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photo_calepinsAmalgames – On avait dit : « Pas d’amalgames ». Ou le moins possible. Las, les amalgames profitent à tous ceux qui aiment dénigrer. Dernier exemple en date, amusant au demeurant, avec cette réflexion du Pape dans l’avion qui le ramenait de son voyage aux Philippines : « Non, pour être de bons catholiques, il ne suffit pas de faire comme les lapins… » Quoi ? Le Pape a dit ça ? Sourire en coin des progressistes qui espèrent que dans la foulée le Pape va publier une encyclique « Fornicatio ad voluntatem » ; furie des tradis pur jus (du genre mitraillette à 10 coups), fustigeant encore une fois une sortie hasardeuse de ce moderniste patenté (« ah ! qu’ils sont beaux les fruits de Vatican II, ça fait 40 ans qu’on vous le dit »). Personne, bien sûr, n’a lu ce que le Pape a vraiment dit : « Mais « cela ne signifie pas que les chrétiens doivent faire des enfants en série. J’ai fait des reproches à une femme, enceinte du huitième après sept césariennes : ‘Vous voulez laisser orphelin sept enfants !’, lui ai-je dit ». Même si « pour les pauvres, l’enfant est un trésor », « l’exemple de cette femme, c’est de l’irresponsabilité », a-t-il estimé. « Elle dit : ‘j’ai confiance en Dieu’. Mais Dieu te donne les moyens pour être responsable ». Et le pape d’ajouter : « certains croient, excusez-moi du terme, que, pour être bons catholiques, ils doivent être comme des lapins« . Le Pape a ensuite précisé son propos, c’est ici. C’est quand même dingue que le Pape puisse choquer en appelant à la responsabilité de chacun, y compris dans le cadre conjugal. Et il faut évidemment vouloir lire de travers pour considérer que c’est une attaque contre les familles nombreuses.

Auschwitz – Le 70ème anniversaire de la libération du trop fameux camp (je vous renvoie à ce billet publié lors du 65e anniversaire) est l’occasion de voir ou revoir le documentaire de Claude Lanzmann, document-fleuve de 8 heures, qui interroge ceux qui ont participé, avec plus ou moins d’entrain, à œuvrer à la solution finale. Beaucoup de sans-grades, d’exécutants, qui faisaient ce qu’on leur disait de faire. Et qui n’ont pas pu, ou osé, ou voulu refuser d’obéir. Et puis ces villageois des alentours du camp qui voyaient des wagons passer, qui sentaient de drôles d’odeurs… Il y avait les cadres du parti, les penseurs de la solution finale, qui ont mis leur talent et leur haine à exterminer près de 6 millions de personnes. Et puis les autres, sans qui rien n’aurait été possible. Où aurais-je été moi-même ? Ceux-là aussi sont à plaindre. Avoir participé à l’ignominie, non par conviction, mais par lâcheté, c’est peut-être encore plus atroce [1] Cela me fait penser au discours de Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « (…) Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé (…) ». Là encore, la responsabilité de chacun, trésor que Dieu nous a donné, est en jeu.

Fidélité – Les terribles tueries du mois de janvier, ainsi que les exactions que subissent les Chrétiens du Moyen-Orient ou d’Afrique, m’ont incité à revoir le film « Des hommes et des Dieux« . Film magnifique qu’il est vraiment bon de revoir. Pour comprendre ce qu’est la peur de vivre sous la menace, ce que devient la foi à l’épreuve de la terreur. Les frères du monastère de Tibhirine n’ont pas été exempts de cette frousse qui prend aux tripes, ni de ce réflexe de préservation bien naturel. Ils ne sont pas des surhommes. Mais ils ont fait le choix, après un cheminement difficile, de la cohérence : cohérence avec leur vie passée au service des pauvres en cette terre musulmane, et cohérence avec leur foi. En décidant de rester, fidèles aux autres et à eux-mêmes (entendre la magnifique phrase du frère Luc : « Partir, c’est mourir; je reste« ), ils ont posé un acte de foi. La sainteté est à ce prix : préférer Dieu et les autres à soi-même. Ce que font des milliers de Chrétiens qui continuent de vivre leur foi malgré les balles et les bombes. A nous autres catholiques européens, parfois si tièdes, que ces témoignages sont édifiants !

