Adieu réseaux sociaux

Connect or not Connect?

Il y a 2 types de décisions. Celles que l’on prend rapidement, à l’instinct, et celles que l’on prend après les avoir ressassées, malaxées, triturées dans tous les sens pendant longtemps.

La décision que je viens de prendre entre dans la deuxième catégorie.

Depuis des mois, je me pose la question : faut-il rester présent sur les « réseaux sociaux » ? Qu’est-ce que j’y apporte ? Et surtout, qu’est-ce que cela m’apporte ?

Commencer à se poser ces questions est déjà significatif en soi. Et, après une lente maturation, cette évidence : il est temps, maintenant, pour moi, de délaisser ces réseaux sociaux.

Et permettez-moi de donner quelques explications.

Rester ou Partir ?

J’ai ouvert ce blog il y a 10 ans, en 2009. J’ai rejoint Twitter et Facebook quelques années plus tard, respectivement en 2011 et 2013. Mes motivations ? Au départ, écrire, partager quelques idées, échanger avec d’autres. Et les réseaux sociaux me permettaient, du moins le croyais-je, d’amplifier cette présence en lui donnant une visibilité qu’un seul blog personnel ne peut avoir.

J’ai sans doute moins que d’autres couru après une recherche effrénée de visibilité. J’ai très rarement partagé des choses personnelles et intimes, me réfugiant derrière ce pseudonymat auquel je tiens pour diverses raisons. Mais je me suis rapidement rendu compte que, pour exister sur Twitter, il fallait être constamment présent. Or j’ai émis 2 tweets par jour en moyenne quand d’autres en sont à 2 à 3 par heure. Trop peu en terme de présence. J’ai aussi appris que, pour exister, il fallait polémiquer, art pour lequel certains excellent.

Bref, que ce soit par un naturel réticent (et peut-être aussi une inadaptation d’ordre générationnel), mon malaise a grandi sans que pour autant je l’exprime précisément, du moins pendant un temps.

Depuis que cette réflexion a commencé d’infuser lentement dans mon cerveau, un des arguments que je me donnais pour rester présent sur les réseaux était lié au lectorat que cela m’amenait. Et effectivement, à chaque publication de billets, j’observais un pic de fréquentation. Oh si peu ! Et si éphémère ! Mais enfin, cette vaguelette était suffisante pour me convaincre de rester encore un peu. Car, je dois bien l’avouer, me l’avouer : on n’écrit jamais uniquement pour soi-même (sinon je garderais mes écrits dans un journal totalement personnel). Cette quête inavouée de lecteurs était une des mauvaises raisons qui me convainquaient de rester.

Il y a certes des différences entre Twitter et Facebook, et j’ai aussi hésité à délaisser le premier au profit d’un usage exclusif du second. Et si Twitter privilégie l’immédiateté et une pensée binaire, et que le second atténue quelque peu ces effets permettant au moins une expression moins simplifiée et non réduite à 280 caractères (et encore, il y a peu, elle était contrainte à 140 caractères), Facebook n’échappe pas non plus aux critiques.

Trop, c’est trop

Je ne vais pas détailler tous les travers que l’on peut dénoncer dans ces réseaux sociaux. Ces gigantesques « bistrots du commerce » offrent certes un peu de convivialité mais génèrent beaucoup de frustration. Une opinion est émise ? Elle est aussitôt vilipendée. Certains voient le verre à moitié plein ? Immédiatement, on vient leur expliquer qu’ils sont des imbéciles de ne pas le voir à moitié vide. Toute pensée se réduit à une bipolarisation effrayante : pour ou contre, j’aime ou je n’aime pas, bien ou pas bien, etc. Et la communauté catho n’échappe malheureusement pas vraiment à ces travers.

Il y a bien eu des aspects positifs. J’ai noué quelques liens virtuels, dont certains ont fait l’objet d’une rencontre réelle dont j’ai été heureux. J’ai eu quelques échanges privés, partageant des choses personnelles, et là aussi, ce fut enrichissant. Mais ces cas qui se comptent sur le doigt d’une main ne compensent pas le reste et ne doivent pas faire oublier qu’une relation uniquement virtuelle est éminemment superficielle et factice. Facile de nouer un lien, encore plus facile de le dénouer, sans donner raison.

Un autre élément qui m’a longtemps retenu fait partie des avantages présumés d’internet et amplifiés par les réseaux sociaux : la collecte d’information. Et il est vrai que, pendant longtemps, je me suis tenu informé par les réseaux sociaux. Mais là aussi, et c’est encore peut-être une question générationnelle, j’ai de plus en plus de mal avec cette vitesse effrénée qui veut qu’une info chasse l’autre, que le scandale du jour balaye celui de la veille, qu’on zappe l’autre quand on en a marre. Depuis une bonne année je n’y trouve plus mon compte. J’ai repris la bonne vieille méthode : sélectionner les sites qui m’intéressent, m’y abonner et porter mon attention sur un nombre réduit de sites, c’est-à-dire au nombre que mon cerveau est capable d’ingurgiter. Je passe certes sans doute à côté de quelques pépites, mais j’évite au moins maintenant tout ce qui me pollue.

