Ce que m’a appris d’être père

photo-1439920120577-eb3a83c16dd7Jour de la fête des Pères. Jour de fête, donc. Jour pour rendre grâce d’être père et apprécier ce qu’être père veut dire.

J’ai toujours, autant que je me souvienne, voulu être père. Ce fut au cœur de mon désir dès que j’eus l’âge de me projeter dans ma vie d’adulte [1]. Je ne savais pas bien ce que cela voulait dire, mais je savais que je le voulais. Pas comme une chose que je considérais comme due ou pour laquelle j’aurais remué ciel et terre, mais comme une espérance joyeuse repoussant les limites de  l’horizon : avoir un enfant, n’est-ce pas un peu, aussi, se prolonger et prolonger les limites de sa propre vie ?

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Les difficultés de mon épouse à « tenir » une grossesse commencée m’ont fait craindre un moment de ne jamais être père. Comment aurais-je réagi ? Je ne sais pas trop : faire le deuil d’une paternité naturelle n’est jamais facile. J’eus la chance de ne pas trop avoir à me poser la question. Une fille est née puis, 5 ans après, un garçon [2].

Être père a transformé ma vie bien plus que je ne l’aurais jamais imaginé. Je ne parle pas des contingences matérielles, des nuits, des angoisses, des plannings des activités ou bien de l’organisation des vacances scolaires. Mais bien d’une transformation de l’intérieur. Ma vie, ce que je suis dans le fond de mon cœur, ma façon d’appréhender le monde, tout est différent de ce qu’il en aurait été si je n’avais pas été père. Faut-il préciser que je ne considère pas ma vie comme meilleure, ou comme ayant plus de valeur parce que je suis père ? Non, elle est changée, radicalement changée.

Être père m’a d’abord appris à me responsabiliser. Avoir un nourrisson dans les bras qui dépend entièrement de soi a quelque chose de vertigineux et, je l’avoue, d’un peu angoissant. Ce petit être qui respire bruyamment, qui pleure dès qu’il a faim ou quand la fatigue se fait sentir, qui ne dit pas un mot, qui régurgite pour un rien, ce petit être est lié à vous indéfectiblement : impossible de se défausser, impossible de détourner le regard. Et le miracle qui s’opère est qu’on se rend compte qu’on en est capable. Capable d’être là, d’être présent, capable de ne pas se défiler.

Je ne nierai pas les difficultés, les nuits difficiles, ces moments très spéciaux où nos enfants ne comprennent pas qu’on n’est pas disponible parce que trop fatigué, ou englué dans des problèmes qu’ils ne comprennent pas. Inutile non plus de nier les premiers accrochages de l’adolescence et ce fameux « conflit des générations ».

De ces difficultés, de ces accrocs, j’en ai retenu qu’être père, c’est aussi apprendre à composer, à ne pas se draper dans la posture de celui qui sait tout et qui n’écoute en réalité que sa propre voix intérieure, et qui, bien souvent par faute d’argument, fait assaut d’autorité. Bien sûr qu’un père doit faire preuve d’autorité quand il faut, qu’il doit savoir imposer ses choix quand il sait, en conscience, que ses choix sont bons. Mais il apprend aussi, au cœur du foyer, les vertus du dialogue responsable. Et qui fait grandir tout le monde.

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« Sans liberté, pas d’amour vrai »

Responsabilité et amour sont donc au cœur de la paternité. Depuis que je suis père, je m’inspire souvent de saint Joseph qui assuma la paternité terrestre de Jésus sans renâcler. Et lorsque je le prie, je lui demande m’aider à être un père « aimant et structurant » pour mes enfants [3].

Je vis ce moment particulier où ma fille aînée n’est plus une enfant, sans être encore une adulte. Je vis cette transition où je ne dois plus la considérer comme une enfant pour laquelle je décide de tout, mais une personne capable d’autonomie et qui peut décider de ses propres choix. Difficile moment où il faut apprendre à se mettre en retrait, tout en étant présent.

