Les 7 péchés capitaux

S'il est un livre que je ne peux que vous conseiller de lire, c'est bien celui-là. Je vais plus loin : tout catho qui a pour objectif de vivre plus pleinement sa foi devrait l'ouvrir et se préparer à se remettre à jour question péché, à rire, et à se prendre quelques claques (de celles qui font grandir, bien sûr).

Ce livre parle du péché. Oh certes, le monde dans lequel nous vivons n'incite pas à se préoccuper de cette chose poussiéreuse qu'est le péché. Ben oui, avouez-le, le péché, n'est-ce pas un peu dépassé ! Eh bien, non ! Et non seulement ce livre vous le démontrera aussi brillamment que ludiquement, mais il peut vous aider à progresser en la matière. Oui, chère lectrice, cher lecteur, malgré toute l'estime que j'ai pour vous, bien qu'ayant la certitude que vous êtes proches de la sainteté, je gage que le péché fait partie de votre vie (comme il fait partie de la mienne, mais, ça, en me lisant, vous le saviez déjà).

Ce livre est important parce qu'il n'élude pas ce qui fait mal à tout chrétien : cette magnifique volonté d'être bon érodée, parfois brisée, par ces maux qui nous rongent. Il n'y a pas de foi sans combat spirituel. Satan existe et il veut notre perte. Charles Baudelaire a magnifiquement illustré cela dans le magnifique poème Au lecteur, en introduction des Fleurs du Mal :

Sur l'oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
Qui berce longuement notre esprit enchanté,
Et le riche métal de notre volonté
Est tout vaporisé par ce savant chimiste.

 

Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête

Ce livre de Pascal Ide, écrit en collaboration avec Luc Adrian, nous explique d'abord en quoi le péché est capital, quels sont ces fameux 7 péchés capitaux et comment ils nous gangrènent. Visibles et facilement identifiables, ou alors enfouis et difficilement cernables, ces péchés-là nous mènent la vie dure. Et ces péchés capitaux sont à la source de nombreuses fautes. Ils constituent une sorte de matrice qu'il faut apprendre à dessécher avant qu'elle ne diffuse son venin dans tout le corps.

Chaque péché capital fait l'objet d'un chapître et on trouve peu ou prou les mêmes rubriques :

– Qu'est-ce que le péché en question ?
– Est-ce vraiment un péché ? En quoi est-ce un péché capital ?
– Comment se dissimule-t-il ? Comment le reconnaître ?
– Comment y remédier ?

Mais ce qui fait le sel de ce livre, c'est à la fois son humour et sa façon de nous relier concrètement au monde dans lequel on vit. Ces deux points sont plus particulièrement mis en avant dans deux rubriques :
T@ctique du diable dans laquelle Emailzebull écrit à son neveu ce qu'il faut faire pour nous éloigner de CQFD [1]
A vos écrans, dans laquelle les auteurs illustrent le péché en question par un film : un bon moyen, je trouve, de faire le lien entre quelque chose de spirituel et un film (mais on pourrait l'étendre à d'autres oeuvres artistiques) profane.

 

Les 7 péchés capitaux

Tout d'abord, l'orgueil, surnommé le capitaine des capitaux. Entre égoïsme, repli sur soi, fausse indépendance, pas facile d'y échapper en réalité. Et c'est le préféré de Satan : "L'orgueil, mon neveu, c'est ma spécialité, mon péché mignon, ma recette préférée. Je l'ai testé une fois, sur un couple, dans un jardin, au tout début de cette sale histoire. (…)"

Ensuite, vient la gourmandise. J'ai été assez surpris, à vrai dire, de voir la gourmandise classée au rang des péchés capitaux. Et pourtant ! D'ailleurs, le temps de carême est aussi un temps pour lutter contre ce péché, tellement niée par notre époque consumériste et pour qui aucune jouissance ne doit être contrainte.

