De la kippa à la Croix

De-la-kippa-a-la-croixJean-Paul II, en disant des Juifs qu'ils étaient nos frères ainés dans la foi, m'a fait prendre conscience que les racines du christianisme se trouvaient dans le judaïsme. Cela peut paraître une évidence, mais mon éducation religieuse avait tant insisté pour m'expliquer que ce peuple était déicide, qu'il m'était difficile de prendre conscience de ce lien de foi. On ne peut comprendre bien les évangiles – et les événements vécus par Jésus, et ses réactions – sans connaître, ne serait-ce qu'a minima, l'histoire de ce peuple, d'Abraham à Jean le baptiste. Idem pour comprendre les tirraillements entre saint Paul et saint Pierre. Ou les incompréhensions des disciples qui espéraient, dans un premier temps, bien autre chose qu'une promesse de royaume céleste qui se finirait par une crucifixion.

J'ai donc lu avec un grand intérêt le témoignage d'un homme, né et élevé dans un milieu juif, qui se convertit au christianisme. Cet homme, c'est Jean-Marie Elie Setbon.

 

Une conversion lente

C'est un très beau témoignage qui montre plusieurs aspects de cette conversion, celle-ci me semblant assez atypique. Nous avons tous en mémoire les conversions foudroyantes qui retournent en quelques instants : celle de saint Paul en route pour Damas, ou celle d'André Frossard entré dans une église pour y chercher un ami. Ici, on pourrait qualifier cette conversion de lente, car même si Jean-Marc (les prénoms que lui ont donné ses parents) ressentit très jeune l'appel de Dieu, son engagement vers le baptême prit environ 30 ans. 30 ans donc d'exaltations et de doutes, de recherches et de certitudes inavouées. A la lecture de ce témoignage, je n'ai pu manquer d'y voir un aspect ô combien important de la relation de Dieu avec les hommes : Dieu est discret et patient, Il ne brusque pas.

Etre juif veut bien souvent dire vivre au sein d'une communauté plutôt fermée sur elle-même, avec assez peu d'échanges avec l'extérieur. C'est d'autant plus vrai vis-à-vis du christianisme. Et s'il est difficile de quitter son milieu, le contexte culturel et familial dans lequel vivait Jean-Marc rendit les choses encore plus difficile. Il vécut en réalité une double difficulté dans son chemin de conversion : son milieu culturel juif d'une part, et le peu d'entrain de ses parents, pas très croyants, à lui faire rencontrer Dieu, d'autre part. Jean-Marc va découvrir Dieu seul, en quelque sorte.

 

Des tiraillements

De la kippa à la Croix raconte donc l'aventure spirituelle de cet homme, attiré par la croix, qui venait en cachette de ses parents à la messe à la Basilique du Sacré-Coeur, qui cachait des prières catholiques sous son matelas, mais qui partit en Israël pour approndir sa religion, et qui deviendra un juif ultra-orthodoxe. Il se maria ensuite avec une fervente juive, union dont ils auront 7 enfants. Mais, et c'est tout le paradoxe de cette histoire, car il a une position établie et claire dans le judaïsme, il garde une attirance pour le Dieu des chrétiens et le Christ. Il est alors facile d'imaginer les tiraillements qu'il vécut.

Signe du destin, tragique bien sûr, son épouse meurt, emportée par une maladie fulgurante. Elle qui avait pressenti cette attirance étrange – en découvrant une croix et les Evangiles qu'il cachait – n'est plus là pour le rappeler à ses origines, à sa culture et à sa religion. Jean-Marc franchira alors le pas, quelques temps après. Il officialisera sa conversion et prendra comme nom de baptême Jean-Marie Elie. Mais, hormis ses enfants qui acceptent avec bienveillance cette nouvelle, ses co-réligionaires le rejettent.

C'est d'ailleurs un des points qui m'a surpris. Les Juifs (pratiquants) sont vraiment hostiles aux Chrétiens, et encore plus aux Juifs convertis. Jean-Marie Elie a d'ailleurs reçu des lettres de chantage et de menaces. Autre élément intéressant est le regard porté par Jean-Marie Elie sur ses frères chrétiens, c'est-à-dire nous, c'est-à-dire moi. Il trouve qu'il y a bien peu de fraternité entre les Chrétiens, tandis que la communauté juive fait preuve d'une grande solidarité entre ses membres (ce qui doit sans doute s'expliquer, aussi, par des raisons historiques). Il trouve aussi que les Chrétiens sont peu visibles (un des chapitres du livre s'intitule "Où sont les Chrétiens ?").

 

Un catéchumène pas comme les autres

En vue de sa préparation au baptême, Jean-Marie Elie a donc été catéchumène. Etant impliqué dans ma paroisse dans ce service, j'ai lu avec attention les pages qu'il écrit sur son parcours. J'avoue que voir arriver un catéchumène connaissant aussi bien les écritures, notamment celles de l'Ancien Testament, ayant ce parcours-là et sachant exactement ce qu'il demandait a dû donner des sueurs froides aux catéchistes ! Bien sûr, il a trouvé ce parcours trop long : il eût sans doute été judicieux, dans ce cas particulier précis, de lui proposer un parcours adapté et raccourci. Mais je ne rejoins donc pas l'auteur lorsqu'il dit qu'il faudrait raccourcir ce temps de préparation, même s'il a raison quand il fustige l'abandon que subissent les néophytes après leur baptême.

