Le Carême, pour quoi faire ?

tentation_illuminure-danoise_1222C’est un peu la même question que beaucoup se posent. Pour quoi faire et surtout comment faire ? Dans la société hédoniste, dans laquelle la jouissance individuelle est portée au pinacle, on voit mal l’intérêt de ce temps de retrait, de privation, de prière et de jeûne. Et si nos frères musulmans voient leur temps de Ramadan être médiatisé, et par là même se sentir « portés », nous autres Chrétiens sommes tenus à être dans l’ombre. Cela n’est certes pas plus mal, mais cela demande peut-être un engagement un peu plus fort, plus affermi. Petite parenthèse : je crois d’ailleurs volontiers que ce temps de désert spirituel en Occident (et encore, sans doute n’avons-nous pas encore tout vu) est une bénédiction pour les Chrétiens qui doivent savoir ce qu’ils veulent et s’engager. Fin de la parenthèse.

Il y a bien plus que 50 nuances pour vivre son carême. Chacun son rythme, chacun son engagement, chacun sa voie. Et l’Église nous laisse finalement très libre, ne nous proposant que le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint comme jour de jeûne et d’abstinence.

Pour ce qui me concerne, le temps de carême est pour moi le temps où j’essaye d’aimer. Pas d’aimer mieux, mais d’aimer, tout simplement. Aimer en vérité, comme le Christ nous l’a appris. Cela passe d’abord par une lutte contre l’égoïsme, vous savez, ce subtil sentiment qui fait qu’on se préfère soi à l’autre. Toute incurvation de l’amour vers moi-même, toute inclination a me donner la priorité sur mon prochain, est un manque, une écorchure à la volonté divine qui est d’aimer, d’aimer et encore d’aimer. Au seuil de notre vie, nous serons jugés sur l’amour, comme l’a dit saint Jean de la Croix. Tuer l’égoïsme était l’objet de mon billet d’avant-Carême l’an dernier : Tuer le moi-je.

Et sur ce chemin d’amour (et de vie donc), il y a les tentations. Et notamment celles qui flattent notre orgueil, celles qui Jésus a écarté pendant les 40 jours qu’Il passa au désert. Ce temps de carême est donc aussi pour moi un moment de lutte et de combat spirituel contre celui qui veut m’empêcher d’emprunter vraiment le chemin de l’Amour, c’est-à-dire d’aller vraiment vers le Christ.

Face à ce monde mouvant et incertain, face à cette violence orientée contre ceux qui sont Chrétiens et qui en meurent (et ce n’est ni pire, ni moindre que de mourir parce qu’on est Juif ou Musulman, mais on oublie trop souvent de le préciser), face à cette société qui se réfugie sans cesse vers de fausses valeurs au nom d’une soit-disante modernité qui n’est que bien souvent vacuité, je suis encore plus convaincu qu’auparavant que les Chrétiens se doivent d’être davantage Chrétiens. Non pas froids, ni même tièdes. Mais brûlants d’amour. Non pas d’un amour sirupeux et empli d’affectivité (et je ne dis pas qu’on ne peut avoir d’affection pour quelqu’un, évidemment), mais d’un amour vrai et désintéressé. Je connais mes limites en la matière. Loin de m’en désoler, je veux que ce temps de carême soit pour moi l’occasion de les repousser. Et chaque centimètre gagné dans la joie, aussi petit puisse-t-il paraître, est une avancée vers Dieu.

PS : 2 initiatives. Bien sûr, l’incontournable Carême dans la ville, proposé par les frères Dominicains de Lille. Et puis, cette année, en solidarité avec les Chrétiens d’Irak, une proposition de carême solidaire avec les chrétiens d’Orient, parrainée par Mgr Barbarin, archevêque de Lyon.

Je serai jugé sur l’amour

ciel_amourOn connait la très belle phrase prononcée par saint Jean de la Croix : « Là où il n’y a pas d’amour, mettez de l’amour et vous récolterez de l’amour… Au soir de la vie, nous serons jugés sur l’amour ». Cette phrase fait écho à de nombreux passages que l’on trouve dans les évangiles dans lesquels Jésus affirme la primauté de l’amour sur tout le reste. Quand on lui demande quel est le plus grand des commandements, Jésus parle, non pas de loi ou de règle ou de dogme, il parle d’amour : « Tu aimerais le Seigneur (…) Tu aimeras ton prochain » (Matthieu 22:36-39). On peut prendre de nombreux autres exemples, les passages les plus profonds se trouvent dans saint Jean, lorsque Jésus s’adresse pour la dernière fois à ses apôtres : « Ceci est mon commandement, que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus bel amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jean 15:12-13).

Mais pour paraphraser Pilate, je pourrais demander à Jésus : « Mais qu’est-ce que l’amour ? » Ce vague sentiment qui me fait aller vers l’autre lorsque j’ai besoin de lui ? Ce sentiment amoureux, prompt à renverser les montagnes – je t’aime pour la vie – mais qui peut s’évanouir en quelques instants – on ne s’aime plus, alors on s’est séparé.