La luxure. Spontanément, tout le monde aurait cité ce péché comme étant capital. C'est peut-être le chapitre qu'on lit en ayant l'impression de ne rien apprendre – oui, l'adultère, c'est mal, oui, la sexualité débridée est une aliénation – mais c'est un chapitre qui remet en cause parce qu'on touche du doigt (si j'ose dire !) ce qu'est un combat face à la tentation et l'engagement, libre, vers Dieu. Je vous laisse découvrir ce que dit Emailzebull à son neveu à ce sujet…

Pas de surprise non plus concernant l'avarice. Qu'il est pénible celui-là à nous faire préférer l'avoir à l'être, à nous fermer tant de fois, à polluer nos rapports aux autres, y compris et surtout dans le cercle familial. A lire aussi le beau passage sur l'avarice spirituelle.

La jalousie est un des péchés dont les auteurs nous disent qu'il est l'un de ceux dont nous avons le plus honte, que nous avons le plus de mal à reconnaître. Et puis, il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de tracer une limite entre une amertume et une tristesse intime légitime – celle du célibataire qui apprend qu'un ami va se marier par exemple – et cette exaspération dès qu'un autre réussit quelque chose. Ce péché est très bien illustré par le film Le talentueux M. Ripley.

La colère fait aussi partie de ces péchés que l'on reconnait facilement. Ce peut être même un art de vivre dans certaines régions du sud de la France. Un mini-regret pour cette partie : les auteurs ne parlent pas du fameux épisode où Jésus chasse les marchands du temple. Dommage, j'aurais aimé avoir leur avis sur ce passage.

Enfin, last but not least, la paresse. Pas uniquement celle qui nous fait préférer une grasse matinée à la messe du dimanche matin, mais aussi – et surtout – cette paresse spirituelle qui endort l'âme, ce que les théologiens appellent l'acédie. Quand la paresse se teinte de dégoût, quand résonnent dans nos têtes des "à quoi bon ?" à chaque velléité de mouvement, l'heure est grave. Ce péché, que je connais particulièrement bien, est aussi très symptomatique de notre époque. Non pas qu'il est nouveau mais parce qu'on le pare souvent de la vertu. Mais c'est un poison. Silencieux. Discret. Qui sape les fondations. Et l'on comprend alors pourquoi Jésus nous a dit de bâtir sur le roc !

 

Conclusion

C'est un livre réjouissant. D'abord, parce qu'il est drôle, bien écrit, truffé de citations tantôt profondes, tantôt amusantes. Et aussi, et surtout parce qu'il ne se prend pas au sérieux. Et savoir prendre nos péchés avec une once d'humour est peut-être le commencement d'une vie plus sainte !

  1. si vous lisez ce livre, vous saurez qui est CQFD… []

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (4/4)

Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (2/4)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (3/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux de François Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

 

Le Christ est ressuscité des morts et monté aux Cieux

La résurrection

Une phrase suffit à dire l'essentiel : "L'amour est plus fort que la mort, à condition qu'il soit d'abord plus fort que la vie". L'amour plus fort que la vie, c'est le sacrifice et la mort ; l'amour plus fort que la mort, c'est la résurrection. Le mystère pascal – mort et résurrection ensemble – est un mystère de transformation de l'homme charnel en homme spirituel, et même proprement divin par participation.

 

L'amour est un désir d'immortalité

Gabriel Marcel, comme le faisait saint Augustin dans ses Confessions, affirme l'immortalité à partir de la mort d'un être aimé. Il faut bien accepter la mort de l'être qui nous est cher, mais en son fond cette mort est inacceptable. Non pas par revendication du coeur, non pas à cause de la souffrance, mais par protestation de l'esprit. L'esprit ne peut pas dire non, parce que dire à quelqu'un : "Je t'aime" c'est équivalent de lui dire : "Tu ne mourras pas". Dans le "je t'aime" authentique (et cela est important, on sait que l'on dit bien souvent "je t'aime" de manière superficielle) est inscrit d'une écriture énigmatique un "Tu ne mourras pas" qui résiste au désespoir de la perte et à l'évidence sensible de la mort.