Les raisons d’un départ

Il y a en réalité deux raisons décisives qui ont achevé de me faire prendre cette décision : la perte de temps et la pente glissante des mauvais penchants.

A la recherche du temps perdu

Le sentiment de perdre mon temps. Même si, comme je l’ai écrit plus haut, j’ai été modérément impliqué sur ces réseaux, cela représente un temps précieux que je décide aujourd’hui d’allouer à l’essentiel : faire, autant que possible, des choses qui donnent du sens à ma vie. Hors Twitter et Facebook, loin de donner du sens à ma vie, ont plutôt eu l’effet inverse : m’éloigner de l’essentiel.

Je n’ai jamais évalué le nombre de minutes que je passais sur Twitter et Facebook, mais cela devait se chiffrer entre 1 et 3 heures par jour, à coup de 5 minutes par ci, 10 minutes par là. Ces minutes, ces heures méritent mieux que de suivre des invectives ou des inepties. Ce temps perdu, j’ai pris conscience qu’il devenait impératif de l’occuper à mieux. Lire à nouveau, plus et mieux, prier, plus et mieux, voir des films, m’adonner à quelques passe-temps et, qui sait, me remettre à écrire de manière plus constante. [1]

Se tenir loin des polémiques

L’autre raison touche à ce que j’appelle la pente glissante des mauvais penchants. Je ne veux plus continuer à alimenter les polémiques stériles, à asséner en quelques mots une vérité, toute légitime que je la considère. Je ne veux plus fulminer en lisant des tweets agressifs ou des posts qui réduisent une opinion à rien. J’ai essayé autant que possible de m’extirper de cet écueil, mais je n’ai pas réussi. J’ai, moi aussi, contribué à ce que je n’aime pas. Et quand je vois les polémiques qui naissent en un rien de temps, alimentées par des gens qui ont prouvé par ailleurs qu’ils pouvaient avoir une pensée élaborée, je n’ai plus aucun doute sur le fait que Twitter nous entraîne, malgré nous, sur cette pente glissante. Certains y résistent mieux que d’autres, certes, mais je ne crois pas qu’ils y échappent vraiment.

Merci pour ces moments

Alors voilà, toutes ces raisons m’ont amené à cette décision libératoire de supprimer mes comptes Twitter et Facebook. Cela ne changera rien pour les quelques personnes qui me suivaient sur Twitter, ou qui étaient mes « amis » sur Facebook. Mais cela changera beaucoup de choses pour moi.

Je ne veux pas finir ce billet sans saluer quelques personnes inconnues avec qui j’ai pu tisser ce lien, même embryonnaire, sur la toile et les remercier de l’attention qu’elles ont pu me porter : Sylvia N., Corine M., Charles V., Fabien P., Isabelle B. (sur Facebook).

Au revoir et, qui sait, à bientôt.

  1. je ne mentionne pas le temps consacré aux autres car même si j’ai bien conscience que je peux faire plus et mieux, les réseaux sociaux n’ont fort heureusement jamais eu la priorité sur ce temps-là []

Lettre ouverte (et bienveillante) aux prêtres

Chers prêtres,

Cela fait un certain temps que je voulais vous écrire et puis mille choses ont retardé cette missive. On attend, on se dit qu’il y a plus important, jusqu’à ce que la terrible actualité me rappelle à l’ordre : deux prêtres ont décidé de mettre fin à leur jour en l’espace de quelques semaines. Un suicide laisse toujours une part d’incompréhension pour ceux qui restent. Et cette part est d’autant plus grande quand le geste est commis par une personne qui porte l’espérance du Christ.

Alors, je saisis mon clavier pour mettre des mots sur mes sentiments et vous dire que nous sommes nombreux à vous aimer et à avoir besoin de vous, que vous êtes même, pour un certain nombre certes peu nombreux, indispensables à nos vies.

Je sais que nous, paroissiens réguliers, vous menons la vie dure, entre nos acrimonies, notre volonté de faire ce que, nous, nous voulons, notre façon de vous consommer sans retour. Oui, nous sommes trop souvent durs, trop souvent indifférents, trop souvent inutilement critiques. Bref, pas toujours à la hauteur de ce que doit être un chrétien en paroisse.

