Voyage au bout de l’enfer, de Michael Cimino (The deer hunter)

An english version of the text is available below.

Œuvre magistrale sur la guerre du Vietnam, ce film de Michael Cimino, décédé en juillet 2016, est bouleversant. Non seulement, il donne à voir les atrocités de la guerre mais il décrit avec finesse les traumatismes engendrés sur ceux qui y participent.

Superbe interprétation de tous les acteurs, avec mention spéciale à Robert de Niro et Christopher Walken.

***

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager comment et pourquoi ce film m’a autant marqué. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietnam. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt déçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après le premier visionnage, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse depuis de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’œuvre.

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

Première partie : une vie comme une autre

L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf, en passant par les parties de billard en buvant des bières. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres vécues de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les États-Unis sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.

Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.

Cliquez sur la flèche à droite pour faire apparaître la suite, suite qui dévoile une partie de l'intrigue

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté – Michael, Steven, Nick – partent donc combattre au Vietnam. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis au-dessus d’une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.

Troisième partie : le retour au pays

Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami Steven est en fait dans un hôpital pour vétérans, aux États-Unis, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant à Nick, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur véreux de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. Nick meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.

Ce que j’en pense

Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.

Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Ce film tire sa force de deux éléments-clés. D’abord, le talent de Michael Cimino dont le sens du rythme et du cadrage sont assez exceptionnels (qualités mises en œuvre aussi dans La Porte du Paradis) et permettent de s’imprégner de la vie des personnages. On comprend, on ressent ce qu’est leur vie, on comprend leurs états d’âme. Ce talent, peu de réalisateurs l’ont, et c’est pourquoi Cimino doit être considéré comme l’un des plus grands. Ensuite, bien sûr, l’interprétation absolument magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme  très souvent, est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs dont Meryl Streep dans un de ses premiers rôles, John Cazale (qui décèdera juste après le tournage) et John Savage. On notera aussi l’accompagnement musical subtilement choisi et s’appuyant, outre le thème du film « Catavina », sur des morceaux connus de la musique classique ou pop. La cérémonie du mariage fait entendre de belles musiques traditionnelles russes orthodoxes.


 

l Streep, John Savage et John Caszal

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager pourquoi. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietman. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt deçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après la première vision, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’oeuvre.

 

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

 

Première partie : une vie comme une autre

 
L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique, en passant par les parties de billard en buvant des bières, aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres, vécue de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les USA se sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.
 
Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.
 

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté partent donc et se retrouvent à combattre au Vietman. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis sur une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.
 
 
Troisième partie : le retour au pays
Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami XXX est en fait dans un hôpital pour vétéran, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant YYY, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. YYY meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.
Ce que j’en pense
Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.
Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Que dire de l’interprétation ? Magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme d’habitude est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs dont Mery

Brilliant work about the Vietnam war, this movie by Michael Cimino (who died in July 2016), is deeply distressing. It not only show the atrocities of war but it subtlety describes the traumas incurred by war on those who are involved.

Superb performances of all actors, with a special mention to Robert de Niro and Christopher Walken.

***

In my personal pantheon, this movie has a special place and, before adressing the movie itself, I would like to share how and why this movie made a deep impression on me. I saw this movie when I was 19 years old, several years after its release. A school friend had asked me to go with him and had presented it as a movie about the Vietnam war. When I saw it, though I havnen’t hated it, I was dispapointed: too slow, too long. Was I in bad mood that day? Perhaps. But, few days later, some images of the movie came up, furtive at the beginning, then more and more pregnant. One week later, I needed to watch it again. And there, I’ve been involved in the story, I understood its construction, I took its slowness. I do not stop to watch this movie regularly.. It is, according to me, a true masterpiece.

The story

Several factory workers in Pennsylvania who are friends, are called up to go in Vietnam in the next weeks. Life returns to normal but the anxiety burts, cracking the assurnace of these young men more inclined to live it up or to hunting. Three of them evntually go to Vietnam, together. They fight in the paddyfieldfs, are arrested and hold in difficult conditions, escape, a re separated. They will go back to the country at different moments and in various conditions.
The movie is thus built in 3 balanced periods – before, during, after – and draws strength from these 3 periods that allow to immerse oneself in these men’s life, the horror of war and the difficulties of return.

First period: a life like any other one

The period of happiness. We follow this group of friends, from their metallurgical factory, through the pool games while drinking beers, to the game hunting to chase the deer. A simple life, trivial, in this America in the end of the sixties and which, if important overhauls in this industrial sector were not happened (but not evocated in the movie), was ideal to make happy these people. A life like millions of other lifes lived all around the world. A life that will be deeply impacted by a war, located at thousand of miles of their home, in which the USA have decided to embark on.

Two memorable scenes. First, the game hunting (therefore the title) whose goal consists in killing the animal with only one bullet ( » Only one shot « ). This is there where the protogonists’ behaviour unveil: the loner, the dilettante, the touchy one, the generous guy, etc. Another scene: the famous weeding, probably one of the most beautiful weeding scene. The ceremony by the orthodox ritual, the ceremony, this long moment that allow to get familiar with the fraternity of this community, but where the anxiety is growing more and more.

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Second period: the war

Three members of the community – Michael, Steven, Nick – go to war and fight in Vietnam. War scenes, of course, physical violence scenes also, but more particularly scenes of psychological violence. Jailors organise Russian roulette games with the prisoners. Our three protagonists suffer differently the situation: this is there, in this camp on stilts over a muddy river, that the consequences of the rest of the story arise. They succeed in escaping the prisoner camp, but are separated and they lose sight of each other.