Ce livre, très rapide à lire, au-delà du témoignage, toujours émouvant, d'une conversion, éclaire les différences qu'ont les Juifs et les Chrétiens de vivre leur relation à Dieu. ai retenu cette phrase qui éclaire très bien selon les différences et les relations entre le judaïsme et le christianisme :

L'idée d'un Dieu qui m'a aimé le premier avant que j'aie fait quoi que ce soit pour Lui n'est pas familière aux Juifs, même s'Il s'est révélé par endroit dans la Bible. Dans le judaïsme, pour que Dieu m'aime, je dois appliquer à la lettre la Loi et plus je pratique la Loi plus je suis aimé de Dieu. C'est donnant donnant. D'ailleurs, il y a des chrétiens qui en sont restés à cette idée-là. Ils n'ont pas intégré la bonne nouvelle de Jésus que Dieu nous aime paternellement. Avec le Dieu chrétien, j'ai découvert un autre Dieu, un Dieu qui m'aime pour ce que je suis (…)"

 

De la kippa à la Croix, Conversion d'un Juif au Catholicisme, aux Editions Salvator.

3 livres sur l’homosexualité

J‘ai lu récemment trois livres qui traitent tous, de manière plus ou moins directe, de l’homosexualité. C’est sans doute un des mérites du débat sur le mariage gay que d’avoir fait surgir certaines questions liées à l’homosexualité. Il me semble que l’on oscille facilement entre le tabou absolu et la valorisation excessive. Comme en toute chose, un juste milieu doit être trouvé dans la perception de ce qu’est l’homosexualité et, ce qui me parait être le plus important, la considération des personnes homosexuelles..

 

Les lendemains du mariage gay

lendemains-mariage-gayCe livre [1], écrit par Thibaud Collin et paru aux éditions Salvator, ne traite pas à proprement parlé de l’homosexualité mais de la demande d’ouverture du mariage aux personnes homosexuelles. L’auteur explore dans ce livre la question morale afférante au débat sur le mariage gay : est-ce juste ? qu’en est-il de la notion d’égalité ? Ces questions sont discutées à l’aune du choix politique. Car c’est bien le devoir de chacun de se prononcer sur tel ou tel projet de loi. T. Collin ne se place donc pas sur le champ religieux, et seuls les arguments philosophiques et juridiques sont mis en avant.

L’auteur n’élude a priori aucun sujet. Par exemple, il pose la question de l’éventuelle suppression du mariage civil, à la suite de Jacques Derrida qui déclara peu de temps avant son décès : « Si j’étais législateur, je proposerais tout simplement la disparition du mot et du concept de « mariage » dans un Code civil et laïque ». [2] Et Thibaud Collin de poursuivre :

Pourquoi la revendication homosexuelle est -elle de plus en plus audible ? Pourquoi apparait-elle de plus en plus évidente à nos contemporains ? Parce qu’elle épouse et par là radicalise des tendances déjà agissantes dans le corps social : la lutte contre le racisme et le sexisme, le progressisme, sans aucun doute.

La place de l’enfant est largement étudiée dans ce livre. Le point essentiel du débat sur le mariage gay – à savoir l’autorisation de l’adoption, de la PMA et de la GPA – me semble être parfaitement résumé par T. Collin :

Et l’enfant dans tout cela ? L’intensification du sentiment amoureux comme critère central de la conjugalité a eu pour conséquence d’investir l’enfant comme axe principal de la famille. L’enfant apparaît comme l’élément stabilisateur de relations familiales rendues instables par la versatilité du sentiment. Vases communicants. (…) L’enfant n’est plus ce en vue de quoi l’unité familiale est exigée et construite mais cause efficiente de celle-ci. Le prix à payer de ce chassé-croisé est que l’enfant n’est plus d’abord le bénéficiaire de l’unité. Il devient plutôt celui auquel se rapportent les éléments d’un monde éclaté et qui assume donc la lourde charge de les faire tenir ensemble. On comprend alors que le désir d’enfant puisse devenir synonyme de projet parental.

D’autres sujets sont évidemment étudiés dans le détail, comme le rôle de l’Etat. Je laisse les lecteurs découvrir, à la suite de l’analyse de toutes ces questions, quelle conclusion l’auteur en tire quant à l’ouverture du mariage aux homosexuels.

Disons-le franchement, ce livre n’est pas d’un accès aisé et je dois admettre que j’y suis resté un peu hermétique. Il y manque pour moi – mais le propos du livre n’est évidemment pas là – une approche plus humaine des implications de ce qui n’est, à l’heure où j’écris, qu’un projet de loi. Non pas qu’il ne faille en explorer les implications juridiques, ni de traiter le problème sous l’angle philosophique. Mais un lecteur averti en vaut deux et donc sachez à quoi vous attendre en lisant ce livre. Cependant, le livre est très bien écrit, très structuré aussi, ce qui aide à sa compréhension.