  1. J’allais utiliser le mot « pire », fort inadéquat; Malraux a trouvé le mot juste… []

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photo_calepinsDescendre vers Noël – On parle souvent, pendant le temps de l’Avent, de la montée vers Noël. Certes, le mot « montée » parle à l’âme et au cœur, il tend à nous élever de notre vie parfois si superficielle. Pourtant, le mystère de la naissance du Christ s’apparente parfois plus à une descente. Point de magnificence dans la naissance de cet enfant dont les parents n’ont même pas trouvé de place dans la salle communale. Point de faste, point d’apparat. Il naît dans une étable, à l’écart. Ce sont les bergers qui sont avertis les premiers, eux les pauvres parmi les pauvres. Tout n’est qu’humilité dans cette naissance, tout n’est que simplicité. Cette naissance de ce Dieu qui a consenti à épouser la vie humaine nous fait descendre d’un cran et nous invite à chasser l’orgueil, le faste et la superficialité de nos vies. Plus tard, Jésus dira à ses apôtres : « Qui m’a vu a vu le Père ». Eh bien le Père est là, dans cette mangeoire, entouré de ses parents et de quelques bergers, à l’écart des villageois qui n’ont pu ou voulu lui faire une place. Dieu est là, dans le dénuement et la pauvreté. Ayons l’audace de descendre en nous-même pour retrouver ces valeurs fondamentales. C’est alors que nous pourrons espérer être élevé.

Curie – Le monde médiatique s’est emparé avec gourmandise des vœux au lance-flamme que le pape François a adressé à la curie. Certains s’en réjouissent et trouvent ça génial. D’autres regrettent que le pape jette l’anathème, publiquement, sur les membres de cette curie. Difficile de savoir, à distance, pourquoi le pape a considéré qu’il fallait que ses propos soient entendus de l’extérieur. Veut-il donner un coup d’accélérateur à la réforme de la curie ? Rencontre-t-il tant de difficultés qu’il lui faille essayer de trouver des relais externes ? Faisons lui simplement confiance et continuons, puisqu’il nous le demande si régulièrement, de prier pour lui. Le vrai problème, me semble-t-il, n’est pas tant dans les propos du pape que dans le fait que leur teneur ne nous étonne pas vraiment. C’est bien malheureusement l’idée que l’on se fait de la curie qui est devenue une bureaucratie, un lieu de pouvoir et de magnificence. Et pour cette curie, comme pour nous, il y a lieu de méditer le mystère de la Nativité, et de descendre de son propre piédestal.

Violence – Trois hommes viennent de commettre des actes violents à quelques heures d’intervalle les uns des autres. L’un des lascars était clairement en lien avec la mouvance islamiste. L’autre relève de la psychiatrie. Le dernier n’avait semble-t-il aucun lien avec l’islam. Et dans ces temps où certains nous annoncent la guerre civile à court ou moyen-terme avec une gourmandise douteuse (ou comme le dit très bien Koz dans son dernier billet : « s’agit-il d’une prophétie à regret, ou d’une prophétie impatiente ?« ), d’aucuns se sont précipités à voir dans ces 3 actes – décorrélés les uns des autres – le début d’une attaque massive des islamistes contre la France. Malheureusement, il est à craindre que le jour où ils voudront nous faire mal, ils emploieront d’autres moyens. Kadhafi, que je sache, n’a pas envoyé des gugusses dans les commissariats, il a préféré faire exploser un avion en plein vol. Mais il faut croire que le pauvre Zemmour, nouveau martyr de la cause identitaire, a bien préparé le terrain. Le FN et ses aficionados me font penser à ces gens anxieux et pessimistes de nature qui croient toujours qu’un problème va arriver. On ne sait plus d’ailleurs si c’est une crainte ou si cela devient un espoir secret : celui de pouvoir dire « Vous voyez, j’vous l’avais bien dit ».