Être père m’a surtout appris à re-considérer ma relation avec Dieu. Quand ma fille m’envoie paître parce qu’elle ne veut pas faire quelque chose que je juge intrinsèquement bon et que je ne peux décemment lui imposer, je subis – toute proportion gardée – ce que je fais subir à Dieu quand je me détourne de Lui. J’apprends la patience, et j’apprends à continuer à aimer. Ce n’est pas parce que mon propre enfant se détourne de moi ou ne fait pas ce que je veux qu’elle fasse, que je ne l’aime plus. Je continue à l’aimer et je perçois mieux l’importance de la liberté. Sa liberté de vivre sa vie. Ma liberté, notre liberté, qui est au cœur du projet de Dieu. Sans liberté, il n’y a pas d’amour vrai.

Mais le point le plus important que m’a appris la paternité est de me décentrer de moi-même, de plus considérer mes désirs comme prioritaires. C’est une des vertus des contingences matérielles que j’évoquais plus haut. Être père, c’est aussi se mettre au service de l’autre, de vouloir que l’autre soi. C’est aller vers un amour plus vrai – malheureusement si limité parfois -, c’est faire quelques pas vers le « Tuer le moi-je » qui me semble si essentiel.

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J‘aimerais évoquer deux points pour finir. Je parle ici du rôle du père. Je dois préciser que ce rôle de père est assumé en plus de mon rôle d’époux et, bien sûr, toutes les décisions importantes sont prises en commun, tout comme il est tout aussi évident qu’être père façonne la relation conjugale.

Et puis, je ne peux parler ma joie d’être père sans évoquer tous ceux qui ne le sont pas, malgré un désir extrêmement fort de l’être. Je sais la douleur immense, parfois secrète et souvent tue, de ne pas pouvoir être père (ou mère). Je sais les regards obliques qu’il faut affronter, le poids des espoirs familiaux non satisfaits, les non-dits. Et je sais la souffrance intime – ce pincement au cœur qui fait monter les larmes aux yeux – lors de jours comme celui-ci. J’ai vécu quelque chose de très émouvant récemment : lors d’un partage de groupe, un couple témoignait de leur mariage, après presque 50 ans d’union. Il fallait voir cet homme de 75 ans fondre en larmes quand il a évoqué, la voix brisée, l’absence d’enfants, pour comprendre cette douleur indicible que je ne soupçonnais pas moi-même chez lui [4].

Que cette évocation de l’absence d’enfant fasse surgir le sentiment de gratitude à tous ceux qui ont la chance d’être pères. Oui, être père est une grâce, la grâce de la vie, si fragile, qui surgit au cœur de sa propre vie.

Être père m’a aussi appris à dire « merci ».

  1. ce qui fait que j’ai évacué très tôt l’idée d’être prêtre []
  2. qui ont aujourd’hui 16 et 11 ans respectivement []
  3. j’aime aussi beaucoup l’image du tuteur qui aide une plante à croître, sans lui imposer sa croissance mais en évitant qu’elle ne s’éparpille trop []
  4. il se trouve que je le connais assez bien []

Le scandale de la Croix

ChristCroix_DelacroixLa Croix est un mystère. Que peut-on comprendre à un Dieu proclamé qui se laisse clouer sur une Croix, sans offrir aucune résistance ? Jésus n’a pas cherché à échapper au baiser de Judas. Il a demandé à Pierre de ranger son épée. Il ne s’est pas défendu devant le grand prêtre ou devant Ponce Pilate.

« C’est un scandale! »

Le Christ a avancé vers l’inéluctable, sans rien dire ni maudire. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn, 15, 13) Scandale pour le lecteur d’aujourd’hui (et sans doute aussi celui d’hier). J’ai beau aimer de toutes mes forces mon épouse, mes enfants, je ne sais pas si ces forces iraient jusqu’à ce que je donne ma vie pour eux. Parce que je serais lâche, parce que j’aurais peur. Parce que mon humanité imparfaite est pétrie de limites, d’égoïsme, de moi-je.

Autre scandale, le silence de Dieu. Inacceptable pour beaucoup, pour quasiment tous. Au pied de la Croix, il n’y a plus que Marie et Jean, les gardes et les badauds qui se repaissent du spectacle. Les disciples sont partis. Jésus est quasiment seul. Même Dieu est absent. Son Père, notre Père, se tait, Lui qui pourtant s’est manifesté à d’autres moments, comme lors du baptême de Jésus. Quoi ? Au moment le plus critique de la vie de son Fils, Il se tait, Il reste en retrait ? Scandale ! Est-ce ce qu’on attend d’un père ? Jésus s’écrit alors : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Ps 21)

Je (re)lisais hier soir un passage du livre « Joie de croire, Joie de vivre » et le père Varillon donne un éclairage fort intéressant sur ce silence et cette absence (apparente).