 

Aux moments-clés de la vie

Une relation se fait et se construit à deux et j’ai trop souvent rencontré quelques uns de vos frères prêtres qui étaient cassants, distants, voire colériques, bien loin de l’image de douceur du Christ. Mais sans aller jusqu’à ces cas extrêmes, il y a les affinités, ce courant qui passe ou ne passe pas, et, ça, on n’y peut pas grand chose. Mais au final, hormis quelques relations difficiles ou impossibles, j’ai eu la chance de rencontrer des prêtres bienveillants et vous m’avez permis d’avancer sur ce chemin de vie et de foi.

L’essentiel pour moi, c’est que j’ai besoin de vous. Vous êtes comme des piliers dans ma vie. Que j’évite parfois, contre lequel il m’arrive de fulminer de se trouver là au beau milieu du chemin que je veux prendre (c’est amusant comme on se rend compte a posteriori que les piliers sont souvent bien placés), mais auxquels je me réfère, parce qu’ils sont là, points stables dans une vie qui ne l’est pas toujours.

Quand je regarde en arrière, vous avez toujours été là à un moment ou à un autre de ma vie : vous, prêtres de mon enfance, tradis et en soutane, souvent sévères et fermés. Mais je garde néanmoins le souvenir de l’abbé D. qui venait manger parfois le dimanche à la maison : il était d’une grande gentillesse et d’une grande humanité. Vous, prêtres en jean et pull à col roulé qui m’avez permis de dépasser les apparences. Vous, prêtres brillants dont les enseignements théologiques m’ont ébloui. Vous, prêtres attentionnés dont les paroles m’ont réconforté. Et puis, et ce n’est pas rien puisque c’est l’essentiel de votre sacerdoce, vous, prêtres, qui m’avez donné des sacrements, lien invisible et pourtant réel entre Dieu et moi.

Alors au prêtre de mon baptême, à celui de ma première communion, de ma confirmation, à celui qui a célébré mon mariage, je dis merci, merci du fond du cœur. Merci à ce prêtre qui est venu prié avec moi au chevet de ma mère quelques heures avant son dernier souffle.

Merci pour tous ces moments où je peux affirmer que si vous n’aviez pas été là, je me serais senti un peu plus seul.

 

Solitude extrême

Nous sommes d’accord pour admettre que cette période-là n’est pas facile à vivre. Y en a-t-il eu d’ailleurs, des périodes faciles à vivre ? Mais ce n’est pas à vous que je vais apprendre que le Christ nous a clairement expliqué que le suivre n’est pas facile. Entre la désertion des paroissiens, la déchristianisation quasi-achevée de l’Europe occidentale, cette haine envers vous et, peut-être pire encore, cette indifférence, il y a de quoi désespérer.

Vous, prêtres des villes, êtes un peu mieux lotis, et encore, je sais comme cela dépend de quelle ville, de quel quartier et de quelle paroisse vous êtes. Mais vous, prêtres des campagnes, vous qui vous estimez heureux de n’avoir que 30 clochers alors que certains en ont en charge 50, 60 ou même 70, je sais vos difficultés. Combien de kilomètres parcourus, combien de liens forcément dilués dans l’espace et le temps, combien de solitude ?

Ah la solitude ! La voilà, le fléau qui peut vous gangrener, vous qui n’aviez pas, j’en suis sûr, la vocation d’ermites. Solitude qui fait broyer du noir, qui impose de facto un repli sur soi, et qui vous incite à chercher parfois une tendresse bien légitime. Oui, nous ne prenons pas assez en compte que vous avez, vous aussi, besoin de relations humaines qui ne se bornent pas à se dire bonjour et au revoir du bout des lèvres sur le parvis de l’église.

Comme je regrette, dans les différentes paroisses où je suis passé, d’avoir moi aussi contribuer à cette solitude, de ne pas avoir essayer de savoir si vous alliez bien, de ne pas vous avoir plus souvent inviter à venir manger à la maison.

 

Suspicion

Et puis, puisqu’il ne faut pas l’éluder, il y a ce terrible problème de la pédophilie qui vous touche aussi, même si vous n’avez rien à vous reprocher. Qui nous touche tous. J’ai assez écrit ici toute l’horreur que m’inspire ces actes et la responsibilités de l’institution quand elle préférait se protéger plutôt que d’écouter les victimes, pour pouvoir dire que je comprends votre désarroi devant l’opprobre systématique qui est jetée parce que quelque uns, certes trop nombreux, sont des pervers manipulateurs. Opprobre trop facile, mais qui permet à certains de se payer l’Église à bon compte. Image-t-on d’ailleurs mettre dans le même sac tous les éducateurs sportifs ou de colonies, tous les professeurs, parce que certains de leurs collègues ont fauté ? Non, bien sûr.

