photo_calepinsSchismatique un jour, schismatique toujours – Mgr Williamson a donc décidé de sacrer un évêque, l’abbé Faure, en ce jour de la saint Joseph. Mgr Williamson est tristement connu pour avoir nié l’existence de chambres à gaz. Il a été exclu de la FSSPX en 2012, non pas à cause de ses propos et idées nauséabondes, mais pour avoir critiqué et s’être opposé à Mgr Fellay, le Supérieur général de la Fraternité. Comme quoi, les Tradis ont le droit et le devoir de critiquer le Pape et les évêques français, mais pas le Supérieur général. Bref. Rappelons aussi que Mgr Williamson a été ordonné prêtre en 1975 par Mgr Lefebvre et sacré évêque en 1988 (en même temps que Mgr Fellay donc) par le même Mgr Lefebvre. Beau fruit donc. Le sacre d’aujourd’hui a peu d’importance pour le catholicisme romain, si ce n’est qu’il met en exergue le positionnement de plus en plus difficile de la FSSPX. Qui, bien sûr, condamne ce sacre. Avec une bonne dose d’hypocrisie et de circonvolution pour expliquer que les sacres de 1988 et celui d’aujourd’hui n’ont rien à voir. Elle s’auto-légitime (« La Fraternité Saint-Pie X réaffirme que l’état actuel de nécessité dans l’Eglise légitime son apostolat de par le monde« ) mais dénie aux autres de faire ce qu’elle a fait elle-même. Comment demander à ses ouilles l’obéissance quand elle-même a pratiqué la désobéissance ? C’est exactement ce qui se passe avec Mgr Williamson. Un jusqu’au-boutiste de la Tradition, comme le fut Mgr Lefebvre en son temps. Le problème qui va se poser à la FSSPX dans les années à venir (ou plus probablement dans les prochaines décennies) sera de faire face à la disparition de ses 3 évêques (qui ont 70, 58 et 57 ans respectivement). Si aucun rapprochement n’a lieu avec Rome d’ici-là, l’un des 3 évêques sera alors obligé de sacrer s’il veut faire perdurer la Fraternité. Et un communiqué nous expliquera alors tout le bien-fondé de la démarche…

Tradiland à la mort – Mardi dernier, France 3 diffusait « Au nom des fils » [1], un téléfilm basé sur la triste affaire de l’abbé Cottard. Vous savez, c’est ce prêtre tradi (de la FSSPX) qui avait négligemment laissé des scouts prendre la mer, fatigués, mal équipés et par avis de grand vent. Quatre y ont trouvé la mort, plus un jeune homme qui a voulu leur porter secours. Téléfilm un peu inégal (scénario assez mou, mais très belle interprétation de Léa Drucker), mais qui décrit assez bien le milieu tradi, tel que je l’ai connu (voir ma série de billets sur le sujet) : milieu reclus sur lui-même, considérant qu’un prêtre est forcément un saint à qui on n’a pas de compte à demander, refus de se remettre en question, etc. Si ces enfants sont morts, c’est que Dieu l’a voulu et ce pauvre prêtre n’y est pour rien ! Et puis, il fallait bien en faire des hommes. Des vrais. Pas des mauviettes. Cette ambiance, c’est celle que j’ai connu dans ce minuscule groupe de scouts marins, affiliés à Saint Nicolas du Chardonnet, auquel mes parents m’avaient inscrit. Rigidité dogmatique des prêtres d’un côté, rigidité comportementale des fidèles de l’autre. Et cette pauvre mère, éplorée, qui ne se remet pas de la perte de son fils et qui ose demander des explications à l’abbé qui en était responsable.

Lutter contre le FN – A l’approche des élections départementales de 2015, Manuel Valls et un certain nombre de leaders socialistes ont choisi la surenchère contre le FN. Je ne partage pas grand-chose des idées du FN et j’espère que Marine Le Pen ne sera pas au second tour en 2017. Mais franchement, j’ai l’impression que si on voulait faire monter le score du FN, on ne s’y prendrait pas autrement. Jeter, encore et encore, l’anathème contre les électeurs de FN, voilà ce que la classe politique dit depuis des décennies. Les authentiques fachos du FN doivent aujourd’hui représenter à peine 1 ou 2 % des 25% ou plus que regroupe le FN. Les électeurs du FN, ce sont des ouvriers, (qui votaient naguère PS ou PC), des salariés, des agriculteurs, souvent des gens humbles, qui se sentent délaissé. Qui n’en peuvent de subir la crise économique, les plans de licenciement, les incivilités quasi-quotidiennes, le mépris de la classe politique. Deux choses reviennent souvent dans les arguments de ces électeurs désabusés : 1) pourquoi continuer à voter pour le PS ou l’UMP ? C’est la même politique et nos problèmes ne changent pas, ils s’accentuent même ; 2) le FN s’intéresse, lui, justement, à mes problèmes. Cette déconnexion entre les élites et les citoyens augmente de plus en plus. Le FN profite de l’espace. Manuel Valls disait l’autre jour en parlant du FN : « Vous n’êtes ni la République, ni la France« . Je pense qu’un électeur du FN a encore plus envie de voter FN quand il entend des propos de ce genre. Parce qu’il considère, à raison, qu’il fait autant partie de la République et de la France qu’un électeur du Front de Gauche. Parce que face aux échecs patents du quinquennat actuel, parce qu’il a déjà testé l’UMP tendance Sarkozyste, il se dit que, finalement, le FN peut résoudre ses problèmes. Et que nous soyons plusieurs à penser que ce ne sera pas le cas n’y change rien. Les prochaines élections risquent d’être, de ce point de vue, extrêmement claires.

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