibles au bout de quelques années, mais aussi qu’il faut être patient, ne pas se précipiter.

Quels sont ces fruits ? Avoir des disciples missionnaires, investis dans leur mission, et non plus de simples paroissiens qui viennent assister à la messe le dimanche.

Qu’en conclure pour soi-même ?

Lorsque notre curé m’a parlé pour la première fois de ce projet, je ne savais pas trop quoi en penser. J’ai depuis quelques temps le sentiment qu’il faut effectivement changer quelque chose dans la façon d’aborder le monde, car l’Église doit aborder le monde. Convaincu sur le constat, je restais dubitatif sur le comment. Puis j’ai lu le livre de Rick Warren qui m’a laissé un peu sur ma faim. Certes, son succès est indéniable. Mais j’avais parfois le sentiment, en le lisant, de voir à l’œuvre un chef d’entreprise créant sa société plutôt qu’un prêtre (ou un pasteur). Terriblement incarné dans la culture nord-américaine – Saddleback brasse les dollars, a plusieurs salariés, etc. – je voyais mal comment cela pouvait être appliqué dans une paroisse catholique.

C’était tout l’intérêt de ce week-end. Cela est possible ! Reste maintenant, pour nous, un énorme chantier. Mais que c’est motivant de se sentir appeler à travailler à la vigne du Seigneur !

Album AimerJe ne connaissais pas Stéphanie Lefebvre. Le samedi, elle animait à la voix et au clavier les chants de louange régulièrement entonnés. J’ai cru qu’il s’agissait de la chanteuse de la paroisse ! Je trouvais sa voix belle, mais plus encore, je la trouvais touchante (moi qui ne suis pas musicien, et qui ne sait pas chanter, je suis émerveillé devant ce don). Quelle n’a pas été ma surprise quand le dimanche, elle fut appelée à témoigner. En réalité, Stéphanie Lefebvre est de la paroisse de Senlis. Son témoignage était très émouvant, très beau, dévoilant pudiquement un parcours avec des hauts et des bas, des succès et des larmes. Elle a dit une chose très belle sur l’Eucharistie qui m’a profondément ému. Et après qu’elle a communié, placé un peu derrière elle, j’ai vu qu’elle essuyait discrètement quelques larmes. Ce qu’elle avait dit prenait encore un peu plus de valeur. La beauté d’une larme qui coule…

Mais le plus important pour elle, c’est son projet de disque qu’elle veut enregistrer cet été. Un disque de louange pour lequel elle demande de l’aide. Elle sollicite donc des dons sur le site Credo Funding. Le projet est en bonne voie. Vous pourrez aussi écouter déjà sur cette page le premier titre, « Aimer », que je trouve très beau. Si vous voulez l’aider, c’est encore possible jusqu’au 19 mai 2015.

  1. Notamment « L’Eglise, une passion, une vision » ou « The Purpose-driven Church » []
  2. Le Parcours Alpha est à l’origine l’initiative d’une paroisse protestante de Londres []

Sur les canonisations de Jean XXIII et Jean-Paul II

canonisation-jean-paulII-jeanXXIIIJ’ai appris hier avec une certaine stupéfaction que Paul VI pourrait être béatifié à l’automne prochain. J’étais déjà un peu circonspect après les effusions du week-end dernier, mais là, j’avoue ne pas être tout à fait à l’aise devant cet empressement à canoniser à tout-va.

Loin de moi l’idée de contester l’idée même de canoniser quelqu’un, ni même celle de canoniser un pape. C’est plutôt la méthode, ce qu’elle implique et ce qu’elle induit, qui m’incite à poser quelques réserves.

Etre saint

Etre saint est la vocation de tout chrétien et cela a été réaffirmé par le concile Vatican II. Faut-il rappeler qu’être déclaré saint ne suppose pas que la personne eut une vie parfaite du début à la fin, ce qui, somme toute, nous (moi le premier chers lecteurs) laisse encore toutes mes chances. L’Église déclare sainte une personne dont la vie est édifiante, qui nous montre l’exemple et nous aide à nous rapprocher de Dieu. L’Église considère aussi l’importance de l’intercession des saints auprès du Père : « Étant en effet plus intimement liés avec le Christ, les habitants du ciel contribuent à affermir plus solidement l’Église en sainteté (…). Ils ne cessent d’intercéder pour nous auprès du Père, offrant les mérites qu’ils ont acquis sur terre par l’unique Médiateur de Dieu et des hommes, le Christ Jésus (…). Ainsi leur sollicitude fraternelle est du plus grand secours pour notre infirmité » [1]

