Sur mon calepin – 17

photo_calepinsCrèches – On parle beaucoup de la recommandation de l’AMF [1], l’Association des Maires de France, de ne pas exposer de crèches dans les mairies, jugeant que cela contrevient à la laïcité. Y a-t-il lieu de s’en offusquer ? En tant que catholique, j’avoue que je m’en contrefiche. J’en avais déjà parlé, il y a presque un an déjà, pour y voir finalement une sorte de communautarisme catholique qui ne sied pas bien à cette religion. Ce qui m’importe, ce sont les crèches exposées dans les églises, et celle que nous faisons dans nos maisons. Qu’on interdise de mettre des crèches dans les mairies ne changera rien pour moi. Dans ce cas, je considère la crèche, sinon comme un objet de foi mais comme un objet relié à mon culte religieux. Et je pratique ma religion dans une paroisse et chez moi, pas dans la mairie de mon quartier !

Cependant, j’ai un peu évolué depuis 1 an et ce qui s’est passé les 7 janvier et 13 novembre n’y sont sans doute pas pour rien. Et si je me place, non plus comme catholique mais comme simple citoyen français, cette recommandation de l’AMF me laisse un peu pantois. Elle vient en réaction aux attaques meurtrières récentes et j’avoue ne pas bien voir le lien. Mais admettons. Admettons que la visibilité d’une crèche soit une entrave manifeste à la République – laïque, faut-il encore le préciser. En quoi cela a-t-il un lien avec les attentats ? Avec le djihadisme ? Avec Daesh ? Soyons un peu sérieux tout de même et arrêtons de croire qu’on résoudra la crise qu’on connait avec des succédanés de bonnes intentions.

État d’urgence – Des voix, de plus en plus nombreuses, s’émeuvent de l’état d’urgence qui ne serait pas si nécessaire sur une durée aussi longue (3 mois) et qui permettent à la police et à la justice d’avancer plus vite sur un certain nombre d’affaires. De rogner l’Etat de droit. De restreindre de manière dangereuse nos libertés individuelles. Pour être honnête, je crois volontiers que la situation nécessite un état d’urgence. Tous les spécialistes s’accordent à dire qu’il y aura d’autres attentats, qu’à l’heure où j’écris ces lignes, des gens en Syrie, en Belgique ou en France, fomentent les prochaines attaques qui tueront aveuglément, sans distinction. Alors oui, s’il faut que nos enfants puissent aller au concert, nos amis puissent aller prendre un verre en terrasse, nos parents prendre le métro sans risquer de se faire tirer à coup de Kalachnikov, alors oui, je suis prêt à restreindre mes libertés individuelles. Je suis prêt à ce qu’on vienne fouiller mes tiroirs et mes armoires, sous mon lit, dans mon garage, pour vérifier si je n’ai pas d’armes de guerre. Fouiller dans mes disques durs pour voir si je ne suis pas en train de converser avec des frères en Syrie. Oui, je suis prêt à cela. J’ajouterai aussi, d’ailleurs, que je ne vois pas bien, au final, quelles libertés individuelles me seraient refusées. Ce qui ne veut pas dire, bien évidemment, que cet état d’urgence ne doive perdurer au-delà du nécessaire, ni qu’il n’y ait aucun contrôle ni contre-pouvoir. Mais soit on se considère en état de guerre, et cela induit des contraintes inévitables, soit on laisse faire comme avant. Et dans 2 ans, Marine Le Pen est élue présidente.

