idiotOu plus simplement, me suis-je fait berner en suivant bêtement ce troupeau de laïcards anticléricaux, férus de blagues salaces et blasphématoires ? Passée la stupeur des événements de la semaine dernière, passé ce formidable élan collectif, ceux qui n’ont pas adhéré se sont réveillés, timidement au début, un peu plus maintenant.

Je ne prétends évidemment pas être représentatif des 3 millions et demi de Français qui ont désiré se manifester. Je peux au moins donner mon sentiment qui, je pense, était tout de même assez partagé par beaucoup de personnes. Plusieurs « ingrédients » expliquent ce désir :

  • Charlie Hedbo – Commençons par eux. Que beaucoup connaissaient, mais que peu lisaient, le titre avait d’ailleurs de grosses difficultés financières. Et que beaucoup n’appréciaient pas. Leur talent était indéniable. Ils pouvaient être drôles, mais l’étaient rarement à mon goût. Et je n’aimais pas les dessins attaquant le pape ou l’Église. Je comprends donc parfaitement que les musulmans soient mécontents quand il s’agit des caricatures de Mahomet. Ceci étant rappelé, il n’y a pas de quoi y donner plus d’importance et, tout catho que je sois, je préfère encore 1000 fois vivre dans un pays où un dessin montre le Pape ou Jésus en mauvaise posture qu’un pays où on ne peut pas publier ce genre de dessins. Parce que dans ces pays-là, justement, l’interdiction ne s’arrête jamais aux seuls dessins.
  • Les policiers – Tués lâchement, ou blessés quand il a fallu passer à l’attaque, efficaces dans leurs traques. Mais douloureux rappel pour les Français de constater que les policiers risquaient leur vie chaque jour et qu’ils étaient, maintenant, des cibles explicites. Si ceux qui doivent nous protéger se font tuer, qu’allons-nous devenir ?
  • Les Juifs – Encore une fois, des gens, parce que Juifs, ont été tués. Cette communauté paie un lourd tribut et cette attaque a rappelé le douloureux souvenir de celle de M. Merah à Toulouse à l’école Otzar Hatorah…
  • L’islamisme radical – il fait peur. On en entend parler, et puis, d’un coup, on en a une manifestation éclatante. Non pas en Syrie, non pas en Irak, mais entre la Porte de Vincennes et une petite bourgade au nord de Roissy.

Tous ces ingrédients réunis en 3 jours expliquent à mon sens la forte mobilisation des Français. Geste cathartique ? Peut-être. Besoin de se retrouver ensemble ? Sûrement. Mais au-delà, et donc bien au-delà du seul soutien à Charlie Hebdo, un sentiment impérieux qu’il fallait se montrer, qu’il fallait redire les quelques valeurs fortes auxquelles nous sommes, nous peuple de France, attachés (et n’en déplaise à certains la liberté d’expression en fait partie).

Alors évidemment, quelques pisse-vinaigres – et parmi eux des cathos – ont expliqué dès le lundi matin que nous nous étions lourdement trompés. Pour être trompé, il aurait fallu être dupe et croire que, même composées de plus de 3 millions dans la rue, les marches républicaines résoudraient tous les problèmes. Je crois que peu l’ont été (dupes).

Non. Les problèmes sont là, devant nous, autant aujourd’hui que la semaine dernière (et même avant).

Charlie Hebdo restera un magasine bête et méchant et je continuerai à regretter certains dessins. Le problème de l’islamisme fondamental, radical, de ce fascisme qui veut imposer sa loi, ne se résoudra pas en quelques mois ni même en quelques années. Peut-être qu’1 ou 2, voire 3 générations, seront nécessaires pour éradiquer ce mal. Les Juifs seront menacés, malheureusement, pour encore longtemps. Les policiers continueront de risquer leur vie.

Mais il y a quelques espoirs que ces événements tragiques et ces marches font, malgré tout, naître. Une prise de conscience collective qu’un changement est nécessaire.

Il faudra bien un jour admettre que des musulmans puissent pratiquer leur religion normalement et considérer comme anormal, scandaleux même, que leurs lieux de culte soient régulièrement pris pour cible (sans oublier les synagogues, ou les églises régulièrement taguées).

Il faudra aussi remettre à plat la politique carcérale, notamment pour les plus jeunes. Guy Gilbert a écrit un livre il y a 30 ans environ intitulé : « Des jeunes y entrent, des loups en sortent ». En 30 ans, rien n’a donc changé.

Il faudrait aussi s’interroger sur les financeurs de ces actions terroristes, celles d’Al-Qaïda, de l’EI, ou de Boko Haram. On cite des pays du golfe, peut-être sans preuve. Mais peut-être ne pouvons-nous ne pas trop nous fâcher avec ces pays-là, à qui nous achetons du pétrole et qui nous achètent des avions ou des chars ? La réponse est sans doute complexe (en commençant par réduire notre dépendance au pétrole), mais la question mérite d’être posée.

Et puis, j’aimerais qu’on repense la question du respect dû à l’autre. Pas uniquement d’ailleurs pour venir contre-balancer une liberté d’expression que certains voudraient étouffer. Non, le respect comme base d’un vivre ensemble auquel aspirent beaucoup.

Et moi ? On a beaucoup parlé de l’attitude que devaient avoir les musulmans, qu’ils devaient se désolidariser des terroristes, qu’ils devaient revoir leur rapport à l’Islam, au Coran, etc. Que chacun se pose la question, d’abord, pour lui-même. Et moi, chrétien, je suis convaincu que ma responsabilité est là : essayer de vivre encore plus pleinement l’Évangile et tenter, partout où je suis, d’être un artisan de paix. Avec ou sans Charlie.