 

L’homosexualité en vérité

PArino

De Philippe Ariño, publié chez Frédéric Aimard éditeur. Je m’étais fait écho d’une conférence que Philippe avait donnée à Toulouse, conférence dans laquelle il reprenait les arguments exposés dans ce livre (et que l’on retrouve sur le site internet de l’auteur). Ce livre a deux grandes forces à mon sens : il tente de traquer ce qui fait l’homosexualité, en vérité et en toute liberté. Le titre n’est donc pas usurpé. Sa deuxième force – et sans nul doute explique la première – vient du fait que l’auteur lui-même est homosexuel, qu’il ne se renie pas et qu’il a une force de persuasion assez impressionnante. J’ai eu l’occasion de le dire après sa conférence, l’impression est la même après avoir lu son livre, cela fait du bien de voir un homme parler clair, sans fioriture et en vérité.

Le livre est structuré en trois chapitres : 1) L’homosexualité, qu’est-ce que c’est et que dit-elle en moi ? 2) Que faire du désir homosexuel si je le ressens de manière persistante ? 3) Si je suis croyant et homo comment je fais ? Philippe Ariño aborde donc beaucoup de sujets, et sans tabou ni langue de bois

Un manque à mon avis malgré tout. L’auteur n’aborde jamais la question des enfants et cela me surprend un peu car je n’imagine pas qu’un homosexuel ne se pose pas la question de l’engendrement. Certains tentent d’y répondre par la PMA ou la GPA. Pourquoi ce point-là n’est pas traité ? Finalement, en creux, je vois dans ce silence une pierre d’achopement et un non-dit qui en dit finalement beaucoup.

Livre très facile d’accès, je le conseille vraiment à tous ceux qui se sentent empruntés par rapport à la question de l’homosexualité : hétéro bien pensant qui nourrit un mépris, une peur voire une phobie de l’homosexualité, ou homo se posant des questions et qui souhaite entendre un autre discours que celui des associations LGBT, le spectre est assez large de ceux qui seront intéressés par ce livre.

 

Les Chrétiens et l’homosexualité – l’enquête

Les_chretiens_et_l_homosexualite_l_enqueteDe Claire Lesegretain, aux éditions Chemins de Tr@verses. De loin, le livre [3] , parmi les trois, qui m’a le plus passionné. Vaste étude qui vise à essayer d’éclaircir les liens, souvent troubles, entre les Chrétiens et l’homosexualité et de la perception des personnes homosexuelles elles-mêmes.

Vaste enquête donc qui voit l’auteur mener des entretiens avec des nombreux spécialistes (psys, prêtres, directeur de séminaire, …) pour traiter de nombreux sujets. Le chapitrage est très clair et bien pensé et permet de lire une partie isolément du reste. Tant mieux, puisque les chapitres sont nombreux dans ce livre de 411 pages.

Parmi les chapitres les plus intéressants, j’en citerai deux. Le premier, « Plus de deux millions et demi de Français », inclut un entretien entre l’auteur et l’historien Michel Rouche qui brosse un passionnant tableau des rapports entre l’Eglise et l’homosexualité et du sort réservé aux personnes homosexuelles au cours des âges. Et ce tableau montre bien la fluctuation importante selon les époques, passant d’une certaine tolérance à une répression plus forte. Et dans ce tableau brossé à grand traits, on voit aussi combien la question de la pédophilie fut liée (ce n’est plus le cas aujourd’hui) à celle de l’homosexualité, pédophilie qui fut souvent une pratique tolérée voire encouragée.

L’autre chapitre qui m’a touché est celui ayant trait à la chasteté, intitulé « Le courage d’être chaste ». De nombreux témoignages composent ce chapitre. Olivier témoignage de son cheminement :

Une chasteté qu’il considère comme une richesse car elle « donne une très grande  liberté  dans  la  relation  aux  autres  et  laisse  place  à  l’émerveillement  ». Et puis, conclut-il, tous, hétérosexuels ou homosexuels, mariés ou célibataires, lorsque nous sommes tôt ou tard confrontés à la fin de notre génitalité, nous devons trouver notre plaisir ailleurs. Dans la contemplation.

Autre témoignage très touchant : celui de Béatrice qui raconte sa conversion après avoir vécue avec une femme pendant de longues années.

Livre passionnant, disais-je, par son exhaustivité et par son format. Chaque chapitre est composé d’un texte de l’auteur et d’un ou deux interviews avec des spécialistes. La lecture en est ainsi rendue plus claire et plus vivante, les questions posées lors des interviews faisant souvent écho à celles que l’on s’est posée en lisant le texte en préambule du chapitre.

A noter que ce livre est accessible aussi au format électronique, en allant sur le site Bouquineo. Le fichier fourni au format PDF est d’une qualité irréprochable.