Third period: back home

Michael is not seriously injured. Having reached Saigon, he waits for his repatriation in a hospital. The war is lost, the USA leave miserably Vietnam. He comes back hurt, deeply affected by what he lived. He is back and he knows that his life will never be as before. Shortly afterwards, he discovers that his friend Steven is actually in an hospital for veterans, in the USA, with his two legs amputated. Michael organises his return to home. As for Nick, he thinks justifiably that he is still in Saigon and decides to go and to get him. He finds him in a dive, in the hands of an organizer of Russian roulette games. He wants to get him back home, he wants to avoid him the « fight » too many. But Nick dies under Michael’s eyes. His body is brought back to the USA and, around the coffin, the community gets together, as before.

My opinion

War film, about the war but also and above all about the derived traumas. Very far from the alleged American all-might, this movie shows us boys, uprooted from their environment, sent to a slaughter and destroyed both physically and psychologically. These men are like others, neither better nor worse. They are brave, heroic, fight for their country and to save their skins. But they come back wounded, hurt, weakened. This film shows this shift where tough faces are often only a facade, where the alleged strength does not weight a lot in face of the atrocities of war.

It stands to reason that this film has not been well perceived by the audience. It was one of the first film about the Vietnam war, the collective trauma was still recent. And daring to show men who cry…

This movie pulls its strength of two elements-keys. First, Michael Cimino’s talent of which sense of the rhythm and the centring are rather exceptional (qualities also seen in Heaven’s Gate) and allow to become soaked with the life of the characters. We understand, we feel what is their life, we understand their moods. This talent, few directors have it, and that is why Cimino must be considered as one of the biggest. Then, of course, the absolutely masterful interpretation. Robert de Niro finds one of his biggest roles there, Christopher Walken, as very often, is excellent. We find actors’ pleiad among which Meryl Streep in one of its first roles, John Cazale (who will die just after the shooting) and John Savage. We shall also note the The incidental music is subtly chosen and relies, besides the theme of the movie  » Catavina « , on known pieces of classical or pop music. The wedding ceremony allows to hear beautiful traditional orthodoxes Russian music.

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager pourquoi. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietman. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt deçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après la première vision, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’oeuvre.

 

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

 

Première partie : une vie comme une autre

 
L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique, en passant par les parties de billard en buvant des bières, aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres, vécue de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les USA se sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.
 
Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.
 

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté partent donc et se retrouvent à combattre au Vietman. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis sur une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.
 
 
Troisième partie : le retour au pays
Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami XXX est en fait dans un hôpital pour vétéran, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant YYY, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. YYY meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.
Ce que j’en pense
Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.
Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Que dire de l’interprétation ? Magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme d’habitude est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs

 

L’amour des pauvres

Aimer les pauvres, les plus petits, les plus fragiles n’est pas seulement l’apanage des saints : c’est la vocation de tout chrétien [1]. Pourtant, s’il y a bien un endroit où notre vocation de chrétien a du plomb dans l’aile, c’est bien dans l’aide apportée aux plus pauvres. Loin de moi l’idée de généraliser ma propre incurie, je connais des chrétiens admirables qui ont le courage de mettre en œuvre l’Évangile aussi dans ce domaine-là. Je ne parle évidemment pas de donner la pièce au mendiant à la sortie de la messe, ni de donner 50 euros aux Restos du Coeur au moment de Noël. C’est très bien, cela va sans dire. Non, je veux parler de ceux qui se dévouent corps et âme pour les plus pauvres. Ceux-là sont peu nombreux. Et je n’en suis pas.

Mais deux figures de l’Église – parmi tant d’autres – ont chamboulé leur vie pour se mettre au service des plus pauvres. Deux livres récents [2] consacrés respectivement à saint Vincent de Paul et à Mère Teresa nous permettent de suivre leurs parcours, d’entendre leurs paroles et, pourquoi pas, de leur emboîter le pas.

Paroles et esprit de saint Vincent de Paul, de Françoise Bouchard

Paroles_Esprit_StVincentPaulCe livre [3] n’est pas une biographie de saint Vincent – il en existe de nombreuses – mais une recension des paroles prononcées ou écrites par Vincent lors de sa vie, regroupées par thèmes : compassion, pardon, évangélisation, etc.

Ces paroles permettent de mieux appréhender l’action de saint Vincent – il a aidé ou contribué à aider les pauvres, les galériens, les enfants abandonnées – via les directives qu’il donnait aux sœurs et aux frères des 3 fondations qu’il a créées : les Confréries de la Charité, la Congrégation de la Mission, les Filles de la Charité.

La compassion est au cœur de l’action de saint Vincent envers les pauvres : « [les missionnaires] doivent être touchés au vif et affligés dans leur cœur des misères du prochain » ou encore « C’est aimer de la bonne sorte que d’aimer les pauvres » témoignent de cet élan vers les plus pauvres. Mais saint Vincent ne se borne pas à être touché ou ému. Il transforme cette compassion en action, tout en l’enracinant dans sa confiance en Dieu et dans le Christ. « Celui qui met toute sa confiance en Dieu ne craint rien » fut l’un de ses leitmotiv.

Doit-on préciser que saint Vincent mit l’humilité au cœur de sa vie et de son action ? Il enjoignait les sœurs et les frères des fondations à être humble car, disait-il, « l’humilité conserve la charité et engendre la charité« . Plus précisément : « Estimons que nous n’avons pas un plus grand ennemi que nous-mêmes […]. Ce n’est pas tout d’assister le prochain, de jeûner, de faire oraison, de travailler aux missions, cela est bien, mais ce n’est pas assez; il faut […] faire cela […] en la manière que Notre-Seigneur l’ a fait, humblement et purement« .