On attend finalement bien plus de vous que d’un entraineur de foot ou d’un éducateur de colonie. Et je crois que, d’une certaine manière, cette exigence est bon signe. Là est la grandeur de votre sacerdoce et se dire qu’on attend encore quelque chose de vous est réconfortant. Mais là est aussi votre fardeau, car on accepte encore moins l’ignominie quand elle est commise par une personne qui s’est mise dans les pas du Christ. Et pourtant, vous, comme les autres, avez droit à la justice, la présomption innocence et … au pardon.

Encore faut-il aussi dire et répéter que l’immense majorité des prêtres n’a absolument rien à se reprocher et que, pour ceux-là, la suspicion qui s’étend est difficile à vivre. Et je pense aussi à vous prêtres qui avez flirté avec l’interdit, sans jamais le franchir : j’imagine les ravages d’une justice aussi injuste qu’expéditive, parce que, toujours et partout, certains aimeront laver plus blanc que blanc.

 

Besoin de vous !

Alors, chers prêtres, oui, cette période est difficile. Mais y en eut-il jamais de facile ? Mais elle est aussi porteuse d’espoir parce que dans un monde qui ne sait plus vraiment où il va, je reste persuadé qu’il aura toujours besoin, et encore plus demain qu’aujourd’hui, de guides, de phares, de piliers. De pasteurs.

Nous aurons, tous ensemble, de nombreux défis à relever pour que notre Eglise soit plus accueillante, plus belle, plus joyeuse, porteuse de paix et d’espérance. Mais si vous avez besoin des laïcs pour mener à bien vos actions, n’oubliez pas que, nous laïcs, avons aussi grandement besoin de vous.

Alors, de grâce, si vous vous sentez défaillir, si vous vous sentez seuls, dites-le ! Manifestez-vous ! N’ayez peur ni de votre évêque, ni de vos paroissiens, ni de vos frères prêtres. L’époque du prêtre surhomme, omniscient et sans faille est révolu. Et je suis persuadé que vous trouverez autour de vous une belle âme qui vous aidera, qui vous aimera et qui vous permettra de vous remettre en chemin. Et la vocation de nous autres chrétien, c’est bien de continuer à parcourir le chemin plutôt que de s’y arrêter définitivement.

Voilà, chers prêtres, ce que je voulais vous écrire. Et si ces quelques mots pouvaient mettre un peu de baume au coeur de ceux qui se sentent seuls et désemparés, ma joie serait grande !

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Pédophilie : où en sont les cellules d’écoute dans chaque diocèse ?

Photo by Ban Yido on Unsplash

J’ai regardé, lors de sa diffusion en mars 2018, le documentaire « Pédophilie : un silence de cathédrale« . Je m’étais ému l’an dernier dans ce billet, suite à l’émission Cash Investigation, de l’inertie apparente de l’Eglise sur la difficile gestion des cas de pédophilie.

Ce documentaire m’a laissé le même goût amer avec le sentiment, diffus mais tenace, que l’Eglise de France ne fait pas encore tout ce qu’il faut pour lutter contre la pédophilie. Comme je l’ai déjà écrit dans le billet pré-cité, je n’attends pas de l’Eglise qu’elle traque et débusque elle-même les pédophiles qui sont, au demeurant, des personnalités manipulatrices et qui savent mieux que quiconque passer entre les gouttes.

Mais là où j’attends que l’Eglise soit irréprochable, c’est dans l’écoute de la parole des victimes et la tolérance zéro vis-à-vis des prêtres ou religieux pédophiles. Or s’il est avéré que les lignes bougent, grâce notamment à l’association La Parole Libérée,  et que certains évêques ou institutions ont pris la mesure du problème (coup de chapeau à l’évêque d’Orléans, Mgr Blaquart, cité en exemple dans le documentaire), si le pape François, suite à son voyage au Chili, semble avoir mieux pris en compte ce fléau, l’écoute des victimes et la sanction des fautifs, il est malheureusement manifeste qu’on est encore trop souvent dans le déni et la protection de ceux qui sont des violeurs d’enfants.

Et il semble encore difficile pour l’Eglise d’accepter de regarder les victimes en face. Le refus, relaté par le père Joulain, d’inviter une victime lors de la conférence des évêques à Lourdes montre bien le chemin qu’il reste à parcourir.

Alors, suite au visionnage du documentaire Pédophile, un silence de cathédrale, j’ai voulu voir où en était les fameuses cellules d’écoute qui devaient être mises en place dans chaque diocèse. J’ai voulu voir si les mots de Mgr Pontier (« Conscients que nous pouvons faire mieux et davantage, nous voulons mettre en place les moyens de l’écoute, du soutien, de l’accompagnement pour que les attentes et besoins de chaque victime puissent être entendues ») avaient été suivis d’effet.