Aimer son prochain, soit. Je vois à peu près de quoi il en retourne. Mais aimer Dieu ? Comment aimer Dieu ? En respectant ses commandements ? Oui, condition nécessaire, Jésus nous l’a dit. On ne peut prétendre aimer Dieu si on ment, si on vole, si on triche, si on trompe. Mais est-ce suffisant ? Est-ce que respecter les commandements de Dieu à la lettre, dont le respect des règles qui en découlent – celles de l’Église – suffit-il ? Assurément non. « Si quelqu’un dit: J’aime Dieu, et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur; car celui qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment peut-il aimer Dieu qu’il ne voit pas? » (1 Jean 4:20). Et saint Paul d’ajouter, dans une de ses formules qui tiennent du miracle : « Si je n’ai pas la charité, je ne suis rien » (1 Co 13:2). Mais alors, si j’aime bien mon prochain, c’est tout bon. Et si je n’aime pas vraiment Dieu, est-ce que c’est bon aussi ?

Non, le plus grand enseignement de Jésus, c’est qu’il n’y a aucune différence entre l’amour à porter à Dieu et celui à porter aux hommes, nos frères. Rien. Pas la moindre différence. L’un ne s’oppose pas à l’autre. L’un se vit avec l’autre.

Comme la simplicité de Dieu peut créer des complications dans mon cœur limité ! Je crois aimer Dieu, mais je vois bien que du côté de mon prochain, je pèche un peu. Alors ? Dois-je me désoler ? Car pourtant, j’aide mon prochain, parfois, enfin de temps en temps, quand j’ai le temps, quand je peux. Mais comme on ne peut tout faire, je pense moins à Dieu en ces moments-là. Alors ?

Je dois arrêter de me triturer l’esprit. Jésus ne souhaite pas, pas plus à moi qu’à vous, que je sois accablé sous le fardeau. Non, il prend la peine de m’expliquer. Je dois donc lire et relire l’évangile de ce jour, en cette fête du Christ-Roi, de Matthieu, au chapitre 25, versets 31 à 46 : « Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi.« 

Super, mais je fais tout ça moi, alors j’ai bon ? Non mon ami, car notre Maître a ajouté : « En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.« 

Voilà, faire ne suffit pas. Il s’agit aussi de ne pas « ne pas faire ».

Voilà l’exigence de l’évangile. Il n’y en a pas d’autres. Aimer, aimer et encore aimer. Même mal, même avec mes limites. Malgré mes peurs, malgré mes égoïsmes, malgré mes propres fardeaux.

Aimer, parce qu' »au soir de [ma] vie, je serai jugé sur l’amour« .

Face à la mort, face à l’euthanasie

mortLa mort n’est pas une idée triste, disait Jacques Brel. [1] Mais la mort fait peur. Elle génère angoisse et doute, elle touche au plus profond de l’existence humaine. La mort est la seule certitude que nous avons, pauvres hères qui ne savent même pas de quoi demain sera fait. Comme chrétien, j’ai au moins la chance de croire que la mort n’est pas une fin. Mais parce que la mort est définitive, parce qu’elle est un point de non-retour dans nos vies terrestres, parce qu’elle est nimbée de mystère, elle est assez centrale dans nos vies.

Il y a la mort, et puis il y a la façon de mourir. Pour citer Brel encore, chanteur obnubilé par la mort, « mourir cela n’est rien, mais vieillir, ô vieillir ». [2] Le débat sur la fin de vie tente de répondre à cette question pourtant sans réponse : y a-t-il une bonne façon de mourir ? Oui, sans doute, diront ceux qui ont vu un proche partir paisiblement dans son sommeil, n’ayant connu ni la maladie ni la souffrance. Mais il y a les autres façons de partir : les soudaines, les brutales, les désespérées, les lentes, celles qui font crier. Il n’y a pas de bonnes façons de mourir tant la mort est un affront fait à la vie, à cette vie qu’on voudrait voir toujours durer. Alors on aimerait ne jamais y être confronté et, si nous le sommes, on voudrait que ça finisse vite, que ça ne dure pas trop, qu’on ne soit pas trop incommodé. Question de confort. Et d’égoïsme aussi. Les cas Bonnemaison et Lambert, dans les réactions qu’elles suscitent, dans la mienne, illustrent bien cet achoppement que nous avons tous vis-à-vis de la mort.

J’ai réagi assez vivement à l’avis du Conseil d’État du 24 juin 2014. J’ai été submergé par la colère et le dépit. Par la tristesse aussi. Pourquoi cette société qui vit dans le luxe extrême de ne pas connaître la guerre (repensons à la boucherie effroyable d’il y a un siècle) peut-elle être si ouverte à la mort ? Sommes-nous à ce point repus de tout pour refuser tout amoindrissement, toute faiblesse, pour préférer promouvoir la mort parce que, trop las et égoïstes pour supporter le handicap et la maladie ? Ma colère va surtout contre le législateur et non contre les proches de Vincent Lambert qui demandent sa mort. Non, je ne leur jette pas la pierre, moi qui ne sais pas ce qu’ils vivent…

D’ailleurs, que ferais-je pour moi ? Comment réagirais-je pour mes proches ?