Saint Vincent ne mit aucune barrière entre la dévotion à Dieu et l’aide aux plus démunis : il appelait cela « Quitter Dieu pour Dieu ». Quand des sœurs se plaignaient d’être dérangées par des pauvres pendant leurs offices ou la messe, saint Vincent les rassura : « Sachez que, quand vous quitterez l’oraison ou la messe pour le service des pauvres, vous n’y perdrez rien, puisque c’est aller à Dieu que de servir les pauvres; et que vous devez regarder Dieu en leurs personnes« .

Méditer avec Mère Teresa, d’Emmanuel Leclercq

MediterMereTeresa

Environ 350 ans après saint Vincent vécut Mère Teresa et il y a une résonance entre la vie de l’un et la vie de l’autre, entre les paroles de l’un et les paroles de l’autre.

Ce livre [4] fait partie de la collection « Méditer avec » et propose, chaque jour, une parole de Mère Teresa.

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas un grand fan de ces paroles de saints proposées chaque jour tout simplement parce qu’elles ne me parlent pas très souvent et je préfère, de loin, lire l’évangile du jour (en début ou en cours de journée).

Mais pour ceux qui aiment ce format-là, ce livre composée de paroles de Mère Teresa est assurément à lire [5] et, dans tous les cas, permet de se faire une idée de sa foi et de son action. J’en ai sélectionné quelques unes :

L’Amour se prouve dans les actes; plus ils nous coûtent, plus grande est la preuve d’amour.

J’insiste sur le fait que dans notre Congrégation, Notre Seigneur ne veut pas que nous utilisions notre énergie à faire pénitence, à jeûner pour nos péchés, mais plutôt que nous nous dépensions à donner le Christ aux pauvres et pour cela nous avons besoin de sœurs fortes de corps et d’esprit.

Aujourd’hui, j’ai reçu une bonne leçon… Il faudrait un toit pour abriter les plus abandonnés. Pour le trouver, j’ai marché jusqu’à n’en plus pouvoir… J’ai mieux compris alors à quel point d’épuisement doivent en arriver les vrais pauvres toujours en quête d’un peu de nourriture, de médicaments, de tout… Le souvenir du confort dont je jouissais au couvent de Lorette m’a alors tentée.

Soyez bonnes les unes envers les autres. Je préfère que vous commettiez des fautes avec bonté plutôt que vous accomplissiez des miracles avec dureté.

Je ne soigne jamais les foules, mais seulement des personnes. Si je regardais les foules, je ne commencerais jamais.

  1. Voir en particulier Lc 14, 12-14: « Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour. Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » » []
  2. Je remercie les Éditions Salvator de m’avoir gracieusement envoyé ces deux ouvrages []
  3. François Boucard, Paroles et esprit de saint Vincent de Paul, Paris, Editions Salvator, 2016, 119 p. []
  4. Emmanuel Leclerq, Méditer avec Mère Teresa, Paris, Editions Salvator, 2016, 191 p. []
  5. D’autant qu’elle sera canonisée le 4 septembre 2016 []

Aimer, de Stéphanie Lefebvre

 

Aimer

Je vous avais parlé ici de Stéphanie Lefebvre qui préparait alors un disque de louanges, une peu différent de ce qui existe. N’étant pas spécialiste, je ne m’aventurerais pas sur le terrain hasardeux des comparaisons musicales entre auteurs-compositeurs-interprètes. Stéphanie faisait appel au « credofunding », j’ai alors décidé de contribuer, bien modestement, à son projet.

Ce projet a pu aller à son terme et le disque est maintenant disponible à la vente. Et franchement, si vous cherchez une idée de cadeau, n’hésitez pas à offrir ce disque.

Musicalement, il est très abouti. Enregistré dans les studios Real World en Angleterre, le son et les orchestrations sont de très belles factures. Mais qui dit chanson, dit surtout textes et mélodies. Les textes sont très beaux et les mélodies s’accordent merveilleusement bien à chaque chanson. Et, peut-être le signe ultime de la réussite d’un album, on se prend à fredonner un air d’une des chansons écoutées quelques heures plus tôt.

Les textes sont tous en lien avec un ou plusieurs passages de l’écriture. Le livret donne d’ailleurs d’utiles informations pour qui veut faire le lien entre les paroles d’une chanson avec tel ou tel passage de l’Ancien ou du Nouveau Testament.

Je ne prétendrais pas que les 11 chansons de l’album me touchent toutes, et de la même manière. Mais elles sont toutes spirituelles, nous amenant à la méditation, voire la prière. Je suis, pour ma part, plus particulièrement touché par ces quatre chansons :

Aimer

 

La chanson qui a donné le titre de l’album, et placée en tête de liste par S. Lefebvre. J’imagine donc que cette chanson revêt une assez grande importance pour l’auteur. C’est une de mes préférées.

Ce qu’il y a de plus beau, aimer
Ce qu’il y a de plus difficile, aimer
Ce qui m’est le plus cher, aimer
Ce qui nous mène au désert, aimer

 

Libres d’aimer

 

Je suis particulièrement touché par ce titre, tant le thème de la liberté me parait fondamental dans la religion chrétienne et dans la relation entre Dieu et les hommes. Dans cette chanson, c’est Dieu qui s’adresse à nous et qui nous rappelle qu’ils nous a fait libres,

Libres de (le) suivre
Libres de tout quitter
Libres de vivre
Libres d’aimer

 

Venez boire à la fontaine

 

Cette chanson nous emmène dans le fameux épisode de l’évangile de Jean – l’un des plus magnifiques – qui relate la rencontre entre Jésus et la Samaritaine. J’ai particulièrement apprécié l’ambiance musicale (la mélodie, l’orchestration, la voix) qui s’accorde avec la vision que j’ai de cette rencontre.