Le poème de Baudelaire, intitulé Hymne [1] , dit bien que l'amour est incorruptible, indestructible. Il est comme un appel d'infini. Mais si l'amour exige l'infini, il ne peut le donner. Il dit à l'être aimé : "Tu ne mourras pas", mais l'être aimé meurt. Il prétend à l'éternité (ou comme dit Baudelaire il verse en nous le goût de l'immortalité) mais en réalité il fait partie du monde de la mort.

 

Survivre par soi ou en un autre ?

Le mystère chrétien de la résurrection, c'est le triomphe de l'amour sur la mort. Mais qu'est-ce qui peut me rendre immortel alors que mon corps est voué à la poussière. Je ne peux survivre qu'en un autre qui subsistera quand moi je ne serai plus. Il y a plusieurs voies possibles pour subsister en un autre ou en d'autres, principalement deux : survivre en ses enfants, se prolonger en eux, et survivre dans la mémoire des hommes.

Mais on ne peut survivre en un autre que s'il existe un Autre qui soit immortel et qui m'aime assez pour m'accueillir avec Lui. On ne peut être immortel qu'en Dieu, si Dieu est Amour. Seul Dieu, qui m'aime, à le pouvoir, non pas de m'empêcher de mourir, mais de me ressusciter. Seul l'amour est plus fort que la mort. A condition qu'en moi l'amour ait été plus fort que la vie. Le mot est dans l'Évangile sous la forme suivante : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime" (Jn, 15,13). C'est la définition même de la liberté. Être libre, c'est ne pas être esclave. Et de quoi l'homme fait de chair et de sang est-il plus esclave, sinon de vivre encore plus selon la chair et le sang ?

 

En Jésus seul, l'amour est plus fort que la vie

Dans l'histoire de l'humanité, un seul homme fut absolument libre, parce qu'un seul a parfaitement aimé. Un seul est homme en plénitude. Nous, nous nous efforçons d'aimer ; nous construisons péniblement notre liberté. Nous demeurons esclaves de beaucoup de choses et en bien des manières. Nous sommes attachés plus que détachés. Mais en nous, la vie, présente, biologique, mortelle, est plus forte que l'amour.

En Jésus seul, l'amour a été plus fort que la vie. Sa mort est la mort d'un homme absolument libre, absolument détaché de soi et de tout, totalement aimant. Comment Dieu ne l'accueillerait-il pas en Lui, afin qu'il vive éternellement en Lui ? Le Christ n'a vécu que par le Père et pour le Père, donc en un Autre plus qu'en soi. C'est cela l'amour : vivre en un autre. Mais vivre en un autre, c'est bien mourir à soi. Dire que Jésus est ressuscité ou que le Père l'a ressuscité, c'est dire que pour cet homme en qui l'amour a été plus fort que la vie, l'amour est pour toujours plus fort que la mort.

 

Le Christ ressuscité fonde notre immortalité

Livré à nous même, nous ne pourrions ressusciter. Mais le Christ nous dit : "Tu ne mourras pas" puisqu'il nous dit : "Je t'aime". Il y a en chaque homme quelque chose qui est digne d'être aimé, donc d'exister éternellement. C'est ce point mystérieux de nous-mêmes que le Christ rejoint dans sa Toute-Puissance de pardon. En nous pardonnant, le Christ nous ressuscite, nous rend, en dépit de notre médiocrité, capables de vie éternelle. C'est lui, et lui seul, qui fonde notre immortalité.

La vie ressuscitée est une vie transformée, ou transfigurée. Au ciel, nous demeurerons nous-mêmes ; c'est bien moi, et non un autre que moi, qui verrai Dieu dans sa gloire et qui vivrai de sa vie. Je ne serai pas un autre, je serai bien moi, mais devenu tout autre. Comme dit saint Paul, nous deviendrons un "corps spirituel".

