181050drapeau_en_berneLes attaques perpétrées vendredi 13 novembre 2015 à Paris ont jeté l’effroi. Comme ceux du 7 janvier contre Charlie Hedbo et l’Hyper Casher. Comme ceux de Toulouse en 2012.

Effroi d’un méthodisme et d’un professionnalisme croissants qui n’augurent rien de bien réjouissant. Effroi d’une tuerie aveugle. Merah avait ciblé des militaires et des Juifs. Les frères Kouachi ont ciblé les journalistes de Charlie Hedbo, coupable d’avoir relayé les caricatures du prophète. Coulibaly ciblait les Juifs.

Ce vendredi, à l’instar des attentats du RER de 1995, les terroristes n’ont ciblé personne en particulier, tirant au hasard dans le tas. Juste pour tuer le maximum de personne. Ou plutôt, si, ils ont ciblé en particulier : les Français, parce que français, pour toucher la France au cœur. Comme Al-Quaeda avait touché les États-Unis au cœur en 2001.

L’effroi donc. Ces terribles images. Cette tristesse qui inonde le cœur et l’âme en voyant ces vies fauchées, brutalement. Partir tranquillement manger au restaurant avec des amis et puis ne jamais en revenir.

Cet effroi, d’autres pays le vivent, sinon quotidiennement, quasi hebdomadairement ou mensuellement : le Liban, la Syrie, l’Irak. Là, des quartier entiers sont rasés, des villes détruites. Cet effroi, notre pays l’a connu déjà dans le passé. Et si l’époque que nous vivons est sombre à bien des égards, que dire de celle du printemps 40 qui faisait basculer la France dans l’humiliation et la désolation ? Et celle d’il y a 100 ans, durant cette effroyable boucherie que fut la 1ère guerre mondiale ?

Il est certes plus rassurant d’être confronté à une armée régulière dont on sait que, peu ou prou, elle suivra certaines règles, sans empêcher toujours les exactions de ses propres soldats. Ici, maintenant, plus rien de cela. Ces soldats kamikazes se noient dans la masse pour ne surgir qu’au dernier moment, celui de la tuerie.

Alors face à l’effroi, que faire ? Continuer à vivre à faire comme s’il ne s’était rien passé, pour montrer aux terroristes qu’ils ont perdu ? Voilà une antienne que l’on a beaucoup entendue ces dernières heures. J’y souscris, bien évidemment.

Mais ne faut-il pas au contraire changer beaucoup de choses ? Quid de nos propres responsabilités ? Au niveau de l’État : faut-il continuer à commercer avec l’Arabie Saoudite dont on dit qu’elle finance certains mouvements djihadistes ? Faut-il continuer à dérouler le tapis rouge aux Qataris dont on dit qu’ils jouent un double jeu sans honte : des sourires et des pétro-dollars pour les occidentaux, la guerre sainte de l’autre ? Et la Turquie, qui laisse faire les trafics qui enrichissent Daesh ?

Quid de nos responsabilités personnelles ? De cette incapacité à dire le mal avec des mots. Ma fille de 16 ans était horrifiée ce midi parce que je disais que ces terroristes se réclamaient de l’Islam, croyant que je mettais tous les musulmans dans le même sac. Évidemment, je ne le fais pas. Mais il faut bien admettre l’Islam pose aujourd’hui un certain nombre de problèmes. L’éviter, c’est continuer de tourner en rond à coup de plus de laïcité et de cailloux jetés dans l’eau. Et la responsabilité des consommateurs de drogues douces ou moins douces, étudiants, cadres, artistes, qui ont besoin de leurs joints hebdomadaires ou mensuels, on en parle ? Ont-ils conscience qu’ils alimentent les réseaux de la drogue ? Et où va cet argent ? Vers des groupes maffieux uniquement ou bien … ? On pourrait citer de nombreux autres exemples. Que chacun s’interroge ? Et que collectivement, nous nous interrogions aussi…

S’il me semble important que tous les citoyens doivent revoir leurs responsabilités, je pense que, parmi eux, les chrétiens ont une responsabilité particulière, importante, qui n’est pas du domaine de la pratique d’une religion privée refermée sur elle-même, mais au contraire du domaine public.

Défendre ces belles valeurs évangéliques, les porter humblement, continuer de clamer que ces valeurs sont au cœur de celles de la France et de l’Europe. En être fier, sans orgueil déplacé, mais sans honte.

La mise en pratique de l’évangile. Oui, c’est exigeant; oui, c’est difficile. Mais nous serons, par ces temps troublés, aussi (surtout ?) jugés là-dessus. Répondre à la haine par plus d’amour. Répondre à la violence par plus de paix. Faire preuve de discernement, de tempérance. Être des ferments de paix et d’amour, voilà à quoi nous sommes appelés, nous Chrétiens. Plus que jamais, il me semble impossible de pouvoir nous défiler.

De l’effroi, passons à la foi, comme a pu le dire le curé de ma paroisse dans son homélie ce jour. Oui, ayons foi, ayons confiance. Un monde meilleur est possible. Chacun doit y prendre sa part, dès maintenant, dès demain. Ensemble, dans une fraternité humaine et spirituelle que j’appelle de mes vœux.