Connect or not Connect?

Il y a 2 types de décisions. Celles que l’on prend rapidement, à l’instinct, et celles que l’on prend après les avoir ressassées, malaxées, triturées dans tous les sens pendant longtemps.

La décision que je viens de prendre entre dans la deuxième catégorie.

Depuis des mois, je me pose la question : faut-il rester présent sur les « réseaux sociaux » ? Qu’est-ce que j’y apporte ? Et surtout, qu’est-ce que cela m’apporte ?

Commencer à se poser ces questions est déjà significatif en soi. Et, après une lente maturation, cette évidence : il est temps, maintenant, pour moi, de délaisser ces réseaux sociaux.

Et permettez-moi de donner quelques explications.

Rester ou Partir ?

J’ai ouvert ce blog il y a 10 ans, en 2009. J’ai rejoint Twitter et Facebook quelques années plus tard, respectivement en 2011 et 2013. Mes motivations ? Au départ, écrire, partager quelques idées, échanger avec d’autres. Et les réseaux sociaux me permettaient, du moins le croyais-je, d’amplifier cette présence en lui donnant une visibilité qu’un seul blog personnel ne peut avoir.

J’ai sans doute moins que d’autres couru après une recherche effrénée de visibilité. J’ai très rarement partagé des choses personnelles et intimes, me réfugiant derrière ce pseudonymat auquel je tiens pour diverses raisons. Mais je me suis rapidement rendu compte que, pour exister sur Twitter, il fallait être constamment présent. Or j’ai émis 2 tweets par jour en moyenne quand d’autres en sont à 2 à 3 par heure. Trop peu en terme de présence. J’ai aussi appris que, pour exister, il fallait polémiquer, art pour lequel certains excellent.

Bref, que ce soit par un naturel réticent (et peut-être aussi une inadaptation d’ordre générationnel), mon malaise a grandi sans que pour autant je l’exprime précisément, du moins pendant un temps.

Depuis que cette réflexion a commencé d’infuser lentement dans mon cerveau, un des arguments que je me donnais pour rester présent sur les réseaux était lié au lectorat que cela m’amenait. Et effectivement, à chaque publication de billets, j’observais un pic de fréquentation. Oh si peu ! Et si éphémère ! Mais enfin, cette vaguelette était suffisante pour me convaincre de rester encore un peu. Car, je dois bien l’avouer, me l’avouer : on n’écrit jamais uniquement pour soi-même (sinon je garderais mes écrits dans un journal totalement personnel). Cette quête inavouée de lecteurs était une des mauvaises raisons qui me convainquaient de rester.

Il y a certes des différences entre Twitter et Facebook, et j’ai aussi hésité à délaisser le premier au profit d’un usage exclusif du second. Et si Twitter privilégie l’immédiateté et une pensée binaire, et que le second atténue quelque peu ces effets permettant au moins une expression moins simplifiée et non réduite à 280 caractères (et encore, il y a peu, elle était contrainte à 140 caractères), Facebook n’échappe pas non plus aux critiques.

Trop, c’est trop

Je ne vais pas détailler tous les travers que l’on peut dénoncer dans ces réseaux sociaux. Ces gigantesques « bistrots du commerce » offrent certes un peu de convivialité mais génèrent beaucoup de frustration. Une opinion est émise ? Elle est aussitôt vilipendée. Certains voient le verre à moitié plein ? Immédiatement, on vient leur expliquer qu’ils sont des imbéciles de ne pas le voir à moitié vide. Toute pensée se réduit à une bipolarisation effrayante : pour ou contre, j’aime ou je n’aime pas, bien ou pas bien, etc. Et la communauté catho n’échappe malheureusement pas vraiment à ces travers.

Il y a bien eu des aspects positifs. J’ai noué quelques liens virtuels, dont certains ont fait l’objet d’une rencontre réelle dont j’ai été heureux. J’ai eu quelques échanges privés, partageant des choses personnelles, et là aussi, ce fut enrichissant. Mais ces cas qui se comptent sur le doigt d’une main ne compensent pas le reste et ne doivent pas faire oublier qu’une relation uniquement virtuelle est éminemment superficielle et factice. Facile de nouer un lien, encore plus facile de le dénouer, sans donner raison.