COP21 – Cette conférence suscite plein d’espoirs. Ceux-ci seront sans doute vite tempérés par l’opportunisme des uns, la lâcheté des autres, la frilosité de tous. Mais réunir 140 chefs d’État pour tenter d’enrayer la spirale infernale du réchauffement climatique montrent déjà qu’une prise de conscience a été prise par la majorité. Comme l’expliquait très bien Nicolas Hulot au journal de 20h sur France 2 ce soir, sans cette conférence, nous aurions perdu définitivement la partie. Là, l’espoir de gagner est toujours là. Pour prendre une comparaison tennistique, nous sommes menés 2 sets à zéro, mais nous menons 1-0 dans le 3ème set. La partie est loin d’être gagnée, surtout quand l’on sait les montagnes qu’il faut déplacer. Convaincre les pays émergents de ralentir leur consommation d’énergie fossile, convaincre les lobbys industriels occidentaux – notamment aux USA – d’arrêter cette gabegie insensée, penser et développer l’après-pétrole et l’après-charbon ne sont pas des minces affaires. Mais il y a urgence. Car le réchauffement climatique tue, et va tuer encore plus. La bataille de l’eau sera terrible dans certaines régions, les déplacements de réfugiés climatiques ne se feront pas sans heurt. Alors espérons et prions pour que nos dirigeants prennent la mesure de l’urgence et aient le courage de braver les rétifs.

  1. la préconisation pour être plus précis, comme indiqué dans le vade-mecum sur la laïcité []

Sur mon calepin – 16

photo_calepinsViolences – Depuis la journée du 5 octobre 2015 durant laquelle 2 directeurs d’Air France ont été pris à parti par des salariés en colère, avec ces images frappantes du directeur des RH, chemise déchirée, torse nu, obligé d’escalader un grillage, de nombreux voix se sont élevées pour dire : « Rien ne justifie la violence » ou sa déclinaison « Rien ne doit justifier la violence ». Violence, il y eut, ce fut manifeste et il semble qu’une personne, un vigile je crois, a été sérieusement touché. De là, certains ont répliqué que cette violence, physique et manifeste, répondait à une violence plus sournoise, d’ordre psychologique et loin des regards. Est-ce faux ? Peut-on contester qu’un plan de licenciement est une violence faite aux milliers de salariés qui en feront les frais ? Mais là n’est pas mon propos, ce conflit étant trop complexe pour être abordé en quelques lignes. Ce qui m’a le plus étonné, ce sont ces voix de gauche – celles de Manuel Valls, du PS ou même de Jacques Attali – qui se sont jointes à celles, plus attendues sur le sujet, de la droite. La gauche (appelons encore comme cela le PS) renierait-il ce marqueur historique qu’est la Révolution Française ? Est-ce que Manuel Valls dirait aussi, pour ce qui concernent les insurgés de juillet 1789, que « rien ne justifie la violence » ? Au moins, de ce point de vue, J.L. Mélanchon et P. Laurent me paraissent plus cohérents avec eux-mêmes. La société est violente. Il y a les réactions épidermiques de certains – que je ne cautionne pas mais que je comprends – et puis il y a la violence, plus sourde et plus hypocrite, de l’Etat, des politiques et du monde du pouvoir. A vouloir aller trop loin dans la dérégulation, il faut s’attendre à ce genre d’événements !

Code du travail – Deux articles lus récemment (donc évidemment déjà dépassés ;-)) qui se sont étrangement télescopés. D’abord, la énième charge de l’inénarrable P. Gattaz qu’on pourrait ne considérer que comme un bouffon si on ne craignait pas, qu’un jour, il puisse être écouté par un Macron ou un Valls (nonobstant leurs dénis d’aujourd’hui). Vouloir aligner le contrat de travail sur le contrat de mariage, quand on voit comment la société considère le mariage, ne laisse rien augurer de bon (d’ailleurs, on pourra remarquer que ce n’est ni la fidélité, ni l’engagement de soutien mutuel qui sont mis en avant). Quant au code du travail, il va sans dire que ces gens-là n’ont plus qu’une envie : le supprimer. Leur travail de sape a déjà commencé et je crains qu’ils n’obtiennent gain de cause d’ici 10 à 15 ans.

L’autre article, c’est celui-ci. Où l’on apprend que – tiens comme c’est bizarre ! – les travailleurs du dimanche ne seront pas systématiquement payés double, comme cela était pourtant annoncé. Ce sera dégressif… Et pour que ce soit économiquement intéressant pour l’entreprise, il faudra que ce soit les mêmes qui s’y collent. Continuera-t-on alors à leur demander leur avis ? Où l’on voit les effets pervers (pour les salariés) des fameux accords de branche dont on nous vante actuellement tous les bienfaits !