  1. C’est à ma demande que les Editions Salvator m’ont gracieusement envoyé un exemplaire du livre []
  2. Le Monde, supplément du 12 octobre 2004 []
  3. Les éditions Chemis de Tr@verses m’ont gracieusement fourni un exemplaire du livre []

Se marier et durer

En ces temps où l’on parle beaucoup du mariage, j’ai lu cet été [1] le livre du père Castaignos, « Se marier et durer », publié aux éditions Salvator. [2]

Ce livre est présenté sous forme d’un entretien entre Pierre-Marie Castaignos et Yves Kerhuon. Mais loin d’être une conversation à bâtons rompus, le livre est très structuré et les différents chapitres permettent d’aborder les différentes dimensions du mariage.

Le père Castaignos a consacré de longues années à la préparation au mariage, ce qui a nourri sa réflexion, réflexion enracinée dans du vécu. Ceux qui me lisent régulièrement savent que je participe à la préparation au mariage dans ma paroisse. J’ai donc retrouvé dans ce livre une partie de mon expérience. J’y reviens plus loin.

 

La préparation au mariage

Les thèmes abordés sont donc classiques, mais néanmoins importants. Ils traitent des grandes questions liées à l’engagement de vivre en couple … pour toujours. Car c’est cela l’enjeu du mariage catholique. On prend un engagement comme aucun autre dans la vie [3] : celui de rester uni quoiqu’il puisse arriver. Ce n’est pas très tendance, certes, à l’heure où, comme le rappelle P.M. Castaignos, le taux de divorce en France est de 44%.

L’enjeu de la préparation au mariage est de proposer aux fiancés [4] une réflexion afin de mûrir leur choix et leur engagement. Et engager ces fiancés dans une réflexion qu’ils n’ont peut-être pas par ailleurs nous obligent aussi à leur parler de ce qui peut faire mal, des différents écueils qu’ils auront à subir et qu’ils devront apprendre à dépasser.

Et parmi les écueils, il y a non pas la différence entre les fiancés mais le ou les déséquilibres qui peuvent survenir. L’un des enjeux de la préparation est non pas d’insister sur les différences, qui en général se surmontent d’autant mieux qu’elles sont voyantes, prises en compte et analysées, mais d’attirer sur tous les déséquilibres qui peuvent exister au sein du couple : dans les façons de penser, dans les façons d’agir ou de réagir, la perception des choses et des événements. Ces déséquilibres passent pour anodin mais peuvent, à la longue, fissurer fortement la relation.

Le père Pierre-Marie Castaignos traite donc de tous les sujets qui, un jour ou l’autre, quoiqu’en dise ou qu’on en pense, devront être abordés par les époux. Il parle donc, sans tabou, de la sexualité et de l’accueil du mystère de la vie. Il rappelle l’importance de l’engagement des corps, que ce soit avant le mariage (en notant tous les écueils d’un corps qui se donne trop tôt) ou pendant le mariage. La fidélité, dont l’engagement est pris le jour du mariage, peut-elle être tenue ? Et si non, quelles sont les voies de réconciliation et de pardon ?

J’ai été heureux de lire un chapitre entièrement consacré à la réconciliation dans le couple. Combien de divorces seraient évités si l’habitude du pardon était prise régulièrement ? P.M. Castaignos insiste sur ces réconciliations quotidiennes, ces pardons pour de petites choses qui permettent de pouvoir affronter de plus grandes crises. « Le divorce n’est pas une fatalité ! » écrit-il.

 

Dis-moi combien tu gagnes ?

Un autre élément abordé est celui de l’argent. Mon expérience m’incite à penser que ce point est de plus en plus crucial tant le rapport à l’argent des individus peut avoir de répercussions sur le couple. On touche, via l’argent, au caractère bien sûr, mais aussi et surtout à l’éducation reçue, et donc aux façons d’être et de vivre des familles respectives des fiancés. La question de la confiance est aussi posée quand on aborde celle de l’argent. Confiance en l’autre, quand on lui cède la gestion des finances familiales par exemple ; confiance en l’avenir tant la peur de manquer d’argent (pour élever les enfants) peut être sclérosante.

Je n’ai pas tout à fait rejoint l’auteur quand il promeut le régime de la séparation de biens par rapport au régime de la communauté. Certes, je conçois qu’en des cas particuliers, où le risque est avéré, la séparation des biens est un moyen de protéger sa famille. Mais il me semble que le régime de la communauté sied mieux à l’esprit du mariage catholique, à l’instar des premières communautés chrétiennes où l’on mettait ses biens en commun. Bref, j’ai été surpris de voir le père Castaignos défendre aussi fortement le régime de la séparation de biens.

 

Quelles conditions imposer aux demandes de mariage ?