Dieu N’est QU’amour

Le silence de Dieu lorsque Jésus Christ est crucifié est le signe de son Amour pour nous. Le scandale devient paradoxe. Oui, si Dieu se tait, c’est parce qu’Il aime l’humanité pleinement, c’est parce qu’Il n’est qu’amour. Si Dieu s’était manifesté ce jour-là, c’eut été une manifestation de sa force, un signe de puissance. Or la seule puissance de Dieu, c’est celle de l’Amour. Dieu ne peut que ce que l’Amour peut. En se taisant, Il montre à l’humanité qu’Il l’aime et qu’Il la laisse libre. Si Dieu n’avait pas laissé son Fils – pleinement homme, rappelons-le – aller au bout de son calvaire, Il renonçait à épouser pleinement notre humanité. Or Dieu a voulu épouser pleinement notre humanité. Il a voulu que son Fils soit pleinement homme, qu’il vive ce que tout homme peut vivre : les rires, les joies, les tristesses, les angoisses, les souffrances.

Quand Jésus dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime, il ne peut aller que jusqu’au bout. Lui seul le peut d’ailleurs, parce que Lui seul sait aimer pleinement, dans une gratuité absolue. La révolte de Pierre, toute compréhensible qu’elle fut, était hérétique.

Voilà comment le scandale de la Croix devient un mystère [1].

Voilà comment la contemplation de la Croix nous dit que Dieu nous aime pleinement.

Et la résurrection de Jésus à venir, prémisse de la nôtre, le signe éclatant que Dieu ne nous abandonne pas.

Très joyeuses fêtes de Pâques à toutes et tous !

  1. Qui, selon Saint Augustin, n’est pas ce que l’on ne comprend pas, mais ce qu’on n’a jamais fini de comprendre []

Les visages du Christ

Christ-RembrandtJe suis affalé sur le trottoir. Putain qu’il fait chaud dans cette putain de ville. J’ai trop bu. Les yeux mi-clos, je vois ces connards déambuler devant moi. Rien à foutre de ma pomme. Tiens, celui-là, avec son ordi pendu autour du cou, son air propret, comme il a l’air con. Et gêné avec ça. Putain, même pas capable de me regarder. Et voilà qu’il fait un pas de côté. Lamentable. Je les hais. Tous.

Je n’ai pas osé m’approcher de lui. Mais j’avais trop besoin de cette essence pour aller rejoindre les autres. Alors je me suis approchée doucement. Il me tournait le dos, trop occupé à insérer sa carte bleue dans la machine. J’ai dit « bonjour, excusez-moi », mais il n’a pas entendu. Ou bien n’a pas voulu entendre. J’ai failli faire demi-tour. Et puis j’ai redit : « Bonjour, excusez-moi ». Alors il s’est retourné. Il a sursauté. C’est drôle, d’habitude, c’est moi qui a peur… Et puis il m’a regardé, drôlement, j’en étais gênée.

Quand il est arrivé devant la porte de l’immeuble, j’ai cru qu’il allait m’engueuler, comme les autres. Mais non, il a été sympa. Il m’a regardé dans les yeux, ce que ne font plus beaucoup de gens. Et il m’a même parlé. Je lui ai dit que je venais de Bretagne et que je comprenais que je ne pouvais rester devant la porte de l’immeuble. Il m’a dit : « ce n’est pas grave » et puis il a ajouté « Vous venez d’un joli coin ». « Vous connaissez ? » lui dis-je. « Non pas beaucoup, enfin un peu ». Et puis il m’a dit : « au revoir, bonne journée ».

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Un jour, je ne sais plus bien quand, j’ai entendu pour la première fois cette antienne que l’on entend assez souvent de la part de nos prêtres, diacres, religieux, ou même des paroissiens les plus assidus : « il faut voir en chacun le visage du Christ« . Le visage du Christ, rien que moins. Depuis, j’ai dû entendre cette phrase une bonne dizaine de fois. Pour m’expliquer qu’il faut aller voir l’autre, le prochain, que même si on ne l’aime pas, il est aussi ce visage, ou qu’il a, tout du moins, des reflets christiques. Et que, moi-même, je suis dans ce cas.