Mais gardons espoir, le pire n’est pas toujours certain…

Sextape – « Manquant à la pudeur la plus élémentaire / Dois-je, pour les besoins d’ la caus’ publicitaire / Divulguer avec qui, et dans quell’ position / Je plonge dans le stupre et la fornication ? » chantait, il n’y a pas si longtemps G. Brassens. Aujourd’hui, non seulement on divulgue tout, mais on se filme en train de copuler. Quand je dis « on », je généralise sans doute à tort. Cet exercice semble surtout l’apanage des sportifs. Après l’épisode Manaudou, voici celui de Valbuena, avec le rôle trouble de Benzéma, attaquant vedette de l’équipe de France de football. Pourtant, cet article du Monde nous apprend que le chantage à la sextape n’est pas l’apanage des stars et qu’un danger guette les imprudents : le revenge porn. Vous vous filmez pendant vos ébats, ou vous filmez à l’insu de l’autre, ou vous êtes filmé à votre insu – là aussi, toutes les combinaisons semblent possibles – et une personne mal intentionnée s’empare de vos photos et films et exerce un chantage en menaçant de tout divulguer. Il me semble que notre époque est rongée de plus en plus par un narcissisme exacerbé, consenti par chacun pour exister sur les réseaux sociaux où l’on est rien si l’on ne se dévoile pas (voire si on ne dévoile pas tout). Oui, cette époque manque de la pudeur la plus élémentaire…

 

Sur mon calepin – 15

photo_calepinsLes chiffres – Je sais, on fait dire ce qu’on veut aux chiffres. Surtout quand on omet de les mettre en perspective. Or qu’est-ce qu’un chiffre si on ne sait pas à quoi il correspond ? Des chiffres, on en a eu récemment. En pagaille. A foison. A ne plus que savoir en faire. Tiens, les paysans ont obtenu 3 milliards d’euro d’aide en 3 ans. Pas mal. Je sais bien qu’aujourd’hui, on ne fait plus grand-chose avec 100 millions. Mais bon sang, 3 milliards donnés comme ça pour 50 tracteurs sur un périph’ ! Il y a quelques temps, la cour des comptes s’alarmait de l’augmentation du coût des demandeurs d’asile : 990 millions par an. Tiens, on y est presque au 3 milliards sur 3 ans. Exorbitant d’un côté, acceptable de l’autre ? Bizarre, bizarre. Où la cour des comptes nous apprend qu’un demandeur d’asile (non débouté) coûte 13724 euros par an, soit 37,6 euros par jour. Beaucoup, pas beaucoup ? Trop ? 3 milliards, c’est 72 865 demandeurs d’asile pendant 3 ans…

100 000 réfugiés sont arrivés en Europe par la Méditerranée pendant les 6 premiers mois de 2015. Cela semble énorme. Pourtant, comparer aux 450 millions d’habitants de l’Union Européenne, cela ne fait plus que 0.02%. 1 personne pour 4500 habitants. A l’échelle d’une ville comme Paris, cela fait 444 personnes.

Autre chiffre de la semaine : les 80 millions d’euro payés pour un joueur de foot par le club de Manchester United. Vraiment beaucoup ? Ce n’est finalement que le coût annuel de 5 829 demandeurs d’asile. Non déboutés. Soit 0,01% de la population française.