Venez boire à la fontaine
Au puits de la Samaritaine
Venez boire aux sources vives
Des fleuves jailliront de vous

 

Marie de Magdala

 

Magnifique évocation de Marie Madeleine qui part au tombeau où elle veut aller embaumer le Christ, son Seigneur, qui est mort. Et là, quelle rencontre !

Mon coeur s’émerveille
Rabbouni, c’est donc toi
Ce jour est un soleil
Mon coeur s’inonde de joie

 

Crimes et Délits, de Woody Allen (Crimes and misdemeanors)

An english version of the text is available below.

Crimes-et-delits_1Ce n’est sans doute pas le plus connu des films de Woody Allen, mais c’est un de mes préférés. Woody Allen est pour moi l’un des plus grands cinéastes, sa filmographie est assez exceptionnelle, passant du comique pur de Bananas à l’intimité d’Une autre femme (avec l’immense Gena Rowlands). J’aime Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors en anglais) parce qu’il est un film moral, même s’il y est question d’adultère et de crime. Moral et drôle. Drôle et tendre. Mais aussi spirituel, Woody Allen replongeant dans ses racines juives pour l’occasion.

Destins croisés

Le film nous montre la vie de 2 personnages, que tout oppose, qui se croisent sans se connaître vraiment. L’un a une vie pleine de réussites et de reconnaissance, l’autre va d’échecs en échecs, et de mépris en mépris. Judah Rosenthal (tiens, quel drôle de prénom !), joué par Martin Landau (vous vous souvenez, le capitaine du vaisseau de la série Cosmos 1999 ? C’est lui), est un ophtalmologiste reconnu et estimé de tous. Il est marié, a deux enfants, une luxueuse maison. Tout va très bien pour lui. Cliff Stern, joué par W. Allen donc, est un cinéaste un peu raté qui donne dans les films documentaires que personne ne regarde. Il est en train de monter un film sur un philosophe juif rescapé de la Shoah, mais les fonds lui manquent pour finaliser son projet. Il vivote et son mariage – du fait de sa situation professionnelle incertaine – part en quenouille. Il prend soin de sa nièce et l’emmène au cinéma voir des classiques.

Judah Rosenthal n’a pourtant pas une vie aussi lisse et parfaite qu’il y parait. Il entretient une liaison avec une femme, plus jeune et plus flamboyante que son épouse, depuis quelques années. Il a entretenu le lien très égoïstement, avec une bonne dose de lâcheté. Sans savoir y mettre un terme à temps. Pis, il s’est laissé aller à quelques promesses : « Oui, je divorcerai. Oui, nous vivrons un jour ensemble. Mais pas tout de suite. Laisse-moi un peu de temps ». Oui, mais sa maîtresse, Dolorès, ne l’entend plus de cette oreille. Elle veut maintenant qu’il tienne parole. Sinon, elle ira tout révéler à sa femme.

Cliff a deux beaux-frères : Ben, rabbin, plein de sagesse malgré une vue défaillante qu’il est en train de perdre (il est d’ailleurs un des patients de Judah) et dont la fille va se marier; Lester, un célèbre présentateur de TV, imbu de lui-même et passablement idiot, mais riche et plein de charme. Cliff le déteste, Lester le lui rend bien. Cependant, pour mettre fin, au moins temporairement, aux difficultés de sa situation professionnel, Lester, sur demande de sa sœur, accepte de le prendre comme réalisateur d’un épisode de la série « Esprit créatif », épisode consacré à Lester. Cliff accepte à contre-cœur. Même si cet élément de la narration est important et même assez drôle, je n’y reviendrais pas.

Cliquez sur la flèche à droite pour faire apparaître la suite, suite qui dévoile une partie de l'intrigue

Judah ne peut se permettre que sa femme soit mise au courant de sa relation adultère. De plus, sa maîtresse menace de révéler quelques indélicatesses financières qu’il a pu faire dans le passé. Tout l’édifice de Judah, patiemment construit, menace de s’effondrer. Dolorès refuse d’entendre raison. Les milliers de dollars qu’il lui propose en échange de son silence n’y font rien. Judah prend alors la décision de faire tuer sa maîtresse. Terrible décision, seule issue pour maintenir sa vie proprette. Dolorès est alors tuée par un tueur à gage, discret et qui disparait dans la nature. La police enquête sur ce qui ressemble à un cambriolage qui a mal tourné.

Crimes-et-delits_2Cliff commence le tournage du documentaire sur Lester. Il y rencontre la productrice associée Halley Reed (jouée par Mia Farrow, alors en couple avec W. Allen). Woody Allen en tombe amoureux. Il reprend espoir, d’autant plus que Halley est prête à lui permettre de diffuser son documentaire sur le philosophe Louis Levy.

Pendant ce temps, Judah vit difficilement le meurtre de sa maîtresse. Vraie culpabilité ou peur d’être identifié ? Lui reviennent alors les paroles entendues pendant son enfance, où on lui parlait des « yeux de Dieux ». Les yeux de Dieu ! Dieu a tout vu. Judah est persuadé qu’il va être puni pour son geste. Son comportement change, il devient taciturne, et est à 2 doigts d’aller tout révéler à la police. Et puis le temps passe…

Cliff se résout à la séparation avec sa femme. Il est viré du documentaire pour avoir fait un montage mettant bien peu en valeur Lester ! Et Halley lui annonce qu’elle part à Londres pour plusieurs mois. Plus le temps passe et moins les choses vont. Dernier échec : il apprend que le philosophe Levy, lui qu’il admirait tant pour avoir survécu aux camps de concentration, vient de se suicider…

Pour Judah, le temps passe aussi. La culpabilité s’estompe. Dieu a-t-il vu ? Oui, sans doute, mais il n’a pas puni. Au contraire, la vie reprend son cours, comme si son aventure extra-conjugale et le meurtre n’avait été qu’une parenthèse. Et sa vie prospère. Comme si rien ne s’était passé.