La question de la spiritualité et du couple est elle aussi d’importance. Elle dépasse d’ailleurs largement la spiritualité du couple. La question qui se pose est : « qui marie-t-on ? » Ou plus précisément : « comment préparer au mariage et marier des personnes qui ne connaissent rien – ou si peu – de la religion catholique ? ». P.M. Castaignos n’apporte pas de réponses définitives mais ose poser quelques questions auxquelles il faudra bien répondre un jour :

  • Doit-on demander aux fiancés d’attendre un an avant de se marier comme l’a préconisé la conférence des évêques de France en 2002 ?
  • L’Eglise demande aux couples de s’engager à faire baptiser leurs enfants et à les catéchiser. Que faire lorsqu’un couple demande le mariage catholique alors qu’il a déjà des enfants qui ne sont pas catéchisés voire pas baptisés ?
  • Pourquoi en France, peut-on se marier sans avoir reçu les sacrements de l’initiation que sont la communion et la confirmation ?

 

Mon avis

Ce livre s’adresse à deux types de public. Ceux qui sont impliqués dans la préparation au mariage et ceux qui se préparent à leur mariage.

Impliqué dans la préparation au mariage, j’ai été heureux de voir que l’auteur pose les problèmes dans les mêmes termes que nous, qu’il apporte généralement les mêmes réponses. Ce livre, s’il n’apprendra peut-être rien aux préparateurs, prêtres et laïcs, très expérimentés, peut être une aide précieuse pour les débutants (c’est typiquement le genre de livre que j’aurais aimé lire quand j’ai débuté la préparation au mariage).

Quant aux fiancés, ce livre me semble très pertinent. Il traite de tous les principaux sujets, il est très abordable même pour ceux qui sont éloignés de la religion et doit permettre une bonne réflexion en couple. Ce livre sera donc ajouté à ceux que nous conseillons de lire !

 

  1. Voir mes autres lectures ici []
  2. J’ai été contacté par les éditions Salvator qui m’ont proposé de m’envoyer un exemplaire en échange de la publication d’un billet ; il fut clair que le billet serait rédigé en toute liberté []
  3. Hormis ceux qui décident de consacrer leur vie à Dieu []
  4. Mais peut-on encore appeler fiancés un couple qui décide de se marier à l’Église après de longues années de vie commune et avec déjà plusieurs enfants []

Mes lectures de l’été 2012

L'été est propice à la lecture, n'ayant pas toujours le temps pendant l'année de lire autant que je le souhaiterais. Alors, je me rattrape pendant mes congés. Voici donc un partage de mes lectures estivales, avec un court résumé et petit commentaire pour chaque livre. Je vous présente les livres dans l'ordre dans lesquel je les ai lu…

Bonne lecture !

 

Betty de Arnaldur Indridason

Le seul polar de la liste. Mais que serait un été sans avoir lu au moins un polar, n'est-ce pas ? J'avais lu il y a quelques années la femme en vert du même auteur. A. Indridason est très connu, avec son personnage récurrent le commissaire Erlandur. Mais ici, point d'Erlandur. Juste Betty et ceux qui tournent autour d'elle. Son mari, Le narrateur qui a vécu une passion torride avec elle. Enfin qui croyait. Car Betty est manipulatrice, cynique, belle et vénéneuse.

Mon avis : un bon polar, qui réserve une belle surprise à mi-parcours (et qui rendrait du coup son adaptation au cinéma difficile d'ailleurs). Un bon moyen de découvrir cet auteur islandais.

 

 

 

 

 

 

 

 

L'Etranger d'Albert Camus

Je n'avais pas relu ce livre depuis au moins 10 ans. Premier roman de Camus. Vous connaissez probablement ce récit, d'un homme, Meursault, étranger à lui-même, qui parcourt la vie sans émotion. Amené à tuer sans savoir pourquoi, il est condamné à mort. Voici ce qu'en disait Camus : "Meursault est un homme qui n’entre pas dans le rang d’une certaine normalité. Il est condamné à mort, sans circonstances atténuantes, parce qu’il ne montre pas d’émotion : il ne pleure pas à l’enterrement de sa mère, il ne regrette pas d’avoir tué, il dit sa vérité quant au mobile du meurtre : « J’ai dit rapidement, en mêlant un peu les mots et en me rendant compte de mon ridicule, que c’était à cause du soleil. »

Mon avis : une bonne façon de découvrir l'oeuvre de Camus 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Chute d'Albert Camus

Un de mes livres préférés, lu et relu maintes fois. Jean-Baptiste Clamence nous raconte son histoire. Sa vie. Celle d'un homme à qui tout réussit, dans tous les domaines. Il vit dans le contentement de soi, qu'il couvre d'une humilité factice (j'aime beaucoup sa tirade dans laquelle il explique qu'il aide les aveugles à traverser, non pas par altruisme, mais pour qu'on dise du bien de lui ensuite). Tout va bien donc, jusqu'au jour où…

Mon avis : magnifique livre qui raconte l'instrospection d'un homme qui vit sa chute intérieure sans pouvoir y faire grand-chose. Je trouve dans ce livre de quoi méditer sur les comportements humains, le  rapport à soi, l'attitude vraie…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Se marier et durer de Pierre-Marie Castaignos

Je ferai prochainement une récension de ce livre.