J’ai appris qu’on pouvait formuler des directives anticipées, permettant d’indiquer clairement des choix en prévision d’une incapacité ultérieure à s’exprimer.

Euthanasier, c’est tuer

Même si je conçois la mort comme une étape, elle ne m’en fait pas moins peur. La mort m’angoisse, non pas tant pour moi que pour mes proches. Ayant des enfants encore jeunes, ma mort aurait des répercussions importantes sur eux. Elle affecterait mon épouse, mes parents, mes proches. Les laisser m’angoisse un peu, mais si je me répète que personne n’est indispensable. La maladie aussi me fait peur. Comment réagirais-je face à la douleur que je n’ai pas encore connue ? Ne serais-je pas aussi confronté un jour à l’intolérable souffrance à laquelle je ne chercherais plus que l’échappatoire ultime ? On se croit fort et puis… Mais demander à quelqu’un d’abréger ma vie, ce serait me résoudre à ce qu’il m’est impossible de concevoir aujourd’hui : demander à une tierce personne de tuer. Oh ! je sais bien qu’on tente par tous les moyens d’atténuer ce qui est pour moi un interdit majeur : « cela est mieux pour lui », « il n’en avait plus que pour quelques jours », « il n’y avait plus aucun espoir », etc. Oui, on peut essayer d’atténuer la portée d’un geste, mais j’ai beau le retourner dans tous les sens, euthanasier, c’est tuer. Fut-ce pour de bonnes raisons. Fut-ce avec les meilleures intentions du monde. Peut-être qu’agonisant, j’en viendrais à supplier ma femme ou mon médecin de précipiter les choses. Il ne faut préjuger de rien, mais je ne m’y résous pas par avance.

La perspective d’être dans un état végétatif ou pauci-relationnel n’est évidemment pas réjouissante. Cependant qui peut dire que cette vie-là ne mérite pas d’être vécue ? Je peux dire aujourd’hui que cette vie-là, je n’en veux pas. Mais demain ? Je ne sais pas. On ne peut pas savoir.

Le débat autour de la vie de Vincent Lambert et l’attitude de son épouse me renvoient aussi à l’attitude que je pourrais avoir si mon épouse devait se retrouver dans un pareil état. Ce doit être un drame affreux que de voir celle qu’on a aimée, avec qui on s’est engagé pour vivre le meilleur et le pire, tomber dans un état pauci-relationnel ou végétatif. Et là encore, il est sans doute un peu vain de parler sans savoir. Sans savoir ce que c’est que de regarder des yeux vides, un corps inerte, des bras recroquevillés sur eux-mêmes. Cela pourrait aussi arriver à mes enfants. Alors qui suis-je pour dire que, jamais ô grand jamais, je ne me mettrais pas du côté de ceux qui diront : « c’est assez, cela suffit » ? Je ne sais pas. On ne peut pas savoir. Mais ce que je sais, c’est qu’aujourd’hui, cela me semble inconcevable.

Accepter la vie

Pourquoi ? Parce que se résoudre à tuer, c’est nier la vie, c’est refuser que la vie puisse prendre une forme qui ne me plait pas. Ce serait dire à ce Dieu d’amour auquel je crois : « non, ta vie n’est pas la bonne, ton amour n’apporte rien, ta tendresse est feinte, ta compassion est de pacotille ». Entrer dans cette logique mortifère, ce serait me couper (à jamais ?) de Jésus Christ, lui qui a connu l’angoisse de la mort et la souffrance extrême. Croire au Christ, pour moi, aujourd’hui, c’est refuser cette logique de mort. C’est accepter la Vie, quelle qu’elle soit, aussi faible et fragile soit-elle.

Mon drame, c’est que je sais aussi, finalement, très peu de choses de la vie…

 

Cet article a été initialement publié le 4 juillet 2014 sur le site Cahiers Libres

 

  1. « L’idée de la mort n’est pas une idée triste : c’est une idée d’une salubrité fantastique. » Jacques Brel, émission « Radioscopie » avec Jacques Chancel en 1973 []
  2. « Vieillir », album Les Marquises, 1977 []

Saint François d’Assise

Je vous propose une rapide recension de 2 livres sur saint François d’Assise. J’ai lu le Vauchez en premier, il y a quelques temps déjà. Puis les éditions Flammarion m’ont contacté pour me proposer de lire et de parler du livre écrit par Jacques Duquesne. A ce propos, je vous renvoie à une petite surprise qui vous attend en fin de billet. Je suis d’autant plus heureux de cette proposition tant ces deux livres sont complémentaires l’un de l’autre.

Saint François, de Jacques Duquesne

saint_francois_DuquesneCe livre, publié donc aux éditions Flammarion, est sorti à l’occasion du premier anniversaire de l’élection du pape François, dont le choix de nom a remis en lumière le grand saint du Moyen Age. Le livre est préfacé par Jacques Le Goff, historien renommé du Moyen Age, qui vient de disparaître récemment.