La scène finale, très touchante, se déroule au mariage de la fille de Ben (le rabbin). Cliff y est invité. Après une dernière (mauvaise) surprise qui va l’emplir d’amertume, Cliff et Judah se retrouvent par hasard un peu à l’écart de la fête. Tête-à-tête magnifique entre 2 hommes, l’un intègre et pur, dont la vie va de difficultés en échecs et l’autre, qui a commis le pire, mais dont la vie va de succès en succès. Dieu voit-Il vraiment tout ?

Conclusion

Crimes-et-delits_3

Crimes et Délits est un très grand film, assurément l’un des meilleurs [1] dans la filmographie pourtant bien fournie de Woody Allen, film moral qui traite du bien et le mal, sur le cynisme des hommes : cynisme assez gentil de Lester, cynisme autrement plus inquiétant de Judah qui trahit sa femme, sa maîtresse et les valeurs qui lui furent inculquées pendant son enfance.

Il est intéressant de noter que, quelques années plus tard, en 2005, Woody Allen tourna un film très similaire à Crimes et Délits. Il s’agit de Match Point, tourné à Londres avec, entre autres, Scarlett Johansson. Même cynisme, même duplicité, même mobile, et dénouement semblable. Mais, selon moi, Crimes et Délits par son questionnement sur la culpabilité, sur Dieu, sur le châtiment, lui est supérieur.

Et tandis que les images du film repassent, nous entendons la voix du philosophe Louis Levy qui nous rappelle l’essentiel :

« Dans la vie, nous devons tous prendre de terribles décisions. Faire des choix moraux. Certains sont de grande importance. Mais la plupart sont de moindre importance. Mais nous nous définissons par les choix que nous avons faits, nous sommes, en fait, la somme de nos choix. »


 

This Crimes-et-delits_1is probably not the best known films of Woody Allen, but it’s one of my favourites. Woody Allen is for me one of the greatest film makers, his filmography is rather exceptional, from pure comedy such as Bananas to the togetherness of Another woman (with the stupendous Gena Rowlands). I like Crimes and Misdemeanors because it is a moral film, even if it deals with adultery and crime. Moral and funny. Funny and tender. But also spiritual, Woody Allen plunging into his Jewish roots for the occasion.

Intertwined destinies

The movie shows us the life of 2 characters, which everything brings into conflict, who meet without knowing each other really. One has a life full of success and gratitude, the other one goes from failures to failures, and from contempt to contempt. Judah Rosenthal (what a funny first name!), played by Martin Landau (do you remember? the captain of the vessel of the series Cosmos 1999? It’s him), is an ophthalmologist recognized and estimated by all. He is married, has two children, a luxurious house. Everything goes very well for him. Cliff Stern, played by W. Allen thus, is a little failed film-maker specialized in the documentary movies that nobody looks. He is editing a movie about a surviving Jewish philosopher of the Shoah, but funds are lacking to him to finalize his project. He struggles along and and his marriage – because of his uncertain professional situation – goes down the drain. He takes care of his niece and takes her to the cinema to see classics.

Judah Rosenthal nevertheless has not a so smooth and perfect life as it seems. He has a love affair with a woman, younger and more blazing than his wife, since a few years. He maintained the link very egoistically, with a good dose of cowardice. Without knowing how to put an end to it in time. Worse, he made some promises: « Yes, I shall divorce. Yes, we shall live one day together. But not at once. Give me some time ». Yes, but his mistress, Dolorès, would have none of it. She wants now that he keeps his promise. Otherwise, she will go to reveal everything to his wife.

Cliff has two brothers-in-law: Ben, who is rabbi, full of wisdom in spite of a failing sight which he is losing (he is moreover one of patients of Judah) and whose girl is going to get married; Lester, a famous presenter of TV, full of himself and fairly idiot, but rich and full of charm. Cliff hates him, Lester serves him well. However, to end, at least temporarily, the difficulties of his situation professional, Lester, at request of her sister, agrees to take him as director of an episode of the series « Creative Minds », the episode dedicated to Lester. Cliff accepts reluctantly. Even if this element of the story is important and even rather funny, I will not come back to it.

Click on the arrow at right to show the rest which reveals part of the plot

Judah cannot accept his wife is informed about her adulterous relationship. Furthermore, his mistress threatens to reveal some financial indelicacies which he was able to make in past. All the Judah’s building, patiently built, threatens to collapse. Dolorès refuses to listen to reason. Thousands of dollars which he proposes her in exchange for her silence make it nothing. Judah makes then the decision to make kill her mistress. Terrible decision, only stemming to maintain its nice and clean life. Dolorès is then killed by a hired killer, discreet and who vanishes in the nature. The police investigates into what looks like a burglary which went wrong.