 

 

 

 

 

 

 

Le confident d'Hélène Grémillon

 

A la mort de sa mère en 1975, Camille reçoit une lettre écrite par un inconnu. Cette lettre raconte une histoire. Une seconde lettre suivra, puis une troisième. L'histoire racontée par cet inconnu s'assemble au fil des lettres reçues, tel un puzzle. Jusqu'au dénouement final.

Mon avis : premier roman qui a reçu de nombreux prix, il raconte une histoire de famille entaché d'un lourd secret. Prenant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La mise à nu des époux Ransome, d'Alan Bennett

Les époux Ransome, so British, vont au théâtre. Quand ils reviennent, leur appartement a été cambriolé. Entièrement cambriolé. Il ne reste rien. Plus un meuble, plus un bibelot. Même la moquette a disparu. Comment les époux Ransome vont faire face ? Avec flegme, bien sûr. Mais en essayant malgré tout de savoir qui a bien pu commettre un tel forfait.
 
Mon avis : Quand un cambriolage ébranle la vie d'un couple. Histoire originale avec quelques pointes d'humour (anglais). Livre court, amusant, mais qui ne me laissera pas un souvenir iméprissable.

Les 7 péchés capitaux

S'il est un livre que je ne peux que vous conseiller de lire, c'est bien celui-là. Je vais plus loin : tout catho qui a pour objectif de vivre plus pleinement sa foi devrait l'ouvrir et se préparer à se remettre à jour question péché, à rire, et à se prendre quelques claques (de celles qui font grandir, bien sûr).

Ce livre parle du péché. Oh certes, le monde dans lequel nous vivons n'incite pas à se préoccuper de cette chose poussiéreuse qu'est le péché. Ben oui, avouez-le, le péché, n'est-ce pas un peu dépassé ! Eh bien, non ! Et non seulement ce livre vous le démontrera aussi brillamment que ludiquement, mais il peut vous aider à progresser en la matière. Oui, chère lectrice, cher lecteur, malgré toute l'estime que j'ai pour vous, bien qu'ayant la certitude que vous êtes proches de la sainteté, je gage que le péché fait partie de votre vie (comme il fait partie de la mienne, mais, ça, en me lisant, vous le saviez déjà).

Ce livre est important parce qu'il n'élude pas ce qui fait mal à tout chrétien : cette magnifique volonté d'être bon érodée, parfois brisée, par ces maux qui nous rongent. Il n'y a pas de foi sans combat spirituel. Satan existe et il veut notre perte. Charles Baudelaire a magnifiquement illustré cela dans le magnifique poème Au lecteur, en introduction des Fleurs du Mal :

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

 

Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête

Ce livre de Pascal Ide, écrit en collaboration avec Luc Adrian, nous explique d'abord en quoi le péché est capital, quels sont ces fameux 7 péchés capitaux et comment ils nous gangrènent. Visibles et facilement identifiables, ou alors enfouis et difficilement cernables, ces péchés-là nous mènent la vie dure. Et ces péchés capitaux sont à la source de nombreuses fautes. Ils constituent une sorte de matrice qu'il faut apprendre à dessécher avant qu'elle ne diffuse son venin dans tout le corps.

Chaque péché capital fait l'objet d'un chapître et on trouve peu ou prou les mêmes rubriques :

– Qu'est-ce que le péché en question ?
– Est-ce vraiment un péché ? En quoi est-ce un péché capital ?
– Comment se dissimule-t-il ? Comment le reconnaître ?
– Comment y remédier ?

Mais ce qui fait le sel de ce livre, c'est à la fois son humour et sa façon de nous relier concrètement au monde dans lequel on vit. Ces deux points sont plus particulièrement mis en avant dans deux rubriques :
T@ctique du diable dans laquelle Emailzebull écrit à son neveu ce qu'il faut faire pour nous éloigner de CQFD [1]
A vos écrans, dans laquelle les auteurs illustrent le péché en question par un film : un bon moyen, je trouve, de faire le lien entre quelque chose de spirituel et un film (mais on pourrait l'étendre à d'autres oeuvres artistiques) profane.

 

Les 7 péchés capitaux

Tout d'abord, l'orgueil, surnommé le capitaine des capitaux. Entre égoïsme, repli sur soi, fausse indépendance, pas facile d'y échapper en réalité. Et c'est le préféré de Satan : "L'orgueil, mon neveu, c'est ma spécialité, mon péché mignon, ma recette préférée. Je l'ai testé une fois, sur un couple, dans un jardin, au tout début de cette sale histoire. (…)"

Ensuite, vient la gourmandise. J'ai été assez surpris, à vrai dire, de voir la gourmandise classée au rang des péchés capitaux. Et pourtant ! D'ailleurs, le temps de carême est aussi un temps pour lutter contre ce péché, tellement niée par notre époque consumériste et pour qui aucune jouissance ne doit être contrainte.

