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Œuvre magistrale sur la guerre du Vietnam, ce film de Michael Cimino, décédé en juillet 2016, est bouleversant. Non seulement, il donne à voir les atrocités de la guerre mais il décrit avec finesse les traumatismes engendrés sur ceux qui y participent.

Superbe interprétation de tous les acteurs, avec mention spéciale à Robert de Niro et Christopher Walken.

***

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager comment et pourquoi ce film m’a autant marqué. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietnam. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt déçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après le premier visionnage, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse depuis de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’œuvre.

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

Première partie : une vie comme une autre

L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf, en passant par les parties de billard en buvant des bières. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres vécues de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les États-Unis sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.

Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.

Cliquez sur la flèche à droite pour faire apparaître la suite, suite qui dévoile une partie de l'intrigue

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté – Michael, Steven, Nick – partent donc combattre au Vietnam. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis au-dessus d’une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.

Troisième partie : le retour au pays

Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami Steven est en fait dans un hôpital pour vétérans, aux États-Unis, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant à Nick, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur véreux de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. Nick meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.

Ce que j’en pense

Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.

Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Ce film tire sa force de deux éléments-clés. D’abord, le talent de Michael Cimino dont le sens du rythme et du cadrage sont assez exceptionnels (qualités mises en œuvre aussi dans La Porte du Paradis) et permettent de s’imprégner de la vie des personnages. On comprend, on ressent ce qu’est leur vie, on comprend leurs états d’âme. Ce talent, peu de réalisateurs l’ont, et c’est pourquoi Cimino doit être considéré comme l’un des plus grands. Ensuite, bien sûr, l’interprétation absolument magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme  très souvent, est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs dont Meryl Streep dans un de ses premiers rôles, John Cazale (qui décèdera juste après le tournage) et John Savage. On notera aussi l’accompagnement musical subtilement choisi et s’appuyant, outre le thème du film « Catavina », sur des morceaux connus de la musique classique ou pop. La cérémonie du mariage fait entendre de belles musiques traditionnelles russes orthodoxes.


 

l Streep, John Savage et John Caszal

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager pourquoi. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietman. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt deçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après la première vision, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’oeuvre.

 

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

 

Première partie : une vie comme une autre

 
L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique, en passant par les parties de billard en buvant des bières, aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres, vécue de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les USA se sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.
 
Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.
 

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté partent donc et se retrouvent à combattre au Vietman. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis sur une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.
 
 
Troisième partie : le retour au pays
Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami XXX est en fait dans un hôpital pour vétéran, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant YYY, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. YYY meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.
Ce que j’en pense
Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.
Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Que dire de l’interprétation ? Magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme d’habitude est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs dont Mery

Brilliant work about the Vietnam war, this movie by Michael Cimino (who died in July 2016), is deeply distressing. It not only show the atrocities of war but it subtlety describes the traumas incurred by war on those who are involved.

Superb performances of all actors, with a special mention to Robert de Niro and Christopher Walken.

***

In my personal pantheon, this movie has a special place and, before adressing the movie itself, I would like to share how and why this movie made a deep impression on me. I saw this movie when I was 19 years old, several years after its release. A school friend had asked me to go with him and had presented it as a movie about the Vietnam war. When I saw it, though I havnen’t hated it, I was dispapointed: too slow, too long. Was I in bad mood that day? Perhaps. But, few days later, some images of the movie came up, furtive at the beginning, then more and more pregnant. One week later, I needed to watch it again. And there, I’ve been involved in the story, I understood its construction, I took its slowness. I do not stop to watch this movie regularly.. It is, according to me, a true masterpiece.

The story

Several factory workers in Pennsylvania who are friends, are called up to go in Vietnam in the next weeks. Life returns to normal but the anxiety burts, cracking the assurnace of these young men more inclined to live it up or to hunting. Three of them evntually go to Vietnam, together. They fight in the paddyfieldfs, are arrested and hold in difficult conditions, escape, a re separated. They will go back to the country at different moments and in various conditions.
The movie is thus built in 3 balanced periods – before, during, after – and draws strength from these 3 periods that allow to immerse oneself in these men’s life, the horror of war and the difficulties of return.

First period: a life like any other one

The period of happiness. We follow this group of friends, from their metallurgical factory, through the pool games while drinking beers, to the game hunting to chase the deer. A simple life, trivial, in this America in the end of the sixties and which, if important overhauls in this industrial sector were not happened (but not evocated in the movie), was ideal to make happy these people. A life like millions of other lifes lived all around the world. A life that will be deeply impacted by a war, located at thousand of miles of their home, in which the USA have decided to embark on.