Crimes-et-delits_2Cliff begins the shooting of the documentary about Lester. He meets the associated producer Halley Reed there (played by Mia Farrow, who was then Woody’s partner). Woody Allen falls in love with her. He gets hope back, especially as Halley is ready to allow him to broadcast his documentary on the philosopher Louis Levy. Meanwhile, Judah lives with difficulty the murder of his mistress. Real guilt or fear of being identified? The words heard during his childhood return to him then, where we spoke to him of the « eyes of God ». The eyes of God! God sees everything. Judah is persuaded that he is going to be punished for his gesture. His behavior changes, he becomes taciturn, and comes that close to revealing everything to the police. And then time goes by …

Cliff resolves in the separation with his wife. He is fired of the documentary to have made an editing not emphasizing so much Lester! And Halley announces him that she leaves to London for several months. More time goes by and less things go. Last failure: he learns that the philosopher Levy, him whom he admired so much to have survived concentration camps, has just committed suicide …

For Judah, time goes by also. The guilt becomes blurred. Did God see? Yes, doubtless, but he did not punish. On the contrary, the life takes its course, as if its extra-marital adventure and the murder had been only a bracket. And his life prospers. As if nothing had passed.

The final, very moving scene, takes place in the marriage of Ben’s girl (the rabbi). Cliff is invited there. After a last (bad) surprise which is going to fill him with bitterness, Cliff and Judah find themselves accidentally little away from the party. Magnificent private meeting between 2 men, the one honorable and pure, whose life goes from difficulties to failures, and the other one, who committed the worst, but whose life goes from success to success. Does God really see everything?

Conclusion

Crimes-et-delits_3

Crimes and Misdemeanors is a very big movie, undoubtedly one of the best in Allen’s dense filmography, a moral movie which deals with the good and evil, on the cynicism of the people: rather kind Lester’s cynicism , far more disturbing Judah’s cynicism which betrays his wife, her mistress and the values which were inculcated in him during his childhood.

It is interesting to note that, a few years later, in 2005, Woody Allen shot a movie very similar to Crimes and Misdemeanors. It is about Match, shot in London with, among others, Scarlett Johansson. The same cynicism, the same duplicity, the same motive, and the similar outcome. But, according to me, Crimes and Misdemeanors, by his questioning on the guilt, on God, and on the punishment, is superior.

And whereas film frames are showed again, we hear the voice of the philosopher Louis Levy which reminds us the main part:

« We are all faced throughout our lives with agonising decisions. Moral choices. Some are on a grand scale. Most of these choices are on lesser points. But we define ourselves by the choices we have made. We are, in fact, the sum total of our choices. »

  1. Télérama l’a même classé 1er []

Saint François d’Assise

Je vous propose une rapide recension de 2 livres sur saint François d’Assise. J’ai lu le Vauchez en premier, il y a quelques temps déjà. Puis les éditions Flammarion m’ont contacté pour me proposer de lire et de parler du livre écrit par Jacques Duquesne. A ce propos, je vous renvoie à une petite surprise qui vous attend en fin de billet. Je suis d’autant plus heureux de cette proposition tant ces deux livres sont complémentaires l’un de l’autre.

Saint François, de Jacques Duquesne

saint_francois_DuquesneCe livre, publié donc aux éditions Flammarion, est sorti à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du pape François, dont le choix de nom a remis en lumière le grand saint du Moyen Age. Le livre est préfacé par Jacques Le Goff, historien renommé du Moyen Age, qui vient de disparaître récemment.

Le livre de Duquesne, qui a beaucoup écrit sur Jésus, entre dans la catégorie dite des Beaux livres. Il comprend donc une belle et exhaustive iconographie permettant d’appréhender les différentes représentations de François, au cours des différentes étapes de sa vie. Jacques Duquesne propose une courte biographie de saint François et, si je la compare au livre de Vauchez, elle est complète et tous les épisodes et faits marquants de la vie de François sont relatés.

La vie de François est exceptionnelle à bien des égards. Fils de bonne famille, vivant plutôt dans opulence et l’insouciance de la jeunesse dorée d’Assise, plutôt belliqueux à l’égard des Pérugiens voisins, François se convertit en quelques temps après avoir été au contact des pauvres. On raconte aussi qu’une rencontre avec un lépreux, dont il baisa la main, fut déterminante : « Quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai avec compassion. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changé pour moi en douceur, pour l’esprit et pour le corps. »

François décida alors de se séparer de toute richesse, indigné par la pauvreté. Rapidement, quelques personnes le rejoignent et constituèrent la première forme de la fraternitas. Dès lors, l’essor sera constant, le nombre de frère augmentant de manière significative – ils étaient plusieurs milliers à la mort de saint François – ce qui ne manqua pas de poser des problèmes d’organisation. Et de fidélité aux engagements voulus par saint François. Vivre la radicalité de l’Évangile n’est pas chose facile et François lui-même se désespéra un peu de voir que l’exigence qui était la sienne ne fut pas tenue avec autant de force par ses disciples.

François, apôtre de la paix, parti pourtant en croisade et se retrouva à Damiette, dans le delta du Nil. Il voulait convertir et évangéliser. Mais ce qu’il vit de ces croisades guerrières le rendit hostile à ces épopées. C’est là néanmoins qu’il rencontra le sultan Al-Kamil qu’il essaya de convaincre de la vérité du christianisme.

De retour en Italie, François connait de nombreuses déceptions. Mais il accepte certaines déviations par rapport à la règle initiale. On citera par exemple la possession de livres, coûteux à l’époque et donc signe de richesse et de pouvoir. Mais la nécessité d’assurer aux frères une formation suffisante pour assurer les prédications lui fit accepter de lâcher du lest sur ce point. Autrement plus forte est la déception devant la 3e règle validée et acceptée par le Pape. Règle toujours en vigueur, pré-rédigée par François, mais largement expurgée de certains éléments que la Curie ne voulait pas trop mettre en avant.