Et les résultats, me semble-t-il, sont encore loin de ce qu’on est en droit d’espérer pour une Eglise qui se veut proche des plus faibles.

 

La méthodologie

J’ai voulu vérifier quelques points simples :

  1. Est-ce qu’une cellule d’écoute a été mise en place dans chaque diocèse ?
  2. Est-ce que les informations relatives à cette cellule se trouve facilement sur le site internet du diocèse?

J’ai donc pris la liste des 93 diocèses fournis par le site de L’Eglise catholique en France, et j’ai visité chacun des 93 sites diocésains. Seul un, en travaux, n’a pas été évalué (celui du diocèse de Troyes).

Pour faire cette vérification, j’ai noté les résultats pour chacune des étapes décrites ci-dessous. La même démarche a été appliquée pour tous les sites internet, sans distinction. Cette évaluation a été effectuée en 2 temps : début avril, un premier recencesement a été fait. Puis, lors du week-end du 9 & 10 juin 2018, tous les sites ont été revus. Au moins, si cela n’empêche peut-être pas quelques erreurs, au moins cela tend-il à les minimiser.

La procédure était donc composé des étapes suivantes :

  1. Est-ce que cette information est directement accessible depuis la page d’accueil du site ? En général, il s’agit d’un encart sur lequel on peut cliquer et qui ouvre une page dédiée ou qui renvoie vers le site Lutter contre la pédophilie
  2. Si je ne trouve pas d’information sur la page d’accueil, je parcours les menus du site qui sont proposés : est-ce qu’un des intitulés m’indique que je pourrais accéder à l’information recherchée ?
  3. Enfin, en cas d’échec aux étapes 1 & 2, j’ai utilisé le champ Recherche sur le site en tapant le mot : « pédophilie » (et uniquement ce mot, j’aurais pu y adjoindre le mot « cellule »)

Donc, c’est uniquement lorque l’étape 1 est infructueuse que je passe à l’étape 2, et uniquement lorsque l’étape 2 est infructueuse (et donc la 1 aussi) que je passe à l’étape 3.

Dans le tableau présenté plus bas, voici comment interprété les valeurs de chaque colonne:

  • Page d’accueil : « Oui » si l’information est accessible depuis cette page, « Non » dans le cas contraire
  • Via Menu : si « Non » dans le cas précédent, les Menus sont inspectés: « Oui », si l’intitulé d’un menu est explicite et donne accès à une page, « Non » si rien n’est trouvé
  • Recherche : est-ce que la recherche sur le site par mot-clé « pédophilie » amène à une page du site ou au site Lutter contre la pédophilie; lorsque la recherche renvoie vers des actualités, diocésaines ou nationales, la réponse « Non » est attribuée, mais cela est mentionné en commentaires
  • Page spécifique site : « Oui » si une page spécifique a été trouvé sur le site, « Non » dans le cas contraite. A noter : les sites qui renvoient uniquement vers le site Lutter contre la pédophilie se voient attribuer « Non » pour ce champ. Une page spécifique est une page, voire quelques mots dans certains cas, indiquant qu’une cellule a été mise en place au niveau diocésain
  • Courriel : est-ce qu’une adresse courriel spécifique au diocèse est fourni ? l’email national paroledevictimes(arobase)cef.fr n’est pas pris en compte ici
  • Téléphone : est-ce qu’un numéro de téléphone spécifique au diocèse est fourni ? Le numéro de téléphone national n’est pas pris en compte
  • Commentaires

Résultats

Les résultats sont globalement décevants. Un peu plus de la moitié (60.4%) des 92 diocèses évalués proposent une information dédiée sur leur site. Seulement 40 diocèses sur 92 (43.5%) fournissent une information explicite sur la page d’accueil de leur site. Je n’ai pas établi de statistiques sur la taille de chaque diocèse ni établi des corrélations entre ces résultats et la taille de chauqe diocèse., mais on note beaucoup de « petits » diocèses ou des diocèses « ruraux » parmi les mauvais élèves (Auch, Albi, Blois, Saint Flour, etc). Cependant, certains « gros » diocèses sont clairement à la traîne eux aussi : Créteil, Montpellier, Nanterre, Nice ou Paris ne fournissent aucune information sur leur page d’accueil !

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Quelques statistiques pour résumer l’état des lieux :

  • Sites n’ayant aucune information en page d’accueil 56.5% 56.5%
  • Parmi ceux-si, sites dont aucun menu ne donne accès à l’information 88.5% 88.5%
  • Parmi ceux-ci, sites dont la fonction « Recherche » ne donne rien 50% 50%

Quelles difficultés ?