Le livre de Duquesne, qui a beaucoup écrit sur Jésus, entre dans la catégorie dite des Beaux livres. Il comprend donc une belle et exhaustive iconographie permettant d’appréhender les différentes représentations de François, au cours des différentes étapes de sa vie. Jacques Duquesne propose une courte biographie de saint François et, si je la compare au livre de Vauchez, elle est complète et tous les épisodes et faits marquants de la vie de François sont relatés.

La vie de François est exceptionnelle à bien des égards. Fils de bonne famille, vivant plutôt dans opulence et l’insouciance de la jeunesse dorée d’Assise, plutôt belliqueux à l’égard des Pérugiens voisins, François se convertit en quelques temps après avoir été au contact des pauvres. On raconte aussi qu’une rencontre avec un lépreux, dont il baisa la main, fut déterminante : « Quand j’étais encore dans les péchés, la vue des lépreux m’était insupportable, mais le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je les soignai avec compassion. Et quand je les quittai, ce qui m’avait semblé amer s’était changé pour moi en douceur, pour l’esprit et pour le corps. »

François décida alors de se séparer de toute richesse, indigné par la pauvreté. Rapidement, quelques personnes le rejoignent et constituèrent la première forme de la fraternitas. Dès lors, l’essor sera constant, le nombre de frère augmentant de manière significative – ils étaient plusieurs milliers à la mort de saint François – ce qui ne manqua pas de poser des problèmes d’organisation. Et de fidélité aux engagements voulus par saint François. Vivre la radicalité de l’Évangile n’est pas chose facile et François lui-même se désespéra un peu de voir que l’exigence qui était la sienne ne fut pas tenue avec autant de force par ses disciples.

François, apôtre de la paix, parti pourtant en croisade et se retrouva à Damiette, dans le delta du Nil. Il voulait convertir et évangéliser. Mais ce qu’il vit de ces croisades guerrières le rendit hostile à ces épopées. C’est là néanmoins qu’il rencontra le sultan Al-Kamil qu’il essaya de convaincre de la vérité du christianisme.

De retour en Italie, François connait de nombreuses déceptions. Mais il accepte certaines déviations par rapport à la règle initiale. On citera par exemple la possession de livres, coûteux à l’époque et donc signe de richesse et de pouvoir. Mais la nécessité d’assurer aux frères une formation suffisante pour assurer les prédications lui fit accepter de lâcher du lest sur ce point. Autrement plus forte est la déception devant la 3e règle validée et acceptée par le Pape. Règle toujours en vigueur, pré-rédigée par François, mais largement expurgée de certains éléments que la Curie ne voulait pas trop mettre en avant.

François fut, semble-t-il, tenté de quitter l’Église. Mais son attachement profond à l’unité de l’Eglise, son sens viscéral des sacrements, notamment l’Eucharistie, l’inciteront à ne pas rompre avec la communauté ecclésiale. Mais François se mettra alors en retrait, vivant en ermite. Il reçut alors les stigmates du Christ lors de l’apparition d’un ange, stigmates qui furent les premiers à être reconnus le pape lors de sa canonisation (l’Eglise manifestait une certaine réserve à l’égard des stigmates).

Si l’influence de saint François sur le XIIIe siècle fut majeure, comme le montre J. Duquesne il est aussi un saint de notre temps. Comme le pape François a voulu le montrer, la figure de saint François parle bien évidemment à notre temps où la pauvreté reste un enjeu majeur, où l’Eglise doit montrer la primauté des valeurs évangéliques, où trop d’apparat et de fioriture créent des incompréhensions.

En quelques 80 pages, dans une pagination aérée, le livre de Jacques Duquesne vous donnera un bel aperçu de la vie de saint François. Son livre se termine opportunément par quelques prières de saint François dans un chapitre intitulé « Cantique du Frère Soleil et autres poésies ».

François d’Assise, d’André Vauchez

saint_francois_VauchezTout autre est le livre de Vauchez, publié aux éditions Fayard. Celui-ci est un livre d’historien : une somme de plus de 500 pages. Je le dis d’emblée : ce livre est un régal. Magnifiquement écrit, bien structuré, il va forcément bien plus loin que le Duquesne. Si vous voulez creuser la vie de saint François, c’est un des livres à lire (et dont le libraire qui me l’a vendu m’a dit qu’il fait référence).

Le livre de Vauchez met en exergue et détaille des éléments déjà évoqués précédemment. L’évangile est radical et François a voulu vivre cette radicalité. Face à un clergé médiocre et corrompu, les difficultés furent donc grandes pour François et ses frères. Comment suivre l’évangile en ne s’engageant pas totalement ? Cette interrogation qui traversa les contemporains de François est aussi celles des chrétiens d’aujourd’hui.

