Le Forum Catholique (notez bien le « Le » qui en dit tant) déverse sa bile quotidienne contre le Pape, sous le regard bienveillant de son fondateur et régulateur, le bien nommé XA. Ces bons catholiques, garants de l’orthodoxie face aux vents du modernisme, vivent l’enfer sur terre avec le pontificat du pape François. Notez que l’expression « pape François » n’est pas toujours utilisée, les membres du FC usant volontiers du « François » quand ce n’est pas du « Bergoglio » (ça, c’est quand ils sont très très en colère contre une parole du souverain pontife).

Mais je m’emballe, le but de ce billet n’est pas de fustiger les propos injurieux tenus sur le FC contre le pape (et les évêques français) alors même que les liseurs ruissellent de componction dès qu’il s’agit de l’un de leurs clercs. Je dis « leurs » tant ils prennent soin de ne pas se mélanger aux autres, de peur d’être contaminés. Grand Dieu, sait-on jamais ? J’ai eu l’occasion de dénoncer ici la dérive sectaire de la FSSPX.

Alors sur le FC (Le Forum Catholique), je lis un énième post sur le Pape (oui, je confesse lire de temps à autre les diatribes de caniveau de certains de ses membres, notamment celles de l’inénarrable Jejomau dont la relecture des évangiles est un régal). Et donc, le FC de s’offusquer que le pape a condamné le cléricalisme. Les propos rapportés – et je reprends le site cité par le FC – me paraissent plutôt bien vus, tant il est vrai que certains clercs se sentent supérieurs et font passer la Loi avant l’esprit de la Loi (et nous sommes bien d’accord pour dire qu’il n’est pas ici question d’abolir la Loi). Et ce n’est pas l’apanage de la FSSPX, loin de là.

Alors à ces apôtres de l’orthodoxie, je propose un court et édifiant exemple de cléricalisme, tel que je viens de le vivre, non pas dans une paroisse lambda (donc corrompue par Vatican II), mais dans une paroisse tenue par la FSSPX. Et non la moindre, puisqu’il s’agit de Saint-Nicolas-du-Chardonnet.

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Il y a peu – ceux qui me suivent sur FB ou Twitter le savent – j’ai perdu ma maman. Il se trouve que mes parents étaient des fidèles de la FSSPX, la messe d’obsèques a donc été célébrée dans la célèbre paroisse parisienne. Ce choix n’était pas le mien, mais j’ai accepté sans aucun problème les souhaits de mes parents. Pour ceux qui veulent en savoir un peu plus sur ce que je pense et mon parcours, je vous renvoie vers ces billets, ici, et (à lire dans l’ordre).

D’abord, je dois dire que j’ai apprécié qu’une messe ait pu être célébrée. Pouvoir se recueillir, c’est bien, le faire lors d’une eucharistie, c’est évidemment beaucoup plus fort pour le chrétien que je suis. De toute manière, à Saint-Nicolas, il n’y a que des messes d’enterrements, vous n’y verrez jamais de simples cérémonies animées par des laïcs. Il y a selon moi une dimension sacramentelle apportée par le prêtre lors de tels moments, dimension qui m’importe [1].

La messe, en latin évidemment. Et évidemment, impossible de suivre vraiment pour le non initié. Le prêtre était loin – l’autel se situe dans le fond du chœur —, il était assez difficile d’entendre et de suivre avec le livret fourni (sorte de missel latin-français). Le latin n’est pas le problème en soi et j’admets sans aucun problème que certains se retrouvent plus facilement dans cette liturgie. Tout comme le cercueil recouvert d’un linceul noir : qu’on aime ou pas, cela me semble assez accessoire.

Mais je pris conscience de la distance incroyable qui était mise entre les fidèles et le célébrant. La suite me prouva que cette distance n’était pas que liturgique. Je ne suis plus très au fait de cette façon de célébrer, mais j’imagine que la messe était célébrée selon les normes. J’ai tout de même été surpris que le prêtre ne nous fasse pas expressément lever pour la lecture de l’évangile. Quant à son homélie, j’ai retrouvé le ton de celles que j’entendais quand j’étais plus jeune, ce qui est finalement normal de la part d’un mouvement qui se targue de ne pas changer… Après avoir commencé en disant qu’il ne fallait pas désespérer de la miséricorde de Dieu, les trois quarts de l’homélie ont tourné autour du purgatoire et de l’enfer. En résumé, le Ciel, ça existe, mais ce n’est probablement pas pour vous, soyez heureux si vous allez au Purgatoire, ce ne sera pas déjà pas si mal !

Pour un peu, j’ai cru qu’il allait s’écrier : « ah ah, bande de mécréants, je vous ai démasqué ». Je plaisante, mais c’est quand même le ressenti que j’ai eu (et je ne fus pas le seul). Et si d’évidence le prêtre profitait de ces obsèques pour « sensibiliser » l’assistance en jouant sur la peur de Dieu, je peux vous assurer qu’il a complètement manqué son coup auprès des personnes en périphérie [2] de l’Église. Seule lueur d’espoir, en guise de conclusion : ma mère avait reçu l’Extrême-Onction de la part d’un prêtre de la FSSPX, ce qui semblait lui garantir quelques bonnes grâces lors de sa rencontre avec son Créateur.

Puis, fin de la messe : le prêtre se rapproche, s’arrête au milieu du chœur, et change sa chasuble pour une grande cape, mise avec beaucoup de théâtralité et il nous annonce qu’il va procéder à l’absoute. Nous pouvons entamer, après les prières de rigueur – en latin, bien sûr -, une procession autour du cercueil et le bénir.

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Ensuite nous sortons. Le cercueil est encore béni sur le parvis de l’église, puis est mis dans le fourgon funéraire et béni à nouveau. Mon père est là avec le prêtre. Ma petite nièce de 10 ans est avec eux aussi. De grosses larmes roulent sur ses joues. Le prêtre dit quelques mots à mon père, que je n’entends pas, étant à quelques dizaines de pas. Le convoi démarre lentement. Le prêtre salue une dernière fois mon père et s’en retourne, sans un regard ni un geste pour cette petite fille qui pleure sa grand-mère.

J’étais resté près du parvis. Le prêtre passe devant moi.

A deux pas, devant moi il passe.

Sans un regard, sans un mot.

Qui suis-je pour lui ?

Rien visiblement.

Aujourd’hui encore, a constaté le pape François, « il y a cet esprit de cléricalisme » : « les clercs se sentent supérieurs, s’éloignent des personnes, (…) ils n’ont pas le temps d’écouter les pauvres, les souffrants, les prisonniers, les malades ».

Que dire de plus ?

  1. aucun reproche de ma part quant à ces cérémonies sans prêtre, je sais évidemment que les prêtres ne peuvent être partout à la fois []
  2. Mince, encore une des lubies du pape François ! []