Je n’ai jamais adhéré à ce message. Non que je ne le comprenais pas, non que je le refusais. Mais probablement parce que je ne voyais pas comment ce leitmotiv pouvait me rejoindre dans ma vie, concrètement. J’ai beau me regarder dans la glace attentivement, je ne vois nullement le Christ, pas même un pâle reflet. Mais si je suis rétif à ma propre figure, que dire de celles des autres ? Franchement, voir le Christ dans mon voisin qui passe la tondeuse le dimanche matin dès 8h30 ? Dans mon collègue qui va, pas toujours subtilement ni discrètement, me débiner auprès de mes supérieurs ? Dans le visage de mes ennemis, de ceux qui m’indiffèrent, des membres de ma famille avec qui j’ai quelques tenaces rancunes ?

Et pour être franc, même dans mes amis, même parmi ceux que je chéris, je n’ai jamais vu le Christ en eux. Manquerais-je à ce point de foi ? Sans doute… Bref, cette injonction à voir le Christ en l’Autre me laisse indifférent. Me laissait indifférent.

Un jour de juillet, lors d’une de ces grosses chaleurs qui accablent régulièrement Toulouse durant l’été, je sortais du bureau et m’engageais vers la place Wilson. Je tourne à droite, vers la rue d’Austerlitz, et j’aperçois un homme affalé sur le trottoir. Est-il en train de décuver ? Je ne sais pas, mais il est inerte. A-t-il pris un coup de chaleur ? Est-il déshydraté ? Le temps que je retourne ces quelques pensées maladroites, je l’ai déjà dépassé. Ce n’est pas la première fois que je passe devant un clochard en continuant mon chemin, parfois sans même le voir. Si souvent d’ailleurs. Pourquoi ai-je nourri, pour celui-là, ce jour-là, une certaine culpabilité qui m’a suivi durant de longs mois ? Je ne le sais pas. Il est d’ailleurs sans doute vain de chercher. J’ai au moins, pour cette fois-ci, la maigre satisfaction de n’avoir pas été indifférent. Ce qui, concrètement, ne change pas grand-chose, ni pour lui, ni pour moi. Enfin, pour moi, si, un peu malgré tout. Justement parce qu’il ne m’est pas resté indifférent.

Quelques mois plus tard. J’arrive à la station-essence. Je ne suis pas très pressé ce jour-là. L’air est assez frais, mais agréable. Ce n’est à la vérité pas très important, mais j’ai pourtant le souvenir vivace de ce vent un peu frais qui vivifiait. J’introduis ma carte bleue quand j’entends quelqu’un derrière moi. Je me retourne, un peu surpris et découvre une jeune femme – elle semble avoir un peu plus de 18 ans – si frêle qu’elle en semble fragile malgré ses quelques tatouages et piercings. Je n’ai pas compris ce qu’elle m’a dit. Je lui demande de répéter. Elle a une petite voix et elle est si timide. Elle me montre le jerrican qu’elle tient à la main et me demande si je veux bien y mettre un peu d’essence. Voyant que je lui remplis son jerrican en entier, elle me dit « merci » de nombreuses fois. Mais ce ne sont pas ses « merci » qui me touchent. Ce sont ses yeux bleus, sa douceur, sa timidité et aussi (surtout ?) la tristesse qu’elle ne peut totalement masquer qui me transpercent. Je ne comprends pas ce qui m’arrive. Pour la première fois, je vois en l’autre quelque chose qui va au-delà de ce que je vois. Je ne trouve d’ailleurs pas les mots pour exprimer l’indéfinissable, pour exprimer que, peut-être, pour la première fois de ma vie, j’ai vu réellement le visage du Christ dans un autre visage.

Lorsqu’elle me quitta, je fus profondément troublé. Troublé mais heureux d’avoir senti et vu l’indicible. Et aussi, je ne dois pas l’éluder, heureux de ne pas m’être défilé, de n’avoir pas détourné mon regard. Je pensais alors vivement au clochard de la rue d’Austerlitz.