Sait-on que le pape Jean XXII promulgua la constitution Cum inter nonnullos dans laquelle il « y déclarait en effet hérétique l’affirmation selon laquelle le Christ et les apôtres avaient vécu dans la pauvreté absolue. (…) Ainsi, près d’un siècle après la mort de François, une de ses intuitions fondamentales était officiellement condamnée par l’Eglise romaine (…) » ?

On l’a dit plus haut, la règle de la fraternité dont cette radicalité, si difficile à suivre, était initialement la pierre d’angle, a été peu à peu atténuée au fil du temps, au grand dam de saint François. Ces déviations avec l’esprit initial devenaient inéluctables à mesure de l’augmentation du nombre des frères.

La beauté et la force de l’apostolat de François réside aussi et surtout dans la fidélité à son engagement, dans le fait que chez lui, plus que chez tout autre, les paroles et les actes ne se séparent pas.

Conclusion

Ces 2 livres ne visent clairement pas le même public. Mais tous deux vous donneront un bel aperçu – plus ou moins détaillé – de la vie de saint François. Si je dois émettre un léger regret, il réside dans l’absence d’une présentation, même succincte, de ce qu’est le franciscanisme aujourd’hui. Je comprends que ce n’est l’objet d’aucun de ces 2 livres, mais c’eut été une belle ouverture.

Lire la vie de saint François, c’est immanquablement se mettre un miroir devant les yeux et se dire : et moi, quel chrétien suis-je ? Je n’ai ni la foi, ni les grâces, ni l’humilité pour m’élever ne serait-ce qu’à la hauteur des chevilles de saint François. Mais quand même, quand je me regarde, quelle mollesse, quelle petitesse d’esprit, quelle tiédeur ! Et le paradoxe, avec lui ou d’autres saints, n’est pas finalement de faire le constat que je n’ai pas certaines capacités qui m’empêchent de suivre leur exemple, mais plutôt de constater que je ne sais me dépouiller. La grandeur de saint François, c’est d’avoir su finalement ne pas être ce jeune homme riche qui interpella Jésus et qui s’en alla tout triste parce que Jésus lui dit de vendre tous ses biens. Désespoir parfois de trop ressembler à l’un et pas assez à l’autre !

 

Saint François, de Jacques Duquesne (EAN : 9782081329898 ; Parution: 05/03/2014 ; 96 pages)

François d’Assise, d’André Vauchez, chez Fayard (EAN : 9782213618869 ; Parution : 15/04/2009 ; 576 pages)

 

Jeu-Concours

Un jeu-concours « A la découverte de Saint François », conjointement organisé avec les éditions Flammarion, est organisé à l’occasion de la publication de ce billet. Il permettra à 2 gagnants de recevoir le livre de Jacques Duquesne.

Pour jouer, c’est par ICI.

Les réponses aux questions sont à lire ICI.

Correspondre avec un prisonnier

enveloppe« Avant je m’évadais au pistolet / Aujourd’hui je m’évade à l’épistolaire » (Le Bout du Tunnel, Grand Corps Malade)

 

La peine de prison, sauf pour quelques cas irrémédiables (mais y en a-t-il ?), doit être une étape vers la réinsertion. Cette conviction que j’ai de longue date m’a incité à entreprendre une correspondance avec des prisonniers. C’est le témoignage de ce parcours, entamé il y a environ 20 ans, que je veux partager avec vous.

Pourquoi ?

Je ne saurais dire exactement pourquoi j’ai été attiré par le monde de la prison, alors que rien dans ma jeunesse ne m’a mis en lien avec ce milieu. Est-ce d’avoir lu quand j’étais jeune les longues années de captivité d’Edmond Dantès, héros du Comte de Monte-Christo ? Est-ce d’avoir lu les nombreux livres de Guy Gilbert et notamment « Des Jeunes y entrent, des fauves en sortent » ? Est-ce le témoignage d’un visiteur de prison dans mon aumônerie qui me décida à franchir le pas ?

C’est lorsque j’étais étudiant que je me lançais dans cette aventure (c’en est une) après avoir mûri longuement mon choix. A l’époque, j’aurais plutôt voulu être visiteur de prison, mais je me sentais encore trop jeune pour affronter le monde carcéral directement. Plus tard, ce furent les contraintes professionnelles et familiales qui m’empêchèrent d’être visiteur. Je me rabattis alors avec enthousiasme vers la correspondance.

Bien sûr, mon choix fut aussi lié à cette parole ô combien magnifique, ô combien engageante et ô combien exigeante du Christ (Ma, 25, 34-40) :

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite:  » Venez, les bénis de mon Père: prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la création du monde.

Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais étranger, et vous m’avez recueilli;

nu, et vous m’avez vêtu; j’ai été malade, et vous m’avez visité; j’étais en prison, et vous êtes venus à moi.  »

Alors les justes lui répondront:  » Seigneur, quand vous avons-nous vu avoir faim, et vous avons-nous donné à manger; avoir soif, et vous avons-nous donné à boire?

Quand vous avons-nous vu étranger, et vous avons-nous recueilli; nu, et vous avons-nous vêtu?