Les migrants – Après la bataille des chiffres, la bataille des mots (et des images). Faut-il les appeler migrants ou réfugiés ? Migrant, ai-je lu quelque part, permettrait de rétablir la vérité. Tous ne sont pas des réfugiés. Certains ne fuient pas la guerre ou la famine, ils viennent pour profiter de nos paysages, de nos femmes et de nos allocs ! D’autres – parfois les mêmes – nous rappellent qu’il ne faut pas se laisser émouvoir par quelques photos prises ça et là sur les rivages ou dans des camions autrichiens. Eh bien, je revendique le droit, si ce n’est le devoir moral, de me laisser émouvoir par ces pauvres, ces démunis de tout, ces opprimés qui n’ont d’autre salut que de fuir leur pays, leur terre ravagée, leur maison brûlée, leurs églises ou leurs mosquées incendiées, non pas pour profiter d’un système, non pas pour l’envie de vivre ailleurs, mais pour SURVIVRE. Que la question de leur accueil soit plus que délicate, j’en suis le premier convaincu. Est-ce que la seule perspective pour endiguer ces vases communicants est de monter des murs le long de nos frontières ? N’y a-t-il aucun mécanisme de solidarité à mettre en œuvre ? Tiens, soyons fous, n’y a-t-il aucune action à entreprendre en amont, pour que ces migrants puissent rester chez eux et y vivre paisiblement ? Un monde à revoir, sans nul doute.

Le programme du FN – Allez, je vais encore me faire quelques amis. On me reprochera sans doute de revenir sur l’invitation de M. Maréchal-Le Pen par le diocèse de Toulon, que je trouvais troublante (et désolé, cette invitation ne passe toujours pas). Parmi les arguments que j’ai entendus – et Dieu sait s’il y en eut – j’ai entendu avec une certaine stupeur celui qui laisse accroire que, finalement, le programme du FN est sans doute le plus proche de la doctrine de l’Église catholique. MMLP a d’ailleurs commencé son intervention en rappelant ce point et, bien sûr, l’assistance l’a applaudi. Et de citer l’avortement, l’euthanasie et le mariage pour tous. L’avortement ? Pas un mot dans le programme de Marine Le Pen pour la présidentielle de 2012. Qu’en dit MMLP : « Soyons clairs, le Front National n’est pas pour l’abrogation de l’avortement. Il n’a jamais été question de renvoyer les femmes aux « aiguilles à tricoter » comme nous le reprochent des adversaires de mauvaise foi. » L’euthanasie ? Quelques communiqués que vous trouverez là. On attendra, si jamais F. Hollande décide à appliquer sa proposition 21, de voir alors la position du FN. Le mariage pour tous ? Marine Le Pen annonce qu’elle abrogera la loi si elle accède au pouvoir. Là aussi, on verra bien ce qu’il en est à l’heure du programme pour 2017. Bref, j’ai du mal à comprendre qu’on puisse voir dans le programme du FN une proximité forte avec la doctrine sociale de l’Église. A moins de considérer que le mariage pour tous l’emporte sur tout autre sujet. Ce serait triste si c’était le cas…

 

Sur mon calepin – 14

photo_calepinsGrèce – Je n’ai pas suivi tous les détails de la crise grecque, dont on perçoit déjà qu’elle est loin d’être achevée. Que d’enseignements peuvent être tirés de ces derniers mois ! Le premier d’entre eux, dont on parle assez peu finalement, est la prison dorée que constitue l’endettement. Cela semble évident, que ce soit au niveau individuel ou au niveau d’un Etat, et pourtant une fuite en avant sans fin s’organise savamment. Une dette importante nous lie à nos créanciers. Une dette immense nous rend totalement esclave du bon vouloir des créanciers. Ce qui est la situation de la Grèce : 300 milliards d’euros de dette, presque 200% de son PIB, tout le monde sait qu’elle ne pourra jamais la rembourser. Et pourtant, me semble-t-il, toutes les discussions sembl(ai)ent être basées sur un remboursement de la dette (ou du moins une partie). Que la France, avec un endettement qui frôle les 100% de son PIB (et qui vient encore d’augmenter), se garde bien de donner des leçons : qui dit si, dans 10 ou 20 ans, nous ne serons pas là où la Grèce en est aujourd’hui ? Un autre élément intéressant fut les cries d’orfraie à propos de l’organisation du referendum. Certes, on voyait bien la manœuvre politique de Tsipras (mais lui restait-il une alternative ?) mais j’ai vu des réactions horrifiées, du style : « un referendum, quelle horreur ! » Triste conception de la vie démocratique où demander l’avis du peuple semble être un outrage.  J’ai été aussi surpris de voir à quel point le dogme de l’euro semble imprégner tous les esprits. Je suis partisan de cette monnaie unique, commune, qui donne des atouts à l’Europe, et donc à la France. Mais bon sang, ne peut-on pas accepter qu’un pays veuille en sortir ? Ou bien doit-on considérer que l’engagement dans la zone euro est une voie sans retour ? Là encore, triste vision de la démocratie européenne. Enfin, et c’est le sentiment le plus triste, quel manque de solidarité avec la Grèce et les grecs ! Oui, la Grèce a fait des erreurs, lourdes, qu’elle n’a pas su corriger à temps par manque de volonté, par déni de la réalité (ça ira mieux demain), par dévoiement des élites. Mais comment ignorer la souffrance des plus pauvres (encore et toujours eux) ? Pourquoi ne pas avoir effacé une partie de la dette, dans un geste de solidarité européenne, comme cela se fait pour tant d’autres pays ? Dommage, c’eût été une démarche de grandeur.