Two memorable scenes. First, the game hunting (therefore the title) whose goal consists in killing the animal with only one bullet ( » Only one shot « ). This is there where the protogonists’ behaviour unveil: the loner, the dilettante, the touchy one, the generous guy, etc. Another scene: the famous weeding, probably one of the most beautiful weeding scene. The ceremony by the orthodox ritual, the ceremony, this long moment that allow to get familiar with the fraternity of this community, but where the anxiety is growing more and more.

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Second period: the war

Three members of the community – Michael, Steven, Nick – go to war and fight in Vietnam. War scenes, of course, physical violence scenes also, but more particularly scenes of psychological violence. Jailors organise Russian roulette games with the prisoners. Our three protagonists suffer differently the situation: this is there, in this camp on stilts over a muddy river, that the consequences of the rest of the story arise. They succeed in escaping the prisoner camp, but are separated and they lose sight of each other.

Third period: back home

Michael is not seriously injured. Having reached Saigon, he waits for his repatriation in a hospital. The war is lost, the USA leave miserably Vietnam. He comes back hurt, deeply affected by what he lived. He is back and he knows that his life will never be as before. Shortly afterwards, he discovers that his friend Steven is actually in an hospital for veterans, in the USA, with his two legs amputated. Michael organises his return to home. As for Nick, he thinks justifiably that he is still in Saigon and decides to go and to get him. He finds him in a dive, in the hands of an organizer of Russian roulette games. He wants to get him back home, he wants to avoid him the « fight » too many. But Nick dies under Michael’s eyes. His body is brought back to the USA and, around the coffin, the community gets together, as before.

My opinion

War film, about the war but also and above all about the derived traumas. Very far from the alleged American all-might, this movie shows us boys, uprooted from their environment, sent to a slaughter and destroyed both physically and psychologically. These men are like others, neither better nor worse. They are brave, heroic, fight for their country and to save their skins. But they come back wounded, hurt, weakened. This film shows this shift where tough faces are often only a facade, where the alleged strength does not weight a lot in face of the atrocities of war.

It stands to reason that this film has not been well perceived by the audience. It was one of the first film about the Vietnam war, the collective trauma was still recent. And daring to show men who cry…

This movie pulls its strength of two elements-keys. First, Michael Cimino’s talent of which sense of the rhythm and the centring are rather exceptional (qualities also seen in Heaven’s Gate) and allow to become soaked with the life of the characters. We understand, we feel what is their life, we understand their moods. This talent, few directors have it, and that is why Cimino must be considered as one of the biggest. Then, of course, the absolutely masterful interpretation. Robert de Niro finds one of his biggest roles there, Christopher Walken, as very often, is excellent. We find actors’ pleiad among which Meryl Streep in one of its first roles, John Cazale (who will die just after the shooting) and John Savage. We shall also note the The incidental music is subtly chosen and relies, besides the theme of the movie  » Catavina « , on known pieces of classical or pop music. The wedding ceremony allows to hear beautiful traditional orthodoxes Russian music.

Dans mon panthéon personnel, ce film occupe une place à part et, avant d’aborder le film en lui-même, je voudrais partager pourquoi. J’ai vu ce film lorsque j’avais 19 ans, plusieurs années après sa sortie. Un copain de classe m’avait proposé de l’accompagner et me l’avait présenté comme un film sur la guerre du Vietman. Lorsque je l’ai vu, sans l’avoir détesté, j’ai été plutôt deçu : trop lent, trop long. Étais-je dans de mauvaises dispositions ce jour-là ? Peut-être. Pourtant, quelques jours après, des images du film me sont revenues, furtives au début, puis de plus en plus prégnantes, jusqu’à ce que j’éprouve le besoin, une semaine après la première vision, de le revoir. Et là, j’ai été littéralement pris par l’histoire, j’ai compris sa construction, j’ai fait miennes ses lenteurs. Je ne cesse de revoir ce film régulièrement. C’est, selon moi, assurément un chef-d’oeuvre.