Quand vous avons-nous vu malade ou en prison, et sommes-nous venus à vous?  »

Et le Roi leur répondra:  » En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. « 

Comment ?

On ne devient pas correspondant comme cela, sur un coup de tête. Il faut déjà être âgé de 22 ans au moins. L’association à laquelle j’adhère prévoit un voire deux entretiens avec un membre ayant de l’expérience qui, outre la présentation de l’association et de la correspondance, tentera de jauger le bien-fondé de la candidature.

Quelques règles, simples, mais appliquées assez strictement, régissent la correspondance. Il y a celles imposées par la prison – pas d’envoi d’argent, pas d’envoi de colis (cela viendrait en déduction du quota alloué annuellement), pas de propos remettant en cause l’administration pénitentiaire,… – et celles imposées par l’association. La principale est l’anonymat du correspondant : ce dernier choisi un pseudo, et c’est donc l’association qui réceptionne les lettres de la personne incarcérée et qui les renvoie au correspondant. A noter, cependant, que l’identité du prisonnier, le motif (en termes très généraux) et la durée de sa peine sont notifiés au début de la correspondance.

Cela peut paraître choquant, mais ces règles simples sont là pour assurer d’une part la sécurité du correspondant, mais aussi, et surtout, pour garantir au mieux la sérénité des échanges. Ces règles sont connues de tous. S’y référer peut aider à remettre sur les rails une relation qui tend à dériver, ce qui ne manque pas d’arriver. Le monde carcéral est très masculin. Les (jeunes) correspondantes féminines peuvent donc se trouver, parfois, en porte à faux quand trop de solitude, de fantasmes et de transferts affectifs prennent le dessus. Le correspondant peut aussi subir un chantage affectif (cela m’arriva, à lire dans les témoignages plus bas) dont il peut être difficile de se défaire.

Et puis ces règles, aussi minimes soient-elles, contribuent, d’une certaine manière, à redonner au prisonnier un embryon de structuration, d’autant plus qu’il ne l’a pas toujours trouvé dans sa vie.

Les spécificités

Une relation épistolaire avec un prisonnier revêt de nombreuses spécificités que l’on ne mesure pas toujours bien au début, et il y a quelques écueils à éviter. Entamer une correspondance peut paraître comme un choix d’ouverture de la part du prisonnier, désireux de discuter avec un autre. Cela entre en jeu, bien sûr, mais le choix du prisonnier est avant tout dicté par une grande solitude, parfois écrasante. Un prisonnier décide rarement de se lancer dans la correspondance au début de son incarcération. Quasiment jamais durant l’attente de son jugement. Car il espère. Puis, une fois jugé et condamné, il encaisse. Un an, deux ans. Parfois plus. La famille le rejette ou se lasse simplement de venir le voir (ou ne le peut pas pour des raisons d’éloignement géographique). Les relations avec les autres détenus ou les gardiens sont parfois réduites au strict minimum. Premier écueil, un décalage complet entre l’enthousiasme d’un jeune correspondant et la rancœur accumulée d’un taulard. Décalage si grand que la correspondance peut échouer très rapidement.

Autre écueil, savoir s’adapter au niveau linguistique du prisonnier. Comment écrire à quelqu’un dont on sent qu’il ne maîtrise pas bien la langue française, dont on sent qu’écrire une phrase doit lui prendre des heures et dont on est sûr que la lecture ne doit pas être plus aisée ? Se faire comprendre et se mettre à son niveau pour qu’il ne se sente pas en infériorité. Pas facile quand on n’a que quelques lettres pour se mettre au diapason.

Un autre difficulté réside dans l’absence de points d’intérêt commun. Une correspondante m’a un jour expliqué sa difficulté à correspondre avec le détenu qu’on lui avait proposé, n’ayant à proprement parlé que très peu de sujets, voire pas du tout, sur lesquels partager.

Et c’est d’ailleurs la plus grande difficulté : trouver quoi dire. Certains prisonniers sont très demandeurs, 2 lettres par mois, voire plus. Tous les correspondants se posent cette question : que dire de moi ? que puis-je partager qui puisse l’intéresser sans l’ennuyer ? Trop en dire sur nos joies personnelles peut faire mal, sans que cela soit voulu. Ne rien dire rend à terme la correspondance très pauvre. Et si une chose est vite perçue par le détenu, c’est bien votre degré de réserve.

Des difficultés, mais aussi de grandes joies. Pour ma part, joie d’établir une relation avec un homme en situation de détresse, avec qui des liens se tissent au fil des mois et des années, et qui, je l’espère, verra ce geste simple comme un éclat de fraternité sur lequel il peut, peut-être, bâtir quelque chose. C’est peu au regard d’une vie abîmée, abîmée par ce qu’il a subi et par ce qu’il a fait subir. Quelques lettres seulement. Mais cela peut être beaucoup pour celui qui est derrière les barreaux.