François fut, semble-t-il, tenté de quitter l’Église. Mais son attachement profond à l’unité de l’Eglise, son sens viscéral des sacrements, notamment l’Eucharistie, l’inciteront à ne pas rompre avec la communauté ecclésiale. Mais François se mettra alors en retrait, vivant en ermite. Il reçut alors les stigmates du Christ lors de l’apparition d’un ange, stigmates qui furent les premiers à être reconnus le pape lors de sa canonisation (l’Eglise manifestait une certaine réserve à l’égard des stigmates).

Si l’influence de saint François sur le XIIIe siècle fut majeure, comme le montre J. Duquesne il est aussi un saint de notre temps. Comme le pape François a voulu le montrer, la figure de saint François parle bien évidemment à notre temps où la pauvreté reste un enjeu majeur, où l’Eglise doit montrer la primauté des valeurs évangéliques, où trop d’apparat et de fioriture créent des incompréhensions.

En quelques 80 pages, dans une pagination aérée, le livre de Jacques Duquesne vous donnera un bel aperçu de la vie de saint François. Son livre se termine opportunément par quelques prières de saint François dans un chapitre intitulé « Cantique du Frère Soleil et autres poésies ».

François d’Assise, d’André Vauchez

saint_francois_VauchezTout autre est le livre de Vauchez, publié aux éditions Fayard. Celui-ci est un livre d’historien : une somme de plus de 500 pages. Je le dis d’emblée : ce livre est un régal. Magnifiquement écrit, bien structuré, il va forcément bien plus loin que le Duquesne. Si vous voulez creuser la vie de saint François, c’est un des livres à lire (et dont le libraire qui me l’a vendu m’a dit qu’il fait référence).

Le livre de Vauchez met en exergue et détaille des éléments déjà évoqués précédemment. L’évangile est radical et François a voulu vivre cette radicalité. Face à un clergé médiocre et corrompu, les difficultés furent donc grandes pour François et ses frères. Comment suivre l’évangile en ne s’engageant pas totalement ? Cette interrogation qui traversa les contemporains de François est aussi celles des chrétiens d’aujourd’hui.

Sait-on que le pape Jean XXII promulgua la constitution Cum inter nonnullos dans laquelle il « y déclarait en effet hérétique l’affirmation selon laquelle le Christ et les apôtres avaient vécu dans la pauvreté absolue. (…) Ainsi, près d’un siècle après la mort de François, une de ses intuitions fondamentales était officiellement condamnée par l’Eglise romaine (…) » ?

On l’a dit plus haut, la règle de la fraternité dont cette radicalité, si difficile à suivre, était initialement la pierre d’angle, a été peu à peu atténuée au fil du temps, au grand dam de saint François. Ces déviations avec l’esprit initial devenaient inéluctables à mesure de l’augmentation du nombre des frères.

La beauté et la force de l’apostolat de François réside aussi et surtout dans la fidélité à son engagement, dans le fait que chez lui, plus que chez tout autre, les paroles et les actes ne se séparent pas.

Conclusion

Ces 2 livres ne visent clairement pas le même public. Mais tous deux vous donneront un bel aperçu – plus ou moins détaillé – de la vie de saint François. Si je dois émettre un léger regret, il réside dans l’absence d’une présentation, même succincte, de ce qu’est le franciscanisme aujourd’hui. Je comprends que ce n’est l’objet d’aucun de ces 2 livres, mais c’eut été une belle ouverture.

Lire la vie de saint François, c’est immanquablement se mettre un miroir devant les yeux et se dire : et moi, quel chrétien suis-je ? Je n’ai ni la foi, ni les grâces, ni l’humilité pour m’élever ne serait-ce qu’à la hauteur des chevilles de saint François. Mais quand même, quand je me regarde, quelle mollesse, quelle petitesse d’esprit, quelle tiédeur ! Et le paradoxe, avec lui ou d’autres saints, n’est pas finalement de faire le constat que je n’ai pas certaines capacités qui m’empêchent de suivre leur exemple, mais plutôt de constater que je ne sais me dépouiller. La grandeur de saint François, c’est d’avoir su finalement ne pas être ce jeune homme riche qui interpella Jésus et qui s’en alla tout triste parce que Jésus lui dit de vendre tous ses biens. Désespoir parfois de trop ressembler à l’un et pas assez à l’autre !

 

Saint François, de Jacques Duquesne (EAN : 9782081329898 ; Parution: 05/03/2014 ; 96 pages)

François d’Assise, d’André Vauchez, chez Fayard (EAN : 9782213618869 ; Parution : 15/04/2009 ; 576 pages)

 

Jeu-Concours

Un jeu-concours « A la découverte de Saint François », conjointement organisé avec les éditions Flammarion, est organisé à l’occasion de la publication de ce billet. Il permettra à 2 gagnants de recevoir le livre de Jacques Duquesne.

Pour jouer, c’est par ICI.

Les réponses aux questions sont à lire ICI.

L’Evangile selon saint Matthieu, le film

Evangile-st-MatthieuParmi les films retraçant tout ou partie de la vie de Jésus, celui-ci est marquant à plus d’un titre. Je ne saurais trop vous le conseiller que vous soyez croyant ou athée. Ce film est beau – esthétiquement parlant -, il est vrai, il est rude. Il est donc à voir.

L’histoire

L’histoire est celle racontée dans l’évangile écrit par Matthieu. On peut comprendre pourquoi Pasolini a choisi cet évangile-là : celui de saint Marc est un peu sec, celui de Jean trop théologique et – sans doute – difficile à mettre en image. Pasolini aurait pu choisir celui écrit par saint Luc, qui offrait l’avantage d’avoir des passages ayant trait à l’enfance de Jésus. Mais on sent que Pasolini, sa mise en scène l’atteste, a préféré aller à l’essentiel et ne pas donner trop d’importance à ce qui n’en a pas.