Affaire Lambert – Difficile de juger, de l’extérieur, le déchirement de la famille. Difficile de se mettre à la place de l’épouse, des frères, des parents, si l’on n’a jamais vécu cette situation. Je me garderais donc bien de critiquer l’un ou l’autre des membres de la famille. Je fais partie de ceux qui considèrent que la vie prévaut, que toute vie mérite d’être vécue. Je me demande comment on peut envisager de mettre fin à une vie de cette façon-là ? Car il s’agit d’arrêter d’alimenter Vincent en boisson et en nourriture jusqu’à ce que mort s’ensuive (voilà de quoi il s’agit lorsque les medias parlent de l’arrêt des traitements). Est-ce là un geste de médecin ? On nous dit que cela ne fera pas souffrir Vincent car, dans son état, la sensation de faim et de soif est, sinon annihilée, du moins très atténuée. Mais alors, s’il ne souffre pas, pourquoi ne pas le laisser en vie ? Pourquoi, au lieu de promouvoir l’euthanasie, ne pas mettre en place des structures d’accueil pour ces personnes-là ? Est-ce si compliqué ? Pour le coup, je serais entièrement d’accord d’augmenter la dette française si cela permettait le développement de telles structures d’accueil (et pour d’autres handicaps aussi).

Marchandisation – Après la GPA avec laquelle on se demande encore pourquoi des gens de gauche sont si indulgents (du fric contre un gosse, faisant fi de tout lien entre la mère et l’enfant porté, l’exploitation, en Inde ou ailleurs, de femmes pauvres, eugénisme larvé, …), un autre exemple de la marchandisation du corps : l’affaire du planning familial américain qui vendrait des tissus fœtaux. Ainsi, ce qui nous est présenté comme une belle émancipation des femmes devient un simple histoire de fric et de commerces. Comme la prostitution. Comme sans doute l’euthanasie est aussi perçue par certains. Esclavage moderne, parfois pire que l’esclavage ancien qui a été aboli il y a 200 ans : pire parce que larvé dans la bonne conscience de beaucoup, pire parce que promu au nom du progrès (qui est contre le progrès ?), pire parce qu’on se demande comment on pourra faire pour s’en affranchir…

