Angelika Kauffmann, le Christ et la SamaritaineHier, ma paroisse, en ce 3ème Dimanche de carême, faisait lecture de l’évangile de la Samaritaine, parce que nous avons la chance d’avoir des catéchumènes [1].

Cette rencontre entre Jésus et cette femme est d’une grande beauté, d’une grande force spirituelle et d’une grande portée pour aujourd’hui. On peut faire de nombreuses lectures de ce passage si riche, mais il en est un que j’ai envie d’aborder.

J’ai lu l’autre jour sur Facebook [2] que certains s’indignaient que les filles ne puissent être, du moins dans certaines paroisses, servantes d’autel et qu’on les cantonnait dans un rôle subalterne d’accueil. Et que c’était une violence insupportable, certes symbolique, qui leur était faite. Outre qu’on pourrait arguer que l’accueil est loin d’être dévalorisant, je trouve très excessif ce qualificatif de violence.

J’avais compris – mais l’explication m’a été donnée il y a assez longtemps – qu’on évitait que les filles soient servantes d’autel parce qu’elles ne peuvent avoir accès ni au diaconat, ni à la prêtrise. Pourtant, dans les premiers temps de l’Eglise, il y eut des diaconesses. Il me faudrait faire des recherches pour savoir pourquoi cela a été abandonné et je n’en ai pas le temps maintenant. Cette question des servantes d’autel est donc liée, d’une certaine manière, à la prêtrise des femmes.

Sur l’ordination de femmes, très franchement, je ne sais pas trop quoi en penser. Culturellement, je suis contre, mais mon seul argument est de dire : « parce que c’est comme ça », et je reconnais que cet argument est un peu court. Du genre : « On ne guérit pas un homme malade un jour du Sabbat. Ah bon ? Pourquoi ? Parce que c’est comme ça ! ». On sait comment Jésus a répondu à cet argument. Intellectuellement, je suis partagé parce que l’époque dans laquelle je vis à du mal à comprendre pourquoi les femmes sont exclues de l’ordination.

Et puis il y a la lecture des évangiles qui permet tout de même d’y voir un peu plus clair. Jésus a choisi pour apôtres 12 hommes. L’a-t-il fait parce qu’il fallait absolument que ce soit des hommes, au nom d’un loi divine qui nous échappe (il n’y a pas eu, que je sache, de justifications données par Jésus) ? Ou bien a-t-il choisi des hommes parce que, dans le contexte de l’époque, il ne pouvait faire autrement, choisir des femmes le disqualifiant d’office ? Jésus a montré tout de même une grande liberté par rapport aux contraintes culturelles, cultuelles et sociales de son temps. On le lui reprocha d’ailleurs plus d’une fois.

Et Jésus n’a jamais hésité à se commettre avec quiconque : des hommes pécheurs notoires, des publicains, des femmes, et même des femmes de petites vertus. Alors ? Alors peut-être que Jésus a choisi pour apôtres 12 hommes pour une raison qui nous échappe. En tant qu’homme, cela me parait très secondaire. Mais je comprends que cela ne le soit pas pour les femmes, même si l’Église leur permet de trouver une place, sans que cette place (que l’on soit fondatrice d’ordre, religieuse ou laïque engagée) ne puisse être considérée comme mineure, bien au contraire. Mais reste que l’ordination leur est interdite.

Le passage de La Samaritaine est un des exemples le plus illustres qui montre comment Jésus a dépassé les conventions sociales. Il s’adresse à une femme et, qui plus est, cette femme est de Samarie, avec qui les Juifs ne voulaient rien avoir de commun. Et en plus, cette femme a une vie dissolue qui semble la mettre à l’écart des autres [3]. Même ses disciples, partis chercher la pitance, sont intrigués quand ils reviennent et, sans doute, contrariés dans leur for intérieur. Or, non seulement Jésus s’adresse à cette femme, mais il lui fait une des plus belles révélations de l’évangile.

Jésus, face à cette femme, lui dit bien plus qu’il n’a jamais dit à personne, hormis peut-être à ses apôtres. A une femme ! A une étrangère !

Cela ne résoud en rien la question, si tant est que celle-ci soit cruciale, de l’ordination des femmes. Mais ce passage montre à tout le moins non pas l’importance des femmes [4], mais tout simplement leur place à part entière. Il n’y a aucune doute à avoir à ce sujet. Et que le Christ ressuscité se soit montré en premier à une femme en est un autre exemple éclatant.

Ce billet sera peut-être critiqué. J’entends déjà ceux qui me diront que je n’ose pas franchir un pas supplémentaire, tant ces arguments vont dans le sens de la possibilité de l’ordination des femmes. Et que je suis donc lâche. D’autres, côté catho identitaire et tenant d’une orthodoxie immuable, me reprocheront de ne pas comprendre, d’être un moderniste mou qui se pose des questions qui n’ont pas lieu d’être.

En toute honnêteté, je ne sais pas.

Et, un peu lâchement et en écho au slogan « Je suis » que l’on sort chaque fois que l’on veut montrer de l’empathie à quelqu’un ou à une cause, j’ai envie d’écrire : « Je suis la Samaritaine », sans que cela n’apporte de réponse (bien évidemment) satisfaisante.

Mais de tous ces personnages rencontrés dans les évangiles, il est un dont j’aurais vraiment aimé être à sa place, c’est cette femme. Oui, finalement, je peux peut-être oser dire : « Je suis la Samaritaine ! ».

  1. On lit donc toujours l’évangile de l’année A les 3ème, 4ème et 5ème Dimanche de carême []
  2. Malheureusement, je ne retrouve plus la référence []
  3. elle reconnait avoir eu plusieurs maris et elle vient chercher seule de l’eau, à midi []
  4. Parler de l’importance des femmes me semble toujours un peu condescendant quand c’est prononcé par des hommes qui l’utilisent pour justifier l’impossibilité de la prêtrise []