 

L’histoire

Plusieurs ouvriers de Pennsylvanie, amis, sont appelés à partir au Vietnam dans les prochaines semaines. La vie suit son cours, mais l’angoisse sourd, fissurant lentement la belle assurance de ces jeunes plus portés sur la fête ou la chasse. Trois d’entre eux partent finalement, ensemble. Ils combattent dans les rizières, sont arrêtés et détenus dans des conditions difficiles, s’échappent, sont séparés. Ils rentreront au pays, à des moments et dans des conditions différentes.

Le film est donc construit en 3 moments équilibrés — avant, pendant, après — et tire sa force de ces 3 temps qui permettent de s’imprégner de la vie de ces hommes, de l’horreur de la guerre et des difficultés du retour.

 

Première partie : une vie comme une autre

 
L’époque du bonheur. On suit cette bande de copains, de leur usine métallurgique, en passant par les parties de billard en buvant des bières, aux sorties de chasse pour aller tuer le cerf. Une vie simple, banale, dans cette Amérique de la fin des années 60, et qui, si ce n’est les grandes restructurations de ce secteur qui ont eu lieu quelques années plus tard (mais non évoquées dans le film), avait tout pour rendre heureux ces personnes. Une vie comme des millions d’autres, vécue de par le monde. Une vie que la guerre dans laquelle les USA se sont engagés, guerre se déroulant à des milliers de kilomètres de chez eux, va bouleverser.
 
Deux scènes marquantes dans cette partie. D’abord, la partie de chasse (d’où le titre original « Le chasseur de cerf ») où le but est de tuer l’animal avec une seule balle (« Only one shot »). C’est là que les caractères des protagonistes se dévoilent : le solitaire, le dilettante, le susceptible, le généreux, etc. Autre scène : la fameuse scène du mariage, probablement un des plus beaux mariages filmés au cinéma. La cérémonie religieuse selon le rite orthodoxe, la fête, filmée de manière magistrale, ce long moment permet de s’imprégner de la fraternité de cette communauté, mais dont l’angoisse du départ est de plus en plus présente.
 

Deuxième partie : la guerre

Trois membres de cette communauté partent donc et se retrouvent à combattre au Vietman. Scènes de guerre, bien sûr, scènes de violence physique aussi, mais surtout scènes de violence psychologique. Les geôliers organisent des concours de roulette russe avec les prisonniers. Nos trois protagonistes subissent cette énorme pression différemment : c’est là, dans ce camp sur pilotis sur une rivière boueuse que se joue la suite. Ils parviennent à s’échapper, mais sont séparés et se perdent de vue.
 
 
Troisième partie : le retour au pays
Michael n’est pas blessé sérieusement. Parvenu à Saïgon, il attend son rapatriement dans un hôpital. La guerre est perdue, les États-Unis fuient piteusement le Vietnam. Il rentre meurtri, atteint intérieurement par ce qu’il a vécu. Il rentre et sait que sa vie ne sera plus jamais comme avant. Peu après son retour, il découvre que son ami XXX est en fait dans un hôpital pour vétéran, amputé des 2 jambes. Il organise son retour à sa maison. Quant YYY, il pense, avec raison, qu’il est resté à Saïgon et décide de retourner le chercher. Il le découvre dans un bouge, aux mains d’un organisateur de concours de roulette russe. Il veut le ramener au pays, veut lui éviter le « combat » de trop. YYY meurt sous ses yeux. Son corps est ramené au pays et, autour du cercueil, la communauté se retrouve, comme avant.
Ce que j’en pense
Film de guerre, sur la guerre, mais aussi et surtout sur les traumatismes engendrés. Bien loin de la prétendue toute-puissance américaine, ce film nous montre des « boys », arrachés à leur environnement, envoyés dans une boucherie et revenir détruits, à la fois physiquement et psychologiquement. Ces hommes-là sont des hommes comme les autres, ni meilleurs, ni pires. Ils sont braves, héroïques, se battent pour leur pays et pour sauver leur peau. Mais ils reviennent blessés, meurtris, affaiblis. Ce film montre ce glissement où les visages durs ne sont souvent que des façades, où la prétendue force ne pèse finalement pas bien lourd face aux atrocités d’une guerre.
Il va sans dire que ce film n’a pas été bien reçu par une partie du public. C’est un des tout premiers films sur la guerre du Vietnam, le trauma collectif était encore récent. Et puis oser montrer des hommes qui pleurent…

Que dire de l’interprétation ? Magistrale. Robert de Niro trouve là un de ses plus grands rôles, Christopher Walken, comme d’habitude est excellent. On trouve une pléiade d’acteurs