Sur mon calepin – 13

photo_calepinsSchismatique un jour, schismatique toujours – Mgr Williamson a donc décidé de sacrer un évêque, l’abbé Faure, en ce jour de la saint Joseph. Mgr Williamson est tristement connu pour avoir nié l’existence de chambres à gaz. Il a été exclu de la FSSPX en 2012, non pas à cause de ses propos et idées nauséabondes, mais pour avoir critiqué et s’être opposé à Mgr Fellay, le Supérieur général de la Fraternité. Comme quoi, les Tradis ont le droit et le devoir de critiquer le Pape et les évêques français, mais pas le Supérieur général. Bref. Rappelons aussi que Mgr Williamson a été ordonné prêtre en 1975 par Mgr Lefebvre et sacré évêque en 1988 (en même temps que Mgr Fellay donc) par le même Mgr Lefebvre. Beau fruit donc. Le sacre d’aujourd’hui a peu d’importance pour le catholicisme romain, si ce n’est qu’il met en exergue le positionnement de plus en plus difficile de la FSSPX. Qui, bien sûr, condamne ce sacre. Avec une bonne dose d’hypocrisie et de circonvolution pour expliquer que les sacres de 1988 et celui d’aujourd’hui n’ont rien à voir. Elle s’auto-légitime (« La Fraternité Saint-Pie X réaffirme que l’état actuel de nécessité dans l’Eglise légitime son apostolat de par le monde« ) mais dénie aux autres de faire ce qu’elle a fait elle-même. Comment demander à ses ouilles l’obéissance quand elle-même a pratiqué la désobéissance ? C’est exactement ce qui se passe avec Mgr Williamson. Un jusqu’au-boutiste de la Tradition, comme le fut Mgr Lefebvre en son temps. Le problème qui va se poser à la FSSPX dans les années à venir (ou plus probablement dans les prochaines décennies) sera de faire face à la disparition de ses 3 évêques (qui ont 70, 58 et 57 ans respectivement). Si aucun rapprochement n’a lieu avec Rome d’ici-là, l’un des 3 évêques sera alors obligé de sacrer s’il veut faire perdurer la Fraternité. Et un communiqué nous expliquera alors tout le bien-fondé de la démarche…

Tradiland à la mort – Mardi dernier, France 3 diffusait « Au nom des fils » [1], un téléfilm basé sur la triste affaire de l’abbé Cottard. Vous savez, c’est ce prêtre tradi (de la FSSPX) qui avait négligemment laissé des scouts prendre la mer, fatigués, mal équipés et par avis de grand vent. Quatre y ont trouvé la mort, plus un jeune homme qui a voulu leur porter secours. Téléfilm un peu inégal (scénario assez mou, mais très belle interprétation de Léa Drucker), mais qui décrit assez bien le milieu tradi, tel que je l’ai connu (voir ma série de billets sur le sujet) : milieu reclus sur lui-même, considérant qu’un prêtre est forcément un saint à qui on n’a pas de compte à demander, refus de se remettre en question, etc. Si ces enfants sont morts, c’est que Dieu l’a voulu et ce pauvre prêtre n’y est pour rien ! Et puis, il fallait bien en faire des hommes. Des vrais. Pas des mauviettes. Cette ambiance, c’est celle que j’ai connu dans ce minuscule groupe de scouts marins, affiliés à Saint Nicolas du Chardonnet, auquel mes parents m’avaient inscrit. Rigidité dogmatique des prêtres d’un côté, rigidité comportementale des fidèles de l’autre. Et cette pauvre mère, éplorée, qui ne se remet pas de la perte de son fils et qui ose demander des explications à l’abbé qui en était responsable.

Lutter contre le FN – A l’approche des élections départementales de 2015, Manuel Valls et un certain nombre de leaders socialistes ont choisi la surenchère contre le FN. Je ne partage pas grand-chose des idées du FN et j’espère que Marine Le Pen ne sera pas au second tour en 2017. Mais franchement, j’ai l’impression que si on voulait faire monter le score du FN, on ne s’y prendrait pas autrement. Jeter, encore et encore, l’anathème contre les électeurs de FN, voilà ce que la classe politique dit depuis des décennies. Les authentiques fachos du FN doivent aujourd’hui représenter à peine 1 ou 2 % des 25% ou plus que regroupe le FN. Les électeurs du FN, ce sont des ouvriers, (qui votaient naguère PS ou PC), des salariés, des agriculteurs, souvent des gens humbles, qui se sentent délaissé. Qui n’en peuvent de subir la crise économique, les plans de licenciement, les incivilités quasi-quotidiennes, le mépris de la classe politique. Deux choses reviennent souvent dans les arguments de ces électeurs désabusés : 1) pourquoi continuer à voter pour le PS ou l’UMP ? C’est la même politique et nos problèmes ne changent pas, ils s’accentuent même ; 2) le FN s’intéresse, lui, justement, à mes problèmes. Cette déconnexion entre les élites et les citoyens augmente de plus en plus. Le FN profite de l’espace. Manuel Valls disait l’autre jour en parlant du FN : « Vous n’êtes ni la République, ni la France« . Je pense qu’un électeur du FN a encore plus envie de voter FN quand il entend des propos de ce genre. Parce qu’il considère, à raison, qu’il fait autant partie de la République et de la France qu’un électeur du Front de Gauche. Parce que face aux échecs patents du quinquennat actuel, parce qu’il a déjà testé l’UMP tendance Sarkozyste, il se dit que, finalement, le FN peut résoudre ses problèmes. Et que nous soyons plusieurs à penser que ce ne sera pas le cas n’y change rien. Les prochaines élections risquent d’être, de ce point de vue, extrêmement claires.

