http://www.mehach-magazine.com/9117501/610-migrants-evacues-calais.htmlParce qu’il y a d’un côté des pays prospères où, même si de plus en plus connaissent la précarité et la pauvreté, s’étalent des milliards d’euro ou de dollar de richesse. Les pays du gaspillage. Les pays du toujours plus. Les pays de la quête effrénée de la croissance. Mais où l’on mange à sa faim.

Parce qu’en face, il y a la misère. Celle qui anéantit. Celle qui tord les boyaux. Celle qui tord le cœur de ne pouvoir donner le minimum à ses enfants.

Parce qu’il y a d’un côté des pays démocratiques où chacun peut dire et écrire ce qu’il veut, élire son maire, son député, son président. Où l’on peut porter plainte, faire valoir ses droits. Se défendre.

Parce qu’en face, il y a la dictature, pas celle des livres ou des fantasmes. Celle qui torture si l’on parle trop, qui fusille si l’on blasphème. Qui ne donne qu’un droit, celui de se taire.

Parce qu’il y a d’un côté des pays libres où l’on peut aller et venir comme l’on veut, sans contrainte. Où chacun peut croire en qui il veut. Où chacun peut aller à son lieu de prière sans craindre pour sa vie. Pas toujours sans risque cependant, mais infiniment moins qu’ailleurs.

Parce qu’en face, il y a la terreur, la persécution. Où se rendre dans une église devient un acte de courage inouï. Où se déclarer chrétien peut signifier la mort. Où ne pas être du côté des terroristes, même en étant musulman, vaut aussi arrêt de mort. Où des fillettes d’une dizaine d’années sont enlevées, violées, mariées de force et peut-être tuées ensuite.

Parce qu’il y a ces 2 mondes qui se font face, comme les 2 côtés d’une même pièce. Parce que l’un ressemble à une oasis bienveillante et l’autre à un désert aride et inhospitalier, les hommes du monde hostile voudront toujours aller de l’autre côté. Parce que c’est une question de survie.

Ça s’appelle le principe des vases communicants.

(…) dans une ou deux générations, il y aura un phénomène de vases communicants, avec un Sud de la Méditerranée surpeuplé et peu développé face à une Europe fertile, sous-peuplée et sous-utilisée dans sa fertilité. D’autant plus que les distances sont vraiment réduites avec les moyens de communication modernes. Les générations à venir verront inexorablement des transferts de population. Si cela ne se résout pas diplomatiquement et pédagogiquement, en préparant l’opinion publique à l’accueil des populations, cela se réglera sous le poids du terrorisme.
Abbé PIERRE (La charité – La liberté de dire « je t’aime ») – Editions Autrement – Série Morales – 1993 – page 238