Avril 2015. J’arrive au bureau un peu plus tôt que d’habitude. Un homme, la trentaine, est devant la porte d’entrée. C’est un bâtiment commun à plusieurs entreprises, avec une banque au rez-de-chaussée. Lorsque j’arrive au niveau de la porte, il s’excuse immédiatement (en effet, il est devant le boîtier sur lequel je dois passer mon badge pour ouvrir la porte). Il a un beau regard, très doux, et comme la fille de la station, il s’excuse. Lui qui a dormi dans la rue s’excuse d’être encore là, d’être de trop. Qu’il allait disparaître et qu’il comprenait très bien qu’il ne pouvait rester là, devant une banque. Je lui dis que ce n’est vraiment pas grave et j’ose lui demander d’où il vient. Son visage s’illumine, comme si cette marque d’intérêt, si faible pourtant, lui (re)donnait un souffle de vie. Devant ce visage soudainement transformé, je suis saisi. Les images se bousculent, je repense immédiatement à la fille de la station, je retrouve la même étrange sensation, celle de l’indicible. Il s’en va et je me sens heureux, heureux de cette rencontre qui a duré sans doute moins d’une minute.

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Ces trois rencontres m’ont marqué. Tout est parti d’un regard détourné qui s’est enfoui dans mon cœur comme le levain dans la pâte. Mais ce sont bien sûr les deux autres rencontres qui m’ont fait comprendre ce que je n’avais pas compris : la peur, le repli sur soi, l’égoïsme sont des poisons, des mauvaises herbes qu’il faut s’atteler, sans cesse, à arracher de ses entrailles.

Je ne vais pas vous mentir. Non, je ne me précipite pas désormais vers chaque SDF que je croise et il m’arrive encore trop souvent de ne même pas les regarder. Non, je ne vois toujours pas le visage du Christ en chaque personne que je croise. Non, je ne suis pas meilleur (et, je l’espère, pas pire) que ce que j’étais avant.

Ce récit paraîtra futile à certains, vain à d’autre, voire insignifiant. Je suis pourtant de plus en plus convaincu que Dieu agit dans le secret et dans les petites choses, moi qui n’ai longtemps cru qu’aux manifestations éclatantes et aux grandes effusions. Et de ces petites choses, j’ai compris que :

  • Ces rencontres sont un cadeau, une grâce que le Ciel m’a donnée et j’ai touché là l’inestimable don de la rencontre;
  • Si tout peut être fortuit, rien n’est inutile et qu’il suffit d’ouvrir les yeux et le coeur : ces rencontres me portent encore, j’ai le souvenir de ces personnes, je prie de temps en temps pour elles; ah si je pouvais les revoir et leur expliquer ce qu’elles ont été, pour moi, l’espace d’un instant !
  • Cela m’oblige ; Dieu m’a fait un cadeau que je ne peux, que je ne dois mettre sous le boisseau : joie des instants les plus fugaces et inutiles en apparence ; et qu’ayant goûté à l’éphémère beauté du monde et de la vie, cela m’oblige à ne pas m’arrêter, à essayer de ne plus tourner le dos.

Compassion, humilité, amour sont au coeur de la foi chrétienne. Rien de nouveau en disant cela. Cela est dit et redit, battu et rebattu, lu et relu.

Mais il y a un gouffre entre lire et intellectualiser ces axiomes et les vivre. Et comme un parfum fugace et éphémère d’une vie éternelle à venir.

Visage d'enfant souriant

Photo de Jake Stimpson https://www.flickr.com/photos/128539140@N03/

Effroi et foi

181050drapeau_en_berneLes attaques perpétrées vendredi 13 novembre 2015 à Paris ont jeté l’effroi. Comme ceux du 7 janvier contre Charlie Hedbo et l’Hyper Casher. Comme ceux de Toulouse en 2012.

Effroi d’un méthodisme et d’un professionnalisme croissants qui n’augurent rien de bien réjouissant. Effroi d’une tuerie aveugle. Merah avait ciblé des militaires et des Juifs. Les frères Kouachi ont ciblé les journalistes de Charlie Hedbo, coupable d’avoir relayé les caricatures du prophète. Coulibaly ciblait les Juifs.