Sur ce constat bien peu réjouissant, pensons aux Chrétiens d’Orient qui savent, eux, ce que c’est que de vivre terrorisé et privé de tout. Et penchons-nous sereinement et plein d’espérance vers l’auge remplie de paille : les lendemains ne sont pas forcément sombres. Joyeux et saint Noël à toutes et tous !

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photo_calepinsAvoir une mère – Dans la classe de mon fils, cette année en CM2, est arrivé l’an dernier un garçon (appelons-le Juan) venant d’Amérique Latine. Pas facile pour un enfant d’arriver à 9 ans dans un pays qu’on ne connait pas et dont on ne maîtrise quasiment pas la langue. Un an après, il parle parfaitement le français. Mon fils me parle souvent de Juan : il est trop sympa, et puis il est tellement fort au foot. Juan s’est très bien intégré à l’école, il est assurément épanoui, pour autant que je puisse en juger. Et puis, l’autre jour, mon fils me dit : « Tu sais, Juan, il n’a qu’un papa. » « Ah bon ?, lui dis-je, tu en es sûr ? » « Oui, oui, j’en suis sûr. » « N’a-t-il pas plutôt 2 papas ? » « Mais, je t’assure, il n’a qu’un seul papa. » « Et, lui demandais-je, cela ne lui manque pas de ne pas avoir de maman ? » »Si, mais il ne veut pas trop en parler… » Sans vouloir juger une histoire personnelle que je ne connais pas, voilà un exemple des reproches qu’on peut faire à la loi autorisant l’adoption par les couples homos : priver un enfant d’une mère (ou d’un père)

Communautarisme catholique – Il a suffi d’une crèche installée au Conseil Général de Vendée qu’un tribunal a demandé d’enlever à la demande d’une association pour montrer comment les symboles chrétiens peuvent devenir (et cela va sans doute s’accentuer à l’avenir) l’enjeu de revendications de type communautariste. Je défends la laïcité à la Française qui permet à chacun de pratiquer sa religion dans le respect des convictions des autres. Je défends la laïcité quand elle évite qu’une communauté puisse imposer ses propres règles dans l’espace public. Ainsi, j’ai été heureux de la loi limitant le port du voile islamique dans les écoles par exemple. Mais une loi ne peut être jugée bonne quand elle limite les propensions expansionnistes des autres et mauvaise quand elle limite les miennes. Oui, la crèche est un symbole chrétien. Et elle est devenue un symbole culturelle parce que la France était massivement chrétienne. Non, elle n’a rien à faire dans une mairie (je vous invite d’ailleurs à lire le billet de Laurent de Boissieu auquel je souscris entièrement). Pas plus qu’aucun autre symbole religieux juif ou musulman. Certes il y a des enragés de la laïcité prêts à émasculer quiconque montre une quelconque religiosité. Ne leur donnons pas trop d’importance. Certes on me rétorque que la France a des racines chrétiennes et qu’à ce titre la religion catholique a priorité sur les autres. Oui, la France a des racines chrétiennes, mais la France n’est plus chrétienne. Je le regrette, certains le déplorent, d’autres se lamentent tant et tant qu’ils n’ont qu’un rêve chimérique : faire renaître la France d’avant. Non pas tant par les vertus chrétiennes – humilité, charité, et tout et tout – mais par la reconquête des symboles. Et cette reconquête ne peut se faire qu’en faisant naître un sentiment communautariste chrétien (mais on voit ça surtout chez les catholiques), à défaut de pouvoir faire naître un vrai catholicisme communautaire. Je n’ai que faire de ces querelles autour de symboles. Mettre une crèche au milieu d’un village avait du sens quand 80% des personnes étaient chrétiennes et pratiquaient. Aujourd’hui, cela n’en a plus, c’est-à-dire que cela n’en a pas. Le communautarisme, fût-il catholique, m’attriste et je ne m’y reconnais pas. Tiens, vous voulez un exemple de ce symbole qu’on porte comme un étendard ? En voilà un :