Quelques témoignages

Je fais mes premiers pas dans la correspondance avec A. Il est plus âgé que moi, mais pas trop. Je dois avoir 23 ans, lui en a 10 de plus. Il est condamné à quelques années de prison (7 ou 8 ans de mémoire), il ne lui en reste que 3 ou 4 à faire quand nous commençons notre échange. Il est très sympa, très cordial, nous trouvons rapidement plusieurs sujets de discussion. Le rythme est assez soutenu, mais ça me va bien. J’ai de la chance. Au bout de quelques mois – de mémoire environ 18 mois – il m’annonce, fou de joie, qu’il passe en libération conditionnelle, car il a trouvé un travail. Au début, il rentre tous les soirs en prison. La correspondance continue, il me raconte ses premiers pas dans la vie « du dehors ». Puis il a le droit de rester dormir dans un foyer. Même si les contraintes restent fortes – pas le droit de découcher, horaires stricts – cela éloigne de la prison. Tout semble aller très bien pour lui. Tiens, c’est étonnant, il n’a pas répondu à ma dernière lettre. J’en envoie une deuxième. Puis une troisième. Aucune réponse. Je contacte l’association qui mène son enquête. Non, il n’est pas retourné en prison (une des hypothèses formulées était la rechute, puis la honte et donc le refus de continuer à écrire). On peut pousser l’enquête un peu plus loin, mais cela va prendre du temps. Une personne de l’association m’appelle pour me « rassurer » : cette rupture brutale est, contrairement à ce que je pense, le signe le plus probable que tout va bien pour lui. Tellement bien qu’il n’a plus besoin d’écrire. Il s’est remis en chemin. J’apprends donc la frustration que ce type de relations peut engendrer : l’arrêt brusque, sans raison ni même avertissement. Je rumine un peu, j’apprends et j’accepte que « mon » prisonnier ne soit pas le mien… Mais je ne saurais jamais.

Dans la foulée, je demande à entamer une autre correspondance. Il s’appelle M. J’ai encore l’enthousiasme des débuts – cela doit faire 3 ans que j’ai commencé – et je me jette avec plein d’entrain dans cette nouvelle relation. Lui est différent. Je sens après 2 ou 3 lettres échangées que ça ne colle pas, mais je ne perçois pas d’où vient le problème. Puis il se dévoile. M’envoie plusieurs lettres pour m’expliquer que la vie est injuste, que la prison c’est dégueulasse (ce que je veux bien croire), qu’il n’a rien fait. Bref, il m’amène sur un terrain où je ne veux pas aller. Je refuse d’entrer dans ce que je perçois comme un chantage affectif. Sans doute suis-je moi-même mal à l’aise. Avec le recul, je sais que je n’ai pas su trouver le bon ton, la juste distance, les bons mots. Je reste en retrait, parce que jeune et pas assez expérimenté, je ne sais pas trop faire autrement. Je ne l’agresse pas, je ne lui dis rien qui montre que je conteste ses propos. Mais je ne rebondis pas dessus, je ne surabonde pas dans ses plaintes. Il comprend très vite. Je reçois une lettre assez agressive de sa part où il m’explique que tenir une correspondance avec moi ne l’intéresse pas, que je ne le comprends pas et que de ce fait il préfère arrêter. Je n’ai pas su répondre à sa demande. Fallait-il que j’y satisfasse ? L’ai-je in fine plus aidé en ne rentrant pas dans son jeu ou au contraire ai-je contribué à le rendre un peu plus aigri. Je ne saurais jamais.

Il s’appelle J. Je reçois son dossier de correspondance. Condamné à 30 ans. Il en a déjà fait 10, il lui en reste 20 à tirer. 30 ans ! Mais qu’a-t-il fait ? Il a tué, je le sais, son dossier mentionne « homicides volontaires ». Mais combien de personnes ? Qui ? Dans quelles conditions ? Je corresponds avec J. depuis 11 ans maintenant. Onze ans à s’écrire, à partager des moments de vie. J. n’a jamais eu de correspondant avant moi. Il a quelques liens familiaux et a la chance d’avoir quelques visites. Je me souviens de sa première lettre où il me disait qu’il était content qu’on soit de la même génération (il a 5 ans de plus que moi). On a vite trouvé plein de sujets d’intérêt : le foot, le sport en général, la politique, les voyages (il a pas mal bourlingué autour du monde), la chanson française, … Et puis J. écrit assez peu : une lettre tous les 2 mois environ, moins maintenant. Je partage avec lui des moments de ma vie : mes voyages professionnels et familiaux (je lui envoie une carte postale de différents lieux de voyage), mes activités professionnelles, mes lectures, mes films, … On commente l’actualité ensemble. Il me raconte ses visites, ses deuils (il n’a pu – ou voulu ? – aller à l’enterrement de son père), ses activités en prison : cuisine, bricolage, stages informatiques ou musicaux, … Une règle que je m’impose : ne jamais parler le premier des causes de l’emprisonnement. Si le prisonnier en parle, on peut poursuivre la discussion, mais mieux vaut éviter d’aborder le sujet en premier. Il n’en a jamais parlé pour l’instant. J’ai essayé d’aborder la religion, en mentionnant, comme ça en passant, que dans ma paroisse on faisait tel ou tel truc. Il n’a pas réagi, j’ai compris que le sujet était donc à éviter. Depuis 2 ou 3 ans, la fréquence des lettres diminue. Je m’en suis inquiété auprès de lui, lui disant que je comprenais qu’il soit las et qu’il ait peut-être envie de changer. Il m’a dit, non, non, ne t’inquiète pas, ce rythme me va. Il prépare sa libération conditionnelle qui devrait venir bientôt. Une question me taraude : et s’il demandait à me rencontrer ? Et s’il me disait, au nom des 11 années passées à s’écrire qu’il voulait me voir ? Je n’ai aucune idée de ce que je vais lui dire si d’aventure il m’en faisait la demande.