La canonisation

La canonisation est un acte d’autorité de l’Église qui reconnait que la personne est réellement sainte et vit (au ciel) en pleine communion avec Dieu. Cet acte engage de facto l’infaillibilité de l’Église et du pape qui la prononce. Elle fait suite à un procès qui se déroule en plusieurs étapes faisant passer la personne du statut de Vénérable, à Bienheureuse, puis Sainte. Je vous renvoie à cet billet intéressant de S. Lemessin sur ces étapes. La vie de la personne est étudiée et les miracles qui auraient été effectués par son intercession sont bien entendu étudiés soigneusement. Il faut un miracle authentifié pour la béatification, deux pour la canonisation.

Je ne conteste aucunement que Jean-Paul II et Jean XXIII sont réellement saints. Plusieurs voix se sont fait entendre pour critiquer Jean-Paul II (c’est bien lui qui capte l’essentiel des regards). On peut faire, sans aucun doute, bien des reproches à l’homme. On peut aussi en faire au pape qu’il fut. Mais on peut et doit aussi avoir de l’admiration pour ce qu’il fut, pour ce qu’il a apporté. Et, plus important encore, en tant que catholique romain, je m’incline devant la décision de l’Église.

Quelques réserves malgré tout

Et pourtant, cette double canonisation m’a laissé un peu sur le côté. Et quand on voit la joie qui a transporté certains – joie que je considère comme tout à fait sincère – je me suis inévitablement posé quelques questions. Deviendrais-je comme ces ronchons, jamais content, incapable de se réjouir devant ce que l’Église nous offre de plus beau : la sanctification ?

En fait, je regrette une chose : que l’Église donne autant dans la précipitation. Alors que les règles des procès en béatification et en canonisation sont claires et précises, pourquoi avoir cru bon de les alléger pour canoniser Jean-Paul II et Jean XXIII ? Pourquoi, par exemple, ne pas avoir attendu les 5 ans prévus pour béatifier Jean-Paul II ? Pourquoi la canonisation de Jean XXIII a-t-elle été dispensée d’un deuxième miracle ? Pourquoi ce sentiment, renforcé suite à l’annonce de la béatification de Paul VI, que l’Église cherche à canoniser ses chefs (je dis bien chef car l’ambiguïté de la canonisation d’un pape, c’est que l’on canonise non plus seulement un homme, mais aussi celui qui a été le chef de l’Église pendant un certain temps) ?

En agissant ainsi, j’ai surtout le sentiment que la dimension politique prend le pas sur le reste, qu’il faut absolument montrer au monde que l’Église est encore vivante, qu’elle est encore là, qu’elle existe, y compris (surtout ?) sur le terrain de la communication. L’Église est contestée en plusieurs endroits du monde, notamment en Europe. On comprend son souci de vouloir réoccuper l’espace perdu. La personnalité exceptionnelle de Jean-Paul II, l’attachement et le souvenir que les fidèles en avaient, garantissaient un succès spirituel et médiatique de la béatification et de la canonisation. Il est évident que la canonisation seule de Jean XXIII n’aurait pas permis de rassembler 800.000 personnes à Rome, pas plus que ne le permettra celle de Paul VI.

Je comprends tout cela et il est bien naturel au fond que le Vatican ait cherché à surfer sur la vague. Mais, en ayant enfreint les règles édictées par elle-même, alors qu’elle reste intransigeante sur d’autres, l’Église m’est apparue finalement plus faible que ce qu’elle a voulu montrer. La précipitation et les petits arrangements sont des signes du monde, non ? Ce monde que l’Église doit pourtant édifier et porter vers le haut. Alors que le pape François nous invite à aller à la périphérie, ces deux canonisations m’ont semblé être plutôt mâtinées de narcissisme.

Humaine, trop humaine, l’Église ? Oui, assurément. Elle se sent fragile et fragilisée. Je ressens qu’elle a besoin de se rassurer sur elle-même. Je ne lui en veux pas, et au fond, c’est aussi pour cela que je l’aime !

 

 

  1. §956 du Catéchisme de l’Eglise Catholique http://www.vatican.va/archive/FRA0013/__P25.HTM []