  1. encore visible ici []

Sur mon calepin – 12

photo_calepinsTristesse de la chair – Ce qui est dingue et proprement effarant dans le déballage des soirées libertines de DSK, au Carlton de Lille ou ailleurs, c’est de se dire que cet homme a été l’un des plus puissants de la planète (en temps que directeur du FMI) et qu’il aurait pu être président de la République. On imagine très bien à quoi aurait servi certains salons de l’Élysée ! Et en lisant les articles relatant la posture de DSK – sereine semble-t-il, à l’image de ce qu’il est, un peu hautaine quoi – on sent quand même la morgue du dominateur, du chasseur convulsif, du gars qui doit absolument posséder. Bien peu d’égards pour ces filles dont il ne savait apparemment pas qu’elles étaient prostituées. Mais qui devaient, semble-t-il, se comporter comme des prostituées. C’est-à-dire en acceptant tous les désirs, fussent-ils dévoyés, de cet homme. Cela en dit long sur sa façon de considérer l’autre, les autres, les femmes notamment. Il se réfugie – ou essaye – derrière l’image du libertin, pour qui baiser 10 nanas en 2 heures représente le summum de la fête et de la joie. C’est une autre image en réalité qui me vient en lisant les comptes-rendus du procès : la chair est vraiment triste quand l’amour est absent. Alors, heureusement, à côté de ces filles perdues et outragées, il y a des hommes et des femmes qui sont là, pour les aider. Pascale Robert-Diard du Monde a rendu un bel hommage à l’un d’entre eux, un diacre : « Et soudain, la dignité s’est exprimée« .

Amour ? – Comme un triste écho mercantile au procès du Carlton, voici que débarque au cinéma les 50 nuances de gris dont le faramineux succès du livre donne une idée de la hauteur d’esprit de nos contemporains. Je n’irai pas voir le film, je n’ai pas lu le livre et j’évite de lire les articles y faisant référence. Mais enfin, difficile d’y échapper. Est-ce cela l’amour ? Et évidemment, comme un malheur n’arrive jamais seul, voici la Saint Valentin qui se profile, avec son cortège d’emails envoyés par paquet depuis 3 semaines pour nous inciter à faire des cadeaux pour prouver notre amour. Et chaque année, cela revient, chaque fois un peu plus fort. Est-ce cela l’amour ? Le Carlton, le film gris nuancé, la Saint Valentin, les affiches Gleeden, tout cela donne une image bien triste de l’amour. Et que la société s’en satisfasse me rend l’humeur maussade…

Récollection – Heureusement, au milieu de cette morosité, notre paroisse organise chaque année une récollection. Tous les paroissiens (enfin ceux qui veulent ou qui peuvent) partent donc en retraite. Cela fait plusieurs années que nous allons à Notre-Dame de Garaison, lieu d’apparitions mariales, et dont on va fêter cette année le 500e anniversaire. Nous étions presque 120 cette année. Je vous souhaite vraiment de pouvoir vivre un tel moment qui offre, le temps d’un week-end, une véritable bouffée d’oxygène. Apprendre à connaître les autres paroissiens, vivre la fraternité, partager ensemble, prier, tout cela fait un bien fou. La chair est triste, mais l’esprit est assurément joyeux !