Ce vendredi, à l’instar des attentats du RER de 1995, les terroristes n’ont ciblé personne en particulier, tirant au hasard dans le tas. Juste pour tuer le maximum de personne. Ou plutôt, si, ils ont ciblé en particulier : les Français, parce que français, pour toucher la France au cœur. Comme Al-Quaeda avait touché les États-Unis au cœur en 2001.

L’effroi donc. Ces terribles images. Cette tristesse qui inonde le cœur et l’âme en voyant ces vies fauchées, brutalement. Partir tranquillement manger au restaurant avec des amis et puis ne jamais en revenir.

Cet effroi, d’autres pays le vivent, sinon quotidiennement, quasi hebdomadairement ou mensuellement : le Liban, la Syrie, l’Irak. Là, des quartier entiers sont rasés, des villes détruites. Cet effroi, notre pays l’a connu déjà dans le passé. Et si l’époque que nous vivons est sombre à bien des égards, que dire de celle du printemps 40 qui faisait basculer la France dans l’humiliation et la désolation ? Et celle d’il y a 100 ans, durant cette effroyable boucherie que fut la 1ère guerre mondiale ?

Il est certes plus rassurant d’être confronté à une armée régulière dont on sait que, peu ou prou, elle suivra certaines règles, sans empêcher toujours les exactions de ses propres soldats. Ici, maintenant, plus rien de cela. Ces soldats kamikazes se noient dans la masse pour ne surgir qu’au dernier moment, celui de la tuerie.

Alors face à l’effroi, que faire ? Continuer à vivre à faire comme s’il ne s’était rien passé, pour montrer aux terroristes qu’ils ont perdu ? Voilà une antienne que l’on a beaucoup entendue ces dernières heures. J’y souscris, bien évidemment.

Mais ne faut-il pas au contraire changer beaucoup de choses ? Quid de nos propres responsabilités ? Au niveau de l’État : faut-il continuer à commercer avec l’Arabie Saoudite dont on dit qu’elle finance certains mouvements djihadistes ? Faut-il continuer à dérouler le tapis rouge aux Qataris dont on dit qu’ils jouent un double jeu sans honte : des sourires et des pétro-dollars pour les occidentaux, la guerre sainte de l’autre ? Et la Turquie, qui laisse faire les trafics qui enrichissent Daesh ?

Quid de nos responsabilités personnelles ? De cette incapacité à dire le mal avec des mots. Ma fille de 16 ans était horrifiée ce midi parce que je disais que ces terroristes se réclamaient de l’Islam, croyant que je mettais tous les musulmans dans le même sac. Évidemment, je ne le fais pas. Mais il faut bien admettre l’Islam pose aujourd’hui un certain nombre de problèmes. L’éviter, c’est continuer de tourner en rond à coup de plus de laïcité et de cailloux jetés dans l’eau. Et la responsabilité des consommateurs de drogues douces ou moins douces, étudiants, cadres, artistes, qui ont besoin de leurs joints hebdomadaires ou mensuels, on en parle ? Ont-ils conscience qu’ils alimentent les réseaux de la drogue ? Et où va cet argent ? Vers des groupes maffieux uniquement ou bien … ? On pourrait citer de nombreux autres exemples. Que chacun s’interroge ? Et que collectivement, nous nous interrogions aussi…

S’il me semble important que tous les citoyens doivent revoir leurs responsabilités, je pense que, parmi eux, les chrétiens ont une responsabilité particulière, importante, qui n’est pas du domaine de la pratique d’une religion privée refermée sur elle-même, mais au contraire du domaine public.

Défendre ces belles valeurs évangéliques, les porter humblement, continuer de clamer que ces valeurs sont au cœur de celles de la France et de l’Europe. En être fier, sans orgueil déplacé, mais sans honte.

La mise en pratique de l’évangile. Oui, c’est exigeant; oui, c’est difficile. Mais nous serons, par ces temps troublés, aussi (surtout ?) jugés là-dessus. Répondre à la haine par plus d’amour. Répondre à la violence par plus de paix. Faire preuve de discernement, de tempérance. Être des ferments de paix et d’amour, voilà à quoi nous sommes appelés, nous Chrétiens. Plus que jamais, il me semble impossible de pouvoir nous défiler.

De l’effroi, passons à la foi, comme a pu le dire le curé de ma paroisse dans son homélie ce jour. Oui, ayons foi, ayons confiance. Un monde meilleur est possible. Chacun doit y prendre sa part, dès maintenant, dès demain. Ensemble, dans une fraternité humaine et spirituelle que j’appelle de mes vœux.