Mes questionnements

Correspondre avec un prisonnier impose une régularité et une constance qui peuvent être parfois difficilement conciliables avec nos propres contraintes. Et puis peut survenir la lassitude. Il faut donc bien mûrir son engagement, car de l’autre côté des barreaux, la demande est forte, très forte. La sensibilité du prisonnier peut être exacerbée et tout renoncement peut être perçu comme une trahison de plus. Parmi les questions que se posent, c’est aussi celle de l’histoire de cette personne. Qu’a-t-elle fait ? Comment ? Et si on m’avait donné comme correspondant Marc Dutroux ? Jusqu’où puis-je aller dans la fraternisation avec un tueur, un tortionnaire d’enfants, un violeur pédophile ? Ce sont ces questions qui m’ont taraudé au début de ma correspondance avec J. Et puis, au fil des temps, je n’ai plus vu que celui que je lisais : un gars sympa, intéressant, ouvert, soucieux de ma vie, généreux (il a fabriqué des objets en marqueterie pour les offrir à mes enfants). Et c’est sans doute ça le principal : que lui et moi ayons une relation épistolaire qui fasse fi du passé, qui ne l’enferme pas dans sa faute, qui lui donne quelques perspectives d’avenir.

L’association

Je suis membre de l’association Le Courrier de Bovet. Elle a été créée en 1950 à l’initiative d’un aumônier des prisons qui a confié à Madame de Bovet le soin de développer une action durable de correspondance avec les personnes incarcérées. Je pense que c’est l’association la plus importante de ce type. D’autres mènent des actions en prison, comme le Secours Catholique ou GENEPI. Il existe beaucoup d’associations aidant les personnes incarcérées pendant ou après leur détention, près de 150, recensées sur le site du Ministère de la Justice.

 

Tuer le Moi-Je

Main ttendueAh le carême ! Redouté par certains, espéré par d’autres, ignoré par la plupart ! Et moi dans tout ça ?

Eh bien mauvaise pioche, puisque justement c’est le moi qui doit disparaître, c’est le « moi » qui doit se fondre derrière l’autre. Combien de fois me suis-je entendu me dire : « Et bien, MOI, pour le carême, J‘ai prévu de …, JE vais faire ça et … » Souci bien légitime de prendre soin de son âme, mais ce chemin qui nous ramène inévitablement vers notre nombril est-il le bon ? Est-ce que, tous autant catholiques sincères que nous sommes, ne nous trompons pas ? Est-ce que notre vanité ne prend pas irrémédiablement le pas sur toute bonne action, qu’on agite ensuite devant soi comme un miroir certes reluisant, mais déformant ?

Qui puis-je espérer pour ce énième carême ? De grandes choses, de grandes exaltations, de longues prières, de belles oraisons ? Je n’ai rien à espérer, seulement me laisser guider par mon berger, le suivre, Lui.

Ne pas me détourner quand un clochard m’interpelle.

Ne pas râler quand un enfant me dérange.

Ne pas mépriser.

Ne pas vitupérer.

Me tourner vers Dieu, c’est-à-dire vers les autres, vers mon prochain, qu’il soit riche ou pauvre, laid ou beau, propre ou sale.

Me tourner vers mon prochain, c’est-à-dire vers Dieu, car quand je saurais voir Dieu en chacun, je serais digne d’être appelé son enfant.

Être attentif, à celui qui crie et qui pleure, et à celui qui n’ose ni crier ni pleurer. A celui qui n’en peut plus.

Être et non pas avoir. Me défier de la possession. Me défier de l’emprise sur les autres. Refuser de toutes mes forces d’être celui que je ne veux pas, de faire le mal parce que je ne sais pas faire le bien.

Reculer et ne pas mettre en avant quand il s’agit de moi. Avancer et faire un pas quand il s’agit de l’autre.

Ouvrir la main plutôt que fermer le poing.

Refuser la performance. Refuser de se dire : « j’ai fait un bon carême ». Mais avancer dans la joie vers la semaine sainte, vers le jeudi de la Cène, vers le vendredi du calvaire et de la Croix, vers cette merveilleuse vigile pascale. Être avec Dieu, louer le Christ ressuscité, pleurer de joie.

Photo: Jaromama

Main tendue