Il n’y a évidemment aucune difficulté technique à insérer ou relayer une information sur un site internet. J’ai d’ailleurs été agréablement surpris par la qualité de réalisation de la plupart des sites (seuls moins d’un quart semble utiliser des technos web un peu anciennes). Par ailleurs, certains des sites, qui ne mettent aucune info sur la pédophilie, publient sans difficulté sur la problématique bio-éthique (qui apparait dans une grande proportion des sites) ou pour appeler aux dons !

La difficulté réside dans le fait de mettre en place une cellule d’écoute, ce qui suppose d’avoir des moyens pour … écouter, comprendre, savoir réagir. Et je comprends que cela soit difficile pour les « petits » diocèses. Mais est-ce qu’en pareil cas, renvoyer vers le numéro du secrétariat est opportun ? Je ne le pense pas, même si l’intention est louable (peut-être que le dit secrétariat renvoie ensuite vers une cellule d’écoute … qui n’est pas mentionnée sur le site !).

Seuls 58% des diocèses proposent une adresse email dédiée et seulement 35% un numéro d’appel. C’est compréhensible pour les petits diocèses. Cela l’est moins pour les diocèses de Nantes ou Strasbourg qui ne proposent pas de numéro de téléphone.

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des sites ne fournissent aucune information

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des sites proposent une adresse email

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des sites proposent un numéro de téléphone

Bilan

Comme je l’écrivais plus haut, je trouve ce bilan mitigé et il m’a déçu. Quelques gros diocèses semblent être très frileux sur le sujet, beaucoup de petits semblent s’en désintéresser, Le minimum qu’on puisse attendre est de relayer l’information du site Lutter contre la pédophilie.

Mais le plus incompréhensible pour moi, c’est de constater que 23 diocèses sur 92 (soit 25% tout de même) ne fournissent pas l’once d’une information sur ce sujet. Désintérêt ? Résidus de cette culture du secret et de la protection des clercs ? Je ne sais, mais cela prouve qu’il reste encore du travail !

Faut-il avoir peur de Dieu ?

Quand j’étais enfant, ma grand-mère me racontait souvent l’histoire bien connue de ce jeune berger, un peu farceur, qui faisait croire aux villageois que le loup arrivait, alors que ce n’était pas vrai. Une fois, deux fois. La troisième fois, plus personne ne se déplaça, croyant encore à une farce du jeune berger. On le retrouva alors, lui et son troupeau, déchiqueté par le loup.

Les époques changent et la vision que l’on a de Dieu évolue : secours, protection, peur du châtiment, tout y est passé. La vision de Dieu qu’ont les hommes au travers des âges dit beaucoup de ce que vivent les hommes et de ce qu’impulse l’Église. La peur de Dieu ressemble finalement à cette fable. A trop faire peur avec Dieu, l’Église ne s’est-elle pas lourdement fourvoyée ?

 
 
 
 
 
 

 

Dieu, justicier implacable

Pendant longtemps, elle a misé sur la peur. De là, une vision assez corsetée de ce que doit être la vie terrestre, avec ses interdits, ses lignes à ne pas franchir, ses codes de bonne conduite à respecter. Faute de quoi, le feu de l’enfer était promis au récalcitrant.

Je peux parler un peu de la peur de Dieu puisque je l’ai expérimentée. J’ai été élevé dans cette idée que Dieu scrutait chacun de mes gestes, tenant compte de tout, des grandes comme des petites choses. Cette longue liste des écarts de conduite (aurais-je imaginé à cette époque que Dieu puisse – aussi – comptabiliser les bonnes choses ?) me terrifiait un peu. Mais puisqu’il en était ainsi, puisque Dieu était tout-puissant, qu’Il voyait tout, il fallait bien que je m’y fasse. Et que la punition viendrait tôt ou tard (à l’image des yeux de Dieu dans le film de W. Allen dont j’ai parlé ici).

D’ailleurs, Jésus n’a-t-il pas été clair ? Combien de véhémentes exhortations ne trouve-t-on pas dans les évangiles ? N’a-t-il pas promis le feu de la Géhenne à ceux qui fauteront ? « Serpents, engeance de vipères, comment éviteriez-vous d’être condamnés à la géhenne ? » (Mt 23, 33) ou encore « Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges. » (Mt 25, 41)

Je pourrais citer de multiples paroles de l’Ancien Testament qui corroborent cette vision d’un Dieu parfois vengeur et plein de colère et dont les hommes sages ont bien raison de se méfier.

On me parlait alors de la crainte de Dieu assez simplement : je devais avoir peur de Dieu et de son jugement implacable.

 

 

Jésus a-t-il fait peur ?

Aujourd’hui, l’Église – du moins celle en Occident – tient un discours quasiment à l’opposé. Le péché (originel), la faute, l’erreur, les écarts de conduite, sont mis au second plan tandis que l’amour de Dieu pour les hommes, sa bienveillance, son infinie patience sont mis en avant. Comment ce Dieu d’amour, infiniment miséricordieux, pourrait-il encore inspirer la crainte?