 

L'Ascension

Le ciel, ou les cieux, où monte Jésus, c'est l'intimité de Dieu. Le ciel est le contact de l'être de l'homme avec l'être de Dieu, la rencontre intime de Dieu et de l'homme. En nous basant sur les paroles de Jésus, dans saint Jean : "Je vais vous préparer une place" (Jn14, 2) ou "Je veux que là où je suis, vous soyez avec moi" (Jn 14, 3), nous devons conclure que le ciel est l'avenir de l'homme, qu'il est l'avenir de l'humanité. L'Ascension est le signe qui inaugure le ciel, qui le fait exister.

L'Ascension est aussi le départ nécessaire du Christ. Un départ qui est un nouveau mode de présence, non plus extérieure et localisée, mais intérieure et universelle. Comme dit saint Paul, il est monté au ciel "afin de tout remplir" (Ep 4, 10).

L'Ascension est néanmoins un départ, en ce sens qu'il ne nous est plus possible, au moment où nous avons des décisions à prendre, de l'interroger pour qu'il nous dise ce qu'il faut faire. Certes, nous pouvons et nous devons l'interroger dans la prière. Mais il ne nous répond pas en nous ôtant la responsabilité de nos décisions et de nos actes. Dans le discours de la Cène, Jésus dit à ses apôtres : "Il vous est utile que je m'en aille, car si je ne m'en vais pas, le Saint Esprit ne viendra pas" (Jn 16, 7)

Le Saint Esprit n'est pas celui qui dicte des décisions, il est celui qui les inspire. Dieu refusera toujours d'écrire lui-même notre histoire. S'il le faisait, il ne nous aimerait pas. Le vrai, ce n'est pas que Dieu a un projet sur l'homme, c'est que l'homme est le projet de Dieu.

Quand le Christ a disparu dans la nuée, les apôtres, nous dit saint Luc, restent les yeux levés au ciel. Alors les anges leur disent : "Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous ainsi à regarder le ciel ?" (Ac 1, 9) Sous-entendu : ne perdez pas votre temps, vous avez une tâche à accomplir. Et pour accomplir cette tâche, il vous faudra faire preuve de courage et d'intelligence. Or le monde est complexe et méchant. Mais vous êtes des hommes adultes. Les chrétiens ne sont pas dispensés d'être des hommes.

C'est à nous qu'il appartient, en pleine responsabilité, de prendre des décisions qui conviennent pour l'avènement d'un monde plus humain? Le Christ est présent, lui, pour diviniser ce que nous humanisons. Pour nous faire passer [2], non pas demain, mais aujourd'hui, jour après jour, de la terre au ciel (le ciel étant l'intimité de Dieu). C'est là l'essentiel de la foi.

  1. Poème des fleurs du mal, que vous pouvez lire ici []
  2. Se rappeler que "Pâques" signifie "passage" []

Les (belles) appellations de Dieu

Au cours de mes lectures actuelles, je suis tombé sur ce passage des Misérables.

Je n’ai pas vérifié l’exactitude des différentes appellations (mais compte-tenu de la culture de l’auteur, j’ai peu de doute).

J’aime bien cette énumération qui dit bien que Dieu a de multiples visages, que chacun peut (et doit ?) se l’approprier, qui reflète aussi les différentes représentations que l’homme peut se faire.

La conclusion est fort belle.