Un autre élément qui m’a longtemps retenu fait partie des avantages présumés d’internet et amplifiés par les réseaux sociaux : la collecte d’information. Et il est vrai que, pendant longtemps, je me suis tenu informé par les réseaux sociaux. Mais là aussi, et c’est encore peut-être une question générationnelle, j’ai de plus en plus de mal avec cette vitesse effrénée qui veut qu’une info chasse l’autre, que le scandale du jour balaye celui de la veille, qu’on zappe l’autre quand on en a marre. Depuis une bonne année je n’y trouve plus mon compte. J’ai repris la bonne vieille méthode : sélectionner les sites qui m’intéressent, m’y abonner et porter mon attention sur un nombre réduit de sites, c’est-à-dire au nombre que mon cerveau est capable d’ingurgiter. Je passe certes sans doute à côté de quelques pépites, mais j’évite au moins maintenant tout ce qui me pollue.

Les raisons d’un départ

Il y a en réalité deux raisons décisives qui ont achevé de me faire prendre cette décision : la perte de temps et la pente glissante des mauvais penchants.

A la recherche du temps perdu

Le sentiment de perdre mon temps. Même si, comme je l’ai écrit plus haut, j’ai été modérément impliqué sur ces réseaux, cela représente un temps précieux que je décide aujourd’hui d’allouer à l’essentiel : faire, autant que possible, des choses qui donnent du sens à ma vie. Hors Twitter et Facebook, loin de donner du sens à ma vie, ont plutôt eu l’effet inverse : m’éloigner de l’essentiel.

Je n’ai jamais évalué le nombre de minutes que je passais sur Twitter et Facebook, mais cela devait se chiffrer entre 1 et 3 heures par jour, à coup de 5 minutes par ci, 10 minutes par là. Ces minutes, ces heures méritent mieux que de suivre des invectives ou des inepties. Ce temps perdu, j’ai pris conscience qu’il devenait impératif de l’occuper à mieux. Lire à nouveau, plus et mieux, prier, plus et mieux, voir des films, m’adonner à quelques passe-temps et, qui sait, me remettre à écrire de manière plus constante.1

Se tenir loin des polémiques

L’autre raison touche à ce que j’appelle la pente glissante des mauvais penchants. Je ne veux plus continuer à alimenter les polémiques stériles, à asséner en quelques mots une vérité, toute légitime que je la considère. Je ne veux plus fulminer en lisant des tweets agressifs ou des posts qui réduisent une opinion à rien. J’ai essayé autant que possible de m’extirper de cet écueil, mais je n’ai pas réussi. J’ai, moi aussi, contribué à ce que je n’aime pas. Et quand je vois les polémiques qui naissent en un rien de temps, alimentées par des gens qui ont prouvé par ailleurs qu’ils pouvaient avoir une pensée élaborée, je n’ai plus aucun doute sur le fait que Twitter nous entraîne, malgré nous, sur cette pente glissante. Certains y résistent mieux que d’autres, certes, mais je ne crois pas qu’ils y échappent vraiment.

Merci pour ces moments

Alors voilà, toutes ces raisons m’ont amené à cette décision libératoire de supprimer mes comptes Twitter et Facebook. Cela ne changera rien pour les quelques personnes qui me suivaient sur Twitter, ou qui étaient mes « amis » sur Facebook. Mais cela changera beaucoup de choses pour moi.

Je ne veux pas finir ce billet sans saluer quelques personnes inconnues avec qui j’ai pu tisser ce lien, même embryonnaire, sur la toile et les remercier de l’attention qu’elles ont pu me porter : Sylvia N., Corine M., Charles V., Fabien P., Isabelle B. (sur Facebook).

Au revoir et, qui sait, à bientôt.

  1. je ne mentionne pas le temps consacré aux autres car même si j’ai bien conscience que je peux faire plus et mieux, les réseaux sociaux n’ont fort heureusement jamais eu la priorité sur ce temps-là []