Il ne nous parait aujourd’hui que trop évident qu’une foi basée sur la peur ne serait en réalité que très éloignée des valeurs évangéliques et de l’enseignement de Jésus. Est-ce qu’un enfant qui a peur de ses parents les aime ? Il leur obéit sûrement, les respecte peut-être, mais il ne les aime sûrement pas. Réciproquement, des parents qui suscitent la peur chez leurs enfants les aiment-ils ? Non, en aucune manière, et sûrement pas de cet amour gratuit et désintéressé que Jésus nous a commandé d’avoir.

Écoutons et regardons Jésus (et donc par là même le Père) et ce que nous en disent les Évangiles. Jésus a-il suscité la peur ? L’incompréhension, oui, souvent. L’exaspération, parfois. Il a été haï, calomnié, broyé sous le poids de la haine. Mais jamais il n’a fait peur ou joué sur la peur, pas plus avec la femme adultère, la Samaritaine ou quiconque qui venait à lui.

La magnifique parabole de l’enfant prodigue (Lc 15,11-32) nous en donne une autre illustration. L’histoire de ce fils cadet qui dilapide son bien, se vautre dans la débauche, se retrouve affamé et privé de tout et qui décide alors de retourner chez son père va pourtant tellement à l’encontre de nos réactions humaines. Ce père l’accueille alors à bras ouverts et organise même une fête pour ce fils perdu et retrouvé. Combien de fois ai-je entendu des réactions assez vives concernant l’attitude de ce père, jugé trop bienveillante et, pour tout dire, un peu trop laxiste ? « Moi, si mon fils me fait la même chose, je lui demanderai des comptes ! Et, qui plus est, hors de question de lui organiser une fête ! ».

Ces personnes, qui font une lecture au premier degré de cette parabole, sont souvent ébranlées quand on leur explique que ce père est notre Père. Quoi ? Dieu est donc comme cela ? Vraiment ? Oui, c’est comme cela que Dieu est avec nous. Même aujourd’hui, instinctivement, les images d’un Dieu sévère et implacable persistent. Mais après la lecture de cette parabole, peut-on encore avoir peur de ce Père si miséricordieux?

 

L’amour vrai n’aime pas la peur

 Dieu ne cherche pas à nous faire peur pour une raison simple : quelqu’un qui a peur n’est pas libre puisqu’il est justement prisonnier de cette peur. Or l’amour (vrai) suppose la liberté. Sans cette liberté, rien de réellement évangélique ne peut advenir. Dieu nous aime, veut que nous allions à Lui, mais nous laisse libre. Cette liberté est fondamentale et c’est pourquoi, entre autres exemples, l’Église s’assure qu’un catéchumène demande bien librement le baptême, ou que l’on vérifie que deux fiancés s’engagent vraiment librement l’un envers l’autre.

Des peurs, j’en ai à foison. Peur de mourir, peur de manquer, peur de ne pas être à la hauteur. Et, vis-à-vis de Dieu, si j’ai une crainte, c’est celle de ne pas être à la hauteur des exigences de l’Évangile, de ne pas faire fructifier suffisamment les talents qui m’ont été donnés, de donner trop souvent et trop constamment libre cours à mon orgueil et à mon égoïsme. Oui, je crains d’être jugé sévèrement, car je ne veux pas oublier les paroles « embêtantes » prononcées par Jésus (et citées plus avant).

Mais, et c’est là une évolution notable de ma foi, je suis confiant que le Père m’accueillera comme le fils prodigue que je suis, confiant comme un enfant se jette dans les bras de ses parents parce qu’il sait qu’ils l’aiment, qu’ils vont lui pardonner ses fautes et qu’ils veulent son bien.

 Oui, je n’ai plus peur de Dieu.

Le scandale de la pédophilie dans l’Église

La récente émission « Cash Investigation » a remis en lumière le scandale de la pédophilie dans l’Église. Oui, il s’agit d’un scandale et, oui, l’Église n’en a pas encore fini avec ce scandale. J’ai relu ce billet de 2010, et j’ai malheureusement le sentiment que peu de progrès ont été accomplis…

Tordons d’abord le coup aux critiques concernant le format de l’émission elle-même. Oui, le ton est parfois, trop souvent même, arrogant. Oui, la façon qu’a Élise Lucet de demander des comptes en 2 secondes, sur des dossiers éminemment complexes, est agaçante. Oui, il y a un petit côté « procureur » de la part des journalistes dont on sent bien qu’ils aimeraient rendre la justice, là, tout de suite. Oui, on sent bien que le montage de l’émission est parfois à charge. Oui, tout cela est vrai et tout cela est agaçant.

