photo_calepinsAmalgames – On avait dit : « Pas d’amalgames ». Ou le moins possible. Las, les amalgames profitent à tous ceux qui aiment dénigrer. Dernier exemple en date, amusant au demeurant, avec cette réflexion du Pape dans l’avion qui le ramenait de son voyage aux Philippines : « Non, pour être de bons catholiques, il ne suffit pas de faire comme les lapins… » Quoi ? Le Pape a dit ça ? Sourire en coin des progressistes qui espèrent que dans la foulée le Pape va publier une encyclique « Fornicatio ad voluntatem » ; furie des tradis pur jus (du genre mitraillette à 10 coups), fustigeant encore une fois une sortie hasardeuse de ce moderniste patenté (« ah ! qu’ils sont beaux les fruits de Vatican II, ça fait 40 ans qu’on vous le dit »). Personne, bien sûr, n’a lu ce que le Pape a vraiment dit : « Mais « cela ne signifie pas que les chrétiens doivent faire des enfants en série. J’ai fait des reproches à une femme, enceinte du huitième après sept césariennes : ‘Vous voulez laisser orphelin sept enfants !’, lui ai-je dit ». Même si « pour les pauvres, l’enfant est un trésor », « l’exemple de cette femme, c’est de l’irresponsabilité », a-t-il estimé. « Elle dit : ‘j’ai confiance en Dieu’. Mais Dieu te donne les moyens pour être responsable ». Et le pape d’ajouter : « certains croient, excusez-moi du terme, que, pour être bons catholiques, ils doivent être comme des lapins« . Le Pape a ensuite précisé son propos, c’est ici. C’est quand même dingue que le Pape puisse choquer en appelant à la responsabilité de chacun, y compris dans le cadre conjugal. Et il faut évidemment vouloir lire de travers pour considérer que c’est une attaque contre les familles nombreuses.

Auschwitz – Le 70ème anniversaire de la libération du trop fameux camp (je vous renvoie à ce billet publié lors du 65e anniversaire) est l’occasion de voir ou revoir le documentaire de Claude Lanzmann, document-fleuve de 8 heures, qui interroge ceux qui ont participé, avec plus ou moins d’entrain, à œuvrer à la solution finale. Beaucoup de sans-grades, d’exécutants, qui faisaient ce qu’on leur disait de faire. Et qui n’ont pas pu, ou osé, ou voulu refuser d’obéir. Et puis ces villageois des alentours du camp qui voyaient des wagons passer, qui sentaient de drôles d’odeurs… Il y avait les cadres du parti, les penseurs de la solution finale, qui ont mis leur talent et leur haine à exterminer près de 6 millions de personnes. Et puis les autres, sans qui rien n’aurait été possible. Où aurais-je été moi-même ? Ceux-là aussi sont à plaindre. Avoir participé à l’ignominie, non par conviction, mais par lâcheté, c’est peut-être encore plus atroce [1] Cela me fait penser au discours de Malraux lors du transfert des cendres de Jean Moulin au Panthéon : « (…) Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé (…) ». Là encore, la responsabilité de chacun, trésor que Dieu nous a donné, est en jeu.

Fidélité – Les terribles tueries du mois de janvier, ainsi que les exactions que subissent les Chrétiens du Moyen-Orient ou d’Afrique, m’ont incité à revoir le film « Des hommes et des Dieux« . Film magnifique qu’il est vraiment bon de revoir. Pour comprendre ce qu’est la peur de vivre sous la menace, ce que devient la foi à l’épreuve de la terreur. Les frères du monastère de Tibhirine n’ont pas été exempts de cette frousse qui prend aux tripes, ni de ce réflexe de préservation bien naturel. Ils ne sont pas des surhommes. Mais ils ont fait le choix, après un cheminement difficile, de la cohérence : cohérence avec leur vie passée au service des pauvres en cette terre musulmane, et cohérence avec leur foi. En décidant de rester, fidèles aux autres et à eux-mêmes (entendre la magnifique phrase du frère Luc : « Partir, c’est mourir; je reste« ), ils ont posé un acte de foi. La sainteté est à ce prix : préférer Dieu et les autres à soi-même. Ce que font des milliers de Chrétiens qui continuent de vivre leur foi malgré les balles et les bombes. A nous autres catholiques européens, parfois si tièdes, que ces témoignages sont édifiants !

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  1. J’allais utiliser le mot « pire », fort inadéquat; Malraux a trouvé le mot juste… []