181050drapeau_en_berneJe sais que les mots peuvent être parfois vains. Les miens le seront sans doute. Peu importe.

Précisons d’abord que je n’aimais pas beaucoup Charlie Hebdo, ni son ancêtre Hara-Kiri. J’ai été choqué plus d’une fois par leurs dessins attaquant Dieu, Jésus ou Mahomet. Peut-être uniquement parce que je ne les trouvais pas très drôles.

Je suis évidemment horrifié par le lâche attentat de ce jour funeste. Il y a une semaine la France fêtait la saint Sylvestre, ce soir, elle pleure et elle est effrayée. Jamais, jamais rien ne justifie la violence abjecte qui s’est déployée aujourd’hui. Rien. Absolument rien. Pas même une caricature. Pas même un blasphème.

Je prie ce soir pour les victimes, leurs proches. On parle beaucoup des dessinateurs et des policiers tués, on n’a parlé des autres. Qui ? Une secrétaire ? Une femme de ménage ? Un stagiaire ? A eux aussi, anonymes salariés d’un journal, je pense fortement.

Il est vain et prétentieux de vouloir tirer quelques conclusions que ce soit, mais j’ai envie et besoin de partager quelques bribes avec vous :

  • BHL a parlé de fascistes : oui, Al-Qaïda, EI sont des organisations fascistes et elles veulent imposer leur fascisme là où il n’est pas, c’est-à-dire dans les pays démocratiques ;
  • Comme l’ont dit F. Hollande et N. Sarkozy, et d’autres responsables politiques, l’heure est plus que jamais à l’unité nationale pour défendre les valeurs de la République : ô certes, cette république n’est pas sans défaut, je suis le premier à la critiquer, mais elle donne ce que peu de pays offrent à leurs citoyens : la liberté de penser, de croire, de s’exprimer. Nous avons peut-être trop tendance à l’oublier ;
  • L’intervention de Robert Badinter, au journal de France 2, mettait bien en exergue un des points importants de l’action fomentée par ces terroristes : celle du piège, dans lequel ne manqueront pas tomber certains. Déjà, j’ai lu sur le net, sur Facebook, sur Twitter des réactions (de cathos) désolantes et pitoyables ; et aussi de musulmans dévoyés qui se réjouissaient ; ne leur accordons pas trop d’importance (mais j’attends, c’est vrai, autre chose de la part de personnes se revendiquant de la foi catholique) ;
  • L’intervention, à ce même journal télévisé, du président de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France) était très claire, tout comme le communiqué publié sur leur site : les musulmans de France sont horrifiés par cet acte. J’ajouterais qu’ils risquent d’en pâtir;
  • Le gouvernement français, comme tout gouvernement devant faire face au terrorisme, a une lourde tâche et une grande responsabilité. Le risque d’une radicalisation d’une partie de l’électorat est grand et on imagine déjà comment certains vont essayer d’en tirer profit lors des prochaines échéances électorales;
  • J’ai aimé ces beaux rassemblements dans les villes de France (je n’ai malheureusement pu aller à celui place du Capitole), apparemment impressionnant de fraternité silencieuse.

Mais ce soir, j’ai pris conscience de quelque chose que je n’avais pas perçu auparavant. Le courage de ces journalistes et dessinateurs, bêtes et méchants, qui ont continué, malgré les menaces, malgré les pressions, à travailler et à publier leurs dessins, blasphémateurs, féroces ou insolents. Parce qu’ils y croyaient. Parce qu’ils pensaient que c’est ce qu’ils devaient faire [1]. Parce qu’ils croyaient que la liberté d’expression est un bien précieux à ne pas laisser s’éroder. Parce qu’ils voulaient lutter contre toute forme d’obscurantisme.

Ce courage, je ne sais pas si je l’aurais en pareille situation. Je ne suis pas Charlie.

  1. je vous renvoie aux déclarations qu’ils ont pu faire ces dernières années, depuis 2006 et l’affaire des caricatures de Mahomet []