La luxure. Spontanément, tout le monde aurait cité ce péché comme étant capital. C'est peut-être le chapitre qu'on lit en ayant l'impression de ne rien apprendre – oui, l'adultère, c'est mal, oui, la sexualité débridée est une aliénation – mais c'est un chapitre qui remet en cause parce qu'on touche du doigt (si j'ose dire !) ce qu'est un combat face à la tentation et l'engagement, libre, vers Dieu. Je vous laisse découvrir ce que dit Emailzebull à son neveu à ce sujet…

Pas de surprise non plus concernant l'avarice. Qu'il est pénible celui-là à nous faire préférer l'avoir à l'être, à nous fermer tant de fois, à polluer nos rapports aux autres, y compris et surtout dans le cercle familial. A lire aussi le beau passage sur l'avarice spirituelle.

La jalousie est un des péchés dont les auteurs nous disent qu'il est l'un de ceux dont nous avons le plus honte, que nous avons le plus de mal à reconnaître. Et puis, il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de tracer une limite entre une amertume et une tristesse intime légitime – celle du célibataire qui apprend qu'un ami va se marier par exemple – et cette exaspération dès qu'un autre réussit quelque chose. Ce péché est très bien illustré par le film Le talentueux M. Ripley.

La colère fait aussi partie de ces péchés que l'on reconnait facilement. Ce peut être même un art de vivre dans certaines régions du sud de la France. Un mini-regret pour cette partie : les auteurs ne parlent pas du fameux épisode où Jésus chasse les marchands du temple. Dommage, j'aurais aimé avoir leur avis sur ce passage.

Enfin, last but not least, la paresse. Pas uniquement celle qui nous fait préférer une grasse matinée à la messe du dimanche matin, mais aussi – et surtout – cette paresse spirituelle qui endort l'âme, ce que les théologiens appellent l'acédie. Quand la paresse se teinte de dégoût, quand résonnent dans nos têtes des "à quoi bon ?" à chaque velléité de mouvement, l'heure est grave. Ce péché, que je connais particulièrement bien, est aussi très symptomatique de notre époque. Non pas qu'il est nouveau mais parce qu'on le pare souvent de la vertu. Mais c'est un poison. Silencieux. Discret. Qui sape les fondations. Et l'on comprend alors pourquoi Jésus nous a dit de bâtir sur le roc !

 

Conclusion

C'est un livre réjouissant. D'abord, parce qu'il est drôle, bien écrit, truffé de citations tantôt profondes, tantôt amusantes. Et aussi, et surtout parce qu'il ne se prend pas au sérieux. Et savoir prendre nos péchés avec une once d'humour est peut-être le commencement d'une vie plus sainte !

  1. si vous lisez ce livre, vous saurez qui est CQFD… []

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (4/4)

Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (2/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (3/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

 

Le Christ est ressuscité des morts et monté aux Cieux

La résurrection

Une phrase suffit à dire l'essentiel : "L'amour est plus fort que la mort, à condition qu'il soit d'abord plus fort que la vie". L'amour plus fort que la vie, c'est le sacrifice et la mort ; l'amour plus fort que la mort, c'est la résurrection. Le mystère pascal – mort et résurrection ensemble – est un mystère de transformation de l'homme charnel en homme spirituel, et même proprement divin par participation.

 

L'amour est un désir d'immortalité

Gabriel Marcel, comme le faisait saint Augustin dans ses Confessions, affirme l'immortalité à partir de la mort d'un être aimé. Il faut bien accepter la mort de l'être qui nous est cher, mais en son fond cette mort est inacceptable. Non pas par revendication du coeur, non pas à cause de la souffrance, mais par protestation de l'esprit. L'esprit ne peut pas dire non, parce que dire à quelqu'un : "Je t'aime" c'est équivalent de lui dire : "Tu ne mourras pas". Dans le "je t'aime" authentique (et cela est important, on sait que l'on dit bien souvent "je t'aime" de manière superficielle) est inscrit d'une écriture énigmatique un "Tu ne mourras pas" qui résiste au désespoir de la perte et à l'évidence sensible de la mort.

Le poème de Baudelaire, intitulé Hymne [1] , dit bien que l'amour est incorruptible, indestructible. Il est comme un appel d'infini. Mais si l'amour exige l'infini, il ne peut le donner. Il dit à l'être aimé : "Tu ne mourras pas", mais l'être aimé meurt. Il prétend à l'éternité (ou comme dit Baudelaire il verse en nous le goût de l'immortalité) mais en réalité il fait partie du monde de la mort.

 

Survivre par soi ou en un autre ?

Le mystère chrétien de la résurrection, c'est le triomphe de l'amour sur la mort. Mais qu'est-ce qui peut me rendre immortel alors que mon corps est voué à la poussière. Je ne peux survivre qu'en un autre qui subsistera quand moi je ne serai plus. Il y a plusieurs voies possibles pour subsister en un autre ou en d'autres, principalement deux : survivre en ses enfants, se prolonger en eux, et survivre dans la mémoire des hommes.