 

Week-end « Expériences et vision pastorale »

Sophia_1Comme j’ai pu l’annoncer sur Facebook ou sur twitter, j’ai eu l’opportunité de participer à un week-end organisé par la paroisse Notre-Dame de la Sagesse, à Sophia-Antipolis, intitulé « Expériences et Vision Pastorale ». Il n’est pas très aisé de résumer un week-end aussi riche. Aussi ce billet, que je vais essayer de garder concis, sera peut-être complété ultérieurement par d’autres billets. On verra bien.

Le contexte

Dans beaucoup de paroisses se pose la question du devenir, de l’évolution, de chemin à prendre. Il y a tant d’options possibles, tant de possibilités, tant de rêves parfois aussi, sans que l’on sache très bien ni par où commencer, ni que faire. Sans compter que beaucoup de projets ne peuvent se mettre en place faute d’implication des paroissiens. Ce constat, beaucoup de prêtres et d’équipes paroissiales le font, sans trop bien savoir comment y remédier.

Dans beaucoup de pays, notamment en Amérique du Sud, mais aussi bien sûr aux États-Unis, les églises évangéliques font preuve d’une vitalité étonnante, attirant notamment les jeunes et les personnes en recherche « de quelque chose ». Aux Etats-Unis, le pasteur Rick Warren d’une église évangélique a partagé son expérience, maintenant largement connue outre-USA grâce à ses livres [1]. En 1980, il part dans cette vallée de Californie du Sud pour y fonder une église, l’église de Saddleback. Il ne souhaite pas dépeupler les autres églises. Non, son but est d’attirer à lui ceux qu’il appelle les « Sans église ». Il fait sa première réunion chez lui dans son salon. Ils sont 7. Aujourd’hui, sa paroisse réunit entre 15 et 20 000 (vingt-mille !) personnes chaque dimanche. Pour vous donner un exemple de l’ampleur du phénomène, l’église de Saddleback, pour fêter son 35e anniversaire cette année, a loué un stade d’une capacité de 45 000 places ! En France, un prêtre catholique, le père Jean-Hubert Thieffry, a tenté de mettre en oeuvre les préceptes énoncés par Rick Warren. Lors de son passage à la paroisse Saint-Denys de la Chapelle, dans le 18e à Paris, il a, par exemple, mis en œuvre pour la première fois un parcours Alpha dans une paroisse catholique française [2]. Membre de la Communauté du Chemin Neuf, il est depuis 2005 curé de la paroisse Notre-Dame de la Sagesse à Valbonne, Biot et Sophia-Antipolis, paroisse dans laquelle il a déployé (et adapté) les préceptes énoncés par Rick Warren.

Les 5 essentiels

Le principal objectif est de faire en sorte que les paroissiens ne soient plus des spectateurs ou même des acteurs plus ou moins engagés, mais des disciples-missionnaires. Pour cela, il faut mettre en oeuvre, dans sa vie personnelle comme dans la vie paroissiale, les 5 essentiels suivants:

  1. L’Adoration
  2. La Communion Fraternelle
  3. la Formation des disciples
  4. le Service
  5. l’Évangélisation

Je n’ai pas encore le recul nécessaire pour bien vous expliquer ces 5 essentiels (qu’on peut aussi appeler vitamines ou piliers ou objectifs ou dynamiques). Plusieurs paroisses en France proposent des informations détaillées. A ce stade, le mieux que j’ai trouvé est ce livret édité par l’Église Catholique de l’Oise.

Les partages de ce week-end

Ce week-end, merveilleusement bien organisé par la paroisse de Sophia, fut l’occasion de partager diverses expériences, à travers des sessions plénières et des ateliers. Expériences menées par la paroisse de Sophia depuis bientôt 10 ans, dans différents domaines, comme le ministère de l’accueil, les étapes du processus d’évangélisation, accueillir l’Esprit-Saint dans le travail, la préparation au mariage, etc. Impossible de tout résumer ici.

L’intérêt pour nous, engagés dans un processus similaire, était bien évidemment de voir comment les préceptes de Rick Warren pouvaient être appliqués dans une paroisse catholique en France. Et comment les 5 essentiels sont mis en œuvre dans chaque groupe.