Profs – J’avais cette semaine une réunion organisée par le lycée où ma fille est en classe de Première. Cette rencontre a lieu 1 fois par trimestre, celle du 1er trimestre est généralement très prisée des parents (voir la tête des profs, recueillir les premières impressions, etc.) Peut-on encore dire, dans cette France de 2014 qui passe son temps à trouver que tout va mal, que l’éducation ne fout pas le camp ? J’ai trouvé des professeurs qui savent se rendre disponibles quand il le faut, même à une heure assez tardive. Certes, cela n’a rien d’extraordinaire pour beaucoup de salariés. Mais reconnaissons donc que les profs savent aussi être là quand on le leur demande. J’ai surtout trouvé des personnes attentives aux élèves, à ce qu’ils sont, dans le respect et dans l’exigence. Respect de l’élève qui a des difficultés, qui n’y arrive pas ou qui se désintéresse de sa scolarité. Exigence pour tous les élèves, en fonction de leurs moyens, en essayant de les tirer vers le haut. J’entendais un peu ce qui disait à d’autres parents et élèves et je trouvais ça bien, humainement très juste (même quand l’élève prenait une « engueulade »). J’imagine que cette approche – et ce lien profs-élève- parents – est plus facile à mettre en œuvre dans un lycée de centre ville qui n’a pas de problèmes particuliers. Mais à force de les entendre décriés si souvent, j’ai juste envie de dire : oui, les profs valent bien mieux que ce qu’on peut en dire ou en lire !

Sur mon calepin – 8

photo_calepinsIrak  – On avait un peu tendance à oublier l’Irak et tous les Chrétiens spoliés, déplacés, tués, martyrisés. Le diocèse de Lyon a voulu que la Fête des Lumières se passe à Erbil et une délégation, emmenée par le Cardinal Barbarin, est partie là-bas. J’ai été étonné des réactions négatives que j’ai pu lire, réactions liées principalement à la campagne de communication qui a précédé le départ (avec le hashtag #ProjetDeFou sur Twitter). Pour être honnête, je considère cette campagne comme ratée, je n’en comprends même pas le but. La délégation aurait pu partir et se contenter de l’annoncer le jour même, puis tenir au courant ce que cela intéresse des moments vécus là-bas. J’ai au final trouvé que cette campagne avait un petit goût de : « Regardez-bien ce qu’on va faire, c’est assez génial, on est des mecs bien, vous allez voir ce que vous allez voir ». Rien de bien grave, j’y vois plus de maladresse qu’autre chose. Et surtout, cela ne doit pas ternir le fond du projet : soutenir les Chrétiens du Moyen-Orient. Et contrairement à ce que j’ai pu lire, aller là-bas n’empêche pas de soutenir d’autres causes, ici, chez nous.

Sarkozy – Ça y est, il est revenu. Moins triomphalement qu’espéré, mais il est là, à nouveau président de l’UMP dont il veut, parait-il, tout changer, y compris le nom. Faut-il en espérer quelque chose ? Son intervention le dimanche 30 novembre me laisse la même impression que naguère : sa façon de parler, sa gestuel, ses intonations tantôt câlines, tantôt cassantes, ne passent décidément pas. Et sur le fond, pas grand-chose de neuf. On sent que son problème est qu’il n’a pas encore compris pourquoi qu’il avait été battu en 2012, et qu’il veut sa revanche face à Hollande. Aux États-Unis, un perdant à l’élection présidentielle ne revient jamais (sauf dans le cas de Richard Nixon, dont on sait ce qu’il advint lors de son mandat). En France, les perdants semblent avoir toujours raison. En son temps, Giscard avait tenté lui aussi de revenir. Mitterrand et Chirac essuyèrent deux échecs avant d’être élus. Sarkozy a donc toutes ses chances. A condition qu’il parvienne à passer avec succès le cap de la primaire, promise pour 2016, ce qui est loin d’être acquis. Mais gageons qu’il a dû y penser et il est probable que la reconquête de l’UMP faisait partie de sa stratégie. J’ai l’impression que ses adversaires – Juppé, Fillon, Bertrand – ont négligé ce point. On saura dans quelques temps qui a eu raison, entre éviter d’être aux manettes de l’UMP ou s’être précipité pour en reprendre les rênes.