Mais cela pèse-t-il devant les faits rapportés ? La forme de l’émission est peut-être à revoir, mais est-ce une raison pour persévérer dans le déni de la pédophilie au sein de L’Église ?

La pédophilie, une faute immense

L’Église, on le sait, n’est pas parfaite. Les prêtres sont des hommes, et donc des hommes faillibles. Oui, l’Église prône le pardon et la miséricorde. Malheureusement, de tout cela, je vois surtout un amalgame indigeste et répugnant : Indigeste pour la grande majorité des catholiques, répugnants pour les victimes.

Alors reprenons dans l’ordre.

La faute vient évidemment d’abord de celui qui viole (et les attouchements entrent dans la catégorie « viol »). On ne pourra sans doute jamais éviter ce genre de déviance au sein de l’Église. Une meilleure formation et un meilleur discernement doivent permettre de limiter en nombre le nombre de prêtres ayant ces penchants, mais il y en aura toujours qui passeront les mailles du filet, ne soyons pas naïfs. Par contre, il est inadmissible que, dans la hiérarchie, certains fassent tout pour camoufler, étouffer, au nom du pardon et de la deuxième chance. Cette façon de faire est révoltante et manque gravement à la justice : en étouffant une affaire, on renvoie l’agresseur et l’agressé dos à dos, ce qui est bien peu miséricordieux. Donner systématiquement la priorité au prêtre, à son image, à l’image de l’institution, sont autant de crachats lancés à la face des victimes qui, elles, n’ont finalement.pour seule voie que celle du silence.

Le reportage a démontré, de façon convaincante, les transferts de prêtres dans d’autres diocèses et dans d’autres pays afin de les soustraire à la justice. Là aussi, quelle honte !

A l’argument du « ce sont des hommes, ils sont donc faillibles », une seule réponse : la justice des hommes doit alors s’appliquer sans sourciller et je ne vois aucune raison qui justifierait de s’y soustraire.

La miséricorde et la pardon. Oui, l’Église s’honore, à la suite de Jésus et du message évangélique, de mettre en avant la miséricorde et le pardon. Mais de grâce, arrêtons de dévoyer ces 2 principes. La miséricorde doit d’abord, et en premier lieu, s’adresser aux victimes. En contribuant à nier les faits, à camoufler, à étouffer, agit-on comme le Christ le souhaiterait ? Le pardon doit d’abord être demandé aux victimes : « Pardon, mille fois pardon, qu’en notre sein vous ayez eu à subir l’infâme ! ».

Faut-il alors, comme le voudrait certains, que la miséricorde et le pardon ne s’appliquent pas aux fautifs ? Bien sûr que non. Oui, le prêtre pédophile a droit, lui aussi, à être pardonné et à recevoir la miséricorde de Dieu et des hommes. Mais est-ce vraiment lui rendre service que de le soustraire à la justice en le transférant d’Afrique en Italie, ou de France vers l’Argentine ? Dans le reportage, on voyait 2 journalistes annoncer à un prêtre pédophile, « planqué » dans une maison religieuse, qu’une de ses victimes africaines s’était suicidée… Dites-moi où est la miséricorde dans ce cas ? J’ai pour ma part du mal à la voir.

Reste le besoin, comme cela a été dit dans le reportage, de ne pas laisser dans la nature des gens dont la perversité s’est déjà manifestée. La responsabilité suppose donc une étroite coopération entre la justice civile et l’institution ecclésiale.

Lutte contre la pédophilie, tout reste à faire

Nous, catholiques, ne nous voilons pas la face. Il reste un travail énorme au sein de l’Église pour que, plus jamais, on puisse dire qu’Elle protège les violeurs d’enfants. La pédophilie est une abjection. Camoufler des faits pédophiles est une autre abjection. Comment l’Église qui peut (ou a pu) avoir un discours « moraliste » sur les mœurs a-t-elle pu faire preuve de tant de mansuétude envers les prêtres pédophiles ? Corporatisme malsain ? Refus de la justice des hommes ? Incompréhension de la gravité de la faute ? Cela reste un mystère pour moi.

En préambule, je disais que peu de progrès ont été accomplis. C’est injuste. Une lente prise de conscience émerge peu à peu. On trouve une page dédiée sur le site de l’Église Catholique en France. Mgr Barbarin a demandé publiquement pardon pour ses fautes en tant que responsable. Pour ce qui est du diocèse de Toulouse, une cellule d’écoute pour les victimes ou les témoins a été récemment mise en place. Ces cellules d’écoute, mise en place dans de nombreux diocèses, semblent commencer à porter du fruit, comme en témoigne cet article.

Mais c’est encore, malheureusement, insuffisant et, semble-t-il, encore bien peu répandu dans d’autres pays ou continents.