tentation_illuminure-danoise_1222C’est un peu la même question que beaucoup se posent. Pour quoi faire et surtout comment faire ? Dans la société hédoniste, dans laquelle la jouissance individuelle est portée au pinacle, on voit mal l’intérêt de ce temps de retrait, de privation, de prière et de jeûne. Et si nos frères musulmans voient leur temps de Ramadan être médiatisé, et par là même se sentir « portés », nous autres Chrétiens sommes tenus à être dans l’ombre. Cela n’est certes pas plus mal, mais cela demande peut-être un engagement un peu plus fort, plus affermi. Petite parenthèse : je crois d’ailleurs volontiers que ce temps de désert spirituel en Occident (et encore, sans doute n’avons-nous pas encore tout vu) est une bénédiction pour les Chrétiens qui doivent savoir ce qu’ils veulent et s’engager. Fin de la parenthèse.

Il y a bien plus que 50 nuances pour vivre son carême. Chacun son rythme, chacun son engagement, chacun sa voie. Et l’Église nous laisse finalement très libre, ne nous proposant que le Mercredi des Cendres et le Vendredi Saint comme jour de jeûne et d’abstinence.

Pour ce qui me concerne, le temps de carême est pour moi le temps où j’essaye d’aimer. Pas d’aimer mieux, mais d’aimer, tout simplement. Aimer en vérité, comme le Christ nous l’a appris. Cela passe d’abord par une lutte contre l’égoïsme, vous savez, ce subtil sentiment qui fait qu’on se préfère soi à l’autre. Toute incurvation de l’amour vers moi-même, toute inclination a me donner la priorité sur mon prochain, est un manque, une écorchure à la volonté divine qui est d’aimer, d’aimer et encore d’aimer. Au seuil de notre vie, nous serons jugés sur l’amour, comme l’a dit saint Jean de la Croix. Tuer l’égoïsme était l’objet de mon billet d’avant-Carême l’an dernier : Tuer le moi-je.

Et sur ce chemin d’amour (et de vie donc), il y a les tentations. Et notamment celles qui flattent notre orgueil, celles qui Jésus a écarté pendant les 40 jours qu’Il passa au désert. Ce temps de carême est donc aussi pour moi un moment de lutte et de combat spirituel contre celui qui veut m’empêcher d’emprunter vraiment le chemin de l’Amour, c’est-à-dire d’aller vraiment vers le Christ.

Face à ce monde mouvant et incertain, face à cette violence orientée contre ceux qui sont Chrétiens et qui en meurent (et ce n’est ni pire, ni moindre que de mourir parce qu’on est Juif ou Musulman, mais on oublie trop souvent de le préciser), face à cette société qui se réfugie sans cesse vers de fausses valeurs au nom d’une soit-disante modernité qui n’est que bien souvent vacuité, je suis encore plus convaincu qu’auparavant que les Chrétiens se doivent d’être davantage Chrétiens. Non pas froids, ni même tièdes. Mais brûlants d’amour. Non pas d’un amour sirupeux et empli d’affectivité (et je ne dis pas qu’on ne peut avoir d’affection pour quelqu’un, évidemment), mais d’un amour vrai et désintéressé. Je connais mes limites en la matière. Loin de m’en désoler, je veux que ce temps de carême soit pour moi l’occasion de les repousser. Et chaque centimètre gagné dans la joie, aussi petit puisse-t-il paraître, est une avancée vers Dieu.

PS : 2 initiatives. Bien sûr, l’incontournable Carême dans la ville, proposé par les frères Dominicains de Lille. Et puis, cette année, en solidarité avec les Chrétiens d’Irak, une proposition de carême solidaire avec les chrétiens d’Orient, parrainée par Mgr Barbarin, archevêque de Lyon.