emprunté au site LE CH’TI BETHUNOIS

J‘ai commencé ce billet avant que n’éclate ce qu’on appelle le #PénélopeGate, mais qui est avant tout un #FillonGate. Difficile d’éluder cette affaire qui jette, une fois de plus, une ombre destructrice sur la démocratie française et ses mœurs ; j’y reviens donc en fin de billet.

Etre dans le système et se dire anti-système

Il est de bon ton aujourd’hui, cela semble même être une mode dans le discours politique, de se revendiquer « anti-système ». Comme si cette martingale répétée et répétée servait à la fois à rallier le plus grand nombre et de programme politique. Or si cette posture a effectivement un écho certain d’un point électoral, on est évidemment loin du compte quand il s’agit, pour toute ligne politique d’être anti-système. Et alors que ce discours était essentiellement l’apanage des extrêmes, voilà que les partis non extrémistes s’y adonnent aussi.

Il y a déjà, originellement, un mensonge éhonté car la plupart des hommes politiques qui tiennent ce discours fait partie du système. Intégralement. Ils en ont profité et profitent toujours de ce système, pourtant subitement tant décrié. Est-ce parce que face au FN, qui tient ce discours depuis longtemps [1], on ne sait rien opposer ?

Le discours « anti-système » est porté par des personnalités de premier plan, dont certaines ont accédé au pouvoir, d’autres en sont proches. Quelques exemples.

Donald Trump anti-système ? Lui le milliardaire aux multiples sociétés, lui l’homme des médias ?

Emmanuel Macron anti-système ? Lui, l’ancien élève de l’ENA, l’ancien inspecteur des Finances, l’ancien banquier d’affaires de chez Rostchild & Cie, l’ancien ministre de l’Économie ?

François Fillon anti-système ? Lui, le député élu depuis 1981, lui plusieurs fois ministre, lui le Premier Ministre le plus longtemps resté à Matignon après Georges Pompidou ?

Marine Le Pen anti-système ? Elle, la fille de millionnaire, elle ayant passé sa jeunesse à Saint-Cloud, banlieue chic s’il en est, dans le « château » de Montretout ?

On pourrait en citer d’autres, je me restreins aux plus éminents actuellement. Mais ces quelques exemples suffisent à montrer la duperie intellectuelle sous-jacente à ce discours « anti-système ».

Une crédibibilité bien défaillante

On imagine bien les divers conseillers en communication peaufinant l’argumentaire en fonction des parts de marché « accessibles » et retombant invariablement sur ce leitmotiv : « Vas-y coco, présent-toi comme anti-système, c’est ce que le bon peuple attend ! ». Le bon peuple ! Celui dont on ne se préoccupe vraiment qu’une fois tous les 5 ans. Et celui, malheureusement, qui croit à ce discours « anti-système » comme on croit à un remède miracle pour tous les problèmes qui l’assaillent.

Alors que faudrait-il pour que ce discours anti-système soit un tant soit peu crédible ? J’imagine qu’on peut vivre et travailler sous les ors de la République et avoir un vrai souci du bien commun. Même si cela est probablement plus difficile. Tout comme Jésus a annoncé qu’il était plus difficile aux riches d’entrer dans le Royaume des Cieux. Non pas impossible, mais plus difficile.

Mais épouser la cause du peuple contre les élites supposerait de vivre ce que le peuple vit et je commencerais à donner quelque crédit à ce discours « anti-système » le jour où ces messieurs/dames passeront des heures dans les transports en commun pour rejoindre un travail qui leur permet à peine de quoi vivre, quand ils connaîtront le stress des rendez-vous à Pôle Emploi, quand ils sauront ce que c’est qu’une fin de mois qui commencent le 20, voire même avant, quand ils vivront la galère des gardes d’enfants, quand ils renonceront encore une fois cette année à partir en vacances parce que la voiture les a lâchés et qu’il leur est impossible de la remplacer.

Quand ils se heurteront vraiment au système et non pas quand ils en profitent.

Je ne suis pas dupe du populisme étriqué qui feint de croire que tout se résoudrait parce que les politiques vivraient en banlieue, prendraient les transports en commun ou payeraient leurs factures de téléphone. Non bien sûr, mais je ne suis pas dupe non plus de ce gouffre qui les séparent d’une vie « normale », celle que vivent peu ou prou la quasi-totalité des Français.

La vie des Français les indiffère-t-elle à ce point ? Seul l’accès au pouvoir – et son corollaire : s’y maintenir – semble compter. Et ce pouvoir, si attractif déjà par lui-même, offre tant d’avantages, tant d’à-côté, qu’on comprend sans difficulté la volonté d’y perdurer et d’en profiter.

Le cas Fillon

Venons-en au cas Fillon. Plus je lis ce qu’en dit la presse, plus je l’entends lui, plus j’entends ses soutiens (ô combien maladroits), et moins je lui trouve d’excuses. Bien sûr, évitons la naïveté de croire que cette affaire est fortuite. Elle ne l’est pas, c’est évident [2]. Évitons aussi la naïveté de penser qu’il est un cas isolé et que la démocratie française sera propre lorsque le cas Fillon sera réglé judiciairement, d’une manière ou d’une autre.

Mais là n’est pas l’important. L’important, à mes yeux, est le manque d’éthique – quand bien même tout ce qui lui est reproché serait légal – et cette façon de profiter du … système. Pleinement. Sûrement. Méthodiquement.

Est-ce là les valeurs chrétiennes qu’il prétend être au cœur de son engagement ? Fillon a commis 3 fautes majeures : 1) s’être servi de ses mandats publics (encore une fois, quand bien même ce serait légal), 2) avoir mis au cœur de son discours l’antienne « anti-système », et 3) avoir mis en avant sa probité et son intégrité, découlant de ses valeurs chrétiennes. Ses adversaires n’en demandaient pas tant.

La probité et l’intégrité sont des valeurs essentielles. Encore plus quand on met les valeurs chrétiennes au cœur de son engagement. La France aurait beaucoup à apprendre des pays du Nord de l’Europe dans lesquels la moindre déviation aux règles établies vaut une mise à l’écart de la vie publique. Combien de ministres ont dû démissionner pour avoir utilisé leur carte bancaire du ministère pour des achats personnels ? Pourquoi est-ce inimaginable en France ?

Servir, et non être servi, voilà ce qui serait un engagement à contre-courant et, pour le coup, véritablement anti-système. La vie démocratique française, dans ce qu’elle a montré ces dernières décennies, n’en prend malheureusement pas le chemin.

  1. la fameuse bande des quatre []
  2. Et la rapidité de l’instruction judiciaire tend à le démontrer []