Faut-il rappeler ce que dit l’évangile de saint Matthieu ? S’adressant plus particulièrement aux Juifs, il insiste sur la continuité avec l’Ancien Testament et l’affrontement avec les prêtres, les scribes et les pharisiens.

Le film

Pasolini, le seul à ma connaissance, a choisi non pas une partie de la vie de Jésus, mais l’ensemble d’un évangile. Mel Gibson s’est focalisé sur la Passion du Christ, de nombreux films hollywoodiens ont choisi tel ou tel événement (en général tiré de l’Ancien Testament). Reste le cas de Jésus de Nazareth, film-fleuve et qui se veut le plus exhaustif possible, en allant puiser dans les 4 évangiles, mais qui fut au départ une mini-série et donc conçu comme telle.

Traduire un évangile entier en film n’est pas chose si aisée que cela semble être. Il y a des paroles non liées à des événements, des discontinuités dans le récit, des choses implicites. Pasolini se tient strictement à l’évangile de saint Matthieu. Rien d’autre ne vient agrémenter le propos. Seuls quelques passages du texte n’ont pas été repris – la Transfiguration, un certain nombre de paraboles.

Le réalisateur a fait certains choix artistiques. Par exemple, même si le film n’est pas que cela, celui de la dureté: dureté des paysages arides, dureté des propos, tout cela traduit un dépouillement qui sied bien, je trouve, à la parole évangélique. On est loin du décorum façon péplum de Jésus de Nazareth, ou de la stylisation voulue par Mel Gibson dans la Passion (par les ralentis par exemple). Ici, rien ne vient atténuer ou renforcer artificiellement – autrement que par le jeu des acteurs – la parole et les gestes du Christ.

Dureté aussi dans le ton employé par Jésus lors de certaines scènes. On imagine souvent que Jésus ne fut dur – dans ses paroles – que lorsqu’il chassa les marchands du temple. Ici, on voit Jésus avoir un ton dur, véhément sinon cassant, à d’autres moments, y compris vis-à-vis de ses apôtres. Cela surprend et interpelle. On peut ne pas être d’accord avec ce parti-pris. Mais cela remet bien en perspective la force des propos tenus par Jésus (lorsque Jésus appelle à la conversion par exemple). Et pour le croyant, cela permet aussi de questionner la façon dont on reçoit la parole du Christ. Donc cela me parait très bien, même si certains critiques ont reproché à Pasolini ce ton véhément comme le signe d’une arrière-pensée politique [1].

Réduire le film à une certaine dureté de ton serait évidemment réducteur. Jésus est montré très doux à d’autres moments, ce qui confirme d’ailleurs que Pasolini n’a pas voulu en faire un hystérique. Dans les évangiles, il est dit que Jésus pleure au moment de la mort de Lazare. Il n’en est pas mentionné d’autres. Dans le film, Jésus pleure aussi – l’épisode de la mort de Lazare n’est relaté que dans l’évangile de saint Jean – lorsqu’on lui annonce la mort de Jean-Baptiste. On lui voit aussi une furtive larme couler à d’autres moments du film. Interprétation du cinéaste donc par rapport au texte, mais intuition géniale : oui, si le Christ a pleuré lors de la mort de Lazare, pourquoi n’aurait-il pas pleuré à d’autres moments, et notamment pour la mort de son cousin Jean le baptiste ?

Quelques scènes marquantes

Marie jeune est d’une beauté incroyable. Elle ne prononce pas un mot, mais elle sait et comprend tout. « [Elle] gardait dans son coeur tous ces événements ».

Joseph est présent au début du film. Un peu dépassé par les événements, il se laisse guider par les apparitions de l’ange (apparitions qui se passent en plein jour, alors que je les ai toujours imaginées de nuit !). Son humilité et son obéissance transparaissent vraiment. Une très belle scène montre Joseph ouvrant ses bras pour accueillir Jésus, âgé de 2 ans environ, courant vers lui.

La tentation de Jésus au désert est filmée dans ce qui ressemble à un champ de lave. Il est seul, Satan s’approche de Lui. Toute l’âpreté de la tentation transparaît par l’âpreté du lieu.

Jésus marche sur la plage et appelle ses premiers disciples : Pierre et André, puis Jean et Jacques. Jésus s’approche, les appelle par leurs prénoms. Un instant d’hésitation, puis la décision est prise de suivre le Christ. Très belle scène , toute en mouvement, toute en fluidité : suivre le Christ semble si facile et naturel !

Conclusion

Magnifique film qui permet de (re)découvrir l’évangile de saint Matthieu. Il est remarquable que ce film ait été réalisé par quelqu’un qui ne croyait pas, qui revendiquait son athéisme. Pasolini n’a pas cherché à faire passer un message, il a pris le texte et en a fait un film. Certes, comme évoqué plus avant, il a fait certaines interprétations, a opté pour quelques partis-pris. Nul reproche ici, tant cela est fait dans le respect de l’oeuvre originale et de la croyance.

Notez aussi la très belle bande-son qui habille superbement les paysages et certaines scènes.

Regardez ce film (qu’on trouve facilement en DVD et je crois aussi en VOD), cela vivifiera à coup sûr votre lecture de l’évangile de saint Matthieu. Un conseil supplémentaire : regardez-le en VO sous-titrée, le doublage en français ne m’ayant pas convaincu.

D’autres critiques cinématographiques sont disponibles aux liens suivants :

 

Ajouts du 15/04

  • Mention concernant la VO
  • Lien vers le site bible-service.net
  1. Voir les critiques à la sortie du film []