Dégooglisation – Google, tout le monde connait, entreprise innovante qui a révolutionné notre usage d’internet avec quelques innovations majeures : leur moteur de recherche, l’usage d’une boite email avec tant d’espace disque qu’il n’était plus nécessaire de la vider régulièrement pour être sûr de recevoir ses messages ou encore Google Earth et ses dérivés que sont Google Maps et Google Street. Et puis la start-up innovante est devenue une multi-nationale dont le pouvoir financier semble sans limites. Et Google tisse sa toile, encore et toujours. Je suis le premier à reconnaître que les produits Google sont performants et généralement bien pensés. Mais trop, c’est trop. Un journaliste de Rue89 avait tenté l’expérience, pendant une semaine, de bannir tout produit Google. Pari tenu, mais avec difficulté. Sans vouloir aller aussi loin, ni aussi vite, j’essaye de me « degoogliser ». C’est assez difficile en réalité et je me suis aperçu à quel point j’étais dépendant de leurs produits. Pour commencer, je n’utilise plus Google Chrome que j’ai remplacé par Firefox, un peu moins performant mais très acceptable. Pour ce qui est du moteur de recherche, j’utilise de plus en plus DuckDuckGo dont j’avais entendu du bien. Bonne surprise en réalité : certes la présentation des résultats est moins attrayante que celle de Google, certes la mise à jour des réponses semble plus longue (c’est un peu pénalisant pour les sites d’actualité), mais la pertinence globale est globalement très bonne. DuckDuckGo couvre donc environ 90% de mes besoins et ce n’est que rarement, quand je ne trouve pas quelque chose, que je bascule sur Google. Et c’est assez motivant de constater qu’on peut se délier de quelques chaînes (de l’habitude) que l’on a.

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photo_calepinsFranciscains – J’ai eu l’occasion de passer le week-end dernier aux Grottes de Saint Antoine, à Brive. Ces grottes étaient prisées par saint Antoine de Padoue qui y venait prier, à l’écart de la ville de Brive. C’est un lieu de pèlerinage toujours tenu par les Franciscains qui en assurent l’accueil et l’entretien. J’aime bien les Franciscains, il y a toujours chez eux cette simplicité dans l’accueil de l’autre, quel qu’il soit. Un des frères de la communauté nous expliquait que pour entretenir le vaste domaine, les bâtiments, faire les repas, les chambres, etc. il y a environ une centaine de bénévoles qui intervenait chaque année. Sans ces bénévoles, rien ne serait possible. Et sans la présence des Franciscains, ces bénévoles n’auraient pas de raison d’être. Superbe équilibre entre ceux qui donnent savent recevoir et ceux qui ont consacré leur vie à Dieu acceptent d’être aidés par leurs prochains. Il ne reste plus que 180 frères en France, environ 10 meurent ou sont obligés d’arrêter leur mission chaque année. Que restera-t-il de cette communauté dans 10 ans ? En attendant, je vous conseille ce lieu pour une retraite, en couple ou en famille. Leur site internet vous dira tout.