 

« L’Ecclésiaste vous nomme Toute-Puissance,

les Machabées vous nomment Créateur,

l’Épître aux Éphésiens vous nomme Liberté,

Baruch vous nomme Immensité,

les Psaumes vous nomment Sagesse et Vérité,

Jean vous nomme Lumière,

les Rois vous nomment Seigneur,

l’Exode vous appelle Providence,

le Lévitique Sainteté,

Esdras Justice,

la création vous nomme Dieu,

l’homme vous nomme Père ;

mais Salomon vous nomme Miséricorde,

et c’est le plus beau de tous vos noms. »

 

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (3/4)

 

Joie de croire, joie de vivre" est un recueil de conférences données par le père François Varillon sur les points majeurs de la foi chrétienne.

Une synthèse des principaux enseignements du père Varillon, organisée par chapitre, est proposée. Le lecteur pourra se référer aux billets suivants :

– Le Père François Varillon, introduction au livre Joie de croire, joie de vivre

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (1/2)

– Joie de croire, joie de vivre – Introduction (2/2)

– Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (1/4)

Joie de croire, joie de vivre – 1ère partie : Le Christ (2/4)

Note : le texte qui suit se veut une synthèse fidèle du livre et, implicitement, les opinions, avis et discours tenus sont ceux deFrançois Varillon. Le texte fera, le cas échéant, explicitement apparaître mes propres commentaires.

La résurrection du Christ est-elle un fait historique ?

Mystère important car la résurrection est au coeur de la foi. Comme la dit saint Paul, "Si le Christ n'est pas ressuscité, notre foi est vaine ou vide" [1].

Histoire et foi

Est-ce que la résurrection, à l'instar de la bataille d'Austerlitz, est un fait historique ? Oui et non. La résurrection est à la fois et indivisiblement, un fait historique et un événement pour la foi. Ce qui est historique, c'est le témoignage des apôtres qui ont proclamé l'avoir vu vivant après sa mort sur la croix. Les apôtres n'ont pas été témoins de l'acte consistant à passer de la mort à la vie éternelle. Le corps de Jésus réssuscité n'appartient plus à notre univers physique de l'espace et du temps. La résurrection de Jésus n'a rien à voir avec la réanimation d'un cadavre, comme celui de Lazare.

Ce que nous pouvons tenir d'historique, c'est le témoignage des apôtres : d'une part, ils ont constaté le tombeau vide ; d'autre part, ils témoignent de la manifestation de quelqu'un qui se présente à eux, sans qu'ils le reconnaissent encore comme étant Jésus vivant. D'ailleurs, s'ils l'avaient reconnu immédiatement, on serait alors dans le cas de la réanimation de Lazare (que tout le monde a reconnu lorsqu'il est revenu à la vie).

Les apparitions, leur objectivité

On ne peut nier les apparitions, sauf à accepter l'idée d'une fourberie concertée. Le problème n'est pas tant la réalité de ces apparitions que leur signification. Certains pensent qu'une apparition n'est autre qu'une hallucination subjective et pathologique.

L'autosuggestion ? Reste à expliquer alors comment la foi des apôtres si fragiles et faibles avant la mort de Jésus a pu être si vive et forte après sa mort. Alors qu'ils se sont éparpillés et ont eu peur après l'arrestation de Jésus, ils ont le courage de prêcher ensuite qu'Il était ressuscité, courage allant souvent jusqu'au martyr.

Dans les cas d'hallucination, l'initiative vient du sujet lui-même. Dans le cas des apparitions, l'initiative ne vient pas des apôtres mais du Christ. Jésus s'est fait voir, s'est donné à voir.

Peut-on alors comparer ces apparitions aux expériences mystiques ? Oui, car l'expérience mystique est celle du divin, et cela est vraie autant pour sainte Thérèse ou sainte Bernadette que pour les apôtres. Mais non, car ce que les apôtres vivent est unique. Ils reconnaissent jésus comme étant bien celui avec lequel ils avaient vécu avant sa mort. Bernadette ne reconnait pas Marie comme une femme avec  laquelle elle avait gardé les moutons. Les apôtres vivent l'expérience unique de la continuité entre la vie mortelle de Jésus et son existence de Ressuscité.