Certaines paroisses en France ont déjà avancé sur ce chemin. Nous eûmes les témoignages de la Paroisse St Rieul de Senlis et de la paroisse Lyon Centre Ste Blandine. Ces paroisses ont mis en oeuvre les 5 essentiels et s’appuient beaucoup sur le parcours Alpha. Toutes disent que les fruits sont visibles au bout de quelques années, mais aussi qu’il faut être patient, ne pas se précipiter.

Quels sont ces fruits ? Avoir des disciples missionnaires, investis dans leur mission, et non plus de simples paroissiens qui viennent assister à la messe le dimanche.

Qu’en conclure pour soi-même ?

Lorsque notre curé m’a parlé pour la première fois de ce projet, je ne savais pas trop quoi en penser. J’ai depuis quelques temps le sentiment qu’il faut effectivement changer quelque chose dans la façon d’aborder le monde, car l’Église doit aborder le monde. Convaincu sur le constat, je restais dubitatif sur le comment. Puis j’ai lu le livre de Rick Warren qui m’a laissé un peu sur ma faim. Certes, son succès est indéniable. Mais j’avais parfois le sentiment, en le lisant, de voir à l’œuvre un chef d’entreprise créant sa société plutôt qu’un prêtre (ou un pasteur). Terriblement incarné dans la culture nord-américaine – Saddleback brasse les dollars, a plusieurs salariés, etc. – je voyais mal comment cela pouvait être appliqué dans une paroisse catholique.

C’était tout l’intérêt de ce week-end. Cela est possible ! Reste maintenant, pour nous, un énorme chantier. Mais que c’est motivant de se sentir appeler à travailler à la vigne du Seigneur !

Album AimerJe ne connaissais pas Stéphanie Lefebvre. Le samedi, elle animait à la voix et au clavier les chants de louange régulièrement entonnés. J’ai cru qu’il s’agissait de la chanteuse de la paroisse ! Je trouvais sa voix belle, mais plus encore, je la trouvais touchante (moi qui ne suis pas musicien, et qui ne sait pas chanter, je suis émerveillé devant ce don). Quelle n’a pas été ma surprise quand le dimanche, elle fut appelée à témoigner. En réalité, Stéphanie Lefebvre est de la paroisse de Senlis. Son témoignage était très émouvant, très beau, dévoilant pudiquement un parcours avec des hauts et des bas, des succès et des larmes. Elle a dit une chose très belle sur l’Eucharistie qui m’a profondément ému. Et après qu’elle a communié, placé un peu derrière elle, j’ai vu qu’elle essuyait discrètement quelques larmes. Ce qu’elle avait dit prenait encore un peu plus de valeur. La beauté d’une larme qui coule…

Mais le plus important pour elle, c’est son projet de disque qu’elle veut enregistrer cet été. Un disque de louange pour lequel elle demande de l’aide. Elle sollicite donc des dons sur le site Credo Funding. Le projet est en bonne voie. Vous pourrez aussi écouter déjà sur cette page le premier titre, « Aimer », que je trouve très beau. Si vous voulez l’aider, c’est encore possible jusqu’au 19 mai 2015.

  1. Notamment « L’Eglise, une passion, une vision » ou « The Purpose-driven Church » []
  2. Le Parcours Alpha est à l’origine l’initiative d’une paroisse protestante de Londres []

Le catholicisme expliqué à mes parents et amis

Il y a quelques années, j’avais préparé cette présentation dans le cadre des préparations au mariage. Je m’étais en effet aperçu que de plus en plus de personnes frappant à la porte de l’Eglise n’ont pas les connaissances pour appréhender certains points de la foi catholique. Elles n’ont même plus les connaissances d’ordre culturel concernant la religion catholique (c’est un des signes d’ailleurs de la déchristianisation de notre pays).

Que faire alors ? Il y a sans nul doute toute une pédagogie à mettre en place pour s’adresser à ces personnes et savoir les accueillir. Cette présentation a été faite dans ce sens, avec pour simple vocation de donner un aperçu de ce qu’est la religion catholique. Un aperçu uniquement, en espérant que cela donne envie aux lecteurs d’aller plus loin.

Lien vers la présentation