Mais on ne peut survivre en un autre que s'il existe un Autre qui soit immortel et qui m'aime assez pour m'accueillir avec Lui. On ne peut être immortel qu'en Dieu, si Dieu est Amour. Seul Dieu, qui m'aime, à le pouvoir, non pas de m'empêcher de mourir, mais de me ressusciter. Seul l'amour est plus fort que la mort. A condition qu'en moi l'amour ait été plus fort que la vie. Le mot est dans l'Évangile sous la forme suivante : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" (Jn, 15,13). C'est la définition même de la liberté. Être libre, c'est ne pas être esclave. Et de quoi l'homme fait de chair et de sang est-il plus esclave, sinon de vivre encore plus selon la chair et le sang ?

 

En Jésus seul, l'amour est plus fort que la vie

Dans l'histoire de l'humanité, un seul homme fut absolument libre, parce qu'un seul a parfaitement aimé. Un seul est homme en plénitude. Nous, nous nous efforçons d'aimer ; nous construisons péniblement notre liberté. Nous demeurons esclaves de beaucoup de choses et en bien des manières. Nous sommes attachés plus que détachés. Mais en nous, la vie, présente, biologique, mortelle, est plus forte que l'amour.

En Jésus seul, l'amour a été plus fort que la vie. Sa mort est la mort d'un homme absolument libre, absolument détaché de soi et de tout, totalement aimant. Comment Dieu ne l'accueillerait-il pas en Lui, afin qu'il vive éternellement en Lui ? Le Christ n'a vécu que par le Père et pour le Père, donc en un Autre plus qu'en soi. C'est cela l'amour : vivre en un autre. Mais vivre en un autre, c'est bien mourir à soi. Dire que Jésus est ressuscité ou que le Père l'a ressuscité, c'est dire que pour cet homme en qui l'amour a été plus fort que la vie, l'amour est pour toujours plus fort que la mort.

 

Le Christ ressuscité fonde notre immortalité

Livré à nous même, nous ne pourrions ressusciter. Mais le Christ nous dit : "Tu ne mourras pas" puisqu'il nous dit : "Je t'aime". Il y a en chaque homme quelque chose qui est digne d'être aimé, donc d'exister éternellement. C'est ce point mystérieux de nous-mêmes que le Christ rejoint dans sa Toute-Puissance de pardon. En nous pardonnant, le Christ nous ressuscite, nous rend, en dépit de notre médiocrité, capables de vie éternelle. C'est lui, et lui seul, qui fonde notre immortalité.

La vie ressuscitée est une vie transformée, ou transfigurée. Au ciel, nous demeurerons nous-mêmes ; c'est bien moi, et non un autre que moi, qui verrai Dieu dans sa gloire et qui vivrai de sa vie. Je ne serai pas un autre, je serai bien moi, mais devenu tout autre. Comme dit saint Paul, nous deviendrons un "corps spirituel".

 

L'Ascension

Le ciel, ou les cieux, où monte Jésus, c'est l'intimité de Dieu. Le ciel est le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, la rencontre intime de Dieu et de l'homme. En nous basant sur les paroles de Jésus, dans saint Jean : "Je vais vous préparer une place" (Jn14, 2) ou "Je veux que là où je suis, vous soyez avec moi" (Jn 14, 3), nous devons conclure que le ciel est l'avenir de l'homme, qu'il est l'avenir de l'humanité. L'Ascension est le signe qui inaugure le ciel, qui le fait exister.

L'Ascension est aussi le départ nécessaire du Christ. Un départ qui est un nouveau mode de présence, non plus extérieure et localisée, mais intérieure et universelle. Comme dit saint Paul, il est monté au ciel "afin de tout remplir" (Ep 4, 10).

L'Ascension est néanmoins un départ, en ce sens qu'il ne nous est plus possible, au moment où nous avons des décisions à prendre, de l'interroger pour qu'il nous dise ce qu'il faut faire. Certes, nous pouvons et nous devons l'interroger dans la prière. Mais il ne nous répond pas en nous ôtant la responsabilité de nos décisions et de nos actes. Dans le discours de la Cène, Jésus dit à ses apôtres : "Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint Esprit ne viendra pas" (Jn 16, 7)

Le Saint Esprit n'est pas celui qui dicte des décisions, il est celui qui les inspire. Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. S'il le faisait, il ne nous aimerait pas. Le vrai, ce n'est pas que Dieu a un projet sur l'homme, c'est que l'homme est le projet de Dieu.

Quand le Christ a disparu dans la nuée, les apôtres, nous dit saint Luc, restent les yeux levés au ciel. Alors les anges leur disent : "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?" (Ac 1, 9) Sous-entendu : ne perdez pas votre temps, vous avez une tâche à accomplir. Et pour accomplir cette tâche, il vous faudra faire preuve de courage et d'intelligence. Or le monde est complexe et méchant. Mais vous êtes des hommes adultes. Les chrétiens ne sont pas dispensés d'être des hommes.

C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre des décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain? Le Christ est présent, lui, pour diviniser ce que nous humanisons. Pour nous faire passer [2], non pas demain, mais aujourd'hui, jour après jour, de la terre au ciel (le ciel étant l'intimité de Dieu). C'est là l'essentiel de la foi.

  1. Poème des fleurs du mal, que vous pouvez lire ici []
  2. Se rappeler que "Pâques" signifie "passage" []