La genèse de la foi chez les apôtres

Premier temps : ils ont rencontré Jésus, dans sa vie terrestre (et donc mortelle), ils l'ont suivi, ont cru en lui comme Messie annoncé et sauveur de leur nation.

Deuxième temps : leur foi, fragile, subit l'épreuve terrible de la mort infamante de Jésus. Ce fut pour eux la fin d'un rêve. Ils sont dans le désarroi total, ils n'espèrent plus en rien. Il faut relire le passage des disciples d'Emmaus dans saint Luc.

Troisième temps : quelqu'un se présente à eux et leur explique les Ecritures en les appliquant à sa vie passée et à sa mort. Il leur explique ce que les Prophètes avaient annoncé au sujet du Messie qui devait souffrir et mourir. Leur foi renaît. Mais ils n'accèdent à la résurrection que par un acte de foi (alors qu'aucun acte de foi n'a été nécessaire pour reconnaître Lazare sortant du tombeau).

Les tentations de l'incroyant et du croyant

L'incroyant va s'en tenir aux quelques faits : un tombeau vide, des apparitions dont les apôtres témoignent. Le tombeau vide n'est pas décisif : comme le relate Matthieu, on accuse les apôtres d'avoir volé le corps de Jésus et de prétendre qu'Il est ressuscité. Les apparitions sont interprétées par l'incroyant comme des phénomènes hallucinatoires ou d'autosuggestion. Sans connaître le sens du fait, on en vient à dissoudre le fait.

A l'inverse, et c'est la tentation du croyant, il ne faut pas majorer la donnée historique. Le tombeau vide n'est pas une preuve de la résurrection du Christ. Pas plus que les apparitions ne permettent de reconnaître instantanément Jésus. La résurrection de Jésus n'est pas purement et simplement un fait historique. Elle suppose un acte de foi. Et la foi est libre, sans quoi ce n'est pas la foi !

 

  1. 1 Co 15,15 []

Éveilleur spirituel

Je viens d’achever la lecture d’un livre sur le père Varillon, intitulé François Varillon, éveilleur spirituel. Ce livre est de Claude Thélot et est publié aux Éditions de l’Atelier.

Ce livre est intéressant à plus d’un titre. D’abord, il faut reconnaître que le père Varillon n’est pas très connu dans le milieu catholique, ou du moins, si beaucoup le connaissent de nom, ils ne savent quasiment rien de ces écrits. Un livre sur ce jésuite peut donc permettre de mieux le faire connaître et je trouve que c’est une bonne chose, tant les apports de François Varillon me semblent importants. Mais au-delà de cet intérêt, il y a le livre en lui-même dont j’ai cru, en l’achetant, qu’il était une biographie de l’homme. Il n’en est rien, les éléments biographiques représentant une part minime du livre. Tant mieux car ce qui importe, c’est de connaître et comprendre l’enseignement proposé par Varillon.

Ce livre propose une analyse, presque un décryptage, de l’enseignement du père, au travers des divers ouvrages qu’il a rédigés ou qui ont été publiés à partir de ses cours et colloques. Car le père Varillon fut un théologien avant-gardiste, proposant de porter un regard nouveau sur Dieu et le Christ. Avant-gardiste ne veut pas dire moderniste. Je crois qu’on peut dire, comme le démontre l’auteur, que Varillon a toujours eu le soucis de l’orthodoxie, n’hésitant pas à soumettre certaines de ses idées ou intuitions à ses pairs pour être sûr de ne pas tomber dans une hérésie qu’il voulait écarter à tout prix.

Je n’entrerai pas ici dans les détails de l’analyse de l’oeuvre de François Varillon, ce que fait très bien Claude Thélot. On peut tout de même tenter de résumer son apport à la théologie par deux éléments majeurs, chacun ayant fait l’objet de deux livres publiés peu de temps avant son décès : il s’agit de L’Humilité de Dieu et de la Souffrance de Dieu.