Fidélité – Si j’ai passé ce week-end aux Grottes de saint Antoine, c’était pour revoir des amis. Nous étions 4 couples et notre première rencontre, à l’aumônerie des étudiants de Toulouse, date de 1988. 26 ans donc que nous nous connaissons et que nous ne nous sommes jamais perdus de vue. Bien sûr, les contraintes familiales, les lieux de résidence différents ont réduit les fréquences de notre rencontre. Mais pouvoir se voir encore après tant d’années est assez réjouissant et cela fait chaud au coeur. A cette fidélité amicale répond aussi la fidélité de nos couples respectifs qui ont tous entre 18 et 25 ans de mariage. Là où j’ai pu voir la douleur des séparations, les divorces tumultueux (je crois assez peu au divorce paisible), voir cette stabilité donne aussi du baume au coeur. Hasard ? Ou réelle valeur du mariage chrétien qui offre des fondements suffisamment solides pour affronter les tempêtes ? Et tempêtes, il y eut : difficultés de travail, décès de proches, relations familiales difficiles et conflictuelles. Mais voilà, nous sommes encore là. Non pas fiers, ne se croyant pas supérieurs aux autres – au contraire, certaines épreuves rendent extrêmement humbles – mais simplement heureux de constater ces deux fidélités qui semblent se répondre l’une à l’autre.

Sivens – Un homme est mort, dans des circonstances douteuses. et cela est une tragédie. Peut-on encore parler de ce projet, contesté par les uns, défendu par les autres ? Je ne crois pas vraiment que le projet sera poursuivi, mais là n’est pas mon propos. La conscience écologique défendue par divers partis politiques et beaucoup d’associations nous incitent à nous poser la question, à chaque fois, de la pertinence de projets d’envergure, que ce soit une autoroute, une aéroport ou un barrage. Un mouvement se créé, celui de zadiste. Est zadiste, celui qui défend une ZAD, c’est-à-dire une Zone A Défendre. Et des zones à défendre, il y en a plein. Partout où un cm2 d’herbe est remplacé par un cm2 de bitume. Poser la question de la pertinence d’un nouvel ouvrage, de son impact écologique (et sur la biodiversité) est évidemment légitime. Poser la question de la manière ne l’est pas moins. Parmi les amis mentionnés ci-avant, l’un des couples est éleveur près d’Albi, mais en amont de Sivens, donc pas concerné par le futur barrage. Ils sont bien sûr horrifiés de ce qui s’est passé, mais défendent ce projet qui doit assurer la pérennité de 20 à 30 exploitations agricoles. A l’échelle nationale, cela est peu. Mais à l’échelle locale, c’est énorme. Hormis l’été 2014, les étés précédents ont été plutôt secs et les interdictions de pompage d’eau ont pesé fortement. Et puis ces exploitants agricoles subissent de plein fouet les variations des prix, que ce soit dans l’élevage ou l’agriculture [1]. L’angoisse est présente, parfois sourde, mais pesante : à combien vendra-t-on notre travail ? Il faut vivre ces aléas pour en savoir la difficulté (imaginez que votre salaire varie d’une année sur l’autre, dans des proportions assez fortes, -20 ou -30%, sans même que vous le sachiez à l’avance). Et ce projet a justement pour but d’assurer une alimentation en eau plus stable, et sans avoir à pomper dans les nappes phréatiques. Ils m’ont dit aussi – mais je ne l’ai pas vérifié – que le projet prévoyait le maintien d’une zone humide sur le lieu. Mais ce qu’ils vivent très mal, c’est d’être mis si souvent sur le banc des accusés (reconnaissons que c’est parfois avec raison), alors que beaucoup sont respectueux de la nature, entretiennent la terre et la font vivre. Et voir débarquer des zadistes, venus des 4 coins de la France, ne connaissant rien aux spécificités locales, ne les réjouit vraiment pas. Les agriculteurs, les éleveurs sont de moins en moins nombreux, mais ils n’en restent pas moins essentiels à notre pays. Qu’ils doivent faire des efforts est indéniable. Mais je ne crois franchement pas que la façon de faire de certaines associations écologiques fasse avancer leur cause.