On sait quel paradoxe il y a à présenter Dieu comme humble, c’est-à-dire loin de toute puissance avérée ou de le présenter comme souffrant. Je n’irai pas plus loin dans l’explication, sans me retrouver à paraphraser soit le père Varillon, soit Claude Thélot. Mais toute la démonstration du père Varillon tient dans la phrase que l’on trouve dans saint Jean : « Qui me voit, voit le Père » [1]. Jésus qui s’abaisse à laver les pieds de ses apôtres nous montre l’humilité de Dieu. Jésus qui demande le baptême à Jean le Baptiste fait aussi preuve d’humilité, Lui qui n’en avait pas besoin. Jésus qui souffre devant la mort de Lazare, qui pleure, qui est tant et tant de fois pris de compassion nous montre un Dieu qui souffre. D’ailleurs pourquoi Dieu ne souffrirait-il pas ? L’Amour que l’on porte aux autres saurait-il éviter la souffrance ? Aimer l’autre, l’aimer comme soi-même, veut aussi dire prendre part à sa souffrance. Finalement, si Dieu ne souffrait pas, cela voudrait dire qu’il y aurait un certain égoïsme de sa part, qu’Il se protégerait, qu’Il mettrait des limites à son Amour. Hors le Dieu de l’Ancien et du Nouveau Testament ne met aucune limite à son Amour. Aucune.

Je ne veux pas faire ici une critique du livre de Claude Thélot, cela dépasserait mes capacités. On peut d’ailleurs toujours ergoter sur tel ou tel point, cela a peu d’intérêt en réalité. Le travail fait est assez considérable, car Claude Thélot propose une analyse très complète de différentes singularités de l’enseignement de Varillon. J’ai, par exemple, beaucoup apprécié l’analyse concernant la place de la culture dans la foi du père Varillon, ou l’effort pédagogique – et parfois ses limites – dans le rôle de passeur qu’a été le père Varillon.

Ce livre présente donc une synthèse très complète pour qui veut découvrir ou approfondir les enseignements donnés par le père Varillon. C’est parfois ardu, parce qu’on manipule des notions qu’il faut mûrir, faire siennes, « ruminer ». Mais on n’accède pas à la pensée d’un auteur tel que Varillon sans un effort minimum. Mais soyez sûr, grâce à la qualité de l’ouvrage et à l’esprit critique qui l’anime, que vous ne le regretterez pas. Et ce peut être une porte d’entrée vers les livres de François Varillon, sans doute un des objectifs de Claude Thélot.

  1. Jn, 14, 9 []

Une encyclopédie de Jésus pour les jeunes

Je vous conseille vivement cette encyclopédie de Jésus, de Loïs Rock, édité par les Éditions du Signe.

C'est un beau livre, très instructif et très plaisant à lire. Il convient parfaitement à des enfants à partir de 10 ans, mais les plus grands y trouveront leur plaisir aussi.

L'iconographie est assez belle, et composée de dessins représentants différents épisodes de la vie de Jésus, de photos de sites archéologiques des lieux clés du Nouveau Testament, ainsi que des dessins explicatifs permettant de bien comprendre certaines choses : par exemple, comment était construit le Temple de Jérusalem ou comment était les maisons typiques.

Les photos donnent une réalité aux récits et donnent envie d'aller en Terre Sainte (mon rêve !).

Bref, ce livre donne un aperçu très exhaustif de la vie de Jésus, de ses commandements, miracles et autres paroles. Il est facile d'accès, la pagination est aérée et conviendra donc aux rétifs de la lecture !

Et comme les parents y trouveront leur compte, je ne peux que vous inciter à l'acheter [1] et à le lire avec votre enfant. Quand je vous dirais que ce livre coûte moins de 20 euros, vous allez courir l'acheter !

Bonne lecture.

  1. Je n'ai aucun lien ni avec l'auteur, ni avec l'éditeur []