  1. apparemment l’année 2015 s’annonce déjà comme difficile []

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photo_calepinsSynode – Je n’ai pas eu vraiment le temps de suivre tous les débats et autres rapports intermédiaires du synode sur la famille. Mais j’ai lu quelques uns des nombreuses réactions dont la toile s’est faite écho, chaque chapelle y allant de son interprétation, de ses souhaits et, il faut bien le dire, de ses propres fantasmes. Pour les Tradis, la chose est entendue, le Pape est un affreux moderniste, ils l’avaient bien dit, on en a une énième confirmation. Pour les progressistes, c’est gagné, on va enfin dépoussiérer l’Eglise de certains archaïsmes (sur les divorcés-remariés, sur les homos, etc.) J’aimerais qu’on revienne un peu sur terre, tant ce que je lis me semble loin de ce qui se vit dans les paroisses françaises (ou alors j’ai eu beaucoup de chance jusque là). D’abord, oui, l’Eglise accueille quiconque vient chercher du réconfort, quiconque qui se pose des questions, existentielles ou pas, qui est en recherche de Dieu (et des hommes et souvent d’elle-même). Je n’ai jamais vu quelqu’un est refoulé parce qu’homo, parce que divorcé, parce que divorcé-remarié. Même les pêcheurs comme moi sont admis, tolérés, voire acceptés. C’est dire ! Tout cela se fait dans le respect mutuel, respect qui vaut donc aussi pour la personne qui ose s’approcher. Et je peux témoigner que les personnes divorcés-remariés vivent plutôt bien la doctrine de l’Eglise en la matière quand ils se sentent accueillis et intégrés dans une paroisse. Tout n’est certes pas parfait, mais l’Eglise a, me semble-t-il, le souci constant d’accueillir. Et aucun dogme, aucune ligne du Magistère, à ma connaissance, n’empêche cet accueil. De quiconque.

Rencontre – J’allais à Rome lundi dernier. Me voilà « coincé » dans un groupe de pèlerins du Diocèse de Cahors. Ma voisine de rang porte un foulard explicite. Je sors mon ordinateur, ayant beaucoup de travail à finir avant mes réunions à venir. Puis au bout d’une demi-heure, je me décide à engager le dialogue : « Vous allez en pèlerinage au Vatican ? » « Oui, nous faisons de temps un pèlerinage diocésain ». La conversation s’engage, simple, bienveillante. Elle espère voir le pape lors de l’audience du mercredi. Je lui dis que, l’an dernier, avec ma famille, nous avions eu la chance de le voir, d’assez près. Elle était un peu surprise, je pense, de voir cet ingénieur travaillant sur des documents techniques, lui parler du Vatican, de Dieu et du pape. On ne s’est pas dit grand-chose. Mais ce peu était apaisant et bienfaisant. Juste prendre le temps de parler à nos congénères. Juste quelques minutes. Un (petit) moment de paix.

Mort – J’ai appris la mort de mon parrain hier. Les souvenirs affluent, ceux de mon enfance quand il m’emmenait promener dans sa 2CV vert pomme ou sa Méhari rouge. Ceux des repas et fêtes de famille. Nourrir sa nostalgie n’est pas toujours bonne, mais laisser couler quelques larmes fait aussi du bien. Et puis, aussi, malheureusement, les rancunes familiales qui ressortent, les haines recuites et recuites, et encore recuites, mais que certains ne peuvent s’empêcher de remettre sur le fourneau, « parce que, tu comprends, faut quand même pas oublier que … » Est-ce l’apanage des familles catholiques ou n’est-ce qu’une spécialité de ma famille ? Finalement, j’aime encore mieux nourrir ma nostalgie. J’ai visionné à nouveau un DVD compilant quelques uns de ses moments : ses fiançailles, son mariage (j’avais 7 ans), ses travaux dans sa maison, etc. Voilà mes larmes : voir mes grand-parents, mes parents jeunes, tous ces gens dont beaucoup sont morts. Sentir par l’émotion qu’une vie, ça file à toute vitesse, que c’est tant de choses et puis si peu, finalement. Pleurer un peu et puis se consoler en se disant que Dieu est là, à nous attendre, pour nous accueillir et nous consoler définitivement de tous nos chagrins.